vendredi 27 mars 2026

C'était hier...



C’était hier que je suivais des ateliers d’écriture avec lui : 𝐆𝐢𝐥𝐛𝐞𝐫𝐭 𝐓𝐫𝐨𝐮𝐭𝐞𝐭. Lui et d’autres, comme Loïse Lavallée, Nicole Balvay Haillot, Lysette Brochu, Louis Noreau, Daniel Paradis, Claire Boulé.
 
Et ce matin, il n’est plus. Petit choc. Retour en arrière. Souvenirs. C’était hier que je l’écoutais chanter Brassens, que je regardais ses photos, que je le côtoyais au Salon du livre de l’Outaouais. Je ne l’ai pas vu souvent, ni parlé longtemps et c'était dans les années 2010. Mais le renommer, revoir son nom, c’est revoir tout un pan de ma vie d’auteure. Au temps où je croyais que mes écrits dépasseraient l’Outaouais.
 
J’ai relu quelques billets de blogues consacrés à ces auteurs... de l’Outaouais. On se considérait écrivains point, pas limités à notre région. Je pourrais bien m’attarder, m’attendrir, me lamenter en me demandant : Qui aujourd’hui est « connu » ailleurs, publié ailleurs, est invité ailleurs? Je trouverais bien Raymond Ouimet, Andrée Poulain, Blaise Ndala, Claude Bolduc, Michèle Bourgon et sûrement quelques autres que je n’ai pas eu le plaisir de connaitre via l’Association des auteurs et auteures de l’Outaouais, mais je n’en suis plus là.
 
Je regarde plutôt fièrement ceux et celles qui ont vécu ce qu’ils ont voulu vivre et ceux et celles qui vivent aujourd’hui leurs rêves en publiant en auto-édition ou des petites maisons d’édition, qui multiplient leurs présences dans des salons régionaux, des expositions locales. Comme Marie Paquette, Louise Tondreau Levert. Ceux et celles qui, même la soixantaine avancée, continuent d’œuvrer au sein du monde de l’écriture. Comme Louis Noreau, Lise Careau. Ceux qui comme Gilbert Troutet, chantait encore il n'y a pas si longtemps.
 
Je veux, probablement comme lui: "Mourir avec des souvenirs et non pas mourir avec des rêves."

lundi 16 mars 2026

Je suis (déjà) dans un Musée

Je suis dans un Musée. Déjà! Aux côtés de mon père, de mon frère. De ma grand-tante religieuse aussi, qui a enseigné à Saint-André-Avellin en 1935. Que je n’ai pas connue il va sans dire.

Pourtant je ne suis pas morte. Mon frère Serge non plus. Pas physiquement en tout cas. Et la petite flamme d’écriture vacille mais elle n’est pas encore éteinte. Je laisse des traces autrement. 

Pour vrai, j’en ai parlé le 29 janvier : ce sont des livres qui sont au Musée. Ceux de mon père, Jacques Lamarche, surtout. Ceux des Éditions de la Petite-Nation aussi qui furent publiés dans les années entre 1979 et 2000. Une bonne centaine de livres. Des auteurs de la région, des histoires de la région.
 
Merci à Lucie Lalonde et Nicole Labrosse du Musée des Pionniers à Saint-André-Avellin pour ce beau petit coin qui accueille le Fonds Famille-Lamarche.

Lien vers le Musée des Pionniers >>>

dimanche 15 mars 2026

Les yeux de Mona et ceux de Louise-l'artiste

                                         
Les yeux de Mona de Thomas Schlesser: trois livres dans un:
l’histoire de Mona, la petite fille de 10 ans qui perd la vue,
la description de chacune des 52 œuvres,
l’échange entre le grand-père et Mona devant chaque œuvre.

De tous les livres lus dans le cadre du groupe de lecture dont je fais partie depuis septembre 2025. Les yeux de Mona est celui qui me touche le plus de près. Celui qui me tient éveillée tard le soir parce que je me demande bien ce que je vais en dire. Celui pourtant que j’ai le moins aimé. Comment un livre que j’ai lu en diagonale, que j’ai lu comme un pensum, que je n’aurais pas lu, n’eût été le club de lecture, pourquoi ce livre peut-il m’obséder autant?

Lors de notre rencontre, nous parlerons des yeux de Mona. Vais-je parler des yeux de Louise-l'artiste-qui-ne-peint-plus? Vais-je parler de ses quatre greffes de cornée? De son œil gauche qui, après six ans d'opérations, ne voit plus grand-chose sinon un peu de lumière?
Nous parlerons sûrement de quelques-unes des 52 œuvres ou au moins de nos préférées (voir à la fin de ce billet). Vais-je parler de celles que j’ai sous les yeux depuis plus de 50 ans? De celles des artistes peintres que j’ai côtoyés pendant une bonne vingtaine d’années? 
Aux huit participant·e·s, vais-je offrir en cadeau mon livre Visions de la Petite-Nation publié en 2000 — il y a 25 ans, déjà! — pour leur dire que mes œuvres préférées sont celles de Louise Falstrault, de Bruno Côté, de Hélène Denis, de Louis Boekhout? Qu'à cotoyer ces artistes, j'ai voulu écrire un livre, que j'ai eu envie de parler d'eux, d'écrire sur ce qu'ils voient, de raconter ma Petite-Nation?

Vais-je digresser? Vais-je tout ramener à moi? Vais-je rester objective? M’en tenir au livre?
Oui, sûrement, en bonne participante, je vais m’en tenir au livre. Je répondrai aux questions de l’animatrice. Mais certainement pas en bonne lectrice objective. L’est-on jamais? De toute façon, ce n’est pas un cours universitaire, c’est une rencontre entre personnes qui aiment lire.

Je donnerai une note de 3. Trop difficile à lire, pas le genre qui m’intéresse. Les descriptions en général ne m’intéressent pas. Je les trouve froides, neutres : ce qu’on voit, point final. Au temps de mes études, j’ai détesté Alain Robbe-Grillet quand il a commencé à décrire une tomate.
Pourtant il en faut du vocabulaire pour décrire ce qu’on voit. Thomas Schlesser n’en manque pas. Ce livre — qu'on l’aime ou non — me renvoie ma difficulté en tant qu’auteure à trouver les bons mots pour réussir une description. Un livre pour érudits ou pour étudiants en histoire de l’art ou même en littérature. Ou pour malvoyants, ce que je ne suis pas et Louise, pas encore.

J’ai bien aimé regarder les 52 œuvres, même si ce ne sont que des photos, ce qui, assurément, fausse notre jugement. J’en ai reconnu plusieurs pour les avoir vues en vrai quand j’avais 12 ans et que mes parents m’ont amenée en Europe. D’autres en me rappelant les diapositives projetées par notre professeur d’art plastique en 11e année à Regina Mundi. D’autres encore, plus récentes justement parce que Louise-l'artiste m’a entrainée dans les galeries et les symposiums.

Quant aux explications du grand-père, cette analyse détaillée, les symboles, les leçons... la CLÉ DE LECTURE... oui, le fait que ce soit comme un dialogue entre le grand-père et Mona, c’était plus facile à lire (et c’est dans cet échange qu’il y avait un peu d’émotion même si elle était plus décrite que montrée) et ça m’a au moins appris qu’en effet, ce qu’il me manque parfois c’est la « clé de lecture » pour ressentir quelque chose d’autre que dire : j’aime ou pas. En fait, c’est la même chose devant toute œuvre créatrice : livre, film, chanson, tableau. Pour aimer ou non, il faut une émotion.
C’est devant La Joconde que le grand-père dira :
« jusqu’à la fameuse salle du palais, vers laquelle convergeaient tant de touristes hagards, en quête d’une émotion que, généralement, ils ne trouvaient pas, faute d’une clé de lecture vraiment efficace ».
Dans la vie comme dans les livres, j’aime les biographies, j’aime qu’on me raconte la vie de quelqu’un. Aussi, j’ai bien aimé les quelques paragraphes qui donnaient les dates qui nous situaient dans le temps, mais surtout quelques indices pour expliquer parfois le parcours, les obstacles, les embûches dans les choix des artistes.
Les soucis des parents restent bien secondaires et presque sans intérêt.

Quant à la partie cécité de Mona. J’aurais bien voulu trouver une réponse au glaucome de Louise. Comme apprendre à le guérir et ne pas devenir aveugle. Comment ai-je pu espérer trouver le remède dans un roman alors que les ophtalmologistes-scientifiques n’y parviennent pas? Après avoir cherché si cette histoire de choc post-traumatique à propos d’une phrase dite par la grand-mère de Mona (« Oublie le négatif ma chérie : garde sans cesse la lumière en toi ») était réaliste, je n’ai pas trouvé de réelle réponse dans l’interview de l’auteur accordée à Denis Guérin du Centre de transmission et d’édition en braille. J’ai cessé de chercher puisque de toute façon c’est un livre, un roman et non un article scientifique de l’Institut Nazareth ou d'une université quelconque. Concrètement, nous essayons d’obtenir de l’aide du Centre La Ressource de Gatineau: des services de soutien à domicile, des accessoires pour mieux voir ou apprendre la perte et développer les compétences.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le livre, oui, mais aussi sur ce qu’il réveille en moi. Ou toutes ces questions qu’on se pose quand on vit dans le monde des arts, des livres. De la création tout court. Comme pourquoi une œuvre résiste au temps? Pourquoi Paul mais moins Camille? 

Mes œuvres aimées :
Stries rouge, jaune et noir de Georgia O’Keeffe pour les courbes et les couleurs. Je préfère les courbes aux lignes droites, le mouvement voire le désordre.

L’Arbre aux corbeaux de Caspar David Friedrich pour la forme. Je me revois à Terre-Neuve, les tuckamores, ces arbres profilés par le vent, arbres tourmentés, arbres sauvages. Comme moi!

Paysage avec une rivière et une baie dans le lointain ou Confluent de la Severn et de la Wye de Joseph Mallord William Turner pour la douceur des couleurs, le romantisme, la nature brumeuse, le silence de l’aube, comme les tableaux de Nathalie Frenière. Comme les petits matins rosés à Myrtle Beach.

Les phrases que j’ai retenues :
« c’est d’ailleurs cela, l’apprentissage de l’enfance : la perte [...] Grandir, c’est perdre. Vivre sa vie, c’est accepter de la perdre. Vivre sa vie, c’est savoir lui dire au revoir à chaque seconde »
Et avec les yeux de Louise, c’est ça que je vis : on dit au revoir au temps où elle peignait, où j’écrivais, où on voyageait. Des deuils. Mais on s’adapte, on est dans une autre étape de nos vies et on réussit à trouver de la joie, un plaisir par jour.
« Oublie le négatif : garde sans cesse la lumière en toi. »
« Ce sont les regardeurs qui font les tableaux ».
« On croit que la création ne tend qu’à élaborer de belles choses »
En effet, à partir de quand est-ce une œuvre d’art? Depuis longtemps, j'ai appris à moins juger et demeurer ouverte à tout genre de création.

En conclusion : même si ce n’est pas le genre de livre que j’aime lire, comme je l’ai lu entre quatre rendez-vous à la Clinique Bellevue suite à une nième opération dans l’œil gauche de Louise, il m’aura permis de mieux accepter notre situation parce que tant qu’il y a de la lumière en nous, il y a de la vie et vivre sa vie, c’est lui dire au revoir chaque seconde et il n’est pas dit que nous lui disons au revoir dans la tristesse ou le regret. Nous avons accumulé bien des souvenirs que l’on peut revoir avec notre cœur et notre esprit. Et devant nous, encore beaucoup de positif.

Lien vers les photos et présentation des œuvres >>>
https://biblio.blainville.ca/les-yeux-de-mona

Lien vers une entrevue avec l’auteur >>>
https://www.cteb.fr/interview-de-thomas-schlesser-par-les-yeux-de-mona/