vendredi 8 janvier 2010

Je ne suis pas seule pour écrire

Mon père, décédé en 2006, est là ce matin. Il est de retour. Pourtant il n’avait pas d’ordinateur et n’habitait pas dans mon village. Il est là parce que j’ai l’impression d’avoir mis ses chaussettes ces derniers jours. Je dois faire une recherche, rédiger des textes sur un sujet dans lequel il excellait: le mouvement Desjardins, les caisses populaires. Un sujet avec lequel je ne suis pas familière, mais étrangement, je ne me sens pas dépassée ni incompétente. Il est là qui me souffle ses mots. J’ai devant moi les brochures publiées du temps de son vivant. Je les reconnais parce que j’en ai réalisé le montage, mais aujourd’hui je dois les lire pour m’inspirer non pas du style, mais de la structure, du plan, me familiariser avec ces chiffres et ces termes qui me rebutent normalement.

Je l’ai tellement vu penser pendant toutes les années où nous avons travaillé ensemble que je retrouve facilement le chemin des informations à chercher, des chiffres à aligner, des mots-clés à choisir, des notes à cueillir. Ce matin, tout m’est facile parce que je le sens présent, à me dire que je suis capable et que je n'ai pas à le faire comme lui, ni mieux que lui. Seulement à ma façon.


7 commentaires:

  1. Par sa sensibilité, ton billet illumine mon matin. Il me dit aussi que tu as le bonheur de porter ton père en toi. C'est bien la seule chose qui nous reste à faire lorsqu'on perd ceux qu'on aime. C'est pour ça que tu as raison:il est là.

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  2. Chère Claude,
    Votre billet m'a donné envie d'appeler mon papa. Pour rien. Simplement pour lui parler. Profiter de sa présence.
    Andrée

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  3. Heureusement que vous ne m'avez pas vue pendant 40-45 ans je dirais, je n'aurais pas parler de sa présence de la même façon! Pas que je le détestais, même si je le pensais, c'est que sa présence justement était comme... beaucoup là, personnellement et professionnellement, souvent trop pour mes petits moyens. Maintenant c'est moi qui suis aux commandes, alors c'est parfait, à mon rythme, à ma mesure. Je retourne à mes/ses mots Desjardins.

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  4. Je ne peux même pas reprendre mes propres commentaires et corriger mes fautes, donc: "je n'aurais pas parlé"

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  5. Ca fait du bien e vivre des moments comme ca avec les défunts que l'on a aimé. Moi, quand je travaille dehors, après la terre ou si je corde le bois ou si je suis dans la nature, je pense à mon père.
    Beau billet emplit de nostalgie.

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  6. Quond on se sent «habité» c'est comme si on avait conscience tout à coup de ne pas travailler dans l'isolement, comme si nos influences s'animaient. La solitude, dans ces cas, est vivifiante. Merci pour ton message.

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  7. Je transporte mon père en moi, et pourtant ... je ne l'ai jamais connu, alors j'imagine qu'être habité par l'énergie d'une personne qui a été très proche. Je crois à ce souffle qui inspire. Je ne crois pas à la mort, seulement à la Vie.

    Merci de ce beau billet serein, ClaudeL.

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