dimanche 14 janvier 2018

La fois où j'ai passé les Fêtes dans le sud (8)

Les Keys, 10,11,12 décembre


J’allais voir un archipel d’îles sablonneuses très fréquentées, des cayes, les Keys.
J’allais voir le Bahia Honda de l’ami Guy qui l’aime tant qu’il réserve son emplacement un an à l’avance.
J’allais voir Key West en essayant de comprendre pourquoi et comment Michel Tremblay et Marie-Claire Blais (et Ernest Hemingway ou Alison Lurie et quelques autres) peuvent écrire dans un tel environnement de soleil et de mer.

Comme souvent avant ou pendant la visite d’un lieu, j’aurais voulu lire ou relire quelques passages de ces auteurs. J’ai presque tout lu Michel Tremblay, mais le lire, c’est trouver Montréal, c’est trouver les années 1960 et non pas les Keys, ni même la mer. Quant à Marie-Claire Blais (Chantal Guy du journal La Presse+ en parle encore dans l’édition du 13 janvier), il faut du souffle pour entrer dans son monde et aimer les personnages qui se promènent entre le boulevard Atlantique et la rue Duval.



Petites Cendres descendait vers la mer en courant, […] s’arrêtait parfois, s’appuyant sur les remparts de pierre qui bordaient les trottoirs, boulevard de l’Atlantique, s’essoufflant vite, il se disait qu’il lui faudrait toujours fuir la persécution, qu’il en était ainsi depuis le jour de sa naissance, mais fuir où et comment quand Yinn, comme s’il eût été Dieu, lui commandait de vivre, le transperçant de sa fulgurance, comme s’il eût été ce rayonnant soleil dispersant sa lumière sur l’océan vers lequel courait, courait Petites Cendres
                                                                     Aux Jardins des Acacias, Marie-Claire Blais 

Curieuse, j’allais voir tout simplement.Mais après avoir traversé Homestead, et toutes ses pépinières, au bout de la 997, une belle route double en construction, une fois sur l’archipel, sur la route 1, je n’ai vu que désolation. Pendant 160 kilomètres. Ça serre le coeur.
Bien avant de voir la mer, de voir les bâtiments colorés, les marinas, les bateaux de plaisance, j’ai vu les débris. De chaque côté de la longue route, des monticules de branches mortes, de souches encore pleines de terre, du bois, de l'aluminium.
L’ouragan Irma a frappé les Keys le 10 septembre. Trois mois plus tard, les traces sont encore très visibles. C’est dimanche, des centaines de bénévoles accompagnés des policiers travaillent à ramasser, à replanter, à aider. Devant les amas de branchages, des affiches : « défense d’en rajouter, amende de 2,000 $ ». Nous verrons aussi des terrains entiers où sont entassés matelas, électroménagers, planches, des restes de roulottes et de bateaux.

Avant de partir, j’avais fait mes devoirs : recherche de campings, recherche de stationnements, recherche d’attraits. Nous avions cherché un RV park pas trop cher, sachant qu’il serait difficile de coucher pour moins de 100 $ US (il ne faut jamais oublier les taxes et autres frais), j’avais bien cherché s’il y avait de la place dans les State park, mais je n’avais rien trouvé. Arrêt tout de même au Long Key State park, on ne sait jamais… on apprend que les campings des state park de l’archipel sont tous fermés pour deux ans. Sauf celui de John Pennekamp Coral Reef… qui évidemment est plein pour la fin de semaine.

J’avais repéré Jolly Roger à Marathon, à mi-chemin entre Key Largo et Key West. Presque vide, on n’a aucune difficulté à obtenir un emplacement avec vue sur la mer : 131,90 $CAN Très propre, à part les algues au bord du quai, rien n’y paraît. Le côté golfe du Mexique a visiblement été moins touché.

Les nombreux abris aux toits faits de palmes (Thatch Palms) qui semblent avoir mieux résisté aux grands vents et le resto sympathique près d’une marina ainsi que le coucher de soleil nous redonnent espoir de voir les vrais keys.

Key West


Le lendemain, en route vers Key West, bien décidé à faire abstraction des débris, on se concentre sur les couleurs. Le turquoise de la mer, les pastels des petits bâtiments à l’architecture à la fois mexicaine et louisianaise. Et le bleu du ciel qui nous accompagne encore pour notre plus grand plaisir.
Sur mon GPS, j’avais programmé le « Visitor Center » de Key West, je m’étais dit : on va stationner là et prendre le Trolley pour visiter la ville. Ou encore, se rendre là où stationnent les autobus de touristes. Quelle illusion! Quelle naïveté! Key West est fait pour les petites autos, les voiturettes de golf, les vélos et les piétons. Et ces centres d’information se fondent dans la masse des bâtiments colorés, on peut passer trois fois devant sans les voir. Quant à stationner notre VR de 25 pieds… on se retrouve en plein centre-ville au milieu de la foule bigarrée d’un dimanche d’été.
Plan B, j’avais lu aussi qu’on (on étant des petits VR, je dirais 25 pieds sur 6 pieds max) pouvait stationner au Fort Zachary Taylor. Heureusement, il est bien indiqué, on y parvient sans trop de difficulté. Pour 7,50 $ US, on peut visiter, pique-niquer, stationner, sortir dans la ville, et y revenir.

Au lieu du trolley, on choisit le vélo et le quadriporteur pour visiter la mythique Key West qu’Irma semble avoir épargnée.
Et nous voilà touristes dans la ville. Touristes, nous resterons avec nos yeux, nos oreilles et notre esprit. Il y a fête au village en permanence. Il y a musique, foule, couleurs. Il y a terrasses remplies, cafés originaux, boutiques envahies et galeries d’art presque désertes. Il y a guides qui expliquent l’architecture et l’histoire.
Et il y a les coqs panachés qui s’égosillent. Jadis élevés pour les combats, ils sont libres maintenant.
On termine par un pique-nique à la plage du Fort Zachary Taylor. Les deux pieds dans l’eau, à profiter du « rayonnant soleil dispersant sa lumière sur l’océan », je me demande bien comment Michel Tremblay et Marie-Claire Blais réussissent à écrire dans une telle ambiance de souk.
Il faut sans doute y vivre, pour y trouver son âme et sa voix.

Sortir de la ville fut aussi périlleux que d’y être entré : au coin des rues Southand et Whitehead : une camionnette au feu rouge et à notre droite, là où il faut tourner, une grosse camionnette Red Bull qui dépasse largement… et longuement l’emplacement de stationnement du coin. « On passe pas, arrête, avance pas, ça ne tourne pas. » Impossible de reculer et trop engagé pour continuer tout droit. Heureusement, les conducteurs sont patients, celui qui attend le feu vert grimpe son véhicule sur le trottoir, avance légèrement, descend sa fenêtre et indique à Louise d’avancer lentement pendant que je vérifie dans le rétroviseur si le derrière n’accroche pas le pitbull, non le Red bull. Ouf, on passe!

Au retour, nous couchons à Key Largo (RV Largo campground and marina : 103,73 $ CAN). Un très bel endroit pour qui possède un bateau. Situé côté Atlantique, donc camping vraiment plus touché par Irma. D’autant qu’il y a des maisons de parcs, des vérandas, des quais, des abris au toit de chaume. Les quelques saisonniers qui sont arrivés réparent, ramassent, rénovent.

Le lendemain, à notre arrivée à Okeechobee Landings, bel accueil des voisins. Les uns inquiets de ne pas nous avoir vus pendant trois jours. Les autres, avertis, curieux de nos impressions sur notre escapade.
Nous sommes déjà des habitués, de vrais « snow-birds » qui vivent en bon voisinage.
Bientôt Noël. Pour la première fois sans famille. Un essai, un test.
À suivre.









8 commentaires:

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    1. Ah! tiens, liberté? Je n'y avais pas pensé. Ce n'est pas le sentiment premier auquel j'aurais pensé, mais il est vrai que... oui, une liberté joyeuse.

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  2. Oh boy! Très éloquentes ces images avec tous ces débris! Key West, j'y suis allée et j'ai fait check sur ma liste. Effectivement, comme on ne s'y attarde pas, tellement c'est dispendieux, c'est difficile de bien apprécier je crois!

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    1. Ça dépend aussi ce qu'on recherche, ce qu'on aime, ce qu'on veut vivre.
      C'est comme Cape Cod, certains sont déçus, d'autres très enthousiastes. Mais il faut voir pour savoir.
      C'est juste que Key West, non seulement c'est cher, mais c'est loin, tu n'y retournes pas aussi facilement que Cape Cod... si tu aimes.

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  3. Je garde un merveilleux souvenir de Key West... surtout ses couchers de soleil...

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  4. Je suis présentement à Florida City et compte bien me rendre dans les Keys pour constater de visu les dégâts causés par Irma. J’y vais au moins une fois par hiver et je ne me tanne pas de parcourir les rues pour admirer l’architecture de certaines demeures.

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    1. C'est vrai que c'est pas comme ailleurs. Un heureux mélange de diverses époques. À Key west même, dommage que plusieurs devantures soient cachées parce que devenues resto ou boutiques. Il faut quitter le boul Duval. Hâte de voir s'il y aura moins de débris.

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