lundi 25 août 2014

Ah! ce temps...

Bientôt les enfants seront en classe. Je ne me souviens pas avoir trouvé le temps trop court ou trop long quand j’étais élève. Quand donc commence-t-on à regarder le temps qui passe, à trouver qu’on n’en a pas assez?

En voyage, je vis beaucoup plus au présent, je n’essaie pas de tout vouloir faire la même journée. Je roule, je regarde, j’admire, je m’extasie, j’apprends, je photographie, j’écoute, je mange, je dors. Je maugrée un tout petit peu contre la température, mais n’y pouvant rien, je m’adapte et le sourire revient. Si j’étudie le trajet du lendemain, je pense quand même très peu. Je me laisse aller.

Depuis mon retour du Yukon et de l’Alaska, je me suis remise à penser et à regarder l’heure. Je veux tout faire en même temps. Non pas pour le rattraper, juste en jouir au maximum.
  • Être dehors parce qu’il fait beau et chaud.
  • Visionner, trier, traiter les 1,000 photos prises lors des 22 jours en terre du nord.
  • Lire mes notes, écrire un compte rendu du voyage pour publication sur mon site.
  • Réviser mon roman, alimenter mon blogue.
  • Examiner les factures, rentrer les chiffres dans mon fichier Excel, voir si on a dépassé les prévisions (c’est fait, on a dépassé de 300 $).
  • Aller en vélo.
  • Être au courant des romans qui sortiront en septembre.
Pas le temps de : 
  • Attendre que les logiciels s’ouvrent, penser à changer d’ordinateur ou l’envoyer nettoyer, ce qui serait encore perdre du temps.
  • Lire ou télécharger des livres. Aller à la bibliothèque sachant que je n’aurai pas le temps de lire les deux livres arrivés pendant mon voyage.
  • Cette année, ne pas participer à Nouvelles de Gatineau. Le concours se termine le 30 août. J’avais bien commencé un texte, mais il est nul.
  • Finir de tondre le gazon.
  • Préparer la fête annuelle des Vierges (deux membres de ma famille sont nées le 11 septembre)
  • Écrire un billet de blogue digne de ce nom.
  • Respirer… ah! si quand même.
Prendre au moins le temps de me parler, de calmer mon impatience, de me dire que je suis en vie et donc de le voir passer ce temps précieux, d’être reconnaissante d’avoir fait un si beau voyage et de me répéter que même si je courais, je ne le rattraperai jamais. Déjà de pouvoir en parler est un plaisir et une chance que tout le monde n’a pas. Alors je vais simplement le vivre, une minute, une heure, une journée à la fois.

Vous pouvez cliquer sur la photo pour l'agrandir.
Et être très émue en regardant la couleur du champ de maïs quand le soleil se lève ou se couche. Tout comme je l'ai été un certain matin très nuageux, annonciateur d'une autre journée pluvieuse, à Seward, Alaska, quand j'ai vu tout à coup un immense arc-en-ciel dans la montagne. L'espoir et le sourire sont revenus.

dimanche 27 juillet 2014

Jusques à quand?

En parallèle, je lis Oser écrire de Madeleine Chapsal et La liste de mes envies de Grégoire Delacourt. Quelques pages de l’un, quelques pages de l’autre. Comme si j’alternais entre un verre de vin blanc et un de rouge. Ou plutôt un shiraz et un bordeaux. J’aime les deux, je me délecte des deux. M'inspirent. Envie d’écrire, envie de copier. Le sujet du premier, le rythme du second. Je compare, évidemment, ma vie avec celle de la première et mon style avec le roman du second. Je ne serai jamais la première, je n’aurai jamais (peut-être que si, un peu) le style du second.

Et puis j’y retourne, sans comparer cette fois, juste pour faire plaisir à la lectrice, siamoise de l’auteure, que je suis, juste pour aimer sans jalousie, pour admirer sans me dire que je suis un écrivain raté. Peut-être moyen, mais pas raté. J’aurai au moins essayé, et réussi en partie. Comme à l’école, j’aurai eu la moyenne. Pas sur le podium des grands succès, mais pas la cancre qui aura décroché. J’ai toujours dit que le système d’évaluation à l’école ne favorisait pas l’estime de soi. Vous classe à vie. Vous stigmatise à vie. Laisse des traces comme une blessure narcissique.

Chose certaine, en commençant ce blogue, je croyais poursuivre sur la lancée du guide touristique produit pendant treize ans : parler des événements de ma région, des artistes, des créateurs de l'Outaouais en général et de la Petite-Nation en particulier. Je savais que je parlerais des livres, que je ne pourrais m’en empêcher, mais si je pensais écrire le résumé, donner mon avis sur le sujet, j’ai dévié. Trop pensum, trop dissertation. Comme bien d’autres, et très facilement, très plaisant, je suis tombée dans le subjectif, dans le « je ». Une fois que j’ai lu un livre, ou que je suis en train de lire, pas vraiment le goût du compte rendu. Seulement parler de l’empreinte laissée. En soulignant trois fois le fait qu’une personne qui essaie d’écrire, qui veut écrire et qui écrit ne lit pas comme les autres, on ne me fera jamais croire le contraire. Deux jumelles inséparables. C’est se regarder dans un miroir. Pas pour tomber amoureuse comme Narcisse, mais pour apprendre, pour évoluer, pour s’améliorer. Bref, comme l’évaluation devrait être dans les classes : une note par rapport à nos propres progrès, pas de moyenne, pas de percentile, pas de podium.

Se remet-on jamais de nos notes scolaires, de ce jugement sans appel qui nous marque à vie? Qui revient nous hanter — me hanter —  dès que je prends un crayon?
Et comme toute cicatrice, peut-on l’oublier, la circonstancier et finalement, en revenir et passer à autre chose? Ou s’évaluer autrement? Ou être fière de ce qu’on est même si on n’est pas la première, ou la plus, ou la plus comme?

L’autre côté de la médaille qui me réconforte : les «grands» écrivains mentionnent rarement leurs résultats scolaires. Et l’on disait que les meilleurs professeurs n’étaient pas forcément les premiers de classe puisqu’ils auront de la difficulté à comprendre que les étudiants ne comprennent pas aussi rapidement qu’eux. Reste à savoir si les bons professeurs font de bons écrivains!

Jusques à quand me tourmenteras-tu, chère adolescence? (J’ai toujours aimé — et abusé?— de Cicéron)

vendredi 25 juillet 2014

Deux ou trois petites choses

Il suffit parfois de deux ou trois choses anodines qui s’accumulent au fil des jours pour rendre le bonheur facile. Il suffit que rien ne vienne entacher le ciel bleu pendant deux ou trois jours pour que la joie demeure. Il suffit de deux ou trois petits plaisirs pour que le cœur s’enivre et chante son allégresse.

Donc, lire le matin, en prenant son café — la première gorgée, un vrai délice qui nous arrache un soupir et un ahhhh — sur la terrasse arrière, au soleil levant. Lire quelques pages de Oser écrire de Madeleine Chapsal et s’identifier complètement : moi aussi j’ai interviewé des personnes, moi aussi, j’ai publié ces rencontres dans un journal. Bon, ce n’était pas Jean-Paul Sartre ni Malraux, c’était un agriculteur de ma région, mais quand même, quel plaisir, quelle jouissance, chaque fois. Marie-Paule Villeneuve m’avait fait confiance, mais peu après son départ de La Terre de chez nous, on n’avait plus besoin de mes services. Mais, j’ai beaucoup aimé.
Lire « l’écriture est initiée par la jalousie », c’est comme se sentir comprise, jugée et pardonnée en même temps. Et si plus loin, je lis : « l’écriture est un acte d’identification », je sens que je fais partie de la confrérie : ce matin, j’ose m’identifier à Madeleine Chapsal, sauf pour la quantité de romans publiés!

Le midi, un pique-nique à Val-des-Bois. Question de voir deux-trois campings, dont un ouvert à l’année. Rêvasserie sur une vie possible dans ce genre de camping et de maison modulaire. Question aussi de voir cette municipalité presque orpheline, en mal d’identification sûrement, catapultée dans la MRC Papineau qui a dû aller chercher deux municipalités de la Lièvre pour satisfaire je ne sais trop quelle statistique. Sinon, nous aurions pu nous appeler MRC Petite-Nation. Bon, passons sur ces considérations hautement politiques auxquelles je ne comprends rien, ne m’y intéressant que très peu.

Retour par la Réserve Papineau-Labelle, un trésor de nature sauvage, à peine dénaturée par les chemins forestiers. Un parc, aux multiples entrées, qui relie, entre autres, la Lièvre (comprendre une région développée le long de la rivière du Lièvre) à ma bien-aimée Petite-Nation (comprendre une région développée le long de la rivière Petite-Nation).  Les castors s’en donnent à cœur joie, ce qui fait que les chemins sont souvent barrés, ce qui fut encore le cas. Il ne faut pas se fier au GPS qui s’y perd, ni au réseau téléphonique inexistant et très peu aux rares conducteurs qui s’y promènent. À vos risques. Ce n’était ni l’heure des cervidés ni celle des ours, mais la saison des framboises, oh! que oui. Les maringouins et mouches à chevreuil ne réussiront pas à troubler nos joyeuses chansons (qui ont aussi pour but de tenir les ours à distance au cas où). Deux ou trois arrêts pour les photos et collations du petit fruit rouge. Sans autre incident que des crevasses et des trous d’eau sur le chemin numéroté 25.

Arrivée dans la civilisation, à Saint-André-Avellin en pleine fête western, achats des premiers épis de maïs qui seront épluchés, bouillis et mangés dès le retour à la maison. Avant, un dernier plaisir : la cueillette de l’hebdomadaire panier de légumes biologiques d’une valeur de 20 $.

Après avoir déballé et rangé nos trésors, nous nous offrons un verre de vin blanc en préparant la salade de tomates, haricots, concombres, et nous soupons sur notre terrasse arrière, là où tout a commencé le matin de cette belle journée.

En réalisant, une fois de plus, qu’il suffit parfois de deux ou trois petits plaisirs pour trouver que la vie est belle et que j'en rends grâce... en l'écrivant bien sûr puisque « Un écrivain demeure en écriture même quand il n'écrit pas, le jour, la nuit, sans arrêt », dixit Madeleine Chapsal.

(photos de l'auteur: lac L'Escalier à Bowman, framboises dans le parc Papineau-Labelle)

vendredi 18 juillet 2014

Un amour qui date de quarante ans






Je l’ai connu un jour chaud de juillet. Tout de suite je l’ai aimé. J’ai aimé son lac, ses rivières, ses méandres, ses chutes, ses cascades. J’ai aimé ses bruits, ses silences, la brume du matin, les soirs frisquets.
Je l’ai connu en automne, en hiver, j’ai aimé toutes les odeurs de chaque saison, du feu de camp aux petits matins de feuilles humides.
J’y ai rencontré des chevreuils, parfois l’orignal et son petit, et une fois un ours.
Je l’ai parcouru en canot, en raquettes, en ski de fond, à pied, à vélo. J’ai sué, je m’y suis baignée. J’ai visité tous les coins, toutes les aires, tous les belvédères. J’ai tout admiré, tout aimé.
Je m’y suis rendue avec une vieille Aspen, la fenêtre arrière a même éclaté sur la route d’entrée. Je m’y suis rendue en vélo moteur, en caravane portée, en motorisé.

J’ai couché au bord des lacs, au milieu de la forêt. En tentes, en tente-roulotte, en véhicule récréatif. Parfois une journée, parfois un week-end, et quelquefois deux semaines.
J’ai connu le temps des conférences le samedi soir, le temps des concessions de casse-croûte, le temps des tables déplacées, de la musique tard le soir, des voisins trop proches, des enfants mal élevés, des motos pétaradantes. Je l’ai boudé pendant un temps pour ces excès.
Je l’ai traversé de l’est à l’ouest, du nord au sud. J’ai visité chaque secteur.

J’ai connu le temps de la pêche gratuite, des quotas dépassés, de l’ensemencement des lacs, des truites cuites sur le feu.
J’ai vu s’élever tous les bâtiments, du plus petit au dernier, le Centre de la découverte. Je ne comprends pas pourquoi tant de bâtiments, la plupart trop grands, souvent vides.
J’ai apprécié la piste cyclable aménagée en boucle autour du lac.


J’ai vu passer la mode du camping rustique, sans eau, sans électricité, toilette chimique au camping avec services, les huttopia, les chalets et le tout dernier-né le chalet EXP (dernière photo de l'album). J’ai vu les tentes plantées sur le sable avec vue sur l’eau, j’ai vu les cordes pour sauver les berges. J’ai vu les emplacements reculer, s’enfoncer dans le bois, loin de tout. J’ai vu plusieurs aires de camping fermées pour bâtir le Centre de la découverte. Dont mon emplacement préféré, le Timbale numéro 3 qui offrait intimité et une belle vue sur le lac. Une vue que Louise-l’artiste a peint si souvent, à ses débuts. Elle aussi l’a beaucoup aimé. Au point où, pour le centenaire, elle offrait d’y organiser une exposition de tableaux inspirés du lieu. Comme les peintres de la Norditude avaient exposé au parc des Grands jardins. Fin de non-recevoir. Dommage, c’aurait été un bel hommage.

J’ai chialé, j’ai rouspété contre la hausse des prix, je l’ai déserté, j’y ai été infidèle, puis j’y suis retournée. Je me suis adaptée.
Je l’aime encore pour ses cours d’eau, pour ses sentiers, pour la nature.
Je l’aime pour ce qu’il me procure. Je l’aime parce que j’y suis bien.
Depuis plus de quarante ans, j’ai le bonheur facile au parc du Mont-Tremblant.

(photos de l'auteur au parc du Mont-Tremblant; tableau de Louise Falstrault)

samedi 12 juillet 2014

Du vin et du lait

Dans ma tête, je note des phrases toute la journée et parfois la nuit aussi. Je croyais rêver de plus en plus en images, mais pas ces jours-ci, le bélier en moi remonte à la surface avec sa furie de tout vouloir faire en même temps :

Écrire
Lire
Chercher le prochain livre à lire
Lire l’auteur-e recommandé-e par tel autre (très tendance ce genre de bibliographie à la fin d’un roman : les titres qui ont inspiré l’auteur)
Préparer le prochain voyage
Appeler pour renouveler des assurances, pour réserver un camping
Tondre le gazon
Pédaler quelques kilomètres
Acheter quelques vêtements appropriés à un anniversaire de mariage
Écrire un courriel à une amie en lui racontant ma dernière escapade
Écrire sur ce que j’ai lu ou ce que le livre m’a inspiré
Écrire les phrases qui me sont venues pendant que je tondais le gazon
Je dois me faire violence pour rester dehors parce qu’il fait beau. 
Ne pas oublier de manger
Ne pas oublier la brassée dans la sécheuse
Lâcher un verre à laver pour aller noter une idée
Noter de ne pas oublier nos bâtons de marche pour le prochain voyage
La pleine lune et les phrases m’empêchent de dormir

Il n’y a que lorsque je parle que je ne fais pas de phrases! Des phrases que je n’écrirai pas, je veux dire.
À 16 heures, je suis épuisée de toutes ces phrases qui tourbillonnent, les courtes, les longues. Ne pas m’en faire si les ordinaires s’envolent, mais penser à écrire les plus belles, les inspirées. Les classer : vont-elles dans mon roman, dans une nouvelle, dans un billet ou aux poubelles de l’oubli?

Ce qui m’épuise, ce n’est pas de freiner toutes ces phrases qui se bousculent au portillon de mon cerveau, c’est de trouver le temps de les écrire. Penser, ça se fait vite, en silence, personne ne sait à quoi vous pensez. J’ai l’air de pédaler, j’ai l’air de laver la vaisselle, j’ai l’air de chercher un symbole pour des armoiries familiales, j’ai même l’air de lire, mais en fait, je ne pense qu’à la prochaine scène entre Léopold et Diane. Et même quand je crois ne pas penser, je pense quand même.

Le pire, c’est que je crois bien que c’est ce que j’ai fait toute ma vie : écrire ma vie au lieu de la vivre. Déjà à treize ans quand mes parents m’ont offert un cahier au dessus cartonné rouge. Déjà à quinze ans quand j’échangeais avec une copine ce qu’on osait appeler des poèmes. Déjà à 18 ans quand je lisais Mathieu de Françoise Loranger. Déjà en lisant tout ce qui me tombait sur la main où il était question de philosophie, déjà, en parallèle, en marge, toujours des phrases sur le sens de la vie.

Parlant philosophie, hier, il y eut course aux beaux vêtements pour une fête prochaine. Cherche la bonne grandeur, les couleurs qui te vont bien, mais non, ce motif ne va pas avec celui-là, ni le rouge avec le turquoise ni le nylon avec ce coton et surtout le prix ne va pas avec mon budget. Pour me récompenser de ce magasinage qui s’allonge, de cette impatience qui pointe, je me suis fait réellement plaisir : j’ai acheté un livre. Recommencements d’Hélène Dorion. Évidemment, je l’ai commencé dans l’heure qui me ramenait à la maison. Évidemment, j’aime. Évidemment, des phrases ont commencé à virevolter comme des mouches au-dessus d’une tête fraîchement lavée. Évidemment, je bois ses phrases comme un vin millésimé, en comparant les miennes à du petit lait.

Si j’ai lutté pendant quelques années contre cette dépendance, que j’ai commencé et recommencé des jeûnes de phrases, j’ai fini par renoncer, je suis intoxiquée à jamais. Ça revient chaque fois. 

Souffrez que j’en échappe quelques-unes, ici, quand ça déborde!

mardi 1 juillet 2014

Encore une

Manuscrit version juillet 2014
Les incohérences : corrigées.
La concordance des temps : verbes corrigés. Merci SB et MB.
La fin des chapitres : ajout de petite phrase punchée pour donner envie de poursuivre.
Les ruptures de construction que la réviseuse a eu l’amabilité de noter : revues et corrigées.
Les dialogues qui manquent de naturel : revus et améliorés. Merci Gen ! (voir son billet >>> ) et BR.
La surabondance de détails : j’en ai enlevé, avec un petit pincement au cœur puisque ça veut dire effacer des heures de recherche et des notes judicieusement choisies. Les amateurs de généalogie pourront me contacter.
L’orthographe des prénoms : uniformisée
Les titres de chapitres : tous disparus pour un meilleur enchaînement et éviter l’impression d’une coupure dans le temps. Moi j’aimais bien. Oui, le lecteur pouvait avoir l’impression de tourner les pages d’un album photo. Et alors ? Chaque chapitre était comme une mini-nouvelle. L’est toujours quant à moi.

Intrigue, surprises et dénouement pour que ce soit un roman et non un récit. Peu m’importe l’étiquette, si ça se lit bien, si c’est intéressant, pourquoi tout manuscrit, en 2014, au Québec, doit-il répondre à des règles dictées par l’éditeur ? Répondre à une structure établie par je ne sais quel universitaire ou académicien ? Question de plaire au plus grand nombre de lecteurs ?

J’ai quand même cherché une autre structure, j’ai longuement pensé, cogité, voulu, essayé de trouver des surprises, des rebondissements, mais je n’aime pas les livres policiers, les histoires à intrigues, les secrets à dévoiler. Je n’aime pas en lire alors forcément, je ne pense à en écrire. Lire le billet précédent à ce sujet >>>

Je préfère des émotions, des impressions, des questions plutôt que de l’action, des descriptions.

Quant à changer le linéaire du récit, même si j’en ai ramé un coup à lire La marche en forêt et Le mur mitoyen de Catherine Leroux, et que, donc, j’ai bien admiré les nombreux va-et-vient dans les événements qui n’ont pas de repères datés, jamais je ne pourrais utiliser ce procédé. D’abord j’aurais l’air d’avoir copié et surtout, il faudrait que je reconstruise toute l’histoire pour qu’elle se tienne. Les trois lectrices qui ont lu mon manuscrit ont bien aimé ma ligne chronologique-pas-originale. Et moi aussi, bien sûr. Pas parce que c’est plus facile, seulement parce qu’en tant que lectrice, je ne veux pas toujours me casser la tête. Petite lecture d'été, il en faut.

Rythme : varier les types de phrases, des binaires, des ternaires, des courtes, des complexes, des relatives, une accumulation, une progression. Me semble que j’avais tout ça. Ai revu, en ai ajouté, ai accentué le rythme. Ai-je réussi ?

Bref, on pense que tout est acquis depuis le temps qu’on écrit. Eh bien non! Surtout que j’ai écrit beaucoup plus court que long dans ma vie d’écrivaine. Alors, je suis retournée en classe, ai relu les notes prises lors de l’atelier d’écriture à Mont-Laurier, j’ai fouillé sur des sites pour savoir de quoi était vraiment fait le roman. Suis retournée à l'académique, au conformisme, aux règles, ce que j'ai toujours détesté, mais quand je cesse d’être rebelle, que j’essaie d’être patiente, ce qui m’arrive à l’occasion, je deviens studieuse et appliquée.

Si je ne sais pas me vendre, si je ne réussis pas à convaincre un éditeur de mes choix, aussi bien avoir un bon produit qui leur plaise. Même si je dois, à mon sens, perdre mon temps. Si je ne prends pas plaisir à cette obstination dans l’effort, au moins, j’ai plaisir à chercher, à débusquer, à trouver. Et quand l’éditeur me signifiera enfin son accord et que j’entendrai « oui, on publie », la victoire me fera oublier toutes mes insubordinations... et ce billet.

Alors un autre tour de piste, une nième version.

dimanche 29 juin 2014

C'est le dernier, que je me dis chaque fois

Dites-moi ce que vous lisez, je vous dirai ce que vous aimez écrire.
Dites-moi ce que vous aimez écrire et je vais vous dire chez quel éditeur publier.

Lecture dans le sud, l'hiver dernier.
La semaine dernière, je lisais L’album multicolore et Tout comme elle de Louise Dupré. Les deux avec un égal bonheur. J’ai lu tous les mots, toutes les pages. À la fin, j’ai dit « Pas déjà fini ». J’en prendrais encore. 

Cette semaine, j’ai commencé La vérité sur l'affaire Harry Quebert de Joël Dicker. Un roman publié en 2012. J’en avais lu du bien et du moins bien, j’hésitais donc. Comme souvent, je lis ce qu’on en dit, je cherche à connaître l’auteur, je feuillette en librairie. Finalement, je l’ai fait venir à la bibliothèque. Une fois en main, je pris plaisir à m’asseoir sur ma galerie arrière, à l’ombre. Je plongeai. Facilement, rapidement, goulûment. Évidemment, un écrivain devant la page blanche, incapable d’écrire après un énorme succès et la belle vie, c’est sûr que je lisais, très intéressée. Sans m’identifier puisque je n’ai jamais été célèbre !

Jusqu’à la page 63, j’ai réussi à ne pas penser à mes propres écrits. Comme c’est une histoire quasi-policière avec des morts, un suspect, des questions, un héros sauveur, une victime innocente, m’arriva ce qui devait m’arriver : je voulais tout de suite savoir, alors j’ai sauté à la table des matières, j’ai lu l’épilogue, suis revenue un peu en arrière au chapitre :  La vérité sur l’Affaire (pourquoi un A majuscule ?) Harry Quebert, page 514. Et voilà j’ai eu mes réponses. Le reste ne m’intéressait plus.

Pourquoi j’en parle, parce que c’est le genre de livre qui se vend, le genre d’histoire que la majorité des lecteurs aime bien, le genre de bouquin dont les éditeurs raffolent. À preuve, il a été traduit en je ne sais plus combien de langues, vendu à je ne sais plus combien de milliers d’exemplaires et a gagné deux ou trois prix.

Mais, mais, mais ce n’est pas le genre que je préfère en tant que lectrice et donc pas le genre que j’écris. 

Lors d’une rencontre avec un éditeur au sujet d’un manuscrit présenté… « à retravailler », il fut d’ailleurs question de surprises à rajouter, d’écrire un roman et non un récit, et de contexte historique-social à documenter. Et si je ne satisfais pas ses exigences, aurais-je une troisième chance ? 

Il n’y a jamais rien d’acquis, rien de gagné. Surtout pas dans le monde de l’édition québécoise. Toujours la sempiternelle question qui revient : et pourquoi je ne me contente pas d’être lectrice ? Chaque fois, la réponse revient comme un boomerang : je ne peux pas m’empêcher d’écrire ! C’est le dernier manuscrit que j’essaie de faire publier, c’est le dernier, c’est le der…. 
Y’a un boutte à être maso !

vendredi 20 juin 2014

Trois pour le prix d'une

Trois plaisirs pour le prix d'une escapade de quatre jours dans la région de la Yamaska Nord
Dans l’ordre : premier plaisir, le camping
Deuxième : le vélo
Troisième : la lecture


Le camping : je me suis réconciliée avec les Sepaq. Je les boudais parce que je trouvais prohibitifs leurs coûts d’entrée : 7,50 $ par jour par personne. En prenant une passe pour le réseau : 135 $ pour deux, j’ai accès à tous les parcs, sans avoir à me soucier de ces frais d’accès. En les oubliant, j’ai l’impression de ne pas les payer. Reste le camping. Le sans service est de 29 $ la nuitée et le deux services de 38,25 $ Plus les taxes. Disons que c’est un prix assez compétitif si on ne compare pas les genres de campings. Dans les Sepaq, ce ne sont pas les services, le wi-fi ou les activités qu’on va chercher, mais surtout l’espace et la nature. La nature et encore la nature. Alors au parc Yamaska, je fus servie, gâtée. J’ai beaucoup aimé.

Le vélo : des pistes cyclables, des vraies, pas des bandes cyclables le long d’une route. Le rêve pour une promeneuse comme moi. Je ne cherche plus ces sentiers de vélo de montagne escarpées où il faut grimper, descendre debout sur les pédales. Je préfère le plat, le facile. Autour de Granby, je suis servie. Une région où je n’allais plus puisqu’il fallait passer par Montréal, Décarie et pont Champlain. Avec l’ouverture d’un tronçon de l’autoroute 30 du barrage de Beauharnois, je peux me rendre dans les Cantons de l’Est dans un petit deux heures. Des points de vue le long du réservoir Choinière, des haltes le long de rivière Yamaska Nord. Du soleil, des gens gentils. Rien que du présent.

La lecture: ça faisait longtemps que je n’avais pas lu. Longtemps, dans mon cas, c’est près de trois semaines. Faisait encore plus longtemps que je n’avais pas lu un livre:
1- écrit par une femme
2- écrit par une auteure de ma génération (nous avons dix mois de différence)
3- écrit par une Québécoise

Et ce n’est pas tout, elle a écrit sur la mort de sa mère survenue en décembre 2011, or la mienne est décédée en mai 2012. Pire encore, tout comme dans ma famille, elle a une tante qui a séjourné à Saint-Jean-de-Dieu de Montréal et à Saint-Michel-Archange de Québec.

Donc, identification, sentiment de sororité. J’ai lu avec grand intérêt.

Heureusement, je n’avais pas Internet, je me serais ruée sur ma tablette pour tout savoir de cette auteure et peut-être même lui écrire. Ce que je ferai peut-être. Pour lui dire merci. Merci d’avoir écrit sur la relation mère-fille, sur la mort, sur celle des autres, sur la nôtre qui viendra trop vite.

À la mort de mon père, je n’ai pas senti le besoin d’écrire sur lui. Dans les faits, j’ai écrit sa biographie avant qu’il ferme les yeux pour toujours, un certain soir du mois d’août 2006. J’étais plus fille de mon père que fille de ma mère, je dirais. Ce sont pourtant des images de ma mère qui resurgissent parfois. Je revois les derniers jours quand je lui tenais la main. Je cherche encore ce qu’elle voulait me dire en ouvrant la bouche et en murmurant trois « mouah» en me regardant. Je ne saurai jamais. Il me vient des émotions dans un geste de ses petits-enfants. Je me dis qu’elle aurait aimé, souri.

Louise Dupré dans L’album multicolore a tout de même écrit 191 pages sur ce sujet. Je la remercie d’avoir tant écrit, sans trop de répétitions, à part sa «mauvaise lumière du salon», qui à la fin me faisait sourire.

Je lui envie son éditeur qui a accepté de publier un tel récit. Je me demande s’il lui a suggéré d’enlever quelques « mauvaise lumière du salon ». Bien sûr, j’ai noté plusieurs phrases dont celle-ci : « mais, même sans larmes, l’enfance reste tapie dans un coin sombre, elle nous guette, elle ne meurt jamais ». Je ne fus pas surprise d’y voir une phrase que je glisserai dans mon prochain roman. J’aurai l’air d’avoir copié, mais la mienne a été écrite  en 2006 : « on ne sort pas indemne de son enfance ».

En voyant sa bibliographie et les nombreux prix remportés, je me réjouis pour elle de sa réussite. Je ne suis pas très poésie, mais je lirai certainement ses romans.

jeudi 12 juin 2014

Les visages de la peur

Enfant, je n’avais peur de rien. Ni des couleuvres ni des sangsues. Ni de l’eau ni des orages. Peut-être seulement de causer du chagrin à mes parents. Une peur qui me rendit aimable.

Adolescente, je commençai à avoir peur de la violence des humains. Peur de déplaire. Peur de plaire. Une peur qui me rendit prudente.

Dans la vingtaine, j’eus peur de tomber enceinte sans être mariée. J’ai été rejetée, j’eus peur de ne plus être aimée. Puis, j’ai aimé, j’ai voyagé, j’ai travaillé. J’ai vécu. J’avais la vie devant moi. Je n’y pensais même pas. Je suis devenue téméraire. J’ai fait des folies. En ski, en auto, en canot. Pas le temps de penser, pas le temps d'avoir peur. Pas la vraie en tout cas qui ressemble à un mur noir avec plus rien derrière.

Dans la cinquantaine, je commençai à fréquenter les médecins, les cliniques, les hôpitaux. Pour mes parents, pour des amies, pour les autres. Un peu pour moi, mais je n’avais pas peur, j’avais confiance. Je ne pensais pas à la mort sinon à celle des autres.

Au début de la soixantaine, un cancer du sein. La peur n’a pas montré le bout de son nez, la mort non plus. Il n’y eut que l’attente. L’attente de l’après, de tous ces petits « après » qu’on attend, qu’on espère, certaine de leur venue. Et ils arrivent, un à un, jour après jour. 

Un matin, la vie reprend son cours normal, je peux voyager à nouveau, trois semaines, puis six. Ne plus être dans l’attente, ça fait du bien. Je sais bien que je ne suis plus éternelle, mais je peux espérer au moins dix ans encore, vingt peut-être. C’est peu, c’est beaucoup. Tout redevient possible.

Et puis un jour de douche, comme dans les films, une petite masse sur le sein opéré. Les comparaisons commencent, les questions aussi. La peur arrive avec ses doutes et grossit plus rapidement que la bosse. Une peur qui paralyse. Une peur qui devient anxiété, qui gruge le mur de confiance érigé au cours des années. Elle me rend vulnérable et silencieuse. Très silencieuse.

Une peur qui fait peur, qui annonce la possible fin, le possible arrêt de tous les possibles. 

Je rue dans les brancards, je me secoue, je téléphone, j’insiste. J’obtiens un rendez-vous dans dix jours. Ce qui me soulage un temps, comme si je remettais mon sort entre les mains de personnes expérimentées. Comme si j’étais prise en charge.

Et puis j’en parle. Un peu. À une seule personne. Pour ne pas inquiéter les autres. Pour ne pas voir la peur des autres. J'ai bien assez de la mienne.

Je transpose dans mon roman, on meurt beaucoup dans mon prochain roman. J’évacue mes émotions, mes craintes chez mes personnages.

Il y a ce voyage en Alaska, que je dois réserver bientôt. Dois-je l’annuler?

Peur de décevoir. Je me sens responsable, je me sens coupable. Je fais semblant. J’essaie de ne pas paniquer. Je ménage mon bras droit, mes ganglions, ma lymphe. Je vois du monde, je ne lis plus. Je regarde des reportages sur la guerre, je vois la peur des soldats. La peur fait-elle mourir? Je lui en veux à cette mort, à cette peur de venir rôder. Laissez-moi tranquille un peu. Laissez-moi vivre encore quelques années. Pas déjà? Pas déjà?

Et enfin, la visite chez la chirurgienne. Depuis un mois les questions et en quinze minutes, elle y répond : la bosse est modulée. Avez-vous eu un traumatisme, vous êtes-vous frappé le sein? Pas que je me souvienne (mais par la suite, je me souviendrai d’une presque chute en vélo, peut-être que le miroir ou la poignée m’a heurté le sein). Le regard clair et franc, les yeux dans les yeux, elle me dit que ça ne l’inquiète pas, ce n’est pas le cancer qui revient. C’est modulé, qu’elle me répète. Un nouveau mot pour moi. Un beau mot, doux à mes oreilles. Rassurant comme une chanson joyeuse. C’est que j’ai un voyage en Alaska prévu pour… Mais allez-y? Oui, vous êtes certaine. Je lui sauterais au cou. Je l’embrasse. 

La peur a tellement creusé son trou qu’elle ne s’évanouit pas comme ça. Le doute reviendra, bien sûr. Mais pour l’instant, je savoure. Tout redevient possible. Je prépare mes bagages, je dresse la liste de mes besoins. Du vélo à Plaisance, la semaine prochaine, camping à… dans dix jours, un petit tour dans les Laurentides. Et puis ces bottines qui me faisaient envie. Et cette bouteille de vin à 20$ gardée pour les grandes occasions… avec qui fêter?

La peur, tu peux bien repartir dans ton trou, allez, va te cacher, va rejoindre ta comparse, la mort. Je ne veux plus vous revoir avant dix ans au moins. Plus peut-être.

vendredi 6 juin 2014

6 juin 2014: Relais pour la vie

Le 6 juin, pour certains, de moins en moins nombreux, c’est la commémoration du débarquement en Normandie en 1944. Jour triste. Pour moi, c’est le souvenir du jour où j’étais à Calgary en compagnie de l’artiste qui a trouvé une galerie qui acceptait d’exposer ses tableaux, et qui remerciait son père dont c’était justement l’anniversaire de naissance. Jour joyeux.

Mais cette année, en 2014, le 6 juin, ce sera mon deuxième Relais pour la vie. « Une nuit pour la vie », mais pas un jour joyeux, certain. Commanditée, accompagnée, j’irai marcher à Saint-André-Avellin. Un peu plus triste que l’an dernier parce que dans la dernière année, trois autres de mes connaissances sont décédées de ce foutu cancer qui ne cesse de se prendre pour une épidémie et tire tous azimuts sans égard à rien.

Je ne devrais pas alimenter ce billet de ma tristesse, de ma colère, de ma peur de la mort, de la mienne surtout. Ce n’est pas beau. Je devrais parler d’espoir, de vie. Mais, sur le cancer, on est bien loin d’une victoire totale, d’une reddition sans condition. Tout cet argent que l’on donne aux divers organismes, toute cette confiance que l’on met dans la recherche, oui, ça sauve des vies, ça les prolonge, mais à quand les réponses définitives à nos pourquoi et à nos comment. Tout l’argent du monde ne changera pas l’inévitable. Et ce n’est certainement pas moi qui ne suis ni médecin, ni chercheur, ni philosophe, ni religieuse qui peut fournir des réponses aux nombreuses questions ou calmer les inquiétudes.

Je peux juste marcher, tant que je le peux encore. Avec ma peur que je vais laisser de côté. Au cours de la nuit, en compagnie de tous les survivants et des accompagnateurs, je la changerai en amour de la vie, je le sais bien. Demain sera joyeux. 

Pour faire un don ou informations: site de Relais pour la vie>>>
(photo prise l'an dernier, cadre jaune aux couleurs du Relais pour la vie)

jeudi 29 mai 2014

Des silences qui se prolongent

D’une journée à l’autre
D’une activité à l’autre
Cahin-caha
Du colibri à l’abreuvoir au lilas qui pointe vers le ciel
Du temps qui passe
Du printemps délicieux qui permet des repas sur la terrasse
Entre un dépliant et un site Internet
Entre des matins froids et des ciels gris
Un tour de vélo au parc de Plaisance, deux jours de camping pour voir une amie
Un peu de correction de manuscrit, corriger sans trop relire, sans trop réécrire
Un coup d’œil sur un nouveau blogue de généalogie
Une fièvre passagère pour le hockey
Un peu d’inquiétude pour le tiraillement dans un bras
Un abonnement au panier Équiterre, la recherche de recettes de légumes, redécouvrir la rabiole
Du temps perdu à m’étourdir dans Candy Crush
M’efforcer de ne pas penser
Feuilleter plutôt que lire
La sérénité demande la patience, et parfois le refus de s’aventurer dans des avenues négatives, inutiles.
Résister au petit diable qui claironne l'âge de chacun
Faire des petits plaisirs une joie quotidienne
Pour qu’elle prenne racine et chasse la morosité qui pourrait s’incruster si je n’y prenais garde.
Ce qui suppose de bien choisir les mots qui cherchent à s’insinuer.
D’où mes silences qui se prolongent.

(photo de l'auteure, oui, oui, des lilas dans ma cour)

mercredi 7 mai 2014

Tribulations d'un écrivaillon

« Auteurs, lisez, lisez » Tous les grands, les reconnus, les professeurs nous le disent, nous le suggèrent fortement. Comme un devoir, un passage obligé. Comme si, plus vous lisez, mieux vous écrivez. Mieux ou plus facilement? Exercice de l’esprit, assouplissement du cerveau? 

La belle affaire, lire les autres, ce n’est pas vrai que ça nous aide. Moi, ça me jette par terre. K.O. Du mal à me relever, du mal à m’en remettre. L’esprit a mal partout, le cerveau est ramolli, devient bouillie, la concentration fout le camp, le vent du doute balaie tous les efforts.

Encore hier, j’ai eu le malheur de feuilleter un livre de Sonia Marmen, pour trouver différentes transitions. Je me disais que dans les mille pages d'un tome (moi qui ai de la difficulté à pondre deux cents pages), j'en trouverais bien quelques-unes de ces transitions de malheur qui me font tant défaut, qu'on me réclame. Aujourd’hui, je récidive avec le dernier roman d’Agnès Gruda. Les deux extrêmes dans le choix des phrases, pas rapport les deux, mais les deux me pétrifient. 

Remède drastique : le jeûne complet. Oublie les autres livres. Ne lis pas. Juste ton texte. Enferme-toi, oublie le monde. Le ciel est bleu, le ciel est gris, et alors? Aujourd’hui, ton texte est noir sur blanc, tes corrections en rouge fort. Rien d’autre. Tu ne sors pas tant que tu n’as pas fini ton assiette, pas de dessert.

« Écrivez avec vos tripes », aussi, qu’ils rajoutent ces critiques, ces grands conseillers, ces éditeurs avec ou sans le titre. Faut croire que les miennes ne sont pas encore assez à l’air. Pas accessibles. Pas assez remuées. Ces jours-ci, j’écris plus avec Antidote qu’avec mes tripes. 

Je corrige un chapitre, une page, un paragraphe, une phrase. Je cherche le mot juste, la cooccurrence. Je supprime une phrase, un paragraphe, irais-je jusqu’à biffer une page entière? Je remonte cinq pages en arrière parce que plus rien ne se tient. Albertine ne peut pas être célibataire en 1922 et avoir eu un enfant en 1906. Comment ne l’ai-je pas vu? Mais j’y tiens à cette puritaine, à cette bigote d’Albertine. Alors, ce sera sa sœur Marie-Louise. Vingt pages à revoir. Heureusement il y a CTRL F, rechercher-remplacer.

J’imprime un chapitre. Je le lis à haute voix pour mieux voir l'ensemble. Sur papier, je corrige, j’annote. Entre les lignes, dans les marges, et au verso. Pour dix lignes, deux questions, trois vérifications, quatre ratures. Alouette.

J’avance, je recule. Je fonce. Sans émotions, sans mes tripes. 

Peut-être à la prochaine révision. Une autre, juste pour me jouer dans le cœur, et dans celui des personnages. 

dimanche 4 mai 2014

Écrire pour repousser l’envahisseur

Tu te réveilles un matin, tu penses que tu auras l’humeur belle même s’il pleut, même si le soleil tarde à réchauffer la planète et ton lit. En fait, tu ne sais pas encore quelle sera ton humeur parce que tu flânes dans un demi-sommeil. Par habitude, tu chausses tes lunettes, tu prends ta tablette et tu visites tes blogues et sites préférés, dont le plus récent : La presse+ pour Android. 

Une heure plus tard, sans trop en connaître le chemin, un mot prend racine. Un mot que tu essaies de chasser parce qu’il te touche de trop près depuis deux ans. Un mot subordonné à un autre. Un mot qui te pousse dans le dos, qui te presse de réaliser tes rêves. 

Et tu décides de l’exorciser à ta façon avant qu’il ne devienne obsession. Tu te lèves et tu écris. Le personnage de ton roman va se mettre à philosopher, à parler en ton nom, à ta place. Ce dont tu ne veux pas parler parce que tu crains que ton esprit — le niaiseux qui ne sait pas faire la différence entre la pensée et la réalité — s’implante un engramme, eh bien ton personnage, lui, va t’en débarrasser. Lui, il peut tout se permettre, il sait qu’il n’est pas vrai, qu’il ne vit pas dans la vraie vie, il est immortel, il peut parler de tout sans que ça laisse des traces profondes. Il peut bien penser qu’il est à l’automne de sa vie. Il peut bien penser tant qu’il voudra aux dix ans qu’il lui reste peut-être à vivre parce qu’il a déjà eu deux cancers, ça ne veut pas dire que c’est ce qui arrivera. C’est toi le maître de son destin alors que tu l’es si peu du tien.

Tu te lèves et tu écris pour repousser l’envahisseur, pour conjurer la mort.

mardi 29 avril 2014

Entre réalité et fiction
mensonges et trahison

J’aime lire des biographies, je l’ai déjà dit. Et comme il est suggéré aux écrivains d’écrire ce qu’ils aiment lire, raconter la vie des gens m’attire toujours autant. Je l’ai fait dans des reportages journalistiques, je l’ai fait dans un récit sur mon père. Je pense avoir réussi pour mes ancêtres irlandais, mais là pour le prochain, je suis confrontée à des choix difficiles. Probablement par pure paresse intellectuelle, au fil des années, je me suis fait un ancrage en me disant que je n’avais pas d’imagination, alors je pars de personnes qui ont existé, elles m’offrent une base de départ : visage, cheveux, dates de naissance et de décès, adresses de maison et même leurs prénoms et noms. Ça pouvait paraître une bonne idée quand mon histoire se situait dans les années 1850-1900, je pouvais bien faire vivre ce que je voulais à mes personnages, personne ne viendrait me dire qu’ils n’ont pas éprouvé ceci ou cela. 

Benjamin, Philéas et Léo Deguire
Mais une fois dans les années 1900-1950, à l’époque de mes grands-parents? Les historiens pourront mettre en doute mes écrits au sujet des événements ou des lieux, mais pourtant ce n’est pas cette réalité qui me fait peur. Je cherche et vérifie tout ce que je peux et si je doute de l’exactitude des faits, je n’en parle tout simplement pas. Non, la réalité qui m’effraie et me fait hésiter dans le choix des scènes, ce sont les personnalités, les caractères. Dans un roman, contrairement à une biographie ou un article de journal, l’éditeur insiste (parce que moi, je me contenterais bien d’un récit linéaire, des histoires d’amour et des petits drames quotidiens qui ont jalonné leur existence), il faut un conflit, donc des méchants et des bons, des doux et des durs, des surprises. 

Dès le début de l’écriture de cette sorte de suite aux Têtes rousses, je me suis sentie plus libre en changeant la plupart des prénoms des personnes qui, très tôt dans l’histoire, sont devenues des personnages, mais ce ne fut pas suffisant. J’ai attendu que leurs visages se métamorphosent, que je ne voie plus les photographies que ma grand-tante avait précieusement conservées. J’en suis à la page 75 de la nième version et leurs visages sont toujours les mêmes dans ma tête. Hélas! Au final, ce n’est plus du tout l’histoire de mes grands-parents dont j’ai tout de même gardé le patronyme parce que je le trouve beau et riche d'histoire. Ni leur vie, ni leur personnalité, ni leurs gestes. Il ne reste à peu près que leurs dates de naissance et de mort. Mais pourquoi donc, est-ce que je me sens coupable de trahir leur mémoire? Je me sens coupable de faire croire à leurs descendants que telle a été leur vie. Même si j’en ai parlé à ma cousine qui me donne l’autorisation de déformer la réalité — réalité qu’elle n’a pas connue puisqu’elle n’a pas vécu au Canada à l’époque des faits —, j’ai toujours ce tiraillement dans ma tête entre le vrai du faux. Comme si je ternissais leur réputation. Pourquoi me suis-je embarquée dans cette galère? 

En exergue, j’ai déjà cité Simone de Beauvoir : « La littérature ne soutient avec la vérité que d’incertains rapports » et Jean-Guy Paquin également : « J’aime aller à la rencontre de ce qui veut exister », mais est-ce que, de là-haut, mon grand-père et tous les membres de sa famille, vont me lire et me comprendre?

lundi 21 avril 2014

Les dix commandements
de l'écrivain qui corrige

Tu ouvriras seulement des sites dont tu as besoin pour des recherches. Surtout pas de blogues de voyages ou de réseaux sociaux.

Tu ouvriras seulement des dictionnaires, des grammaires. Surtout pas de romans. Encore moins des romans québécois. 

Tu ne détourneras les yeux de ton écran et de ton clavier que vers ton manuscrit. Même si le ciel est d'un bleu magnifique, même si les oiseaux chantent.

Tu écriras dans la joie et le plaisir de trouver le mot juste et de garder le rythme. Jamais dans le doute ou la mésestime de toi.

Tu répondras aux appels téléphoniques et aux courriels que le matin très tôt ou le soir quand tes yeux seront fatigués. Et tu dis non le plus souvent possible.

Tu sortiras une fois par jour pour prendre l’air, gratter le terrain ou pédaler jusqu’au village pour aérer ton esprit, et tu enverras promener tes personnages faire la sieste pour quelques heures. S'ils insistent, s'ils crient trop fort, fais les patienter un peu, tu as le droit à une vie toi aussi!

Tu mangeras sainement et boiras abondamment de l’eau, modérément du reste.

Tu entretiendras ce blogue comme un simple exercice de réchauffement.

Tu dormiras du sommeil du juste, et si jamais la lune te tient éveillée, et que les mots forcent ta chambre, tu te lèveras et iras écrire, sachant qu’une fois le soleil revenu, tu sauras bien raturer les passages inintéressants.

Tu remercieras tout ton entourage de bien vouloir t’encourager à observer ces commandements.

vendredi 18 avril 2014

Un Vendredi saint de doutes

Je veux et ne veux pas, dans la même minute. Je dis oui et non en même temps. 

Je suis moi et pas une autre. Je ne devrais pas lire Katherine Pancol qui intègre si bien les phrases dites sans guillemets ni tirets, et encore moins Sonia Marmen qui détaille si bien les scènes. Ne pas lire les autres pour me garder vierge à mon propre style. Même si je ne crois pas en avoir encore un bien à moi. 

J’ai dit oui à l’éditeur, je réécrirai le manuscrit, oui, j’ajouterai du socio-historique, même si je trouve qu’il y en a déjà suffisamment comme ça. Comme une bonne élève, pour avoir la note de passage — de publication dans le cas présent — je ne suivrai pas mon penchant naturel pour le romantisme, la sentimentalité et je me pencherai sur le contexte, l’environnement, l’époque tout comme on ajoute de la description pour situer les personnages dans un lieu. J’enrichirai les événements déjà présents, mais parfois à peine effleurés. En souhaitant que ça suffise pour améliorer la montée dramatique qui, elle, je le sais bien, fait cruellement défaut. Ça aurait pu être un récit, mais l’éditeur veut un roman, une forme narrative et non un simple album qu’on feuillette. Je n’ai guère d’espace et encore moins de nom connu pour négocier. Je dis non et je vais voir ailleurs ou je dis oui, je cesse de résister et je me mets au travail.

Mais avant d’obéir, permettez que je lutte, permettez que je défende un peu mon manuscrit. Je sais déjà que je m’appliquerai, mais pas après avoir combattu et laisser parole et temps à celle qui a le goût d’arrêter là, de ne pas aller plus loin. Après tout, je n’ai pas besoin d’argent et même si j’en avais besoin, ce n’est pas la publication d’un roman qui m’en apporterait. Après tout, je pourrais simplement jouir de la vie, voyager, prendre des photos, me plonger dans la généalogie ou mieux encore, lire ces autres auteurs dont j’admire la persévérance, et que j’ose appeler parfois mes consoeurs, mes confrères, mes pairs. La tentation est forte d'envoyer tout promener. Je me donne trois jours de résistance, de réflexion.

Je sais pourtant déjà que, comme Jésus, après ce Vendredi saint de doutes et de questionnement, après des célébrations pascales ensoleillées, je sais que je mettrai mes habits de résurrection, je forcerai mon inclination à la facilité et je monterai vers un ciel qui, espérons-le, me sera clément pour trouver les mots, le ton de ce roman qui veut voir le jour.

(Illustration: après Les têtes rousses, le prochain roman qui voudrait bien voir le jour)

mardi 15 avril 2014

À défaut d'imagination,
le travail suffira-t-il?

Pendant mon séjour dans le sud, j’ai commencé à écrire une nouvelle. Pour le concours Des nouvelles de GatineauUn petit cinq pages, mais rien d’autre.

Avant mon départ, j’avais envoyé un manuscrit à trois éditeurs. Pendant mon séjour, j’ai reçu un courriel de l’un d’eux. À la fin du courriel où il refusait de publier mon manuscrit dans l’état actuel, il me demandait si j’étais prête pour un «travail de refonte considérable». Le teint bronzé, les pieds nus, un petit vent chaud dans mes cheveux, bien sûr, j’étais prête à tout. Je me sentais forte et ragaillardie.

Mais voilà que jeudi prochain, je le rencontre, je relirai avec lui les commentaires et les suggestions des lecteurs du comité. Je n’appréhende pas la rencontre, mais je me sens moins forte devant ce travail colossal. J’aurais le goût de lui servir la phrase assassine de Simone de Beauvoir quand son éditeur lui a demandé de réécrire Les Mandarins. Elle a dit non et l’éditeur a publié tel quel. Je sais bien que je ne peux pas me permettre un tel non, mais pour l’instant, je suis dans le déni, c’est certain.

Ce n’est pas un roman parce qu’il n’y a pas d’intrigue : et alors, ce sera un récit ou pas, juste un texte de fiction. Pourquoi faut-il une intrigue? Et puis il y en a, mais elle est ténue.

C’est un texte linéaire : bien oui et après? Je ne suis pas Catherine Leroux pour écrire de courts paragraphes comme autant de pièces d’un casse-tête. Le personnage nait, vit et meurt. C’est si ennuyant que ça?

Je résiste parce que je vois pas comment changer ces deux réalités, l'ampleur de la tâche ne m'effraierait pas tant si mon cerveau savait comment remédier à ces deux questions. Du reste, j'en conviens : vocabulaire peu recherché, peu d’effets stylistiques… là, oui, je me sens capable d’amélioration, comme une élève qui passera du secondaire au cégep ou mieux, à l’université. À défaut du talent naturel et d’imagination fertile, le travail palliera-t-il cette difficulté?

Ah ! si jeudi peut arriver et passer, que je m’attaque à cette refonte. Sans rechigner à chaque ligne. Et finalement, avec succès.

dimanche 13 avril 2014

Au pays de la canne à sucre

Pour raconter un voyage, beaucoup de gens utilisent un blogue, c'est très bien, j'en lis beaucoup. Personnellement, pour les miens, je préfère un site. D'abord je peux le monter tranquillement, à mon retour, quand j'ai une connexion internet digne de ce nom. Puis, pour les consulter, plus facile d'utilisation. Quoique maintenant avec les nouvelles plateformes, il est possible de retrouver un voyage qui date d'un an ou même de dix ans. 
Toujours est-il que ça ne fait pas une semaine que je suis de retour, et j'ai réussi à 
-- visionner plus de 600 photos
-- en traiter près de 200 avec Lightroom ou Windows Live Gallery
-- les classer et les monter en diaporama grâce à Jalbum
-- relire mon carnet de bord pour ne pas dire n'importe quoi, identifier oiseaux et fleurs
-- écrire les légendes (de nombreuses fautes que je corrigerai cette semaine)
-- monter les pages dans Web Creator Pro 5
-- envoyer le tout chez Funio, via Filezilla
... et regarder encore le tout avec plaisir, puis avoir déjà hâte au prochain voyage ou séjour dans le sud.

Pour voir et lire, c'est par là>>>

Un avant-goût:






jeudi 10 avril 2014

Après la canne à sucre, la glace

La peau brunie, le cheveu déteint, des réserves de bonheur, assez pour oublier le soir sombre des élections, après deux mois au pays de la canne à sucre, je suis de retour… dans la glace. Quoiqu’aujourd’hui, à douze degrés, elle fond, tranquillement.

Plus de 500 photos à visionner et « post-traiter » avant de les publier sur mon site de voyages. Quoique cette fois-ci ce n’était pas vraiment un voyage, ce le sera de moins en moins d’ailleurs. Nous en sommes à rester sur place, à jouir du temps, rayonner autour. 

Ainsi, cette année, nous avons élu domicile à Clewiston, Floride, au pays de la canne à sucre. J’en reparlerai lors de la publication de mes photos.

Et puis j’ai beaucoup farnienté. Mon billet de mars Ne rien faire a été écrit sous la latitude 27.26oN. La photo qui accompagnait le billet datait du mois de décembre, juste pour mêler les cartes.

Activités de ces deux mois :
— (re)lu Le journal en pyjama de Laferrière, j’ai poursuivi la lecture de la vie de George Sand ai feuilleté quelques livres numériques;
—écrit la première version d’une nouvelle pour Nouvelles de Gatineau 4;
—roulé plus de 6,000 kilomètres en VR;
—pédalé un bon 300 kilomètres;
—baigné presque tous les jours;
—jasé avec plusieurs résidents du parc, on a déjà hâte d’en revoir plusieurs l’an prochain;
—écouté des chansons et de la musique sur une terrasse, une petite bière froide à la main;
—appris qu’un éditeur était intéressé à mon manuscrit (la sorte de suite des Têtes rousses), mais après refonte complète. On a discutera la semaine prochaine.

Tout est lavé, rangé, la correspondance à jour, l’auto sortie de la glace (grâce au CAA, le soleil à lui seul n’y parvenait pas), l'argent reçu (le Droit public entre autres) déposé et le réfrigérateur empli à nouveau. Quelques visites encore, Pâques à fêter, et je retrouverai sans doute un rythme plus adapté à une grande maison, un terrain dégelé et une vie de travailleur autonome. 

Le prochain voyage est déjà prévu, réservé, mais comme à mon habitude, je ne vous en parlerai qu’à mon retour !

(Photo: Palm royal avenue, à Clewiston, Floride)
Ajout: j'ai volontairement tu les 60 (et je dirais même et demi) jours de soleil sur 62 et les 27 degrés de moyenne, mais j'ai constaté que les Québécois et les Québécoises ont un talent très développé pour oublier d'une saison à l'autre, d'un gouvernement à un autre. Hooooonnnn, méchante!

samedi 8 mars 2014

Le jour où j'ai reçu un cahier bleu

(billet pour la page Facebook : Les descendants deFrançois Deguire dit Larose)

Comme il sied à un homme dans la soixantaine qui aime l’histoire, mon père s’est intéressé à son ancêtre, un soldat de Carignan, Jean Bricault dit Lamarche et à celui de son épouse, un soldat de Carignan aussi, François Deguire dit Larose. Ma quarantaine était alors encore bien loin et j’avais d’autres préoccupations que la généalogie, mais le respect filial me forçait à écouter les inlassables histoires au sujet de ces deux patronymes. Sans grande passion.
Jusqu’au jour où, en 2004, ma mère me remit un cahier bleu. Une sorte de livre imprimé et même illustré dans lequel ma grand-tante religieuse, Annie Deguire, a noté minutieusement des centaines de noms et de dates en plus d’écrire de longs textes sur ses grands-parents autant maternels que paternels.

Je l’ai pris des mains de ma mère vieillissante et, j’étais alors prête, j’ai plongé dans la généalogie familiale. Et je n’en suis jamais vraiment sortie.

Les recherches ont commencé, j’ai repris là où mon père avait laissé. Mon frère qui avait eu la patience d’entrer les centaines de noms et dates amassées au cours des années m’a généreusement offert sa base de données informaqtisée. Mon intérêt me mena bien au-delà de cette liste. De ma mère, Michelle Deguire, je sautai rapidement à sa grand-mère maternelle, une certaine Jenny Lynch, épouse de Philéas Deguire, de son vrai nom de baptême Margaret Jane. Il était écrit que ses parents, Bridget Bushell et Denis Lynch venaient d’Irlande. S’il ne fut pas difficile de trouver :

l’acte de mariage de Bridget et Denis, en 1855 à Montréal
les noms du frère et de la sœur de Bridget Bushell, leur mariage, leur descendance,
la vie de Jenny et de Philéas Deguire à Saint-Henri
la vie des parents de Philéas Deguire, à Saint-Laurent

  J’eus beau éplucher les listes des bateaux et les recensements, il fut beaucoup plus ardu et même impossible de trouver :
Sur quel bateau mes Irlandais étaient-ils arrivés?
En quelle année?
Avec qui? Ensemble? Avec leurs familles respectives?
Les parents, frères et sœurs de Denis Lynch

Ma grand-tante religieuse avait heureusement noté que l’une était originaire du comté de Roscommon et l’autre du comté de Leitrim. J’en conclus que c’était la grande famine (1846-1849) qui les avait contraints à choisir l’Amérique comme terre d’accueil. Je lus tout ce que je pouvais, en français, sur cette époque, la difficile traversée, le mildiou, le typhus, le passage obligé à Grosse-Île et l’arrivée pour les miens à Pointe-Saint-Charles.

Après un an de recherches sur de nombreux sites, des visites à la Société de généalogie de l’Outaouais, et des lectures instructives, faute d’obtenir toutes les informations, je décidai d’imaginer ce ma grand-tante Deguire n’avait pas écrit.

Ainsi est né le roman — publié en 2011, sept ans après que ma mère m’ait remis le cahier bleu —, Les têtes rousses.