dimanche 25 juin 2017

Crustacés, mer et romans

Après la mer et le homard du Maine, j’ai longé les rives qui mènent au Nouveau-Brunswick. 

Dans mon site de voyages et d’escapades (lien à la fin de ce billet), que je suis en train de modifier pour le rendre plus au goût du jour, ce qui peut prendre un peu de temps étant donné les quelque 80 pages à reprendre, je donne des informations pratiques, je raconte ce qui peut intéresser des voyageurs, des caravaniers. Ici, dans un blogue qui ne se limite pas aux voyages, je note plutôt des impressions, j’ajoute d’autres détails. Comme si je m’adressais à un lectorat plus large. À qui veut bien lire en fait.

Donc, ces douze jours au bord du fleuve, des rivières et des baies, ça ressemblait plutôt à des vacances. Mais pas de celles qu’on prend quand on travaille toute l’année. Plutôt comme celles qu’on prend quand on a le temps, mais sans vouloir aller loin, aller vite. Découvrir un peu de nouveau, oui, mais aussi retrouver nos endroits préférés. Comme si on allait prendre des nouvelles de la parenté. Ne sachant pas trop quand on les reverrait la prochaine fois, non parce qu’eux disparaissent, mais parce que nous, nous n’avons plus les mêmes envies. De moins en moins envie d’aller ailleurs. On est bien chez nous. Par contre, disons qu’en juin, cette année surtout, avec toutes les mouches noires qui, gourmandes et voraces, nous assaillaient, le petit vent du large nous a fait le plus grand bien. 

Et puis en juin, malgré que certaines activités ne sont pas offertes, comme le Pays de la Sagouine, il demeure plus agréable de voyager qu’en juillet ou août : moins de monde sur les routes, plus de places dans les campings, et surtout moins chaud. À un ressenti de 30 degrés et plus, je préfère ma piscine. Il a fait relativement beau, seuls les deux derniers jours, les nuages crachaient leur pluie forte pendant dix minutes et s’en allaient ensuite déverser leur colère dans la région voisine.

J’ai pu manger du poisson (comprendre frais) et des fruits de mer à mon goût. J’ai lu aussi. J’ai terminé Celle qui fuit et celle qui reste, le tome 3 de L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante. Malgré mon peu d’intérêt pour les batailles ouvrières de l’Italie des années soixante, j’ai beaucoup aimé suivre l’évolution des deux amies, différentes et semblables à la fois, qui s’aiment et s’haïssent, qui s’évitent tout en pensant toujours à l’autre. 

J’ai beaucoup souri et même un peu pleuré en lisant Demain, j’arrête, de Legardinier. L’auteur est un homme, mais il a très bien réussi à dépeindre toutes les petites pensées d’une femme amoureuse. Et ce n’est pas son seul talent. 

Et une autre histoire de couple, Le mec de la tombe d’à côté. L’auteure Katarina Mazetti a utilisé une technique que j’admire : donner la voix à chacun des personnages pour le même événement. Un chapitre elle, un chapitre, lui. Contrairement au livre précédent, le couple ne résistera pas à leurs différences.

Le retour fut d’autant plus facile que les nuages noirs ont mis leur menace à exécution. Finalement, après le blanc des vagues, le brun des plages sablonneuses ou rocailleuses, le rouge des crustacés succulents, je reviens aux verts de chez nous. Pour tout l’été.

Pour l’album photo au complet, voir le site de voyages >>>

vendredi 9 juin 2017

L'après-coup

Chaque personne réagit probablement selon sa personnalité, son caractère, son parcours de vie. 
J’ai l’impression de réagir pas trop mal pendant l’événement, pendant l’incident, pendant que l’action se passe. C’est après que je me mets à trembler ou à réfléchir ou à réagir bien différemment que sur le coup.

Exemple : chevreuil.

Le chevreuil, c’est mon animal-totem. C’était mon vrai totem alors que j’avais seize ans. J’ai un toutou en chevreuil. Un pendentif en chevreuil. Un tableau peint sur lequel est représenté le chevreuil. Il y a tout plein de chevreuils dans ma région. Au bout de ma rue, le pont des chevreuils. Il y a un ravage de chevreuils à 40 minutes de chez moi. Des amis qui les nourrissent. 

Je m’attendris et même je pleure encore si je regarde le film Bambi.

Alors en frapper un… sur le coup, ce n’est qu’un malencontreux accident. Qui n’a de dégâts qu’une calandre et une portière. Qui n’a de conséquences que de voir deux bons samaritains américains s’arrêter aussitôt et «scotcher» les phares dégingandés. Et me dire qu’il n’y a rien à faire : même pas appeler la police ou un gardien de la faune. Personne. Rien. Que de continuer notre voyage. Ce que j’ai fait.

Mais voilà, ça fait huit jours, et je le revois ce chevreuil foncer sur ma camionnette. Je le revois sur le bord de l’autoroute à trembler de toutes ses pattes longues et effilées. Bien sûr tout me le rappelle : l’assureur à appeler, l’évaluateur à recevoir, le débosseleur à contacter. Raconter, revivre. Et même en rêver.

Ce n’est pourtant qu’un animal qui n’a rien compris au Code de la route. Qui ne comprend rien à ces humains qui ont envahi son territoire. 

Ce n’est que de la sélection naturelle.
Mais Darwin avait-il un totem?

jeudi 8 juin 2017

Quelques jours dans le Maine

J’étais partie voir la mer. Je l’ai vue à Kennebunkport, à York, à Ongunquit.
J’ai senti les embruns.
J’ai entendu les grives et les goélands.
Je me suis laissée bercer par le flux et le reflux de la marée.
J’ai vu la mer calme sous un ciel bleu et, un peu mauvaise, dans la brume.
J’ai mangé du homard et de la sole. Des frites et des fritures. 
J’ai bu du chai thé latte, du café et du vin.
J’ai lu au soleil et près d’un feu. 
Je me suis réveillée sous des feuilles d’un vert printanier fort joyeux.

Des matins tranquilles dans des campings presque déserts.
Des après-midis au bord des plages. Ma préférée, celle d’Ogunquit, surtout pour l’accès au stationnement, encore gratuit la semaine. 

J’ai écrit. Un peu seulement, trop occupée à observer la faune humaine.
J’ai roulé. J’ai badaudé. Parfois difficilement dans ces rues étroites et tortueuses faites pour les automobilistes et non les camions de 26 pieds ni même bien invitantes pour les vélos.

Un chevreuil a décidé de traverser la route au lieu d’attendre. Au lieu de virer de bord et retourner dans sa forêt, il a foncé sur mon camion. Suicidaire. Deux phares brisés. Le chevreuil est tombé. Il est mort. Et je n’ai pas eu le temps d’avoir peur. Lui? Je ne sais pas.

Photos regroupées par thèmes. Vous pouvez cliquer sur chaque groupe pour le visualiser un peu plus gros.
Activités sur les plages et dans les vagues

Kennebunkport, Perkins Cove à Ogunquit. rhododendrons en fleurs, partout.

Le style Maine

La nuit au camping. Le jour en bordure de plage, quand le stationnement lest accessible.



mardi 30 mai 2017

Une bouteille à la mer mère

Depuis le début de ce blogue, j’ai écrit souvent mes impressions sur tel ou tel livre, des romans bien souvent, des biographies à l’occasion. Je n’ai parlé qu’une fois ou deux des blogues que je lis. Cette fois, je tiens à nommer ce blogue qui, s’il n’en tenait qu’à moi, serait publié sous forme de livre. Être un éditeur, je m’empresserais de faire signer un contrat à cette blogueuse.

En attendant, je me délecte, mais je ne pourrai pas garder ce secret longtemps pour moi seule. D’autres lectrices et lecteurs découvriront derrière un site qui offre des services de révision ce petit bijou rempli de sincérité et d’émotions vives. 

Extrait d'une lettre de Bernadette Gilbert
Il y eut d’abord des impressions de lectures, et puis sa mère est décédée. Depuis, elle lui écrit des lettres. Une telle intimité révélée force mon admiration. Me jette à terre. Me chavire le cœur. C’est autant ce qu’elle dit, ce qu’elle promet de dire que le comment elle le dit. Une plume féconde et talentueuse.

Elle raconte comment elle a adopté sa fille, au Bénin : l’attente, les questions, les craintes et la naissance du sentiment maternel. Bouleversant. Poignant.

Je voudrais être sa fille. Je voudrais être sa mère. Je voudrais qu’on m’écrive de telles lettres. Je voudrais être capable d’écrire de telles lettres.

Je partage donc. Pour que si belle écriture ne se perde pas comme une bouteille à la mer.

jeudi 25 mai 2017

Nommer les Filles du Roy: conférence d'Irène Belleau

Les nommer

Anne Hébert, en 1988, écrivait dans son roman Le Premier Jardin
«Il faudrait les nommer toutes, à haute voix, les appeler par leur nom, face au fleuve, d’où elles sont sorties au 17e siècle pour nous mettre au monde et tout le pays avec nous.»
Quand Irène Belleau a pris sa retraite de l’enseignement, elle s’est intéressée à l’arbre généalogie des Belleau dit Larose. Et en cherchant à se documenter sur Hélène Calais qui avait épousé son ancêtre, elle découvrit que c’était une Fille du Roy, mais pas du tout le genre de « fille de mauvaise vie » comme les livres d’histoire le laissaient entendre depuis trop longtemps.

Elle a juré de réhabiliter les Filles du Roy. Et de les nommer.
Voilà pourquoi elle a fondé la Société d’histoire des Filles du Roy.
Voilà pourquoi elle donne des conférences.
Voilà pourquoi, depuis 2013 et jusqu’en 2023, elle organise le « jumelage » avec les Filles du Roy. Ce qui fait que chaque année une trentaine de Québécoises se promènent dans la province, dans les fêtes, dans des lieux d’animation et nomment fièrement les Filles du Roy. 

Comme « ma » Fille du Roy, Marie-Rose-Colin, originaire d’Espinay en Bourgogne est arrivée en 1670, elle sera « nommée » en 2020.

Conférence

La conférence à laquelle j’ai eu grand plaisir à assister grâce à l’AREQ Petite-Nation a pour but d’expliquer qui sont les Filles du Roy, pourquoi elles sont venues et qu’en reste-t-il?

L’historien Yves Landry, le grand spécialiste de la question les a répertoriées. Sur les 763 Filles du Roy, venues en dix ans, la majorité était des orphelines et vivait à la Salpêtrière de Paris. Elles étaient protégées par le roi et c’est lui qui, pour peupler la Nouvelle-France, décida de les faire venir en Nouvelle-France, de couvrir les frais de transport et « pourvoir, sous forme de dot, à la première année d’intégration ».

Pour monter à bord du bateau et aspirer à fonder une famille en Nouvelle-France, il leur fallait un certificat de bonne conduite signé par le curé de leur paroisse, qu’elles soient en âge d’enfanter et de nature assez robuste pour résister aux hivers canadiens et aux durs labeurs de la terre.

Aussitôt arrivées, aussitôt mariées. Avant que le bateau ne reparte pour une autre année. Mais plusieurs ont refusé le prétendant qu’on leur présentait. D’autres, comme Marie-Rose Colin, ont annulé le contrat signé et ont choisi un autre mari. 

Comme « ma » Fille du Roy a épousé le soldat de Carignan François Deguire, contrairement à mon autre ancêtre Jean Bricault dit Lamarche qui a plutôt choisi une fille née à Québec, je savais bien que toutes les Filles du Roy n’épousaient pas un soldat, mais j’ai quand même été surprise d’apprendre que seulement 179 d'entre elles ont été mariées à un soldat de Carignan. 

Comme les couples avaient dix, douze, quinze enfants, en 1683, la population a triplé au plus grand bonheur du roi qui souhaitait peupler la colonie. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous dit Irène Belleau, « sans pourtant minimiser l’apport des religieuses et les premières épouses des colons, on peut dire que les Filles du Roy sont les mères de la nation ».

Livres

À la fin de la conférence où elle nous a fait rire et sourire, et avant de répondre à nos nombreuses questions, madame Belleau nous présente divers documents, et nous remet une longue liste d'ouvrages de référence, qui prouvent que le sujet intéresse de plus en plus d'écrivains. En bonne amoureuse des livres, j’en ai reconnu quelques-uns : Catherine de Baillon de Raymond Ouimet, Marie Major de Sergine Desjardins, Eugénie, Fille du Roy de René Forget que j’ai connu lors de la rencontre des descendants Deguire, Larose et Desrosiers et aussi, Pierre et Renée que je suis justement en train de lire et où je m’amuse à transposer Pierre en François et Renée en Marie-Rose.

Les livres d’Yves Landry ont vitement trouvés preneurs. La Société d’histoire des Filles du Roy a aussi publié quelques livres et brochures, mais ils portent surtout sur les pionnières de Montréal ou de Québec. Comme la mienne s’est établie à Saint-Ours, j’ai surtout hâte de me procurer le livre Le pays des filles du Roy… au confluent du Saint-Laurent et de la Richelieu publié par la Société d’histoire Pierre-de-Saurel.

Malheureusement, je ne pourrai pas être présente lors du passage des « jumelées » à Sorel Tracy le 11 juin prochain. Ce sera certainement une belle occasion pour comprendre une fois de plus qui étaient réellement ces pionnières de la Nation. La mienne, sera-t-elle nommée même si elle est arrivée en 1670? 

Madame Belleau, vous êtes une inspiration. Je vous promets de faire mon arbre matrilinéaire, et je suis déjà certaine d’y trouver d’autres Filles du Roy. 


samedi 20 mai 2017

Nommer Marie-Rose Colin, fille du Roy

annonce parue dans le journal La Petite-Nation, mai 2017
J’ai d’abord vu l’illustration, ce qui est rare dans mon cas, mais à ma défense, ce n’était pas un article, donc pas de titre à lire. Puis, le nom d’Irène Belleau que j’ai vu souvent sur les sites dédiés aux Filles du Roy. Je savais dès lors que j’assisterais à cette conférence donnée ce mardi 23 mai et offerte par l’AREQ (Association des retraité-e-s de l’enseignement du Québec) Petite-Nation : c’est chez nous, enfin à quinze minutes de chez moi. Pas besoin d’aller dans une grande ville. 

Raison très simple : mon ancêtre du côté de ma mère en a marié une. Elle s’appelait Marie-Rose Colin. Selon toutes les sources, elle est arrivée en 1670, cinq ans après les soldats de Carignan. Et aussitôt arrivée, aussitôt établie à Saint-Ours, aussitôt mariée, quoique le contrat de mariage avec François Deguire dit Larose n’a jamais été trouvé. Seul celui avec Charles Millouin le fut, en septembre 1670 et il fut annulé. 

Irène Belleau a justement cherché à savoir pourquoi tant de mariages furent annulés. Elle conclut seulement :
Ce qu’on ne saura jamais vraiment : est-ce que c’est lui ou elle qui dit non en premier… On attribue la décision aux Filles du Roy généralement. Probablement peut-être parce que le choix ne leur revenait pas… mais peut-être que dans certains cas, le futur — tout en désirant une épouse — n’avait pas ressenti un coup de cœur! Qui sait?
Et les personnes qui me connaissent ou suivent mon blogue depuis quelques années savent très bien que ce sujet m’intéresse. Comme mon père avant moi. Comme Gilles Deguire aussi qui a effectué de longues et minutieuses recherches sur tout ce qui concerne les Deguire et par extension les Larose et les Desrosiers (lien vers son site à la fin). 

Si on trouve plus facilement de la documentation sur les soldats de Carignan, il est plus difficile de trouver de la documentation sur les Filles du Roy. Je devrais plutôt écrire « il était » parce que depuis quelques années, de nombreuses associations, regroupements et historiens ont planché sur le sujet. À preuve, les sites et les pages Facebook se sont multipliés. Et que dire de ce magnifique projet : « Les nommer toutes » (voir la vidéo, lien au bas du billet). Lors du 350e anniversaire de l’arrivée des premières Filles du Roy, en 2013, on a commencé à les nommer. La mienne, Marie-Rose Colin, ne sera nommée qu’en 2020. D’ici là, je la nomme à ma façon.

C’est donc avec grand plaisir que j’écouterai toutes les personnes qui veulent bien me parler de ces Filles du Roy comme si on me parlait d’une lointaine cousine — et de toutes ses amies — que j’aurais bien aimé connaître.
Dont Irène Belleau ce mardi.


vendredi 19 mai 2017

Le bal des absentes pour se rattraper dans ses lectures

Avant de parler du livre lu, je veux expliquer pourquoi je l’ai aimé. Pourquoi il m’a attiré.
Parce que je suis femme, oui. Parce que j’aime la littérature, oui. Mais encore.

Il faut remonter en 1967. Avais-je lu un roman québécois? À la maison, mon père, qui en était à ses balbutiements d’écriture romanesque, assistait aux lancements chez Fides, Beauchemin, Cercle du Livre de France (futur Éditions Pierre Tisseyre après 1975) et surtout Éditions du jour de Jacques Hébert, il rapportait donc des Yves Thériault, Hubert Aquin, Roch Carrier, Jean-Marie Poupart, Hélène Ouvrard, Nicole Brossard, Marie-Claire Blais, Claire Martin et quelques autres. Je feuilletais, je peinais à la tâche. J’en lisais très peu parce que trop différent de ce à quoi j'étais habituée. Tellement, mais tellement loin de mes lectures scolaires et même celles de grasses matinées de la fin de semaine.

Mais en classe, avais-je lu un roman québécois et un roman d'une auteure? Jamais. Jusqu’en 1967 justement. Quand notre professeur de français osa nous proposer Salut Galarneau de Jacques Godbout. 
Et comme auteures, avec un « e », comme écrivaines, avec un « e », qui ai-je étudié? À part Les chambres de bois d’Anne Hébert? Rien, aucune autre. Ce n’est donc pas en classe que j’ai découvert Simone de Beauvoir (on étudiait Sartre, Camus), Violette Leduc, Marie-Claire Blais, Nicole Brossard, Marguerite Duras, Colette, Gabrielle Roy, Germaine Guèvremont. Et à chaque décennie, j’ai aimé lire ce qu’écrivaient les femmes. Je n’ai pas tout aimé, pas tout compris. Je ne les étudiais pas, je lisais par plaisir.

Voilà donc pourquoi j’ai plongé dans Le bal des absentes: pour voir ce qu'on étudie -- ou non-- aujourd'hui. 

Julie Boulanger et Amélie Paquet sont deux professeures de cégep qui ont constaté que « les œuvres rédigées par les femmes occupent une place marginale dans les corpus littéraires ». D’abord dans leur blogue (lien à la fin), puis dans un essai qui réunit quelques-uns de leurs billets, elles nous proposent différents titres de ces autrices (c’est le mot qu’elles utilisent) parfois méconnues.

Faute de retourner sur les bancs d’école, j’ai adoré lire cet essai. Nous avons tous eu un ou deux professeurs qui nous ont fait aimer l’histoire ou les mathématiques ou la littérature. Nous en avons aussi eu, malheureusement, qui nous ont fait détester ces mêmes matières. En lisant Julie Boulanger et Amélie Paquet, j’avais l’impression de lire différemment. De voir autrement certains romans que je connaissais et d’autres que je découvrais. De faire un peu de rattrapage.
De plus, elles nous racontent leur vie de professeurs, ce qui n’est pas pour me déplaire, moi qui le fus quelques années. Le monde de l’enseignement ne m’a jamais véritablement quittée. J’espère être curieuse jusqu’à ma toute dernière journée. 

Dans Le bal des absentes, il suffit de consulter la table des matières pour connaitre les autrices et les titres dont il est question :

Bye Bye Blondie de Virginie Despentes
Une mort très douce de Simone de Beauvoir
Demoiselles-cactus de Clara B.-Turcotte
Folle de Nelly Arcan
La cloche de détresse de Sylvia Plath
Autour de ton cou de Chimamanda Ngozi Adichie
Mettre la hache de Pattie O’Green
Je voudrais qu’on m’efface d’Anaïs Barbeau-Lavalette
Aucun lieu, nulle part de Christa Wolf
La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette
Bonjour minuit de Jean Rhys
Car l’adieu, c’est la nuit d’Emily Dickinson
Le ciel brûle suivi de Tentative de jalousie de Marina Tsvetaeva
La Marquise de Sade de Rachilde
« Trois femmes » de Monique LaRue
Carol de Patricia Highsmith
L’invitée de Simone de Beauvoir
Tête Blanche de Marie-Claire Blais
Femme, réveille-toi ! d’Olympe de Gouges
La plongée de Lydia Tchoukovskaïa

Quels sont les titres que j’aurais pu étudier, fin des années '60, si tant est qu’un professeur se soit donné la peine de les mettre au programme? Peut-être deux. Aurait-il pu en trouver d’autres? Sûrement. Comme j’ai été une lectrice autodidacte par la suite, encouragée par des parents grands lecteurs eux aussi, j’en ai connu plusieurs autres. Mais de cette liste? Moins de la moitié : neuf sur vingt. 

Voilà une des raisons qui m’ont fait aimer ce livre que j’ai dévoré à petites doses comme si j’assistais à un cours chaque fois, à raison de deux ou trois cours par semaine : les deux professeures m’ont donné le goût de m’intéresser aux onze autres. Je les ai lues avec amour comme je les écouterais sûrement si j'étais dans leurs classes. Et j’ai fait mes devoirs, j’en ai commandé plusieurs à la bibliothèque et quelques autres trouvés en numérique.

Dirais-je ma première déception? Une déception que j’ai oubliée rapidement une fois plongée dans la lecture : la couverture. Pas l’illustration qui, finalement, attire l’œil avec son jaune éclatant. Pas le fait qu’il n’y a ni titre ni nom des auteures sur la couverture, je l’ai remarqué sans plus. Non, le carton. L’épaisseur du carton, le nombre de points. Et probablement le fini mât qui fait que le moindre frottement devient égratignure. C’est sans doute un choix éditorial de la maison d’édition La mèche. Ou peut-être des auteures également. Ça fait nouveau, ça intrigue. Mais je dois avouer que ma première pensée fut le rapport qualité-prix. Et puis, je suis passée au contenu qui m'a fait tout oublier. Qui nous amène à l’essentiel : ces autrices qu’on pourrait étudier au cégep… ou lire pour le plaisir de savoir que la littérature n’est pas que monde d’hommes.

vendredi 12 mai 2017

Carnet de roman (12)

Le refus a eu lieu en février. Je n'ai pas repris la correction de façon intensive. Mais est-il toujours dans mon esprit? Oh! que oui. Surtout quand je lis certains livres.

Dans la biographie que Carlo Jansiti a écrite sur Violette Leduc il a dit qu’elle « était la somme de toutes les marginalités dérangeantes. […] une œuvre inclassable qui, page après page, crie comme nulle autre, la solitude, le désespoir, la douleur d’exister. »

Oui, c’est ça, c’est en plein ça, c’est donc ça: il faut des mots forts, des mots dérangeants, des phrases-chocs, il faut des coups, des coups de poing, des coups de cœur, pour retenir l’attention d’un éditeur d’abord et peut-être des lecteurs ensuite. 

Je ne dois pas crier assez fort, et je ne crie pas une douleur assez vive. Je ne dérange personne. Aujourd’hui pour que nos romans soient remarqués, reçoivent au moins une attention sympathique, il faut être marginal-e ou original-e ou souffrant-e. Ou en tout cas que notre œuvre le soit. 

Je n’ai pas assez souffert ou je ne sais pas faire souffrir mes personnages. Il faut croire que j’ai réussi dans quelques-uns de mes livres, mais pas dans le dernier manuscrit refusé.

Même si j’ai pris de la distance avec ce texte, au sens où j’ai occupé et j'occupe encore mon esprit à d’autres activités, certaines d’entre elles tournent quand même un peu autour du livre, donc je ne décroche pas à cent pour cent. J’en suis toujours à ce constat. Je ne cherche pas la recette, mais au moins un filon. 

On dirait que tant que je ne trouverai pas le titre, la ligne directrice ne sera pas claire. Pour l’éditeur, parce que pour moi, c’est limpide : je raconte la vie de Mireille et de Dominique dans les années 60-70. Et ça me suffit. 

« Je n’ai pas d’imagination et je n’en aurai jamais. Alors j’écris ce que j’ai vécu. Je monte en épingle des petits drames devenus des riens avec les années » est-il aussi écrit dans la biographie de Violette Leduc.

Tout à fait mon cas. Mais je n’ai pas de Simone de Beauvoir pour leur trouver, à ces petits drames, une valeur ajoutée.

Peut-être devrais-je revoir mon manuscrit sous l’angle de la femme dans les années 1960. Non pas ce qu’il reste de sang irlandais dans les veines de mes deux personnages féminins, mais que sont devenues ces femmes, les descendantes de Bridget. Reprendre ce que j’écrivais déjà en 2006 :
Née fille, je suis donc femme d’une lignée zigzagante.
De quoi peuvent-elles être fières, ces femmes de ma lignée zigzagante? D’avoir peuplé le Québec? D’avoir choisi la langue française et depuis, de la cultiver, de l’aimer, de l’entretenir, de la défendre? De la choisir encore chaque jour? D’être citoyennes d’un pays qui les ont accueillies, nourries, instruites?
 
Ce sont des femmes qui ne parlent ni haut ni fort, qui ne veulent pas déranger ni se plaindre, qui ne revendiquent rien, mais qui disent la vie à leur façon, qui la donnent et la vivent de plus en plus longuement. Qui racontent la mémoire de leur mère, de leur père. Je suis de cette descendance, apportant à mon tour d’autres petites histoires qui s’inscrivent à peine dans la grande Histoire. 
Les femmes de ma lignée sont fières de leurs enfants : de les avoir mis au monde, de les aimer. Moi qui n’en ai pas, je témoigne de leur fierté. Ma trace est de cet ordre.
Nourrie de toutes ces vies qui coulent dans mes veines, de tous ces savoirs dont il reste si peu, héritière de leur sang et de leurs pensées secrètes, j’ai tenté de les raconter avant qu’elles ne s’effacent pour toujours.
Autant le titre du premier tome est venu avant même la rédaction du roman, autant le titre du deuxième est venu rapidement en cours de rédaction, autant celui-ci change à chaque promenade. 

Sur le petit kilomètre qui me sépare de mon village, j’ai parsemé des dizaines et des dizaines de titres:

Les têtes dures
Les têtes fortes
Les têtes libres
Les têtes solitaires
Les têtes contraires
En tête à tête
Les têtes brûlées
Les têtes d’hier
Ressemblances
Vies parallèles
Liberté chérie
Atavismes
Mère de, fille de, sœur de
Sans queue ni tête

J’aime bien Ressemblances, mais j’aurais voulu que le tome 3 porte le mot « têtes » pour indiquer qu’il est une sorte de suite aux deux autres. Peu importe l’éditeur. Pour le lecteur surtout.

Voilà où j’en suis. Avec une lenteur faite de distractions, de printemps occupé, de lectures captivantes, de tâches domestiques et de rêves de sorties, je retranscris les corrections préalablement faites à la main. Sans aucune garantie qu’elles répondent aux remarques de l’éditeur lors du second refus.

Et dans le doute permanent, dès que je relis le texte.
Prochaine étape, une fois une relecture, envoi à d'autres éditeurs.

dimanche 7 mai 2017

Le chœur des femmes a conquis mon cœur

Si je tenais un blogue d’actualité, je parlerais des inondations. De la rivière Petite-Nation et de la rivière des Outaouais.
Si j’étais très politisée, je parlerais des élections présidentielles de la France, je dirais que j’hésite à partir aux États-Unis pour punir Trump, pour exprimer mon désaccord avec ses décisions.
Mais voilà, il pleut donc je lis. J’hésite à voyager, donc je lis.

Choix entre :
Pieds nus dans l’aube, Félix Leclerc 
Le bal des absentes, Julie Boulanger et Amélie Paquet
Celle qui reste, celle qui fuit (tome 3 de L’amie prodigieuse), Elena Ferrante
Violette Leduc, Carlo Jansiti
Le chœur des femmes, Martin Winckler
Les hirondelles de Kaboul, Yasmina Khadra
Le vieux qui lisait des romans d’amour, Luis Sepúlveda

Mais cette liste, établie comme un devoir de méthodologie, aussi ennuyante qu’une commande à un libraire ne dit rien, ne révèle rien, ne vend rien, n’inspire rien. 
Vient le temps de choisir lequel je lirai aujourd’hui, là maintenant, dans l’état d’esprit dans lequel je suis alors que la pluie tombe, légère, mais ininterrompue, alors que j’ai encore à l’esprit tous les livres vus, toutes les phrases entendues il y a une semaine déjà.
Je feuillette un peu. Je lis les premières pages ou la quatrième couverture. Pas de critiques qui pourraient m’influencer.

Les quatre premiers m’attirent :
Pieds nus dans l’aube parce que je veux relire (comprendre que j’ai tout oublié) avant la sortie du film produit par le fils de l’auteur.

Le bal des absentes parce que j’aime bien le blogue de ces deux professeurs de cégep qui voudraient bien qu’il y ait plus de livres écrits par des femmes dans les cours offerts au collégial. Mais comme c’est un livre qui donne envie de lire d’autres livres, je vais retarder un peu. Je vais commencer par lire ceux de cette liste.

Quant au roman d’Elena Ferrante, comme il m’appartient j’ai tout le temps de le lire et je veux retarder le moment de déguster comme on le fait pour un dessert rare… et cher

Tout ce qui tourne autour de Simone de Beauvoir m'a toujours intéressée depuis que j'ai lu Les mémoires d'une jeune fille rangée, à quinze ans. Alors la biographie de Violette Leduc, auteure de La bâtarde, lu également à l'adolescence, devrait me plaire. Comme la majorité des biographies.

Les trois derniers ne me disent rien. Ni Kaboul ni l’Amazonie ne m’attirent, ne m’ont jamais attirée. Il fallait tout le talent d’une ou deux membres de mon cercle de lecture pour me convaincre de tenter l’aventure. Je suis une irréductible Nordique. Une incorrigible romantique qui préfère les histoires d’amour, les relations humaines plutôt que les descriptions de la nature ou les conflits raciaux.

Donc, j’ai opté pour Le chœur des femmes. J’ai plongé. Je n’en suis ressortie qu’hier. Lu le matin au déjeuner, une bonne partie de l’avant-midi, délaissant les tâches ménagères. J’ai lu le soir alors qu’il n’y avait rien d’intéressant à la télévision. J’ai lu certains après-midis puisque de toute façon je ne pouvais aller me promener en bicyclette ni semer de gazon. 
De toute façon, je n’avais pas eu besoin d'autre raison que de vouloir poursuivre parce que j'aimais, point. 

C’est l’histoire toute simple du gentil docteur qui soigne et non pas qui diagnostique et du stagiaire qui ne cesse de râler. Un roman français, avec quelques clins d’œil au Québec, une parlure argotique que j’adore. Une apparence d’opéra où les choristes chantent chacun leur tour soit andante ou largo ou lento. On s’en fout. Surtout divers points de vue sur le monde médical (l’auteur est médecin lui-même). Un secret révélé à petites doses, à la limite du vraisemblable, mais qu’est-ce que j’en sais moi de la science médicale. Bien sûr, selon mes bonnes habitudes, j’ai passé plusieurs pages, des cas vécus et détaillés qui n’apportent rien à l’histoire, mais jamais, je n’ai voulu lâcher. Et suprême habitude qui confère à l’ouvrage son quatre étoiles et demi — si j’avais à lui en attribuer une —, même après avoir été voir la fin, je suis revenue tout lire dans l’ordre. Et mieux encore, la lecture m’a insufflé quelques idées — en tout cas quelques paragraphes — pour mon roman toujours en cours de correction.

Alors, bien sûr, je veux que la pluie cesse, que les rivières reprennent leur cours… mais je trouverai bien d’autres prétextes pour entamer le prochain : Le bal des absentes.

mercredi 3 mai 2017

Joyeuses agapes autour des livres

Il a fait beau, il a plu.
Il a fait chaud, il a fait frisquet.
Mais je n’ai rien senti d’autre que l’enthousiasme de Catherine, d’Émilie. De Muriel, de Laurence, de Nadette, d’Yves et de Guy-Louis. Et de Marie-Andrée.

J’ai marché, j’ai roulé.
Dans ma pinède, jusqu’à Saint-André-Avellin, jusqu’à Vaudreuil-Dorion.

J’ai beaucoup parlé, beaucoup écouté. Des auteur-e-s, des conférenciers, des lecteurs, des amoureux de livres.
J’ai souri, j’ai ri, j’ai failli pleurer.
Aperçu de nouveaux visages, revu d’anciennes connaissances, rencontré de nouveaux auteur-e-s et de nouveaux lecteurs et lectrices.

J’ai classé, beaucoup classé des livres d’occasion. J’ai vendu cinq livres neufs, j’ai acheté deux livres neufs, j’ai pris quatre livres d’occasion. En reparlerai bien sûr.
Des livres, et encore des livres. Des romans surtout, mes préférés.
Et après ces cinq jours, je flotte encore dans cet univers livresque. 

La vidéo enregistrée le jeudi matin sera diffusée à la Maison des auteurs, parc Jacques-Cartier, Gatineau l’été prochain.

Le Festin de livres a écrit son premier chapitre et je l’ai trouvé très réussi. Il devrait revenir l’an prochain.

Et les membres de l’Atelier de lecture de Vaudreuil-Soulanges m’ont très bien accueillie. À parler de mon roman Les têtes rousses, on me demandait si, après leurs commentaires, je voyais mon livre d’une façon différente. J’ai répondu que non, mais je me voyais différente en tant qu’auteure : pour qui a le doute facile, comme moi, je suis toute ragaillardie.

Oui, ce serait le mot qui définit ces cinq jours : ragaillardie. Comme pas fatiguée du tout, signe que ce ne fut que du positif.

Je n’ai qu’un hâte : lire.

 Quelques photos pour me rappeler des jours heureux.

Le Festin de livres à Saint-André-Avellin
organisé par le Centre d'action culturelle de la MRC Papineau

Invitée à l'Atelier de lecture de Vaudreuil-Soulanges


mardi 25 avril 2017

Festin de livres et plus encore

Les trois événements n'ont de rapport entre eux que le seul fait qu'ils se suivent sur mon calendrier. Le seul lien est le livre, ma passion, mon obsession, mon bonheur.

J’aime l’objet : le toucher, le sentir, l’ouvrir, le découvrir. 
J’aime le geste : tenir un crayon, un stylo. Ouvrir un cahier neuf et laisser glisser la plume. Ouvrir un livre neuf, le cœur battant. Feuilleter un livre que quelqu’un a déjà lu. Imaginer ce qu’il a pu en penser. Fut-il déçu pour le laisser aller? 
J’aime lire, j’aime écrire. 
Je serai choyée : cinq jours consacrés au livre.

Jeudi matin, 27 avril: une entrevue vidéo avec l’Association des auteurs de l’Outaouais où je parlerai de l’auteure que je suis, de mon rapport avec les lecteurs, de l’importance d’une association. Et d’un objet qui inspire mon œuvre. Qui saura deviner lequel? 

Jeudi après-midi et vendredi: bénévolat à trier des livres d’occasion, à préparer la salle pour le premier Festin de livres organisé par le Centre d’action culturelle de la MRC Papineau

Samedi, dimanche 29-30 avril: rencontre des visiteurs, des lecteurs, des amoureux, comme moi, des livres. À écouter conférenciers, animateurs, auteurs. À feuilleter des livres neufs ou d'occasion. À se régaler littéralement, littérairement. À parler de romans ou de patrimoine ou d’histoire ou de généalogie ou des produits du terroir. 
Ou du beau temps, du printemps. 

C’est le premier Festin de livres, je veux, je veux tellement que ce soit un succès. Je veux tellement que tous les efforts que le comité organisateur a fournis soient récompensés. Je sais qu’il sera beau, qu’il sera joyeux, vivant, intéressant. Que les tables mises seront abondantes, que les amateurs de scrabble seront bien desservis, que les enfants auront leur place. 
À nous tous, à vous tous de faire qu’il devienne un grand événement.

Lundi, 1er mai: autre lieu, autre groupe, mais toujours autour du livre. Des miens seuls, cette fois. 
Le jeudi matin, on m'aura demandé quel rapport avec mes lecteurs, qui sont-ils? Eh bien, si lundi je vais rencontrer l’Atelier de lecture de Vaudreuil-Soulanges, à la bibliothèque de Vaudreuil-Dorion, c’est grâce à un couple rencontré... dans un camping. D’ailleurs je crois bien que mon lectorat, en dehors de ma région, provient principalement des liens que j’ai tissés avec des caravaniers sur un forum de camping. 

Donc la lectrice-campeuse connue au bord de la mer a beaucoup aimé Les têtes rousses. Comme elle fait partie d’un cercle de lecture, elle a pensé à m’inviter. Son groupe a accepté, et moi aussi. Ce sera lundi 1er mai. 

Hâte. Comment ne pas avoir hâte de parler de mon sujet favori : l’écriture, la lecture? 

Je lis pour connaître, apprendre. 
J’écris pour mieux comprendre. 
Le monde, la vie. 
Et j’aime écouter ceux qui, comme moi, aiment les livres.
Ah! oui, j’oubliais, mercredi soir, je serai à « mon » cercle de lecture où je parlerai du dernier roman d’une auteure de l’Outaouais, déjà publiée chez Vents d’Ouest, maintenant à Paris. Comme quoi, il y a de l‘espoir! Il s’agit d’Ève Lacasse qui a écrit Peggy dans les phares.

Je serai donc choyée. 

Bienvenue à tous et toutes. Entrée gratuite.

mercredi 19 avril 2017

Zoothérapie

Une journée de ciel bleu, d’humeur bleue. Un après-midi sans nuages, sans irritants. Juste les yeux plissés de curiosité des cerfs, les bouches gourmandes des faons en attente de carottes ou de pommes. Juste les bisons ou les renards qui se prélassent au soleil, ce qui donne envie de nous laisser aller, nous aussi, à la douceur de vivre. 

Du silence et du temps. 
Rien qu’eux et moi. 
Dans un environnement qui passe du lac encore un peu gelé aux bourgeons hésitants. 
Dans un univers de bois sculpté, arrondi, couché. 
Un monde de forêt, de roches et d’eau.
La vie, le moment présent. 

À trier, retoucher les photos prises au Parc Omega, j’ai réussi à oublier une blogueuse condescendante qui a daigné fréquenter, le temps d’un livre «léger», la «littérature romanesque».
J’ai réussi également à ne pas trop regretter ce rendez-vous manqué avec ma meilleure amie que je ne vois pas assez souvent, et cette escapade, prétexte à aller chercher ce crabe tant aimé, que j’ai dû remettre, la température ayant décidé de contrecarrer mes projets… 

Les animaux, la nature sauront toujours me ramener à ma planète positive. La seule que, même malmenée, je ne devrais pas quitter.
























Pour les personnes qui ne connaissent pas Parc Oméga, sachez que c'est un parc animalier (exclusivement animaux sauvages) situé en Outaouais, à cinq minutes au nord de Montebello, près de l'autoroute 50. 

mercredi 12 avril 2017

Humeurs d'avril

Ce roman que je ne finis pas de réécrire commence à transparaître dans mes humeurs. 
Ce roman qui correspond plus à des portraits — fictifs, mais portraits tout de même —, ressemble à avril : un printemps qui frissonne, qui grelote, qui radoucit avant de fleurir vraiment.

Parce que j’écris, je recrée une femme que la quarantaine étouffe dans le Québec de 1964,
parce que je réécris, je trace le portrait d’une adolescente qui se cherche en 1964,
pour ce faire, je replonge, je retourne dans le passé, dans cette époque entre le noir d’avant et le tranquille souhaité. Une époque qu’on a qualifiée noire après en être sortie, qu’on a voulu tranquille, sans faire la révolution. Où tout fut chamboulé, de l’église aux écoles, des chambres à coucher à la pilule, de notre langue au théâtre, et du vin au fromage.

Moi, dedans, adolescente, je vivais ces années-là, mais je ne nommais rien. J’étais témoin, j’étais éponge, j’étais caméléon. Je sombrais, je titubais, mais je ne nommais pas.
Je lisais Réjean Ducharme, Marie-Claire Blais, Françoise Loranger et mes humeurs étaient forcément sombres. J’avais cessé d’aller à la messe, je ne savais pas ce que je ferais quand je serais grande, mais ça ne m’inquiétait pas. Je suivais la foule. J’écoutais mes parents. J’étais toute à mes amitiés à entretenir et à mes amours à espérer.

Et aujourd’hui, parce que je fais revivre cette mère, qui n’est pas tout à fait la mienne, et cette fille — qui n’est pas entièrement moi, ai-je besoin de le préciser en cette ère du « je » ou du « tu » que l’on croit toujours auto-fictifs —, c’est comme si je sombrais, vacillais encore un peu. Par mimétisme.

L’adulte d’aujourd’hui essaie de retenir la fillette d’autrefois. Ne pas m’enliser à nouveau. 

Aujourd’hui, je suis celle qui nomme, qui raconte. Qui pige dans ses souvenirs, qui cherche des informations, mais qui a du mal à garder le sourire d’un jour de soleil alors que je farfouille dans des nuits de grisaille, et que je dois inventer déchirements et réconciliations, paroles froides et tendresses filiales. 
Jouer dans le cœur de mes personnages sans que le mien perde espoir de demeurer intact.
Comme avril, comme les années '60, sortir de la noirceur pour enfin connaitre la tranquille saison de semailles.

Qui sort intact de son enfance ou de son adolescence?

Lecteurs, lectrices, auteur-e-s, les humeurs de vos personnages déteignent-ils sur vous? Ou c’est plutôt l’inverse?

samedi 1 avril 2017

Je suis fleur, je suis printemps



Ce matin. Comme une hâte de sortir de terre. Un espoir de floraison.

Même s’il reste des traces de neige et de froidure, je suis du printemps.

Même s’il reste du blanc, du noir, de la terre brune, je suis de sève d’avril.

Même s’il reste des jours gris, je suis de soleil et de lumière.

De conception estivale, je suis bouquet printanier.

Elles naîtront sous peu les jonquilles, les narcisses, les lys blancs de Pâques.

Je suis fleur bientôt éclose.

samedi 25 mars 2017

Liens obsessionnels

Billet que je ne devrais pas publier.
Publier ce billet, c’est avouer que je deviens obsédée, que je deviens plaignarde, que je ne surmonte pas un refus au lieu de me retrousser les manches, encore une fois, et de corriger mon manuscrit.

Pourtant, j’ai recommencé à le corriger, je l’ai imprimé, j’ai acheté un nouveau stylo rouge. Je biffe des paragraphes entiers, je reformule plusieurs phrases. Parfois convaincue de l’améliorer, parfois doutant de la pertinence de mes choix. Sera-t-il meilleur?

Ce qui ne m’empêche pas de râler encore.
Comme une déprime de postpartum qui n’en finit pas, malgré le goût du travail revenu.
Donc je publie tout de même le résultat de ce petit schtroumpf grognon qui n’est jamais bien loin. Juste pour libérer les toxines.

L’obsession me guette. L’idée fixe. La dépendance. Le déséquilibre. Le négativisme.
Si je n’y prends pas garde. Si je ne ventile pas. 
Jeter mes (inutiles) rechignements sur papier m’apporte-t-il un quelconque réconfort? Je dirais que oui. Après avoir craché son venin, le serpent se sent-il soulagé?

Lu ce matin sur Facebook :

Qu’est-ce qu’un auteur devrait écrire dans son blogue?
J’ai accroché sur le verbe « devrait ». Si écrire un blogue est un devoir… En ce qui concerne le mien, ça n’a jamais été et ça ne sera probablement jamais que la seule auteure qui l’écrit.
Sauf peut-être ces mois-ci. 

Ces mois-ci, depuis le refus de la maison d’édition pour la troisième version de mon roman, j’ai bien dû mal à penser à autre chose. En fait, oui, bien sûr, je me demande ce qu’on va manger pour souper, je vais pelleter et passer la souffleuse (eh oui, encore un 25 mars), je joue à Candy Crush, je cherche sur Google maps où je pourrais bien aller camper au mois de mai, mais disons que je ne passe pas une heure sans qu’une phrase, une image ne s’imposent à mon esprit. Je vais à la poste à pied? Tout au long, la tête penchée, je réfléchis, je fais parler mes personnages. Et puis, je me force à lever les yeux à regarder les grands champs encore tout blancs, à lâcher prise, à laisser le vent s’emparer de mes pensées et les diluer vers les montagnes lointaines.

Pourtant, de retour à la maison, je consulte mes blogues préférés, et pas un ne me ramène pas à mon roman.

Lu ce matin sur le blogue Je suis feministe
l’héroïne a l’intuition que sa place est dans la vie publique, avec les femmes en lutte, lorsqu’elle croise une manifestation à laquelle elle aimerait participer, mais voilà, il y a les enfants à aller chercher, le souper à préparer… Son mari fait semblant de la comprendre, mais la traite en femme. 
Ta maison est en feu de Margaret Laurence
Je n’ai pas aussitôt terminé le billet que je me précipite sur le site de la BANQ/prêtnumerique. Je lis l’extrait du livre. 
À qui je pense bien sûr : à mon personnage, Mireille. À accentuer, approfondir son rôle de mère. 

Mon « je » est auteure à l’affût 24 heures sur 24. Même quand ce « je » semble occupée à autre chose, l’auteure n’est jamais bien loin.
Surtout quand elle lit : que ce soit les blogues, Facebook, un journal et le pire, un roman ou des extraits de romans. 

Lu également Chez le fil rouge
Dans ce sublime petit ouvrage, l’auteure à la prose délicate et imagée nous ouvre les portes de tous ses petits cabinets d’écriture et nous confie des passages de ces batailles incessantes menées au cours de sa vie d’écrivaine avec ce lion, cette grande bête obstinée, son roman, son écriture.
Le « petit ouvrage » dont il est question, c’est En vivant, en écrivant d’Annie Dillard. Comme toujours, tout de suite, j’ai été voir s’il était disponible en numérique. Eh non. Ça attendra. 
Le pourquoi ou le comment ou toutes les questions d’ailleurs que se posent d’autres écrivains m’interpellent bien sûr. Mais toutes leurs réponses ne m’intéressent pas. Il faut que je m’identifie un peu. Elles me laissent rarement indifférente : soit j’apprends et ça me donne des ailes. Soit j’apprends, je m’interroge et ça me jette par terre de doutes. 

Comme dans Histoires de s’entendre de Suzanne Jacob 
L’urgence et la patience de Philippe Toussaint 
Questions d’écriture de Jean-Jacques Pelletier 
Le très compliqué Si une nuit d’hiver un voyageur d’Italo Calvino. 
Et, peut-être à venir : En vivant, en écrivant d’Annie Dillard.

Lu aussi le début du roman Les égarés de Lauri Lansens dont j’avais bien aimé Les filles.

Et dès le début, je remarque le peu de transitions entre les chapitres. Ça ne me dérange pas, mon cerveau sait enchaîner. Mais je me dis « pourquoi elle et pas moi ». Pourquoi à moi, on a reproché le manque de transitions ou le manque de diversité dans les transitions? Pourquoi il en faut dans mon roman et pas dans le sien? » 
Je connais la réponse bien sûr : une seule remarque et même toutes les remarques pour refuser un manuscrit n’expliquent pas tout. Quand bien même je corrigerais, quand bien même je répondrais à toutes les interrogations, ça ne m’assure pas d’une publication. Je sais bien, mais le schtroumpf grognon, lui, c’est dans sa nature de râler.

Vais-je un jour lire un roman sans comparer avec les miens? Sans faire de liens avec les miens?
Sûrement. Quand le dernier sera publié!

Si vous êtes las de lire mes interminables litanies… avec le printemps qui vient, il y a de l’espoir. La voyageuse prendra peut-être, enfin, la relève. 
Quoique la voyageuse aussi pourrait voir le prix exorbitant de certains campings ou être découragée devant les emplacements réservés des mois à l’avance, qui lui laisse croire qu’à son arrivée, il n’y aura pas d’emplacements disponibles dans ses campings préférés.

Et vous, quels liens fait votre cerveau entre ce que vous lisez et ce que vous vivez?

dimanche 19 mars 2017

Trois livres : une entrée substantielle, un plat principal indigeste, et un dessert exquis, café en sus

Trois livres, trois styles différents, trois auteurs de nationalité différente : un Japonais, un Américain et une Française. Trois impressions.

Le premier livre m’a été suggéré par une lectrice qui connait la littérature et le Japon : La femme des sables de Kôbo Abé. Un auteur japonais que je ne connaissais pas. Donc pas d’idées préconçues. Le livre a gagné des prix, mais en général, j’essaie que ça n’ait pas d’influence sur ma décision de lire ou non. J'essaie!

Un entomologiste échoue dans un village qui ressemble à une sablonnière. Et le voilà prisonnier au fond d’une dune. Toute l’histoire ne tient qu’à ça : prisonnier du sable. En compagnie, disons à côté, d’une femme qui passe ses grandes journées à rejeter le sable qui entre par toutes les fissures et les murs de la maisonnette. 

Comme pour chaque nouvelle lecture, qu’importe ce qui a attiré mon attention pour le choisir, l’ouvrir, le feuilleter, c’est toujours le style qui arrête mon élan ou qui, au contraire, me séduit suffisamment pour poursuivre au-delà des trente premières pages.

Jugez par vous-mêmes du genre de phrases :
« Car enfin, se jugea-t-il en lui-même, qu’ai-je fait jusqu’ici, sinon de m’exciter jusqu’à perdre la tête, sinon de répandre sur elle mes vociférations? Et quoi de surprenant, dès lors, dans ce beau résultat qu’elle en est arrivée à rester bouche obstinément cousue? Et puis, peut-être… — comment ne l’ai-je pas vu? — cette autre raison de son mutisme : de s’être par négligence, laissé surprendre nue; de n’avoir, par impudence, rien caché de ses formes endormies et de cela seulement éprouver de la honte, peut-être. Ce tout simple sentiment, et, s’il se trouve, rien d’autre, rien de plus… absolument rien. »
De multiples incises qui apportent d’innombrables nuances à la pensée du personnage. De trop nombreux deux-points qui, selon moi n’apportent rien, mais auxquels nos yeux finissent pas s’habituer. Mais surtout un rythme qui peut être déroutant quand on ne connait pas la façon de penser japonaise, mais qui m’a enchantée plus qu’il m’a irritée. Je me suis laissée bercer, je me suis mise en mode ouverture et disponibilité. Et la magie a opéré : j’ai lentement, mais complètement, entré dans la maison de sable, j’ai observé cet homme et cette femme qui, on le sentait bien allaient s'unir d'une quelconque façon. J’ai aimé que l'homme me dise à quoi il pensait, comment il réagissait. Et je n’en suis pas revenue que l’histoire ne soit que ça : travailler toute la journée à rejeter le sable. Et la fin ne ressemble en rien au prisonnier d’Alcatraz qui réussit à s’évader!

Pour alléger la tension de mon esprit, j’ai enchaîné avec un livre reçu à la bibliothèque : Les corrections de Jonathan Franzen. Un livre que j’avais commandé après avoir lu la quatrième couverture. Un roman qui a gagné un prix, lui aussi.
« Et si les enfants ne naissaient que pour corriger les erreurs de leurs parents? […] toutes nos contradictions : le patriarcat et la révolte des fils, la libération des femmes et la culpabilité de tous. »
Comme je suis, encore, en train de parfaire le dernier tome de ma saga irlandaise, dans lequel, justement, il est question de l’héritage des générations précédentes, ce sujet m’intéresse. Je croyais y trouver une solution au problème (problème pour l’éditeur, semble-t-il et non pour moi) à cette intrigue qui n’est pas assez enlevante. 

Le 700 pages ne me rebutaient pas. Au contraire, les briques m’attirent comme un repas sept services.
Mais bien avant la page 97, j’étais repue. Ce paragraphe provoqua l’indigestion.
«Je vous écris au nom d’Axon Corporation, 24 East Industrial Serpentine, Schwenksville, Pennsylvanie, pour vous proposer le paiement d’une somme forfaitaire et définitive de cinq mille dollars (5000 $) en échange de la jouissance entière, exclusive et irrévocable de l’US. Patent no 4.934.417 (ÉLECTROPOLYMÉRISATION D’UN GEL DE FERROACETATE THÉRAPEUTIQUE), dont vous êtes le titulaire original et unique.»
C’est un roman, mais on dirait un annuaire d’entreprises américaines. Des milliers de détails, jusqu’au prix des légumes. Un hyperréalisme qui ne laisse pas de place à l’émotion. Pas le temps de penser, de sentir. Jeux agaçants de typographie : italique, petites majuscules, caractères plus petits, d’autres plus gros et en gras. Au début surtout. Même quelques illustrations, tout pour déranger l’œil et qui, selon moi, n’apporte rien à l’histoire. 

Après avoir lu quelques critiques sur Babelio :
Voilà, ça c’est ce que j’appelle de la Littérature. Un écrit qui a du souffle, de l’ambition, de l’intelligence, de l’imagination, du vocabulaire, du style. Qui engendre toute une gamme de sensations : émotion, agacement, rire, malaise, admiration et même suspense.
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Ou encore :
L’analyse de la famille dysfonctionnelle, sujet battu et rebattu, trouve dans Les corrections les voies de l’excellence.
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J’ai persisté. J'ai sauté quelques pages, lu les trente dernières.
Mais finalement, trop, c’est trop. À défaut d’entrer dans le cœur d’un personnage, j’aime bien essayer de comprendre ce qui se passe dans sa tête. Non, que du dehors. Pas de la superficialité, mais du vide. Tout nous est donné, je n’ai rien ressenti qu’une écœurantite de détails. Je n’ai pas réussi à passer par-dessus pour essayer de voir l’essentiel invisible.

Dans le livre précédent, le détail était pertinent. On entrait dans l’esprit et l’âme du personnage. Ici, le détail était superfétatoire.

J’ai donc délaissé Les corrections sans remords. D’autant qu’entre temps, en cherchant à savoir qui était cette Sylvia Plath dont je voyais de plus en plus souvent le nom, j’ai trouvé ce livre en numérique : 7 femmes de Lydie Salvayre

Dès les premières pages, mon cœur accéléra comme lors d’une partie de ringuette quand mon équipe était en avance. Mes yeux ne lisaient pas assez rapidement tellement j’étais emballée et gourmande. 
Sept imprudentes pour qui écrire ne consiste pas à faire une petite promenade touristique du côté de la littérature et puis, hop, retour à la vraie vie, comme on l’appelle.
Pour qui l’œuvre n’est pas un supplément d’existence.
Pour qui l’œuvre est l’existence. Ni plus ni moins.
Et qui se jettent dans leur passion sans attendre que e contexte dans lequel elles vivent leur soient moins adverse.
Sept folles, je vous dis. 
Ce n’est pas un roman, c’est un hommage. De courtes biographies sur Emily Brönte, Colette, Virginia Woolf, Djuna Barnes, Marina Tsvetaeva, Ingeborg Bachmann et Sylvia Plath. Comme j’en aime déjà trois sur sept, j’étais curieuse de connaitre les quatre autres. 

Sans savoir que le livre datait de 1970, le style — toujours lui — m’a frappé, m’a plu, m’a fait prendre carnet et plume pour noter. Des phrases courtes. Des paragraphes d’une ligne, un peu comme le Charlotte de David Foekinos, ce qui m’a fait croire que c’était un livre récent. Et qui a causé mon délicieux abandon (abandon de toute retenue et non abandon du livre, bien sûr).

Au sujet de Djuna Barnes :
Elle y mit de sa vie ce qu’il fallait.
Elle y mit Paris, la place Saint-Sulpice et le Café de la Mairie.
Elle y mit son ami le baroquissime et désespéré Dan Mahoney qui devint dans le livre le Dr O’Connor.
Au sujet de Colette :
Une matérialiste, vous dis-je. Doublée d’une païenne.
Une bête goulue, comme elle se désigne elle-même.
Une brute entêtée de plaisir et, qui plus est, s’en flatte.
On le lui a reproché.
Et je me suis tellement reconnue quand l’auteure écrit, en parlant du roman Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë :
Heathcliff intransigeant, comme moi me dis-je. Solitaire, comme moi me dis-je. Dur à la douleur, comme moi. Orgueilleux, comme moi. D’une sensibilité si vive qu’elle peut sembler une arrogance. Comme moi, comme moi.
Heatcliff c’est moi. Sa nature est la mienne. Révélation.
Du coup je me coiffe à la diable.
Je fais la gueule.
Trois livres qui ne m’ont pas donné envie de lire Sylvia Plath ou d’autres romans de Jonathan Franzen, et je ne suis pas certaine de risquer un autre Kôbô Abé, mais sûrement de lire un autre Lydie Salvayre. Peut-être pas son prix Goncourt 2014 parce que moi et la révolution de 1936! mais j’ai déjà réservé La méthode Mila
… car un auteur aimé vous amène vers ses livres aimés, lesquels vous amènent vers d’autres livres aimés, et ainsi infiniment jusqu’à la fin des jours, formant ce livre immense, inépuisable, toujours inachevé, qui est en nous comme un cœur vivant, immatériel, mais vivant.