mercredi 1 juillet 2020

Devant la fenêtre...

Un certain retour à la routine d’avant le grand confinement. Assise à mon bureau, devant la fenêtre. Un bureau qui ne sert plus à l’écriture de roman. Une fenêtre qui m’invite à la rêverie. Devant moi, un monde de feuillus et d’oiseaux — un couple de moucherolles, ces jours-ci, parce qu’un nid au-dessus de la fenêtre justement.

Devant l’écran de mon ordinateur, lecture de blogues, lecture de Facebook. Ce matin, lecture du dossier de LQ sur les écrivains et l’argent. Ce qui m'a fait croire pendant quelques minutes que j'étais encore une écrivaine.

Depuis la parution de mon dernier roman (à compte d’auteur parce qu’aucun éditeur n’en a voulu, parce que Vents d’ouest qui avait publié les deux précédents a fermé ses portes), je n’ai rien écrit. J’ai mis la clé dans la porte de ma vie d’écrivaine. J’ai commencé ma vie de « snow-bird » et de retraitée. Mais je m’intéresse encore à ce monde qui m’a toujours attiré depuis mon enfance : le monde des livres. Je lis beaucoup moins parce que beaucoup de raisons. J’écris encore moins. Surtout par pur désintérêt. Plus envie de souffrir les affres de la création, l’attente de l’acceptation ou la responsabilité de la promotion. Je n’aurai jamais « vécu de ma plume », mais j’aurai été dan le monde des mots écrits toute ma vie.

N’empêche qu’il me vient encore des idées. Des sujets de roman. Des opinions sur telle lecture. Des petits ressentiments inutiles. Des rêves fous comme quand j’avais 26 ans alors que pourtant, je savais très bien qu’une fois le premier contrat signé, je n’allais pas devenir une écrivaine qui vit de sa plume.

Mon image folle de ce matin : un éditeur de romans historiques accepte de rééditer ma trilogie sur mes ancêtres irlandais. Comme ça, sans que j’aie eu à lui demander. Parce qu’il en a entendu parler. Parce qu’il est au courant que Vents d’ouest a fermé ses portes et donc que j'ai retrouvé mes droits d'auteur. Parce que l’histoire peut encore intéresser bien des lecteurs.

Les images folles qui s’imposent me font sourire maintenant. Je les laisse venir, je les développe à peine et après les avoir écrites, je passe à autre chose, comme tondre le gazon ou peinturer un mur. Ou mieux : je lis Le jardin d’acclimatation de Yves Navarre. Parce que Madame lit en a parlé dans son blogue. Parce que j’ai beaucoup aimé le roman de Luc Mercure dans son roman Le goût du Goncourt qui m’a fait connaitre ce Yves Navarre. Comme quoi, les livres, j’y pense encore. J’y reviens toujours.

vendredi 12 juin 2020

Ces auteures que j'aime

Aveu facile. Plaisir même pas coupable. Depuis que j’ai une liseuse, depuis que les auteurs acceptent que leurs éditeurs publient des extraits, depuis que sur les sites des libraires, on peut en lire, je suis devenue accro. Avant c’était la quatrième couverture, mais c’était vite fait. Maintenant c’est l’extrait.

Je suis accro aux extraits. Dès que je vois un nouveau titre, que ce soit dans les journaux, les blogues ou sur Facebook (je ne suis pas très Twitter ni Instagram), je me précipite sur ma liseuse Koko ou sur les sites de la BANQ, de Biblio Outaouais ou sur celui de Libraires.ca. Parfois, l’extrait me donne envie d’emprunter le livre. Parfois non. 

Ou sinon, une amie me suggère Jean Désy ou Madeleine Chapsal. De belles heures. Je lis mais j’oublie dès la dernière page tournée.
Tandis que pour d’autres, comme on se promène comme sur une route ou le long du fleuve, je flâne, je rêvasse, je m’attarde. De baie en baie, de phrase en phrase. Parfois une odeur, une montagne, une vague. Une émotion, des petits bouts : « Lire, lier. Livre, livrer. Les mots se mêlent souvent. » (Marie-Ève Lacasse dans Autobiographie de l'étranger).

Si le silence se présente, si le banc m’invite, j’entends Clémence qui dit « je suis fatiguée de mes peines ». Je pense aux miennes. J’écris et, je suis comme Virginie Savard : « Je ne sais plus être autre chose que mon bouleversement. »

En ce qui concerne certain·e·s auteur·e·s, point besoin d’extrait, aucune hésitation, attente et amour inconditionnel. C’est certain que j’emprunte ou achète leurs livres.
Louise Dupré 
Hélène Dorion 
Catherine Mavrikakis 
Martine Delvaux 
Michèle Plomer 
Élise Turcotte 
Dominique Fortier 
Nancy Huston 

Elles ont entre 60 et 70 ans. Ce sont des femmes. Des écrivaines. Parfois professeurs à l’université, surtout poètes. Leurs romans ou récits ne m’ont jamais déçue. Je suis leur carrière comme d’autres suivent les spectacles de leurs chanteurs et chanteuses préférés. Elles parlent de leur mère, de leur écriture, de la littérature. Je m’identifie. Elles sont mon miroir. Leurs mots sont ceux que je voudrais écrire. Elles évoquent les lieux, les paysages, les livres que j’aime.

Aussi, j’ai emprunté deux fois Pas même le bruit d’un fleuve, d’Hélène Dorion. J’ai trouvé un peu longuette cette histoire de l’Express of Ireland, d’autant que je la connaissais déjà. La lecture des journaux dans un roman, la longue liste des morts alors qu’il n’y en a qu’un seul qui nous intéresse… Mais à ces auteures, je pardonne tout comme on pardonne à nos acteurs et actrices québécois parce qu’on les aime et qu’on veut qu’ils vivent encore de leur art, qu’ils nous nourrissent, qu’ils nous émeuvent. Et puis je ne me lasse pas des relations mère fille. Ni de tout ce vocabulaire qui déferle comme une vague. Ni de cette route entre Kamouraska et Rimouski.

Quant à Théo à jamais, le drame — une tentative de meurtre de Théo sur son père —, est bien ancré dans le réel des tueries, des violences familiales. Le sujet me touche moins, mais l’écriture, le style de Louise Dupré me font du bien. Comme une séance de thérapie. La colère se dissipe. La compassion refait surface.

Voilà, finalement, depuis de 13 mars qui a chamboulé toutes mes habitudes, qui m’a fait revenir rapidement au Québec où je croyais qu’après quatorze jours de confinement, j’allais retrouver mes vieilles chaussettes et mes bonnes habitudes de lecture, pour m’apercevoir que plus rien n’était comme avant… finalement, j’ai quand même réussi à lire trois livres au complet et de nombreux extraits de livres intéressants.

Qui sait, l’été sera peut-être beau!

lundi 8 juin 2020

Tous ces mots qui ne deviennent pas histoire

Depuis une semaine, écrire les bourgeons devenus feuilles, aimer la variété de tous ces verts printaniers.

Commenter la phrase d’une amie : «Je ne vois pas de gloire à transgresser les consignes, ni de faiblesse aveugle à les respecter.» Ne se sentir ni glorieuse ni faible, juste s’adapter, juste être en paix avec ses choix si difficiles soient-ils.

Depuis avril, changement de dizaine, je suis devenue une aînée. Confinée, retenue à la maison par ordre ministériel. D’où les tiraillements, les argumentations, les différends, les cris et les pleurs. Obéir pour le bien-être de la société. Pourtant, concéder au fur et à mesure des consignes allégées du déconfinement. Vivre à deux, vivre dans une région, dans une province, vivre deux saisons, se faire dire comment vivre. Puis ailleurs, puis à plusieurs, pour retrouver son propre jugement, pour le bien de notre santé mentale.

Et puis, il y a le dehors, les pieds nus dans un gazon fraîchement coupé. La paruline à reconnaître, le nid du merle à observer, le silence ou le vent à écouter.

Il y a tous ces livres à lire. Commencés, inachevés. Que suis-je devenue si je ne parviens pas à terminer un livre d’Hélène Dorion (Pas même le bruit d’un fleuve) ou de Louise Dupré (Théo à jamais)?

Dans l’hebdomadaire Info Petite-Nation, Hélène Desgranges a écrit:
« Claude Lamarche est toutefois incapable de ne pas écrire et a donc privilégié les courts textes sur son blogue, par exemple, à des projets d’envergure pendant le confinement. Cependant, elle avait prévu lire beaucoup. Mais elle n’avait pas la concentration. »

Depuis dix-huit mois que je n’ai plus la concentration. Depuis les refus des éditeurs à publier mon dernier roman. Depuis mes hivers floridiens. Depuis mes nouvelles amitiés. Depuis les jeux addictifs sur ma tablette.

Même les billets de blogue se raréfient. Autant de mots et de phrases dans ma tête, souvent à l’aube, mais enchevêtrés, sans mise en ordre, sans autre but que de trouver comment expliquer ceci à la pharmacienne ou cela à une amie, comment résumer mes prises de position face aux consignes gouvernementales.

Mais jamais de personnages qui me soufflent leurs histoires, jamais de problèmes de narration à résoudre. Que faut-il donc à quelqu’un qui se dit écrivaine pour que tout se mette en ordre, en marche, pour que les gouttes d’eau deviennent des rivières? Faut-il tout simplement accepter que la source soit tarie, que le besoin de raconter sa vie, la vie, une vie, des vies se soit érodé? Que l’appel de vivre est si urgent qu’il passe avant le besoin d’écrire le monde? Accepter l'emprunt d'une nouvelle avenue.

dimanche 7 juin 2020

Quand tout s'emmêle...

La dernière année, j’ai appris comment publier une infolettre. Via la plateforme américaine Mailchimp tellement populaire, tellement « facile » disait-on.

Grâce aux nombreuses pages de guides et de tutoriels… en français cette fois, j’ai réussi à en créer trois en un an. Chaque fois, il faut que je me souvienne, que je relise, et je m’améliore.

Sauf que cette fois, oh! que j’en ai arraché. Et aucun tutoriel, aucune personne ne pouvaient m’aider.

Tout semblait dans la mise en forme, j’avais beau copier-coller du texte directement de Word ou d’un fichier rtf, j’avais beau utiliser l’éditeur de texte enrichi. Rien n’y faisait. Le «verse» devenait «vers» le «publiées» ne voulait pas devenir «publiés», le mot «adoptera» se changeait en «adoptante», des espaces disparaissaient.

J’effaçais tout, je recommençais, je sauvegardais sous un autre nom. J’écrivais directement dans le bloc. J’ai pris des pauses, j’ai dormi une nuit en essayant de penser à autre chose. J’ai posé la question à Facebook.

Ce matin, confiante, je me connecte, ça m’amuse de voir que Google Chrome traduit «show» pour fournir l'aperçu du mot de passe, ce qui devient «spectacle». Et tout à coup, j’y pense… Comme je ne suis pas bilingue, j’avais trouvé génial que Google Chrome m’offre de traduire toutes les pages que je consulte. Et si c’était ça? Je trouvais quand même bizarre d’aller jusqu’à traduire un texte importé en français. En fait il ne traduit même pas, si au moins il avait traduit, j’aurais quand même reconnu des mots en anglais. Non, il supprime ou ajoute des mots, des espaces, des lettres. Et pourquoi ceux-là plutôt que d’autres?

Je cherche donc comment désactiver ce paramètre avancé de Google Chrome. Ce cher Google dont on ne pourrait plus se passer m'indique comment procéder pour désactiver la traduction des pages. Je réussis assez rapidement.

Retour à Mailchimp et à l’infolettre en cours. Je recopie-recolle les textes originaux. J’enregistre, je regarde, j’attends… ça ne bouge pas. Les mots ne changent pas, les espaces sont respectés. Ouf! J’ai du mal à y croire. Aurais-je enfin trouvé le problème? Même si je ne comprends pas de quoi se mêle le traducteur de Google Chrome. Je voulais bien qu’il me traduise les pages consultées en anglais, mais pas qu’il aille jusqu’à contester les importations d’un fichier Word maintes fois révisé!

Et dire que depuis une semaine, j’aurais mieux à conter pour un billet de blogue et j’en suis à parler de Mailchimp, à rabrouer Google Chrome et à perdre du temps à écrire ma futile montée émotionnelle.

Peut-être que finalement, ça aidera quelqu’un. Méfiez-vous du traducteur de Google Chrome, il est partout, il voit tout, il change aléatoirement les mots, les espaces…

Avez-vous déjà remarqué? Ou vécu pareil problème?

lundi 18 mai 2020

Tous ces mots écrits dans le ciel


Dès que je me suis assise sur la galerie, mon regard levé vers le ciel et la cime des grands pins rouges, le calme s’est installé. Le silence a chassé les mots de colère et de frustration des dernières semaines.

Aussitôt, j’ai eu envie d’écrire cette accalmie, ce petit bonheur tranquille. D’une phrase à l’autre, j’ai repensé à toutes celles que tant d’auteurs se sont donné la peine d’écrire. J’ai revu les vieux livres rangés sur des tablettes poussiéreuses du sous-sol. Cette semaine, collecte des gros rebuts. Je jette ou pas? Je vends, je donne? Des romans qui datent des années 40-50, du temps de mon père et de ma grand-mère maternelle. Je ne lirai donc jamais Clara Malraux? Je ne finirai jamais Jean-Christophe de Romain Rolland? Pour qui toutes ces phrases? Pour le ciel seulement?

Tant de phrases, tant de mots, de pensées, d’histoires, de vies oubliés, ignorés, jetés? Et les miennes, mes phrases dans toutes ces lettres, dans ces cahiers que j’ai accumulés au cours de ma vie, je les jette aussi? Les centres d’archives sont déjà si pleins des vies passées. En voudront-ils d’autres? François Côté qui achète et vend de vieux livres anciens et modernes en voudra-t-il ?

Des phrases qui s’envolent au ciel, qui formeront des nuages, qui deviendront des orages ou d’extraordinaires couchers de soleil. Mourront-elles toutes dans les rebuts?

site de François Côté, libraire >>>



samedi 16 mai 2020

Auteure tout de même

Début mai, ce devait être le Festin de livres 2020. Une belle rencontre organisée depuis trois ans par le Centre d’action culturelle de la MRC Papineau.

On sait pourquoi il n’a pas eu lieu, mais il s’est transformé en Festin de livres virtuel avec présentation des auteur·e·s et organismes qui devaient être présents. Tout le mois d’avril.

Puis, toujours dans le cadre du Festin de livres, ce devait être le concours d’écriture. Cette année, le thème était « Terre ».

Il eut lieu.

Je ne me sens plus tellement auteure parce que je n’ai rien en vue. La Floride en hiver, la Covid au printemps, rien pour me donner le goût d’écrire. Ou en tout cas de structurer mes idées, d’exprimer mes sentiments mitigés, de mettre des mots sur mes sautes d’humeur, de faire la leçon aux insouciant·e·s, d’argumenter avec ceux ou celles qui ne pensent pas comme moi.
Mais j'ai participé. Je n'ai pas gagné.

Les gagnants ont eu leur vitrine, ils ont pu lire leur texte sur vidéo publiée sur Facebook. De textes riches, de belles histoires.

Je publie donc le mien ici.

Haro!

Humains de la terre, entendez-vous mes peurs? Entendez-vous mes alarmes? Voyez-vous ma détresse? Je vous le dis « En vérité, je suis malade ». Pas qu’un peu, pas un petit rhume qui passera en quelques jours ou quelques semaines. Non, vraiment pas bien. Et ce, depuis plusieurs années, peut-être même des siècles. Je m’autodiagnostique, je me soigne, je reçois un peu d’aide, mais pas assez. Plus assez. Il me faut vraiment plus.

J’explose de partout. Dans tous mes pores, dans tous mes coins, dans tous mes trous. De tous bords, à l’envers à l’endroit. Dedans et dehors. Je suis fatiguée, essoufflée, fiévreuse. Vieille. Abandonnée.

Sept milliards de personnes et encore plus d’animaux sauvages à faire vivre. Je me sens responsable, mais j’ai besoin de votre aide. J’ai crié. Je crie encore. Je veux bien faire ma part, être optimiste, être courageuse, être patiente, mais qui m’entend?

— Depuis le temps que tu existes, n’as-tu pas déjà vécu de beaux jours, dit un humain moins sourd et moins aveugle que les autres.

La terre n’en avait pas fini de ses reproches.

Toi qui fumes, tu me tues à petit feu.

Toi qui conduis des autos polluantes, tu m’étouffes et tu étouffes tes enfants.

Toi qui m’arroses de pesticides, d’insecticides, tu ruines mes champs, tu mégaproduis, tu épuises mes ressources.

Toi qui continues à recourir au pétrole des sables bitumineux, tu charbonnes mes saisons.

— As-tu fini de m’accuser? Utilise le « je », dit un humain mécontent.

Quand ma colère gronde, je tsunamise, je pleute torrentiellement, j’éruptionne.

Et si je me réchauffe, je me déglacifie, je me déforeste. Quand tu m’exploites outrageusement, je me tropicalise, je cyclone, je guerroie, je pandémise. Je me meurs.

— Bon, bon, tout de suite les gros maux. Je répète : depuis le temps que tu existes, n’as-tu pas déjà vécu de beaux jours, dit une humaine, irréductible optimiste.

La terre réfléchit longuement, calme son emballement, et finit par trouver :

Au printemps, je peux être belle, je rayonne, je refleuris, je colore les forsythias, les tulipes, les cerisiers. Quand j’étais Gaïa, j’ai créé des montagnes, des fleuves, des mers, des ciels. Connais-tu les Rocheuses? Ne marches-tu pas sur les plages de l’Atlantique? Ne vois-tu pas les couchers de soleil du Bas-Saint-Laurent?

Quand comprendras-tu que toi, c’est moi? Que toi et moi, nous ne faisons qu’un? Que ta vie dépend de la mienne. Je suis la vie, prendre soin de moi, c’est prendre soin de toi.

— N’as-tu pas un peu d’espoir? N’entends-tu pas les Greta, Hubert Reeves, David Suzuki. Même Richard Desjardins.

— Ce n’est pas à moi de les entendre, c’est aux hommes, aux femmes, aux enfants, aux collectivités, aux décideurs, aux politiciens, aux entrepreneurs. Et ne pas agir seulement en temps de crise ou lors de tempêtes.

— Bon, bon, d’accord, tu voulais que je me sente coupable, ça y est, tu as réussi. Coupable sur toute la ligne.

— Je ne veux pas que tu te sentes coupable, mais responsable et que tu agisses pour le bien de l’humanité. Parce que prendre soin de la terre, c’est prendre soin de l’humanité.

Les humains, déjà sensibles à l’environnement, s’exprimèrent en chœur.

— Ô terre, ö ma terre-mère, ô Gaïa, source de ma nourriture et de ma vie, je me suis réveillé, j’ai pris conscience que je dépends de toi, et puis maintenant j’agis. D’abord à petite échelle, chez moi, dans ma maison, dans mon jardin, dans ma rivière, dans ma forêt. Il me reste à me joindre aux voix des peuples en parlant à mes voisins, à mes députés, à mes dirigeants. Répéter, insister, démontrer, chercher, produire, recycler. Et surtout te respecter, t’aimer.

samedi 2 mai 2020

Choisir la facilité : obéir

Silence apparent ces dernières semaines. Plus facile de se taire que de chercher les mots pour bien exprimer ce que je ressens. Parce que le ressenti est tout croche. Émotif plus que raisonné. Mais Stéphane Laporte me rassure: 
« Ce ne sera pas évident. Parce qu’elle va vouloir rester en dedans. Elle est très possessive, la peur. Elle est contente de nous avoir juste à elle. Elle n’aime pas nous partager. Ça va prendre bien du courage pour la convaincre d’aller dehors. Mais il faut y parvenir. Lui dire qu’elle aura encore son utilité. Pour nous pousser à être prudents. À respecter les consignes. À nous protéger et à protéger les autres.
Nous sommes des millions à avoir peur, depuis des semaines, pourtant, nous n’en parlons pas. On garde ça pour nous. Ça fait faible. Pas sûr. »
J’ai moins honte et je me sens moins coupable de dire la peur. Je m’étais convaincue que ce n’était pas la peur qui me faisait refuser de prendre le risque d’aller plus loin que ma région. Je disais que c’était ma conscience sociale. Mais oui, aussi. Quand même.

Le degré de peur a augmenté avec l’âge. Je suis moins téméraire qu’à 20 ans quand je descendais à toute vitesse la piste Beauchemin au mont Tremblant. Ou quand je conduisais à 134 kilomètres à l’heure sur une autoroute. Ou même quand je buvais quatre bières en deux heures et que je prenais la route.

Le degré de conscience sociale a augmenté probablement en même temps. Je n’ai pas eu d’enfants, mais j’ai eu des parents vieillissants, j’ai côtoyé des malades, j’ai vu des accidents, j’ai voyagé, j’ai comparé, j’ai vu les effets de nos actions sur notre terre.

Est-ce que la peur me paralyse? Oui, mais à quel point?
La peur me fait-elle prendre de mauvaises décisions? Peut-être, mais mauvaises pour qui?
La conscience de la collectivité a-t-elle bon dos? En partie sûrement.

Se demander qui a tort ou qui a raison, ce n’est pas le moment. De toute façon, on a toujours raison pour ce qu’on pense… puisqu’on le pense, peu importe si c’est à partir d’un raisonnement ou d’une émotion.

J’ai 70 ans depuis quelques jours seulement et les interdits sont nombreux.
Combien de temps encore à obéir? Combien de temps encore à convaincre mes proches de rester chez eux?

En fait, je fais ce que j’ai toujours fait : une liste des pour et des contre avant de prendre une décision: quand sortir, où aller, puis-je voir telle ou telle personne, puis-je accepter la visite d’une telle? Chaque fois : en ai-je vraiment besoin? Puis-je tenir le coup encore quelques jours, quelques semaines? Puis-je attendre une permission officielle? Suis-je tentée d'être rebelle parce que je me sens capable d'évaluer les risques? Oui, bien sûr, comme toute personne frustrée.

D’instinct, je serai toujours pour l’obéissance, je serai toujours du côté de l’autorité, des règles. Mes parents ont longtemps décidé pour moi, mais ils m’ont aussi appris à être responsable, à nuancer, à peser le pour et le contre, à penser aux autres.
Obéir, mais je ne suis pas pour autant aveugle ni sourde, ni silencieuse, ce qui ne m’enlève pas le droit de critiquer, de changer d’avis, de prendre quelques risques en défiant l’autorité.

Choisir la facilité, la sécurité, la paix, la tranquillité d’esprit plutôt que l’anxiété à me demander si je suis en tain de mettre la vie de mes proches, de mes co-citoyens, de mes compatriotes en danger. Ai-je vraiment le goût de peut-être avoir à discuter avec un policier, à me demander qui m’a dénoncée? Choisir le respect de la loi plutôt que de privilégier cette liberté si chère à nos cœurs. Quitte à passer pour lâche, pour peureuse, pour anxieuse.
Mais je commence à être à bout d’arguments pour convaincre ceux et celles qui m’entourent, qui veulent me voir, qui veulent sortir. Sous prétexte qu’on n’est pas atteint du virus. Sous prétexte qu’on est en bonne santé, même si on a 70 ans.

Le cœur s’en mêle.
Le cœur physique qui bat la chamade la nuit quand la conscience ne sait plus quoi penser.
Le cœur émotif quand il faut que je dise non à des gens que j’aime. Parler ou me taire? Parce que la peur de ne plus être aimée s’ajoute aux autres inquiétudes. Et parfois, prime. Et parfois mauvaise conseillère, elle aussi.

De savoir que je ne suis pas la seule à affronter de telles questions, un tel dilemme ne me rend pas tellement la chose plus facile. Me battre n’a jamais été naturel chez moi. Même si ce n’est qu’avec des mots.

Oublier un peu tous les empêchements, trouver plutôt les -- quand même-- nombreuses permissions : marcher sur ma rue, nettoyer le terrain, lire, jouer au Candy crush, préparer une soupe à l’oignon gratinée, prendre un apéro avec des ami.e.s via un écran. Rire.

Et se dire bientôt. Sans fixer de date.

vendredi 17 avril 2020

L'amitié en temps de confinement

Bientôt quatre semaines d’isolement et de confinement.
À suivre l’actualité, à suivre les règles. Au début, c’était facile, c’était dans l’urgence du retour de la Floride, dans le plaisir de redécouvrir son chez-soi où on se sent en sécurité. Encore du soleil dans le corps, encore des ami.e.s dans le cœur.
Puis, une fois les 14 jours passés, on respire un peu mieux, on se dit qu’on n’a pas attrapé ce mau... virus dans les hôtels ou stations-service. Et puis, arrivent les premières boites d’épicerie, et on ne se demande pas si c’est vrai ou faux, mais on nettoie chaque contenant. On communique avec la famille, les ami. e. s. On se remet à lire ou à jouer de la musique. Quand le mercure dépasse les 10 degrés, on va gratter le terrain.

Depuis quelques jours, ce qui me vient à l’esprit, c’est quelle place occupent les personnes dans ma vie?

En ces temps de confinement, quelles sont celles qui me manquent, à qui je voudrais parler, quelles sont celles que j’ai hâte de revoir en chair et en os. Et comme via Internet, je peux les voir ou leur parler, quels sont celles que j’ai hâte d’embrasser, de serrer dans mes bras? Et me confier? À qui se confie-t-on vraiment dans la vie? Et pleurer? Devant qui se permet-on de pleurer?

Je me souviens avoir fait une illustration de mon cercle relationnel lors de cours en relations humaines. Ça ressemblait un peu au diagramme de Jacob Levy Moreno (voir Wikipédia).
Et si j’avais à mettre des mots sur chaque grosseur de cercle ou un mot selon la distance du cercle par rapport au mien, j’aurais des mots comme : amoureux.se, ami. e intime, ami. e proche, copain-copine, camarade, compagnon-compagne, frère, belle-sœur, neveu-nièce, âme sœur, connaissance, vague relation d’affaires, ami. e d’un. e ami. e.

Et si aux questions citées plus haut, je répondais deux ou trois, quelle image aurais-je de moi? Je retarde la réponse pour ne pas être trop sévère avec moi-même. En fait, comme j’ai le temps de réfléchir, je cherche à comprendre à qui je tiens, et pourquoi ça me dérange moins que d’autres cet isolement? Peut-être simplement que certaines personnes ont besoin d’être avec quelqu’un et même plusieurs pour avoir le sentiment d’exister, d’être utiles, de se sentir matériellement en sécurité. C’est dans leur personnalité, certaines personnes sont plus autonomes que d’autres ou moins dépendantes affectivement. Bien sûr, je ne crois pas qu’on soit né pour vivre vraiment seul, on a besoin des autres. Mais à quel degré? Combien de temps par jour, par semaine? Certain. e. s élèves adorent être pensionnaires, d’autres ont détesté.
« Dès qu’il y a plus de trois personnes dans une pièce, je suis nerveuse […] Je rêvais d’aimer les groupes, les bandes […] si je suis ma nature profonde, la foule ne m’émeut que dans le olé d’une corrida […] c’est d’autant plus exaspérant que la plupart des gens sont passionnants, individuellement. Des romans, tous. »
Autobiographie de l’étranger, Marie-Ève Lacasse
Et puis il y en a avec qui on parlerait pendant trois heures, on ne serait jamais celle qui raccroche au téléphone (ou sur Messenger ces jours-ci) et d’autres avec qui on ne veut plus échanger un seul mot, il y en a qu’on évite parce qu’elles nous ont blessé. e. s. Il y en a qu’on délaisse avec un sentiment de culpabilité, sachant par instinct que c’est pourtant ce qu’il y a à faire, n’en retirant plus aucun plaisir ni douceur. Idéalise-t-on plus l’amitié autant que l’amour en croyant qu’un.e ami.e, c’est pour la vie? J’en reviens à mon illustration, tout dépend du degré d’attachement. On ne peut pas aimer tout le monde au même degré. Et les ami.e.s doivent le comprendre. Certain.e.s vivent le sentiment d'abandon ou de trahison plus violemment que d'autres. Moi y compris. Lire ou relire Lise Bourbeau >>>

J’ai eu 70 ans et je n’ai jamais vécu seule. Alors, comment savoir si je suis vraiment cette solitaire que je crois être? Vivre en groupe, ça s’apprend. Je le sais, je l’expérimente chaque hiver, dans un parc de snow-birds. Et je m'améliore!
Finalement, je crois que la réponse à ma question : pourquoi je vis mieux le confinement que d’autres serait multiple. Wikipédia y répond en partie :
« Le processus de socialisation débute dès la naissance et se déroule généralement dans la société à laquelle appartient l’enfant, mais il se poursuit tout au long de la vie pour s’achever à la mort. »
On s’en reparle dans quelques années!

dimanche 29 mars 2020

Un hiver bien différent de celui prévu

 petit album photos pour ce bizarre d'hiver.
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Pendant près de quatre mois, j’ai vécu en groupe. Un groupe de treize, puis un de huit. J’ai vécu dans un parc (le nom qu'on donne parfois à un RV Resort qui n'a pas tout à fait l'air d'un "Resort" ni d'un camping) de Québécois, dans une communauté francophone. Rarement « Je », plus souvent « Nous ». Même assise à la table de ma caravane à sellette, même couchée dans mon lit, j’étais avec tous ces joyeux lurons. Chaque jour, on s’écrivait (oui, oui, sur Messenger, même si on était à quelques pas les uns des autres), on se visitait, on se voyait, on s’aidait, on se parlait, on buvait, on chantait, on sortait, on riait, on a même pleuré.
Nous avons été sur les plages de l'est et de l'ouest, dans des casinos et souvent dans des restos.
Nous nous sommes déguisés, nous avons participé à des soirées thématiques, à des karaokés, nous avons joué dans des sketches. La vraie vie des snow-birds.

Et puis, un virus a fait tout éclater. Autant nous étions ensemble, autant on s’est retrouvé retrouve seul.e. À décider si on reste ou si on remonte. Fini le beau projet de remonter, début avril, lentement en longeant la mer, en campant dans des lieux aimés et connus, à vouloir fêter mes 70 ans devant un buffet de fruits de mer.

On vit seul. e la plus grande bataille de notre vie collective. Comme ça, du jour au lendemain, on se retrouve de l’autre côté du miroir. Sur pause. Une pause mondiale. Je ne suis plus dans un groupe de huit, mais de sept milliards. Je suis seule dans une maison isolée à distance d’un kilomètre de tout voisin, pour le bien-être de sept milliards de personnes, pour le bien de la terre, de la vie.

De cet hiver 2019-2020, je retiendrai tout autant le début difficile parce que des opérations aux yeux nous retenaient au Québec, que les presque quatre mois souvent joyeux, parfois éprouvants vécus avec des personnes que je ne suis pas près d’oublier.

Je ne connais pas l’avenir, mais je sais que je ne serai plus tout à fait la même.

Oui, oui, je suis en quatorzaine.
Mon héros: Éric Ménard qui, dès le lundi 16 mars, nous a bien informés et mis en situation au sujet du virus et des précautions à prendre. 

mardi 31 décembre 2019

Dernier jour de 2019

La photo de 2019 : ce n’est pas chez nous, ce ne fut que quelques jours, mais elle représente cette paix recherchée :
un jour de ciel bleu, un petit vent chaud, la mer, la vie
  à deux, un bon livre.

Dernier jour de l’année. Trente-quatrième billet de l’année. La plus petite en terme de publication de billets. Essoufflement? Fatigue intellectuelle? Plutôt un rythme de vie différent. Quatre mois en Floride apportent des amitiés nouvelles et donc beaucoup de bavardage social qui se poursuit le reste de l’année.

Si je parle plus, corollaire : j’écris moins, je lis moins.
De 2019, je retiens trois titres : Lambeaux de Charles Juliet, Les Foley d’Annie-Claude Thériault et Anne Hébert, vivre pour écrire de Marie-Andrée Lamontagne.
En 2019, après quatre ans de réécritures, d’attentes, d’envois, d'espoir et de désillusions, j’aurai pris la décision d’autopublier Héritages Les têtes dures.
Il y eut la vente de notre Roadtrek donc moins de voyages ici et là, de camping dans les parcs, de petits feux de camp le soir. Mais heureusement, encore de belles rencontres amicales avec des campeurs rencontrés au fil des ans.
Il y eut ces vingt aller-retour à Saint-Laurent en octobre et novembre et deux grippes (je ne pensais pas que c’était possible) en décembre qui ont grugé temps et énergie.
Il y a eu le décès de très bons amis, mais aussi un mariage.
Mais comme toujours, je ne garderai en mémoire que le meilleur : le ciel bleu, les folies et les rires, les chansons et la musique de la Floride; les fêtes, les bons repas en famille; le doux temps de vivre près d’un arbre, d’un oiseau.

Que me réserve 2020? Je ne veux pas le savoir.
Ce que je me souhaite? Rien d’autre que la paix. Celle du cœur, de l’esprit. Celle du corps aussi.
Ce que je vous souhaite : le meilleur.



jeudi 19 décembre 2019

Anne Hébert, écrire pour vivre

1966, 16 ans. Collège Basile-Moreau, Belles-lettres. Un petit bout de femme se plante devant les étudiantes. La plupart des élèves remarquent la jupe. Une jupe que les sœurs Sainte-Croix — encore vêtues de leur long costume noir et blanc—, doivent trouver bien courte. Je remarque plutôt les titres des deux livres : Salut Galarneau de Jacques Godbout et Les chambres de bois d’Anne Hébert.

Enfin des Québécois — peut-être disions-nous encore des Canadiens-français. Après Villon, Racine, Corneille, Musset, Lamartine, enfin le 20e siècle, enfin notre littérature.

Mon père ayant commencé à fréquenter les lancements, j’avais entendu parler de Nicole Brossard, Claire Martin, entre autres, et chez nous, nous avions des livres de Hubert Aquin, Gaston Miron, mais d’Anne Hébert, point de souvenirs.

C’est donc en classe que j’ai découvert, lu, analysé Les chambres de bois. Grâce à un professeur qui a osé.

Aussi un peu grâce à une professeure, Jeanne Lapointe, que les manuscrits de Anne Hébert se sont retrouvés dans les mains d’éditeurs. D’ailleurs la magnifique et richement documentée biographie de Marie-Andrée Lamontagne ne fait pas que le récit chronologique d’une vie, il y est aussi question du monde des éditions au Québec, en France.

La lecture de la biographie d’Anne Hébert a confirmé mon opinion qu’un écrivain devient soit populaire par le nombre de ses lecteurs soit littéraire par la foi d’un ou des éditeurs, et si en plus les critiques publient dans leurs revues, si les professeurs en parlent à leurs étudiants, si les prix affluent, c'est la consécration. J’en conclus qu’un auteur, même s’il est seul quand il écrit, même si son style est pauvre ou riche, original ou démodé, il faut des contacts, des personnes qui croient en lui, qui publient, qui promeuvent ses livres. Dès le départ, son père Maurice Hébert l’a encouragée. Elle a côtoyé son cousin Saint-Denys Garneau, Paul Flamand, Jean LeMoyne qui permettront la publication de ses premiers poèmes (Songes en équilibre). Elle a pu rencontrer Jean Cayrol des éditions du Seuil. Chaque fois les bonnes personnes, au bon moment.

Dès le départ, j’aime les biographies. Celles des écrivains encore plus : Gabrielle Roy, Colette, Marguerite Yourcenar, Virginia Woolf… alors c'est certain, j'ai tout aimé dans ce livre qui fait plus de 500 pages. : l’histoire de ses ancêtres et de sa famille, les lieux décrits que ce soit en France ou au Québec, la terrible tuberculose qui sévissait, qui menaçait à peu près tout le monde, le monde clos des éditions, des subventions. Apprendre un peu de sa vie sentimentale, son amour pour le Français Roger Mame, ses amitiés pour Monique Bosco, Jeanne Lapointe et quelques autres, fidèles, présentes jusqu’à la fin.

J’ai revu Paris, j’ai senti le froid humide de janvier, la chaleur des mois d’août. Marie-Andrée Lamontagne aurait pu écrire une thèse pour le Centre Anne-Hébert, pour notre plus grand bonheur, elle a écrit une biographie qui se lit comme un roman. On vit avec Anne Hébert, on souffre, on marche, on voyage, on angoisse. On admire, on est nostalgique d’un temps qui n’existe plus.

Et on a le goût de relire tous les écrits d’Anne Hébert, spécialement ses romans quant à moi. J’ai même été surprise de voir qu’elle était décédée en 2000. Très discrète, très réservée, fuyant les mondanités et surtout en vivant une bonne quarantaine d’années en France, étudiée en classe et associée à son cousin Saint-Denys Garneau mort en 1943, j’ai longtemps eu l’impression qu’elle avait vécue avant ma naissance ou en tout cas avant que je l’étudie en Belles-Lettres.

Bien sûr, j’ai revu ma vie d’auteure. Je me suis reconnue à quelques occasions.
« Je crois que les plus grandes contraintes sont celles qu’on s’impose à soi-même »
« C’est parfois dur d’être écrivain. C’est tellement exigeant. Et l’on n’a pas le droit de s’en faire accroire. Je veux être honnête avec moi-même et payer le prix de cette honnêteté indispensable. Mais je me demande (surtout lorsque ça ne va pas) si le prix n’est pas le silence [,si] tout du silence (ne plus écrire) n’est que l’appel de la lâcheté tout simplement. »
Je retiens  « le silence n’est que l’appel de la lâcheté. » Question : après la publication de mon dernier roman, Les têtes dures, j’ai senti comme la fin d’un long cycle d’écriture. Je n’avais plus rien à dire. Est-ce lâcheté? Ce serait mon genre. Qu’importe. L’heure n’est plus aux questions, même si la lecture de la biographie de Marie-Andrée Lamontagne m’en a soufflé quelques-unes, je n’ai plus envie de chercher des réponses.

En revanche, j’ai toujours plaisir à lire des biographies qui nous offrent des réponses à tout ce monde sur la création, l’écriture, la publication, la vie d’un écrivain, le monde des éditeurs, des prix littéraires. De surcroît si ce sont des Québécois.es.

Une semaine déjà que j’ai lu la dernière page (j’ai beaucoup aimé le dernier chapitre plus personnel de l’auteure) et encore profondément imprégnée de la vie d’Anne Hébert, je suis bien incapable de lire autre chose. Comme après une rencontre marquante, je repasse dans mon esprit tout ce que j’ai lu. Je savoure ce que j'ai goûté.

Les testaments de Margaret Atwood attendront encore un peu.

mardi 19 novembre 2019

42-32

42-32.
Ça pourrait être le titre d’un roman ou d’une nouvelle.
Ce sera… c’est le titre d’un billet de blogue.

Je vis avec une personne qui fait du glaucome depuis des années. Examen annuel, examen du champ de vision. Trois sortes de gouttes depuis une bonne dizaine d’années. Bien contrôlé faut croire. Rien pour l’empêcher de conduire, de voyager, de lire. De vivre normalement. Elle aurait cru que les problèmes seraient plutôt venus du côté de son arthrite psoriasique dont elle souffre depuis plus de trente ans et qui lui gèle les mains dès qu’il fait 0 degrés dehors.

Tellement heureuse de son séjour de quatre mois en Floride l’hiver dernier, elle en voulait cinq cette année. Pour éviter le stress des routes enneigées au nord, pour vivre le plaisir, la vie de groupe, être dehors, chanter, rire, surtout rire, le départ prévu:  le 4 novembre.

En juin, examen annuel chez son ophtalmo de Gatineau (oui, retenir qu’elle est de l’Outaouais, cette région collée sur l’Ontario).
Rendez-vous sera pris en septembre chez un spécialiste du glaucome… à Ottawa.
Ça doit pas être trop grave si ce n’est que dans trois mois, qu’elle se dit.

24 septembre : Ottawa, donc. À 75 minutes de la maison. Examens. Champ de vision 60 %. Plus de noir que de blanc dans l’illustration. Pas fameux. Bonne nouvelle, le nerf optique pas trop atteint. Il faut opérer. Pratiquer une petite ouverture pour que l’humeur aqueuse s’évacue. L’humeur prend une débarque.
— Puis-je partir en Floride et me faire opérer dans six mois?
— Non, pas avant Noël c'est certain, c’est urgent, si on ne fait rien, à votre retour, vous aurez perdu votre œil. En attendant de vous opérer, je vous prescris du Diamox (tout le monde l’appelle Diamant comme si c’était la pilule précieuse, magique qui règle tout).

Mauvaise nouvelle : l’ophtalmologiste se fait taper sur les doigts parce qu’il opère trop de Québécois à l’hôpital Monfort d'Ottawa. Il voudrait bien opérer à Gatineau, mais il faut qu’il renouvelle d’abord sa licence. Donc impossible de fixer une date pour l’opération.
Dès que possible d’ici deux mois. Calcul rapide : 24 octobre, 24 novembre. Trop tard. Elle veut partir début novembre. Ah! si le rendez-vous avait été en juillet, mais voilà, le système public, c'est ça: long de temps, long d'attente, long de doute.

Pas de panique. Tout un mois pour trouver une solution avant de partir.
Elle regarde du côté privé. Cherche et trouve sur Internet. Obtient un rendez-vous rapidement.
Quant au Diamox qui lui donne des effets secondaires, genre confusion (elle se mêle dans les jours, elle répète des phrases qui n’ont jamais été dites, en plus de la fatigue et de la somnolence), la pharmacienne lui obtient une diminution de la dose.

Mercredi 2 octobre : 90 minutes par la 15 quand la circulation est fluide. Quand la circulation est-elle fluide sur la 15? Ou sinon, deux heures par la 40, ville Saint-Laurent, aucune attente. Examens, rencontre avec le spécialiste, explications des traitements : drain dans un, laser dans l’autre. Et oubliez le Diamox. Yé!
Jeudi 3 octobre : opération, pose d’un implant de drainage.
Vendredi 4 octobre : suivi de l’œil gauche et laser dans l’œil droit.
Lundi 7 octobre : le drain a bougé, retour à la salle d’opération.
Mardi 8 octobre : troisième opération, nouvel implant… cette fois c’est réussi.
— Pourrai-je partir pour la Floride début novembre.
— Y a des bonnes chances, oui.

Mercredi 9 octobre : suivi, pression trop basse
Jeudi 10 octobre : tout redevient stable
Vendredi 11 octobre : encore stable
Espoir.

Mercredi 16 octobre : la pression a remonté dans un, stable dans l’autre.
— Pourrai-je partir pour la Floride début novembre?
— on va voir dans une semaine.

Lundi 21 octobre : humeur aqueuse instable, humeur tout court variable aussi. On change de gouttes.
— Pourrai-je partir pour la Floride début novembre?
— Je pars en vacances pour deux semaines, je veux vous voir avant mon départ, on verra alors.

Mercredi 23 octobre, Saint-Lambert (deux heures par la 30). Bien au-dessus du 21 recherché.
— Je ne peux pas vous laisser partir.

Prescription de Diamox (Oui, oui, ce médicament qui la rend confuse et somnolente. Demi-dose alors).
— On se revoit le 13 novembre, à mon retour de vacances.

On fait un x sur le départ du 4 novembre. On averti ami. e. s et famille. On garde le moral, qu’est-ce que c’est dix jours! L’an dernier on était parti le 24 novembre.

Le 7 novembre, il tombe 12 cm de neige. Ouf! pas de rendez-vous.
Matin blanc, matin beau. Belle lumière.
Mais tout de suite, inquiétude : dans l’espoir de partir pour le sud, je n’ai pas fait poser mes pneus d’hiver. Le stress monte d’un cran.
On commence nos bagages. On remplit l'auto. On regarde les conditions routières de l’Ontario et de l’état de New-York. Si on a l’accord du docteur, on vise le jeudi ou le samedi. Les routes devraient être sèches.

Mercredi 13 novembre :
— Ça s’améliore, je veux vous revoir dans deux mois.
— Pourquoi pas cinq mois? Et le Diamox?
— Si ce n’est pas stable, il faudra penser à une autre petite opération.

Alors, avec ce médecin collaborateur et même la technicienne super efficace, on se met à jaser, comparer les gouttes, discuter des problèmes possibles, penser à passer un examen en Floride, trouver un « Eye Center » près de mon RV Resort, prendre l’avion, revenir à Montréal une ou deux semaines.

— Arrêtez le Diamox, essayez ces nouvelles gouttes, et revenez lundi matin avec tous vos bagages, vous pourriez partir de Ville Saint-Laurent…

On distribue (encore) nos au revoir, on assiste à des funérailles d’une amie très chère. On se dit qu’il faut vivre chaque moment. On se dit que le glaucome n’est pas la mort.

Lundi 18 novembre, 11 heures : 42-32.
Mon cœur arrête de battre. Je sais. On part pas.
— Je vais vous opérer à nouveau. Une petite fistule (ouverture) pour que le liquide s’échappe.
On ne pose plus de questions. On ne demande plus combien de temps.

De retour à la maison, on parle, on pleure un peu, on communique (encore) avec nos ami. e. s, ceux et celles déjà rendu. e. s en Floride, ceux et celles du Québec. Par courriel, par Messenger, par téléphone. Mon frère se réjouit : on pourra assister à la fête de dimanche prochain.

On essaie de se convaincre que le bonheur n’est pas qu’en Floride. Qu’on a des ami. e. s aussi au Québec. Qu’on peut rire et chanter aussi au Québec. Même à moins 15!

On marche sur le chemin blanc, on écoute le geai bleu, on regarde les feuilles des hêtres qui s’accrochent.

Demain, mercredi 20 novembre, 8 h 30 : opération
Et ensuite suivi. s.

Hâte d’entendre 21 partout, c'est beau. 
Entendre : on se revoit dans x mois.
Et sinon.
Je suis née dans un pays de quatre saisons, de neige en novembre, de chaleur en juillet. De ciel bleu, de nuages noirs et de grands champs blancs.
Je vis dans un temps où les ami.e.s sont au bout de mes doigts sur le clavier, peu importe qu'il y ait palmiers ou érables.

jeudi 31 octobre 2019

Demain, novembre. Accepter.


Je pense que va falloir que je finisse par accepter.
D’abord m’en rendre compte.
Cesser de résister.
Je vieillis.

Non, c’est pas que je me sente vieille, mais je vieillis, oui. Mais pas que ça, pas que le genou douloureux, pas que les cheveux grisonnants, pas que la peau plissée. Pas que les morts autour de moi.

Non, avouer que je ne suis plus dans le coup. Plus dans le corps ni surtout dans la tête de l’auteure qui veut écrire, qui veut être publiée. Qui a une carrière. Qui exerce un métier.

Oui, j’ai été la fille capable de monter des petits sites Internet, de créer un blogue, de faire la mise en page de livres, de préparer des affiches, des dépliants… mais je suis de moins en moins intéressée à apprendre comment migrer de Blogger à Worpress, comment changer un PDF en epub, comment obtenir de nouveaux revenus.

Tout ça pourquoi? Pour me croire encore dans l’coup? Pour me sentir encore utile, avoir encore des travaux à remettre? Surveiller les événements littéraires, les salons du livre. Comme si j’y allais.
C’est pas que je renonce, c’est que je suis de moins en moins intéressée à cette vie sociale.
Les fesses déjà sur une autre chaise. Celle de la retraite.

Oui, je sais, il y a des femmes et des hommes qui, à mon âge, publient leur premier livre, qui entament une nouvelle carrière.
La mienne de retraite portera les couleurs du dehors : le bleu l’été, le sud en hiver, la nature.
Parler, écouter, voir, sentir autre chose.

Il me vient des relents de si…
Si je restais à Gatineau, si je ne partais pas… et si je voulais.
Je ne veux plus. Ou en tout cas de moins en moins. Transition, détachement.
Et je fous rien. Plus le goût de rien faire. Plus le goût d’être dans le monde de la performance, de la compétition, de l’utilité à tout prix.

Le rhododendron est recouvert de sa coquille hivernale, les fleurs coupées, les gouttières vidées. Le vélo rangé.
J’attends.
Demain, novembre. Il n’y a plus ni jaune ni rouge et pas encore de blanc. Un mois mort.
Automne de ma vie.
Non seulement accepter, mais surtout, un peu plus chaque jour, choisir d’être en retrait, et y trouver couleurs, joie de vivre et petits plaisirs.

vendredi 18 octobre 2019

Les Foley, c'est...

Les Foley
C’est un format que j'aime et une couverture invitante.

Les Foley, c’est Annie-Claude Thériault que j’ai connue sur Le Bateau-Livre de 2017. J’avais lu La fille de l’Allemand, elle voulait lire mes Têtes rousses. Parce que l’Irlande justement. Elle voulait déjà en parler. C’était déjà Les Foley.

C’est une histoire qui commence à Micsou, au Nouveau-Brunswick en 2019 et qui se termine au même endroit.

C’est l’Irlande. Pas vraiment l’Irlande le pays, quoique oui aussi, mais un portait de cinq femmes, de mère en fille.

Les Foley, c'est une plante, la Sarracenia purpurea, prétexte génial et lien entre les générations :
« Parce qu’au-delà de la Sarracenia purpurea, c’était quelque chose de ma mère que je souhaitais retrouver. N’importe quoi.
Mais au moins un sillon. »
Plus encore que la plante, Les Foley, c’est aussi un coléoptère, un doryphore.
« un minuscule insecte beige, éclatant. Beige, scintillant. Beige presque orange. Avec des lignes noires sur le dos. »
Un doryphore que je connais bien puisque, là où je vis, je suis entourée de champs de pommes de terre. Comme mon ancêtre Bridget Bushell. Comme Evelyne Foley.

Un doryphore qui représente « la guigne » pour Evelyne Foley, cette grand-mère qui fera partir fils et petits-fils en Amérique. En 1847. Parce que la famine, la misère, la mort, la « guigne ». Elle aurait voulu que sa petite-fille parte elle aussi, mais cette petite ne veut quitter ni tantes, ni grand-mère ni l’Irlande.

Les Foley, ce sera ensuite le Nouveau-Brunswick, l’Acadie, l’histoire d’Evangéline. Mais aussi les pères absents, les hommes violents. La cruauté de la vie. Les enfances blessées.

Les Foley, cinq générations, cinq descendantes qui cuisinent le stew et le caramel pendant que les pères et les frères boivent du whisky. Beaucoup d'odeurs et de couleurs dans Les Foley.

Les Foley, c’est encore plus un style tout à fait contemporain dans la répétition des mots, le martèlement des phrases courtes, des phrases sans verbe ou seulement un verbe. L'atmosphère qui en résulte « évoque Emily Dickinson ou les sœurs Brontë » selon la journaliste Manon Dumais dans Le Devoir

Et puis, toujours il y a les mères, les femmes, le manque.
« Je me suis levée complètement obsédée arc cette Clara qui connaissait ma mère. C’était clairement ce que j’avais espéré en venant ici : retrouver quelque chose d’elle. Une trace. Un nom. Mon récit. Son sillon. Je ne sais pas. Elle ne m’avait rien laissé, ma mère, ni d’elle, ni de son histoire, ni de mes grands-parents. »
Et Laura apprendre l’histoire des femmes Foley. Elle aura trouvé son rivage. « C’était un accostage ».

Une fois le livre refermé, je pars marcher sur le chemin bordé de champs de pommes de terre. Temps de la récolte, temps des rouges et des orangés si beaux si forts cette année. Très peu de doryphores cette année.

Les Foley m’ont rappelé tous ces Irlandais venus en Amérique pour vivre mieux, pour ne pas disparaître. Qui, comme moi, veulent laisser des sillons.

mardi 17 septembre 2019

Un été à lire Un été chez les hommes

L’été tire à sa fin, le 23 septembre officiellement. Avant, j’aurais déjà retrouvé une certaine discipline, comme du temps des rentrées scolaires.

Discipline, routine, marcher droit. Mais rien n’est comme avant. Je marche tout croche, en regardant partout. Devenue assidue à ma tablette et toutes ces petites icônes racoleuses, en comparaison avec cet «avant», j’ai perdu beaucoup d’intérêt pour mes passions habituelles. Je lis moins, je babille plus que je discute.

Alors que les feuilles commencent à rougir, j’ai pourtant réussi à terminer la lecture d’Un été sans les hommes de Siri Hustvedt.

D’abord pour l’auteure. Un nom — imprononçable — pareil, ça attire ou ça rebute. Je sais depuis plusieurs années que c’est une Américaine et que ses histoires touchent bien souvent un monde universitaire, ce qui n’est pas pour me déplaire, bien au contraire. Il me semble avoir déjà lu Tout ce que j’aimais, mais aucune trace.

Et puis sur la quatrième couverture, il était écrit « en forme de lecture de soi ». Ce genre de formule qui m’attire, qui m’interpelle. J’ai acheté.

Heureusement, j’avais acheté le livre version papier. Sinon, en numérique ou en prêt, je crois bien que trois semaines ne m’auraient pas suffi pour terminer la lecture. Non parce que le livre est ennuyeux, mais pour les raisons précédemment décrites : je procrastine, je me laisse happer par le web, je bavarde, je vais ici et là, au bout de quinze minutes, peu importe l’activité, je pense déjà à autre chose. Mais aussi un peu parce que si les premières pages sont fort intéressantes, le rythme ralentit ou plutôt s’installe, les propos plus théoriques — quoique bien documentés et intégrés dans la fiction — m’ont paru un peu longuets. Et puis, était-ce le calme dans ma tête, j’ai dévoré les cent dernières pages.

Voici l’histoire : Mia, est une femme poète et enseignante, elle entre à l’hôpital après que son mari demande une pause (d’ailleurs belle idée, elle appellera la rivale, Pause). Elle suit une thérapie et pendant un été, elle vivra dans une maison de retraite auprès de sa mère et de quelques veuves.
« Quelque temps après qu’il eut prononcé le mot pause, je devins folle et atterris à l’hôpital. Il n’avait pas dit Je ne veux plus jamais te revoir; ni : C’est fini, mais, après trente années de mariage, pause suffit à faire de moi une folle furieuse ».
Il y est question d’infidélité, de féminisme, d’enseignement, de poésie et oh! plaisir, de club de lecture.

On sent que l’auteure (ne comptez pas sur moi pour adopter «autrice») aime beaucoup Jane Austen. En parlant de Persuasion elle fait dire à Mia : 
« La plume qui a écrit ces mots se trouvait dans la main d’Austen et quelle main élégante c’était là. L’écriture de cette femme a toute la clarté et la précision de sa prose. »
Quant à son mari volage, les lecteurs apprennent à le connaître par des retours sur leur passé, leurs débuts, leurs complicités. Elle réussit à lui écrire. Au début quelques lignes, puis, comme leur fille garde le contact avec ses deux parents et sert d'intermédiaire, les messages s’allongent.

Les relations avec sa mère et les femmes de la maison de retraite, les cours de poésie que Mia donne à des adolescentes lui permettent cette « lecture de soi » et elle pourra ainsi sortir de cette dépression et revenir à elle-même.

Ce que j’ai aimé également, c’est que Siri Hustvedt s’adresse directement au lecteur. Pas trop, juste assez. Comme si elle levait les yeux et en voyant qu’on ne suit pas très bien, elle nous rattrape le temps de « Cher Lecteur » ou un « comme vous voyez ». On se rapproche on prête l’oreille, on écarquille les yeux et on la suit dans sa quête et dans son « Été sans les hommes ».

vendredi 13 septembre 2019

Journées de la culture:
je serai à la Librairie Rose-Marie


Dans le cadre des Journées de la culture, j'aurai le plaisir d'être à la Librairie Rose-Marie de Buckingham (Gatineau), le samedi 28 septembre de 10h00 à 16h30.

Pour vous présenter le dernier tome de ma saga sur mes ancêtres irlandais.
Pour vous jaser.
Pour acheter d'autres livres dont Les Foley d'Annie-Claude Thériault. Il y est également question d'Irlandais.
Pour me sentir encore écrivain.
Au moins une journée.

Lien vers l'activité décrite dans le site des Journées de la culture >>>



lundi 9 septembre 2019

UQAM: 50 ans



L’UQAM a 50 ans.
Je n'ai fréquenté ni le cégep ni l'Université du Québec, mais j'ai assisté à leur naissance. De très près: j'ai monté les marches de leurs édifices, je me suis assise dans leurs locaux.

En 1966-1967, c’était l’année de l’Expo. C’était l’apparition des premiers cégeps. J’étais en Belles-Lettres au collège Basile-Moreau, ville Saint-Laurent. Je coulais en latin, je coulais en dissertation (moi et les petites fiches, la méthodologie, les arguments, j’ai toujours préféré l’imaginaire), je n’allais plus à la messe, je lisais Simone de Beauvoir, je ne rêvais que de vélo et de ski.

Mon frère, Serge Lamarche, délaisse le cours classique et choisit l’école normale Ville-Marie.
En tant que représentant de la Fédération des étudiants-maîtres de l’état du Québec, il fait partie de la Mission de coordination des institutions de formation des maîtres. Il parcourt la province, visite les écoles, conteste activement, assiste à ses cours rarement, et travaille à la naissance de l’UQAM… vaillamment.

Je n’hésite pas longtemps, fini le cours classique pour moi également, je choisis l’école normale Jacques-Cartier, celle située dans le parc Lafontaine et qui n’était jusqu’alors réservée qu’aux garçons.

Deux ans de vélo, d’autobus et de métro pour me rendre à cette école où mon père et mon oncle avaient fait leurs études dans le vieil édifice qui avait pris en feu en 1948 et reconstruit en 1952. Trois filles dans une classe de vingt-huit garçons, je me faufile dans les premières, ce qui ne m’était pas arrivé depuis le primaire.

En septembre 1969, pour ma dernière année de formation, je reviens à ville Saint-Laurent, j’arpente les mêmes corridors quittés deux ans plutôt, je travaille à la bibliothèque située dans une ancienne chapelle. En effet, avant de devenir le cégep Vanier, Basile-Moreau accueille pour un an le Centre de transition et de perfectionnement de la formation des maîtres qui regroupe les écoles normales Jacques-Cartier et Ville-Marie. L’édifice du parc Lafontaine devient le pavillon Lafontaine pendant une bonne vingtaine d’années.

Mon frère et moi obtenons notre Brevet A et automatiquement notre baccalauréat en pédagogie décerné par l'Université de Montréal.
Il poursuivra ses études en administration.
Je renonce à mes études en littérature, je choisis la campagne et je commence à enseigner.

En 1969, Serge Lamarche publie un petit livre qui figure encore dans les bibliographies de travaux universitaires : L’Université du Québec, Lidec, Montréal.

En 2019, cinquante ans plus tard, j’édite un roman dans lequel le personnage de Dominique Bricault raconte cette période de grand changement dans l’éducation.

dimanche 1 septembre 2019

Finis les petits voyages tranquilles à deux

Vue de notre site loué à Rimouski
Tu pars pour une dizaine de jours, tu roules dans ton HRV bien rempli, tu penses que tu ne vas qu’à Rimouski, tu crois n’être que deux, tu as l’impression de ne pas avoir pris de photos, tu as bien l’intention de lire et d’écrire.

Finalement tu es partie dix-neuf jours.
Tu reviens avec un CRV. 
Tu as bourlingué de Saint-Casimir à Rimouski, oui, mais en passant par LaMalbaie, Sainte-Luce-sur-Mer, Sainte-Flavie, et au retour, tu t’es perdue dans les cônes de Montréal, tu as retrouvé ton chemin grâce à tes souvenirs de ville Saint-Laurent où tu as déjà habité. 
Tu as jasé, mangé, bu pendant deux jours avec quatre amis caravaniers de longue date.
Tu as joué, chanté, jasé et tellement ri pendant deux jours avec une trentaine de snowbirds rencontrés en Floride l’hiver dernier.
Tu as aidé deux nouvelles amies à peinturer un toit, recouvert des bouchons.
Tu as revu des membres de la famille de ta plus vieille amie qui vient de perdre son mari.
Tu as lu un livre et demi, écrit trois lignes.

Et ça fait deux heures que tu tries tes 174 de photos (ah! ces téléphones à portée de main!) en rêvassant aux belles journées que tu as vécues, aux émotions que tu as éprouvées... et aux nouveaux livres qui seront bientôt en librairie. Sans compter que tu espères que ce blogue ne mourra pas faute de l'alimenter, tellement ta vie sociale est mouvementée.

Quelques photos des lieux.

Quai de Grondines
Domaine Forget à La Malbaie

La Malbaie
La Malbaie

Port-au-Persil, doux souvenir au temps des symposiums de peinture

Parc du Bic
Notre résidence pour quelques jours, à Rimouski





lundi 19 août 2019

Ressacs de France Martineau: mon 12 août

Ressacs, ce fut l’achat de mon 12 août.
Depuis longtemps, j’adore les livres des Éditions Sémaphore. Pour le format, le graphisme des couvertures… et le contenu.

Le billet du bloque d’Yvon Paré m’a intriguée. Une fois à la Librairie Rose-Marie de Buckingham, je me suis souvenu. J'ai cherché.

Sur la 4e couverture, les mots : Gatineau (je reconnaîtrai des lieux, des noms de rues), professeur de linguistique (un sujet qui me fascinera toujours), l’écho des voix du passé (mes trois derniers romans ne sont-ils pas que ça : des échos du passé?) à travers les lettres et journaux personnels (à me demander ce que je jette, ce que je conserve)… ont achevé de me convaincre de l’acheter.


Entre deux marées, entre soleil et brume, j’ai lu. Avidement.
Un récit comme je les aime. Lors du décès de sa mère et puis de son père, à partir de quelques objets, comme un métier à tisser, une boîte bleue (on pourrait faire une thèse que les objets bleus dans les romans), un cahier et même un chat, France Martineau cherche à comprendre pourquoi sa mère ne l’aimait pas, pourquoi son père l’a agressée.

Je n’ai pas senti la victime coléreuse, vindicative. J’ai senti l’enfant blessée, rejetée. Je me suis revue devant ma mère mourante, je me suis revue assise devant tous les documents et livres que mon père m’a laissés.

Je n’ai pas lu des mots crus, des mots parlés, des mots durs des jeunes auteur. e. s.
Tout ce que j’aime : des phrases bien écrites, dans ce français que j’ai appris, qui glisse et caresse, des phrases qui touchent, qui frappent :
« Suivait cette phrase : “Jamais nous ne l’oublierons” C’était la seule qui soit vraie, et c’était la seule que j’aurais voulue fausse. »
J’ai aimé aussi non parce que j’ai vécu avec mes parents ce qu’elle a vécu avec les siens, sauf peut-être pour le refuge dans les bibliothèques — mais pas pour les mêmes raisons. Mais j’ai reconnu les sentiments du rejet. Ceux du doute, ceux du questionnement, ceux qui peuvent nous blesser pour la vie si on n’y prend pas garde. Et le besoin d’en parler, de les écrire pour ne pas en mourir.

Je me demande encore comment je n’ai pas pu avoir déjà lu Bonsoir la muette qui a précédé ce récit. J’y remédierai bientôt.

Le soleil est revenu, l’été n’est pas fini.
Encore beaucoup à lire. Et comme j’écris moins, j’apprécie d’autant les écrits de ceux et celles qui ont le courage et la persévérance de poursuivre.
Les écrivain.e.s québécois surtout.

dimanche 4 août 2019

Le curseur clignote


Le curseur clignote.
Mon regard vers la fenêtre, vers l’arbre. J’entends l’oiseau qui pépie.
Rien sur la page blanche.
Un seul billet en juillet.
Non pas le silence dans ma tête, mais plutôt un fouillis. Des aiguilles de pin mêlées aux herbes folles.
Le curseur attend.

Pourtant je lis. Un peu, pas tous les jours.
Sylvie Drapeau, L’enfer et Le ciel. Le frère, le petit dernier dans l’enfer de la maladie mentale, et la mère qui voit ses enfants partir vers la grande ville dans Le ciel. De toute beauté. Un après-midi pour chaque livre. Un bel été chez moi. Un été pour jaser, pour recevoir, pour sortir. À peine le temps pour lire, encore moins pour écrire.

Pourtant pas une question de temps.

Le curseur recule. Ne reste que quelques mots. Parfois, rien.

J’ai lu aussi L’écrivain frustré de José Angel Mañas. J’ai cru pendant quelques pages trouver un alter ego, comprendre le trou dans lequel je refuse de tomber, le mur que je refuse de regarder. Le plaisir d’écrire qui m’a quitté.
Mais ce roman, c’est tout autre chose. Je vous le raconte parce que vous ne le lirez sans doute pas. C’est un écrivain qui ne parvient pas à écrire. Il vole carrément le manuscrit d’une de ses élèves. Il veut l’éliminer, la tuer pour qu’elle ne parle pas. Il la séquestre (comme le policier enfermait ses victimes dans District 31) pour qu’elle ne dise rien. Le livre est publié, c’est un succès. L’éditeur lui en demande un autre. Un livre déjà primé alors qu’il n’est même pas écrit. Mais voilà que le monsieur n’a jamais rien écrit. Il essaie de forcer son élève retenue prisonnière de l’écrire avec lui. Il la menace, elle résiste…. Jusqu’à mourir. Elle meurt, Le monsieur comprend qu’il l’aime, il croit lui faire l’amour. C’est morbide. Et alors que les policiers arrivent, ça y est le monsieur se met à écrire. Entre tout ça, des amours, de la jalousie, les couples se font et se défont.

Je ne suis pas à ce point désespérée.

Chaque matin, parce que c’est toujours le matin que j’ai envie d’écrire, je m’assieds devant la page blanche du fichier Word. Je détourne la tête vers la forêt. Et je me demande ce que je ferai aujourd’hui. Je regarde l’agenda. Il y a le dentiste, la coiffeuse, une fête, un diner, la visite, un client. Et quand il n’y a rien, à 11 h 30, je me lève, je vais à la poste à vélo. Puis le diner. Puis Facebook, Candy crush, Jardins de mots. Entre 16 et 17 heures, une bière ou un verre de vin. Puis le souper. Le soir, la télé. Trop fatiguée pour autre chose.

Dans ma tête, du vent. Dans mon cœur, un tourbillon.
Et aucune envie d’organiser les quelques phrases qui se sont faufilées au cours de la journée.
C’est ça, je suis désorganisée.
Comme en vacances.
Et j’ai peur un tantinet que ça ne revienne pas, que le curseur clignote des jours et des semaines.
J’ai un peu honte aussi.
Chez nous lire, écrire n’était pas gaspiller son temps, au contraire. C’était se cultiver, entretenir son intellect. Alors, j’ai honte de gaspiller mon temps, ma vie, les années qu’il me reste.
J’ai même honte de l’admettre. Je me dis grouille-toi, discipline-toi, mets de l’ordre dans tes idées.
Mais quelles idées?

Le curseur attend.
C’est l’heure de la poste. Mais non, nous sommes dimanche, alors c’est le temps d’aller voir les artistes à Montpellier.
Je ferme l’ordi.