mardi 9 octobre 2018

La brume tarde à se lever

« Comme tout auteur, je ne lis pas en toute innocence. Tel un prédateur, je cherche chez les autres ce qui me servira. Non pour copier leurs prouesses. Ce serait grotesque. De toute manière, l’habitude très tôt adoptée de ne fréquenter avec assiduité que les écrivains qui me nourrissent me plongerait plutôt dans l’admiration. »
Gilles Archambault, La pratique du roman
« Il semble que beaucoup de critiques sont bien trop occupés à dire aux écrivains et aux écrivaines — et surtout aux écrivaines — ce qu’ils et elles devraient faire, pour pouvoir s’intéresser à ce qu’ils et elles font vraiment. »
Louky Bersianik, La théorie , un dimanche
Je voudrais bien.
Je n’y parviens plus.
J’ai déjà pu philosopher, pérorer, cogiter, théoriser, disserter. Pas seulement le dimanche. Tout comme je jonglais avec les formules de trigonométrie, de géométrie, de chimie. Ou je zigzaguais et m’empêtrais dans les règles de grammaire.

Ai-je vraiment déjà eu une opinion sur tout et sur rien?
J'ai eu du mal à lire en entier La pratique du roman et La théorie, un dimanche. Deux essais. Un sur le roman, l'autre sur le féminisme ou l'écriture féministe. Pourtant deux sujets qui m'intéressent au plus haut point.
Mon cerveau racornit, se désintellectualise. Il ne s'enfonce pas, il ne sombre pas dans la brume. Il renonce tout au plus. Il n'a plus envie d’argumenter. Tout au plus nuancer.
À 18 ans, je lisais des essais, de la théorie. J'alimentais les feux. En 1976, j'avais les larmes aux yeux et la joie au cœur devant l’euphorie, la fierté, l’espoir d’avoir un pays.

Pourtant aujourd’hui, je suis beaucoup plus moi-même que je ne l’étais à 18 ans.
Aujourd’hui, je suis plus corps qu’esprit.
La tête panique, décroche, se recroqueville au moindre malaise physique, à la moindre blessure. Je refuse de penser quand toute mon énergie se concentre sur la guérison ou le seul bien-être du corps.
La peur s'est infiltrée ailleurs. Ce n’est plus celle d’être violée, non aimée, non désirée, d’échouer à un examen ou pire, manquer ma vie. La peur d’aujourd’hui, c’est celle de la maladie, de la dépendance, des appels téléphoniques qui annoncent les mauvaises nouvelles ou les rendez-vous médicaux. La peur des autres, la peur de la différence, la peur d’être dérangée. La peur du bruit des choses et des idées.

Mais si je lis, c’est que mon corps et le monde entier me laissent tranquille.
Quand je lis, je n’ai pas d’âge.
Je ne suis qu’esprit qui pense, qui pense la vie, non à la manière d'un essayiste mais comme un écrivain (ou devrais-je me définir comme « écrivante » ou personne qui écrit?). Comme dans les récits d'Hélène Dorion.

Quand j’écris, je n’ai pas d’âge, pas de corps qui réclame toute la place.
Je suis devant un feu, un jour d’automne, comme Monique Durand était devant le fleuve quand elle a écrit. « J’écrivais d’après nature, comme j’aurais peint. »
« Chacun a quelque part dans le monde son lieu de prédilection, d’épousailles avec lui-même, de confidences faites au vent et à quelques disparus chers, de rencontre avec les multitudes qui l’ont précédé. Ce lieu-là, le mien, se trouve à Gaspé. »
Monique Durand, Saint-Laurent, mon amour  
Les épousailles avec moi-même n’ont pas de lieu précis. Elles ont lieu partout où il y a le silence, un arbre ou une vague, un crayon et un cahier.
Elles ont lieu aujourd’hui, ici maintenant, dans un paysage brumeux, devant un feu.
Même si certains jours, la brume tarde à se lever.  

vendredi 28 septembre 2018

Entre forêt et mer, j'ai passé la journée


Le 12 août dernier, L.B. a acheté ce roman, parce qu’elle connaît l’auteure.
Le 12 septembre, à notre rencontre du Cercle de lecture, L.B nous en parlait… en bien.
Je connaissais le nom de Monique Durand pour avoir lu ses articles sur le fleuve, la basse Côte-Nord, le Bella Desgagnés (publiés dans Le Devoir l’été 2008).

J’ai pris le livre. Et trois autres. J’ai d’abord lu les autres. Mais comme je ne cessais d’ouvrir et refermer Ruban de Ito Ogawa, j’ai ouvert Le petit caillou de la mémoire.
Je n’allais plus le fermer de la journée.

Entre forêts profondes et mer de pêcheurs, par toutes les saisons, de la Bretagne à Terre-Neuve, d’Aimé à Étienne à William, ils ont vécu, aimé, bûché, pêché.

Ça commence avec le petit William qui a huit ans et qui tue son premier orignal, ça se termine avec William qui, à plus de 80 ans, tue son dernier.

Entre les deux, des étoiles, des flocons de neige, des gréements de pêche composés de poils de chevreuil et de plumes de perdrix. Des amours, des départs, des morts. Des hommes courageux qui ne savent pas parler d’amour. Des femmes maternelles qui laissent partir leurs enfants. Un petit caillou qui passe dans les mains de quatre générations. La transmission d’une « folle furieuse faim de vivre »

Dès que j'ai lu :
« Il leur décrira le lieu exact, la pierre précise, la position de la lune, leur dira le nom de chaque arbre. […] Il va ériger ses feux sur la pointe la plus extrême qui s’avance dans la mer, un peu en retrait du village. Il a l’impression d’être encore plus seul avec ses étoiles. Là, la nuit est encore plus noire, encore plus à lui. Avec le grand chaudron dessiné dans le ciel, qui verse une pluie de promesses sur sa jeune vie. »
je savais que j’aimerais ce roman.

Je ne saurai sans doute jamais pourquoi, mais je suis toujours attirée par les romans dans lesquels les personnages vivent près de la mer, alors Saint-Suliac en Bretagne, Port au Port à Terre-Neuve avaient tout pour me plaire. Et ça m’a plu. Beaucoup.

Le soleil blafard sur ma joue, la lumière caressante d'un matin d’automne, je suis là dans ces forêts, dans ces bateaux, avec ces hommes et ces femmes, des Français, des Montagnais, des Terre-Neuviens dans l’hiver et le froid, dans la misère et l’isolement. Je suis là aussi, en Bretagne, à Terre-Neuve. Là où j’ai vécu quelques jours, quelques heures.
J’aime qu’on me raconte nos parents, nos grands-parents. D’où ils viennent. Pourquoi ils sont partis. Que ce soit vrai ou pas, puisque de toute façon, même sa propre vie est une histoire quand on vieillit.
« Je crois qu’il faut avoir un peu vieilli pour s’intéresser à ce qui nous a précédés. »
Et puis à la page 85, je fus transportée dans la série Entre la terre et la mer. Une belle histoire de marins bretons partis pêcher près de Terre-Neuve.

J’ai d’autant mieux revu les vagues, les doris, la morue, le maquereau, les marins. J’ai réécouté la musique et les paroles de ces chansons un peu tristes qui parlent de l'eau salée qui coule dans les veines des pêcheurs marins.

À la fin, Nicolas, le petit-fils de William, lui, part à la recherche d’une chanson de Terre-Neuviens.
« J’en connais qui sont allés à Paimpol, juste pour la Paimpolaise. En Irlande, juste pour Danny Boy. À Natashquan, juste pour Jack Monoloy.» 
Il ne suffit quand même pas que des lieux pour qu’une lecture m’absorbe tout entière. Il faut y mettre la manière, le style, les mots. Monique Durand y réussit fort bien. Rien de linéaire. On passe d'une génération à l'autre, du père à l'épouse, du fils à la sœur. De 2006 à 1878. Et tout coule parfaitement bien.
« Pour lui, la beauté c’était ça : quand les champs tombent dans la mer, directement, sans transition, champs de blé noir, de patates, de tabac, vergers et brûlis, prés et guérets, autant de pièces d’un grand étendard déployé jusqu’aux premières vagues de la côte. Et que lui, Aimé, avance dans l’immensité des prairies et des après-midi où on a toute la vie devant soi. »
« Marie pouvait rester quatre ou cinq jours dans sa retraite d’arbres et de feuilles, le temps d’accorder son âme avec son corps. »
L’auteure a le sens du punch, surtout à la fin des chapitres.
« Parce qu’un homme, ça tient le coup sans rien dire. Ça endure. Et ça n’est jamais malade.
Sauf d’amour. »
Même si les derniers chapitres s’enchaînent rapidement comme si l’auteure était restreinte à 200 pages, j’ai fermé le livre au soleil couchant, à peine rassasiée de ma journée passée entre terre et mer. Je me reprendrai sûrement en lisant Saint-Laurent mon amour.


Monique Durand a reçu le Prix du CALQ – œuvre de l’année sur la Côte-Nord pour ce roman.
On peut visionner les six épisodes de Terre et mer sur Youtube >>>

vendredi 21 septembre 2018

Assise face à la mer, je lirai

Haut: Dans la région de Kennebunkport. Bas: de Google street view, près de Prouts Neck

Je l’ai déjà dit, mais je le répète pour les nouveaux venus : je ne tiens pas un blogue littéraire. Et si je parle de livres, ce n’est ni pour en faire une critique ni même une recension. Juste dire ce qu’ils me font… à l’âme, au cœur, à l’esprit.

Avant Les villes de papier, j’ai lu La dame blanche de Christian Bobin. Même sujet : Emily Dickinson. Mais un peu trop de Bon Dieu. Bobin rédige des phrases courtes criantes de certitude. Comme un marteau qui enfonce un clou avec l’assurance qu’il sera droit.
« Les enfants savent tout du ciel jusqu’au jour où ils commencent à apprendre les choses. Les poètes sont des enfants ininterrompus, des regardeurs de ciel, impossibles à élever. »
« Le silence est l’épée des mères lunatiques »
« Personne n’a jamais eu de parents : quelqu’un dont la seule présence vous empêche de mourir, cela n’existe pas. »
« L’écriture est à elle-même sa propre récompense. »
Mais si je n’avais rien noté, j’aurais oublié, ce n’était qu’un hors-d’œuvre en attendant Les villes de papier.Dans un billet précédent, je racontais qu’à la lecture de certains livres, je deviens parfois le personnage, parfois l’auteur. e.
Ce matin, je parcours à nouveau Les villes de papier de Dominique Fortier, je deviens voyage, je deviens paysage.

Du Massachusetts, je connais surtout Cape Cod. Pour être encore dans l'été, encore dans le livre, encore dans les mots, je me promène autour d’Amherst.
« […] J’écume les sites où l’on voit des photos de Homestead, des Evergreens voisins, de la ville d’Amherst au temps des Dickinson. […] Depuis quand ai-je peur d’entrer dans un livre? »
Je remonte dans le Maine, que je connais mieux.
« Il y a Scarborough, au bord de l’océan Atlantique, un chemin parmi les plus beaux de toute la Nouvelle-Angleterre. Directement face à l’océan, les grandes demeures qui s’y élèvent sont lumineuses, recouvertes de bardeaux de cèdre, percées de fenêtres où se reflètent le ciel et la mer. »
Je prédis une affluence de voyageurs dans cette région, dans les rues Shell, Pearl. Ils iront jusqu’à Prouts Neck. J’irai sûrement, tout comme j’ai été voir Petite Plaisance à Northeast Harbor où a vécu Marguerite Yourcenar.

Les villages, les maisons, les jardins, la mer. J’aurais aimé savoir les livres d'Emily. À part la Bible.

Souvent, je dis que je ne tiens pas à rencontrer les auteurs, que leurs mots me suffisent. Je nuance : j’aime bien les connaitre, mais à travers une biographie, écrite par eux-mêmes ou par d’autres. Et il y a autant de sortes de romans que de genres de biographies. Certaines ressemblent plus à des essais, comme celle de François Ricard sur Gabrielle Roy, celles de Dominique Bona sont très agréables à lire.

Finalement, dans Les villes de papier, ce n’est pas tant Emily Dickinson que j’ai appris à connaitre, à aimer, c’est Dominique Fortier. Pas tellement les mots d'Emily Dickinson que j'ai envie de lire et relire, ce sont ceux de Dominique Fortier. Ce n'est pas à Amherst que j'irai, je retournerai dans le Maine. Assise face à la mer, je lirai.

mardi 18 septembre 2018

Je deviens elles

Eh oui, j’ai encore lu deux livres de front! Deux livres parus presque en même temps. Je dis livres parce que ce ne sont pas tout à fait des romans ni des essais. Ce sont des écritures, et ça me suffit. Je n’ai pas besoin qu’on me raconte une histoire, Juste me faire réfléchir ou m’émouvoir.

Dans Les villes de papier, Dominique Fortier nous présente Emily Dickinson, une poète américaine qui a vécu au 19e siècle. Petits chapitres, quelques lignes par page : j’adore la mise en page aérée qui laisse le temps de respirer, le temps d’admirer le paysage. Doucement, l’auteure s’invite dans le récit. Après avoir raconté la maison et le jardin d’Emily, après avoir présenté la famille, le besoin de réclusion, elle nous amène au bord de la mer, dans le Maine. Je repère les villes autant du personnage que celles de l’auteure sur Google maps, je cherche des photographies. Mais aucune n’est aussi belle que ses mots.

« Le jardin bruisse des murmures des fleurs. Une violette ne se remet pas d’être si fripée. Une autre se plaint de ce que les grands tournesols lui font de l’ombre. Une troisième lorgne les pétales de sa voisine. Deux pivoines complotent sur la façon d’éloigner les fourmis. Un lys long et pâle a froid aux pieds, la terre est trop humide. Les roses sont les pires, énervées par les abeilles, incommodées par la lumière trop vive, soûlées de leur propre parfum.

Seuls les pissenlits n’ont rien à dire, trop heureux d’être en vie. »

Et c’est comme ça du début à la fin. Pur ravissement. Je me suis laissée bercer comme si j’étais sur une mer calme un soir d’été.

Martine Delvaux aussi s’est insérée entre ses questions et ses réflexions. Avant de lire, j’ai revu Thelma et Louise, le film. J’étais tantôt Louise tantôt Thelma. Dans Thelma, Louise & moi, le livre, j’ai été l’auteure. Pourquoi, en 1991, lors du premier visionnement du film et quinze fois par la suite, pourquoi a-t-elle pleuré à la fin? Toute l’histoire des femmes y passe : nos peurs de filles, nos réactions, nos désirs, nos folies, nos envies, nos amours, nos questions, nos réponses, nos silences, nos choix et nos larmes. Disons que les rêves de l’auteure ne m’ont pas autant touchée que ses peurs et ses amours, mais le fait qu'elle explore son chemin, on se sent l'envie de regarder le nôtre.

Le film nous a marquées, le livre m’a appris pourquoi.

Mutation, métamorphose, me projeter. Je prends la couleur du roman que je lis. Je deviens l’autre. Je change de siècle ou d’année. Je change de pays. Souvent au bord de la mer, en Irlande, en Bretagne, au Maine, sur le bord du grand canyon. Souvent sur le bord d’une fenêtre. Dehors, c’est vert. Je change de vêtements, mais jamais trop chics: un t-shirt, une robe toute simple. En revanche, je garde le même environnement: la campagne, la nature, le grand air. La terre, l’eau, les oiseaux, les arbres. Quelques fleurs, je veux bien.

J’avais quinze ans. Mon père admirait, respectait, m'en parlait, me présentait : Pauline Julien, Pauline Marois, Geneviève Gillot, Claire Martin, Nicole Brossard. Ma mère m’a mis les livres de Simone de Beauvoir dans les mains. Plus tard, je lui ai mis L’Euguélionne dans les siennes. Nous étions quittes.
Je suis un peu d’elles toutes : les fortes, les courageuses, les victimes, les colériques, les amoureuses, les travailleuses, les écrivaines, les professeurs, les artistes. Et à chaque lecture, je me reconnais dans un des personnages, parfois même dans l’auteure. Et sinon, je ne lis pas.

Au fil des pages lues, je deviens le personnage. Je lis Villes de papier et je deviens une Emily Dickinson qui n’a qu’une envie : rester assise dans sa pièce préférée. Sans le blanc, sans le poème, sans le jardin, mais avec les livres comme seuls compagnons. Être là, à écouter les petits cris stridents des écureuils en souhaitant qu’ils ne fassent pas d’autres dégâts dans le moteur de mon automobile ou ne fassent pas leurs nids dans un coffre du VR.

Je lis Thelma, Louise & moi de Martine Delvaux, je me change en cowgirl. Je me vois très bien foncer sur les routes, essayer de comprendre les hommes, aider les femmes à devenir autonomes. Je revois aussi la jeune fille de 19 ans qui avait
« peur d’être suivie. Peur de faire confiance. Peur d’être aimée, peur de ne pas être aimée. Peur d’écrire. Peur d’avoir peur. Peur d’avoir peur d’écrire »
À la limite du transfert, je deviens l’auteure. Comme l’hypocondriaque qui devient le malade dans une émission du Docteur Grey.

Je suis Jo le personnage ou Louisa May Alcoot, l'auteure dans Les quatre filles du docteur March.
Je suis cette enfant solitaire qui aime lire et s’appliquer à bien tracer ses lettres, remplir des cahiers.
Je suis celle qui est parfaitement heureuse avec un livre entre les mains. Et rien d’autre.

Comme Martine Delvaux : 
« Je n’ai aucun désir d’aller écouter parler des femmes que j’ai lues et que j’admire. Je n’ai aucun besoin de les voir dans la réalité. Je n’ai pas le fantasme de les rencontrer. Elles existent à l’intérieur de moi, je vis avec leurs mots, ça me suffit. »
Dans Les villes de Papier, je me vois très bien dans cette femme solitaire qui préfère le silence au bruit des villes.
« […] comme la plupart des gens qui, en vieillissant, se raffermissent dans leurs habitudes et deviennent de plus en plus eux-mêmes, cède-t-elle [Emily Dickinson] à son penchant naturel la solitude, et à son corollaire, le silence. En vérité, cela ne me semble pas si difficile à concevoir — à la rigueur, on a plutôt du mal à comprendre pourquoi plus d’écrivains ne font pas le même choix. »
 Les villes de papier et Thelma, Louise & moi ont éclairé la fin de mon été.
« Le monde est noir et la chambre est blanche. Ce sont les poèmes qui l’éclairent »
Les villes de papier, Dominique Fortier

Ajout en complément: lire l'Aparté de Dominique Fortier au sujet des Villes de papier >>>

mardi 11 septembre 2018

Carnet de roman (15)

Tu as enregistré le fichier de ton roman sur une clé USB. Prêt à être imprimé quatre fois.
Quatre fois pour quatre éditeurs qui demandent la version papier.
Prêt à être envoyé chez deux éditeurs qui acceptent le fichier numérique.

Tu déjeunes et tu lis Thelma, Louise & moi de Martine Delvaux. Tu viens tout juste de le recevoir via Biblio Outaouais.
Après trois pages, tu as envie de reprendre ton roman d’y ajouter quelques lignes.
Comme avant-hier en lisant Villes de papier de Dominique Fortier.

Certaines lectures te font ça : avoir envie d’écrire. Pas écrire comme les auteur-es. Pas copier, non. C’est que leurs romans te donnent des idées, te rappellent des émotions, te remuent le cœur et le cerveau.

Tu penses que ton roman est fini, mais comme Cézanne qui reprenait ses tableaux, tu réécrirais certaines phrases. Est-ce un acte manqué : tant qu’il n’est pas chez l’éditeur, tant qu’il n’est pas imprimé, tant qu’il n'est pas refusé, tu peux encore le reprendre, le réécrire? 

Ça fait cent fois que tu le dis : tu ne devrais pas lire pendant que tu écris!
Oui, mais là, je croyais avoir fini.
Oui, mais là, c’est la rentrée, il y a de tellement bons romans intéressants.

Tu aimes lire des livres qui parlent des auteurs, des écrivains. Comme Le dernier chalet, comme Villes de papier, comme Thelma, Louise & moi.
Ils parlent d'eux, mais tu te reconnais.
Leurs phrases appellent tes phrases.
Leurs mots soufflent sur les tiens.
Leur vie ressemble à la tienne.

Tu écris ta lettre aux éditeurs. C’est plus difficile d’écrire deux pages aux éditeurs que trente pages de roman. La lettre qu’ils liront en premier. Ils ne liront peut-être rien d’autre. Tu voudrais être originale, qu’ils mettent ton manuscrit sur le haut de la pile, qu’ils t'appellent après la lecture des trente premières pages. Ou les vingt dernières que tu juges meilleures. Tu rêves en couleurs! Tu as envie de relire ces trente premières pages pour voir si elles ne peuvent pas être meilleures encore.
Tu en relis cinq. Tu changes quelques mots.

Visiblement, tu procrastines, tu retardes le moment de l’envoi. Tu as peur de faire le saut?

Tu te sais impulsive, tu essaies de te calmer, prendre le temps qu’il faut pour bien faire les choses. T’assurer que ta lettre est la meilleure que tu puisses écrire.

C’est qu’il vient un moment où tu es seule à prendre la décision. Tu n’as plus ton père ou ta mère ou un professeur ou un mentor ou un agent ou une directrice littéraire ou un-e ami-e pour t’encourager, pour te donner une petite tape dans l’épaule. Te dire, « ça va aller ». Au pire, tu auras un refus. Mais si tu ne l’envoies pas, tu n’auras rien.

Allez, saute.
Allez, clique sur « envoyer ».

vendredi 7 septembre 2018

Que du beau, du grand, du merveilleux!

« UN VOYAGE MERVEILLEUX » dans la région de la capitale nationale!
Venez admirer 45 œuvres gigantesques célébrant la nature dans toute sa splendeur. Soyez témoin de cette exposition éphémère comptant plus de 5,5 millions de plantes, un véritable hommage au travail magistral qu’exige l’Art de la Mosaïculture et un admirable témoignage de l’excellence de ses magiciens créateurs de renommée internationale.

Tous les mots sont vrais : merveilleux, gigantesques, splendeur, magistral, excellence.
Gatineau, à une heure de chez nous, c’est à côté, quoi!
Succès l’an dernier, de retour cette année, qu’est-ce que j’attends?

Une belle journée, autour de 24 degrés, ressentis et tout, je me décide.

Qu’on aime les plantes, les fleurs, la nature, l’art ou l’histoire ou simplement se promener dans un parc, s’assoir à l’ombre d’un grand saule, écouter une musique tout à fait appropriée, c’est l’endroit idéal pour passer une heure ou deux ou trois.

Même si parfois on voit les édifices derrière, on devine aussi la rivière, la marina. Même sans fermer les yeux, vous pouvez vous croire dans un grand parc de New-York ou de Paris. C'est chez nous. Les plantes et les fleurs douces et colorées nous parlent de notre histoire, de notre pays, du nord à l'ouest, de la terre et de l'eau. De la création de notre monde.

Et même si on dit qu’une image vaut mille mots, ne vous contentez pas de regarder des photos, les miennes ou celles de professionnels, allez-y. Ni les mots ni les photos ne réussissent à vous faire sentir ce que l’on sent, à vivre ce que l’on vit quand on est là, dans ce décor absolument original.












Et plus prosaïquement: 10$ de stationnement et 18$ (prix d’aîné) pour l’entrée. Gratuit pour les personnes à mobilité réduite en quadriporteur ou fauteuil roulant.
Jusqu'au 15 octobre.

vendredi 31 août 2018

« Je n’ai pas mon voyage »

Photo prise lors d'un voyage en 2016 parce que celle d'hier, je n'ai pas pensé à la prendre!
J’aurais pu être contrariée, c’est mon genre. Tout ce que j’aurais fait, je l’aurais fait en grognant, en rouspétant. À vingt ans, j’aurais tapé du pied, j’aurais boudé, je me serais enfermée dans ma chambre.

À vingt ans par contre, je me débrouillais, je savais changer un pneu, je savais quand et comment mettre de l’huile dans une auto, comment faire démarrer un moteur « noyé », comment vérifier des bougies, comment « booster » un char avec des câbles. J’aimais avoir les mains dans la graisse.

Aujourd’hui, je connais les mots en français, mais c’est tout.

Donc, je n’étais pas contente, mais pas contrariée.
Il faisait beau, frais, on respirait bien, les poumons dégagés, les sinus libres.
J’avais bien dormi, la tête lavée, le déjeuner pris, la vaisselle du matin rangée, la Van remplie, les portes et fenêtres de la maison verrouillées.
Je ne dépassais ma prédiction d’horaire que de vingt minutes.
Même le GPS indiquait l’heure d’arrivée : 13 h 45. J’ajoute toujours une bonne heure pour le trafic, les haltes routières. Ce serait très bien.

Ça y est, c’est le départ.
La clé dans le contact. Toc-toc, toc-toc. Pas gnigne-et-gnigne, non, toc-toc, toc-toc.
La batterie complètement à plat.
Pourtant, dimanche, j’ai reculé la Van près de la maison, tout allait bien.
La semaine dernière, au garage, vidange d’huile, changements de bougies, permutation et pression des pneus. 664 $. J’avais confiance.

Pendant qu’une appelle notre mécanicien, l’autre sort le bloc d’alimentation justement rempli la semaine dernière aussi. On ne peut pas dire qu’on n’est pas prévoyantes!
Essaie les lumières, oui, elles fonctionnent. Batterie? Starter?
Petit banc, parce qu’un 3500, c’est haut. Branche le bloc d’alimentation, un 700 watts. Le rouge d’abord, le noir. Essai. Le toc-toc devient gnigne-et-gnigne, mais pas assez longtemps, pas assez fort. Éteins. Attends. Nouvel essai. Un tout petit gnigne-et-gnigne et retour définitif au toc-toc. L’icône jaune du « check-engine » reste allumé. Revérifie, débranche, rebranche, repart… Toc-toc, toc-toc. Le bloc d’alimentation est déjà à plat.

Aux grands maux, les grands remèdes. On ne paie pas notre assurance pour rien. Appel, assistance-routière. Nous n’avons droit qu’à un seul service : survoltage ou remorquage. On ne prend pas de chance, ce sera remorquage.
On est jeudi, longue fin de semaine de trois jours. Décision, même si la Van est réparée, on ne part plus avant la semaine prochaine. Et encore, on verra. En attendant la dépanneuse, on vide la Van. Ordre inversée d’entrée: le frigo, le congélateur, l’ordinateur, les tablettes, les armoires, les vêtements, les livres.

Trop occupée pour penser, pour réagir, pour bouder. Ou pour se sentir nulle. Ou pour regretter mes vingt ans quand la mécanique automobile était à la portée de tout le monde.
La dépanneuse arrive.
Le camionneur-préposé-technicien sort un « gros » bloc d’alimentation, la batterie vrombit du premier coup, mais on sent l’effort. L’icône jaune du « check-engine » s’éteint. La batterie tient le coup, le moteur a de grands soupirs hésitants, mais la Van pourra monter sur la dépanneuse toute seule.
Bye-Bye Van qui s’en va chez notre mécanicien averti.

On entre dans la maison, on tourne en rond. On range les vêtements. On jase. On n’a pas l’air du tout de filles déçues de ne pas être parties. Pas l’impression de manquer notre voyage. Ou quelque chose d’exceptionnel. Sommes-nous désabusées? Plus le goût de partir? Jamais plus? Nulle part?
Pourtant si. L’hiver, quand il fait froid et qu’on préférerait avoir chaud. Pas jusqu’à 30 degrés, ressentis 40, mais dans les 20-25, c’est très bien. Comme aujourd’hui.

Bientôt l’heure du diner.
Zut on a oublié les médicaments dans la Van.
On n’hésite pas, on part en auto. On roule lentement, on voit une mère chevreuil et ses deux petits dans un champ de soya. On ralentit. On sourit. Ils nous regardent. Décidément, une belle journée.

Au garage, les hommes sont absents, partis diner sans doute. Notre Van n’est pas verrouillée, on prend les médicaments, mon casque de vélo.

À Chénéville, on arrête à un nouveau bistro qui annonce des paninis. Petite table et chaises à l’extérieur. On décide de se gâter. Sauf que dehors, et à l’intérieur, musique trop forte, trop rock. Je demande poliment si c’est possible de baisser la musique. Non, c’est la marque du resto. Contrariée la madame. Pas moi, la serveuse (ou propriétaire, je ne saurai jamais)! Bon, bien, c’est dommage. Non, la musique trop forte, trop rock and roll, qu’on s’entend pas penser, pas pour nous. On est peut-être deux vieilles fatigantes, mais on assume.

Achats de pains et jambon fumé chez Metro, retour à la maison. Diner sur notre galerie terrasse à nous. Bière, panini, salade et… le doux silence de la nature (les écureuils partis diner aussi?).

Finalement, pourquoi serais-je contrariée? C’est une très belle journée.
On partira un autre jour. Ou pas du tout.
N’empêche j’aimerais avoir encore vingt ans. Quand je savais, quand je me débrouillais. Mais quand je boudais aussi?

dimanche 26 août 2018

Le dernier chalet d'Yvon Rivard


Qu’importe qu’Alexandre, écrivain dans la soixantaine avancée, soit l’alter ego d’Yvon Rivard, qu’importe que cet Alexandre ait déjà été le personnage, à des âges différents, de livres précédents : Le siècle de Jeanne (2005), Le milieu du jour (1995), Les silences du corbeau (1986), qu’importe que ce soit un roman ou un carnet, ou de l’autofiction, je l’ai écouté tout au long des 200 pages dans Le dernier chalet. Délicieusement. Avidement. Intellectuellement.

Je vivais avec lui, dans la nature, près d’un renard, les yeux rivés de l’autre côté du fleuve, là où Gabrielle Roy écrivait, marchait, vivait ses derniers jours. Je l’ai écouté me parler de son voisin, le fermier Gilbert, de son père, bûcheron, de sa Marguerite qui écrit le matin qui marche avec lui l’après-midi, de ses ex, Clara et de Françoise, de ses petits-enfants qui lui rappellent sa jeunesse. Il est intellectuel, Alexandre, il passe ses journées à réfléchir, mais il coupe aussi du bois, il entretient un potager, il nourrit les oiseaux, il répare le chalet.

Il m’a fait voir Champlain sous un jour nouveau. Comme s’il revenait, pagaie à la main, au 21e siècle, nous dire de prendre soin de notre pays.

Il lit beaucoup, Alexandre. J’ai bien aimé que les citations de Gabrielle Roy, Virginia Woolf, Friederich Holderlin, Rainer Malker Rilke, Rimbaud soient intégrés au récit, sans notes en bas de page comme si c’était un travail universitaire.

J’ai revu les chalets de mon enfance, les baignades, les jeux, les vacances, mes grands-parents qui venaient nous voir. Doux souvenirs.

Ses longues phrases m’ont entraînée dans les méandres de mon esprit. Je me suis vue à 19 ans, quand j’aimais follement la philosophie, que j’engloutissais L’être et le néant comme si, enfin, le monde, le sens de la vie et de la mort allaient m’être révélés. Yvon Rivard le fait de manière beaucoup plus concrète, moins théorique.

Bien sûr je me suis identifiée à l’écrivain, mais autant à l’homme qui aime la nature, le fleuve, la retraite, et qui n’a pas peur de la solitude. En lisant qui il est, je comprends mieux qui je suis, qui ma mère a été, une solitaire dans l’âme. Ce qui m’a permis, à mon tour, de mieux circonscrire mes personnages de roman, de les déculpabiliser de ne pas être des porte-drapeaux de cause sociale.
« Le monde serait moins stagnant si tous les retraités étaient conscients que leur oisiveté n’est pas inutile, que leur solitude n’est pas une malédiction, que l’une et l’autre sont une chance d’être plus grands que leurs destins. »

« Le secret des solitaires à qui rien ne manque c’est de ne rien désirer d’autre que la vie et de s’isoler pour ne pas étioler ce désir. »
Pour ce qui est de la mort qu’il regarde en face, comme un coucher de soleil, disons que je n’ai pas entrouvert la porte aussi grande. Pas comme lui. Ce n’est pas elle que je voie dans le fleuve, ni dans mon âge qui avance, bien sûr, trop rapidement.

Dans Le dernier chalet, comme dans la plupart des livres, c’est soi-même qu’on cherche à comprendre, à accompagner. C’est aussi l’autre qu’on cherche à comprendre, à aimer. Yvon Rivard, dans Le dernier chalet, a réussi à me faire aimer cette vie de nos soixantaines avancées.

Et qu’importe si on n’écrit plus ou qu’on ne fait que lire au bord du fleuve.
Délicieusement. Avidement. Intellectuellement.
On a le droit.


jeudi 23 août 2018

Carnet de roman (14)


Jeudi, 23 août 2018,
19 h 30,
90 jours après la fin de « mon » Camp littéraire Félix, j’ai terminé la réécriture de mon roman.
Satisfaction du devoir.
Fébrilité joyeuse.
Sentiment d’accomplissement.
Entêtement récompensé.

Il reste au moins deux relectures, une à voix haute, une sous la loupe d’Antidote.
Il reste à maintenir la confiance.
Surtout avec la rentrée littéraire qui me fait déjà voir la publication de romans d’auteurs chevronnés, la plupart plus jeunes que moi. Alors le mien, fera-t-il un jour partie de cette cohorte? Rejoindra-t-il enfin ses deux petits frères de 2011 et 2015? Plaira-t-il aux éditeurs?

Travailler encore. Mais avec les épaules plus légères et le cœur apaisé.
Comme un exercice plus relaxant après le marathon.
Avant, partir un peu comme une récompense, une pause avant de replonger.

Retourner à la lecture, l’esprit concentré sur d’autres histoires que la mienne.
Lire Yvon Rivard, Dominique Fortier, Martine Delvaux.
Ne pas me sentir intimidée par leurs romans, leurs noms.

Repenser à ma mère qui me disait que la reine Élisabeth allait à la toilette comme elle et moi.
Ma mère, elle l’invoquait souvent la reine Élisabeth :
mariée en 1947 comme elle
premier fils en 1948 comme elle
deuxième enfant, une fille en 1950, comme elle.

Ces points en commun devaient me faire comprendre que nous étions tous égaux, que nous vivions les mêmes choses. Que je ne devais pas me laisser impressionner par un titre, par une couronne, par un château.
Que le soleil brille pour tout le monde.
Chez moi, ce soir, il était éclatant. Annonciateur de beaux jours à venir.

dimanche 19 août 2018

Encore l'été



Encore l’été. Le matin, le jaune du champ de maïs. Souvent la brume venue de la rivière Petite-Rouge. Les montagnes bleutées. Le soir, le soleil couchant, de plus en plus au sud-ouest. Rond, orangé vif. Cette semaine, un chevreuil qui me regarde, qui se demande, qui attend et qui finit par partir vers la réserve Kenauk.

Encore l’été. Le matin, j’écris dans mon bureau ensoleillé. L’après-midi, je lis. Dehors, à l'ombre. 

J’ai terminé L’autre saison de Louise Simard. Un livre écrit dans les règles de l’art : intrigue à résoudre, personnages bien définis, émotions décrites par les cinq sens, sentiments bien sentis. J’ai tout lu, c’est dire que j’ai aimé. Surtout que j’ai senti cet amour des promenades, cette passion pour la nature. Mais… eh oui, il y a un mais… son Thana, la fille-rivière était tellement, mais tellement plus riche, plus beau, plus fort. Il ne faudrait pas que je compare. Chaque livre m’amène dans un temps et un lieu nouveaux. Il y en a des plus beaux, des où je demeurerais plus longtemps, des qui me chavirent plus que d’autres. Mais toujours il me permet de devenir un peu plus l’écrivaine que je veux être. Que je suis.

Parce que je ne lis plus pour me distraire. Je ne veux pas qu’on me raconte une histoire, je veux qu’on me raconte une vie.
Ce fut le cas pour L’autre saison de Louise Simard.

Et ce l’est également pour Le dernier chalet d’Yvon Rivard.

Depuis 2004, je lis pour mieux écrire. Avant aussi peut-être, mais je n'en avais pas conscience.Quand je lis, je ne distingue plus la lectrice de l’écrivaine-qui-lit. Lire pour moi, c’est presque étudier comment le livre est écrit. C’est écouter la musique d’un autre pour mieux entendre la mienne, une fois devant mon écran. C’est aller dans « ce temps plus grand dans lequel nous entrons lorsque nous écrivons », comme l'écrit Yvon Rivard.

En lisant ses longues phrases de quinze lignes, je ne dirais pas que Yvon Rivard est de la génération des cours classiques ou des « vieux », parce que dernièrement, j’ai lu un extrait de Belle-mère, écrit en 1995 et quand j’ai vu les phrases courtes souvent sans pronom, parfois sans verbe, qui commencent par une conjonction, j’ai été surprise de voir que l’écrivaine française, Claude Pujade-Renaud (avec un tel prénom, vous comprenez tout de suite pourquoi j’ai jeté un coup d’œil) est née en 1932.

Donc, Yvon Rivard préfère et contrôle très bien la longue phrase. Il faut en lire de temps à autre pour ne pas oublier, pour que notre esprit, habitué aux raccourcis, soit capable de suivre le fil.

J'achève son livre, je prends mon temps, je relis, je déguste, je note. Il y est question de Gabrielle Roy, du fleuve, d’écriture. J’adore, bien évidemment. Je m’identifie. Mes propres souvenirs de chalet, d'enfance et d’été refluent. On dirait presque un carnet. Le carnet d’un écrivain qui écrit de moins en moins, mais qui a peur qu'en cessant d'écrire, la mort vienne. Il se pose des questions en regardant la rivière se jeter dans le fleuve, en pensant à ses petits-enfants qui vieillissent et n'ont plus besoin de lui.

Encore l’été. Bientôt un voyage. Voir d’autres couleurs, entendre d’autres sons, sentir d’autres parfums. Il fera moins chaud, il y aura moins de monde sur les routes. Je lirai sur une plage. J’écrirai dans un cahier.

Toujours ces trois passions qui m’habitent, que je vis.