vendredi 16 février 2018

Petit bonheur matinal

Le bonheur est parfois si facile. Dans mon cas, il tient parfois, souvent à un livre.

Dans les médias, je surveille tout ce qui se rapporte à la littérature. Et dans l’ordre de mes intérêts, le cinéma n’est jamais bien loin. Aussi, ce matin, j’ai lu attentivement l’article sur le film qui sortira bientôt au Québec : Les gardiennes. Quand j’ai lu « un film de Xavier Beauvois, d’après le roman d’Ernest Pérochon », quel mot croyez-vous a retenu mon attention? Le mot « roman ». Que croyez-vous que j’ai fait?
film de Xavier Beauvois

Évidemment je me suis ruée sur Google, jamais bien loin, toujours un onglet ouvert sur ma tablette. J’ai cherché le nom de cet auteur que je ne connaissais pas. J’ai appris qu’il avait remporté le Prix Goncourt en 1920, pas pour ce roman, mais pour Nêné. Un auteur vite oublié devant le Goncourt de l’année suivante : Marcel Proust.

D’après l’article, les photos, la couverture de la nouvelle édition, l’histoire se déroule à la campagne. J’aime déjà. Il y aura plus de silence que de bruit, plus d'arbres que d'asphalte. Déjà aussi, je pressens l’atmosphère, l’odeur des champs, la lenteur de la vie. Que l’actrice principale soit Natalie Baye était secondaire pour moi tout en offrant une promesse de succès. Ce qui m’intéressait c’était le roman. J’ai vu qu’il avait été réédité au cours des ans, ce qui présupposait de sa notoriété. Je ne pouvais me réjouir de cette réédition pour l’auteur étant donné qu’il est décédé en 1942, donc probablement plus de droits d’auteurs à ses descendants, mais alors un bon coup pour l’éditeur.

Comme la BANQ n’a pas encore obtenu le roman en numérique, j’ai cherché sur ma liseuse. Grâce à ma Koko, j’ai pu obtenir l’extrait de plusieurs pages.

Sous le titre : terroirs classiques. Déjà, j’avais un petit faible.
« La plaine s’étend, monotone, à perte de vue; quelques haies d’épines y poussent et quelques noyers, trop rares pour arrêter le regard. »
« Un beau soir favorable à la besogne »
« Avez-vous entretenu le feu de nos maisons aimées? […] Servez-moi les fruits de mon verger et versez dans mon verre le vin de ma vigne. »
Un délice. Une chanson douce. Une lecture jouissive.
Un bonheur.

Et un vocabulaire du terroir qui ravive les années 1920, en France. Comme un retour dans une vie que j’aurais vécue, toute rude soit-elle. Des personnages que j’aurais envie de côtoyer, d’écouter me dire leurs silences et leurs misères. Des caractères bien campés que j’aimerais tellement créer.

C’est comme si je retournais voir mes grands-parents qui, pourtant, n’ont connu ni la campagne française, ni le dur labeur des champs, ni les maisons de pierres humides et encore moins la guerre de 1914.

Pourquoi j’aime autant… je ne saurai jamais. Ou je me connais mal. Ou je n'ose penser à la réincarnation.
Et si ce bonheur survient tôt le matin, je porte sur mon visage un grand sourire toute la journée.

Et vous, quel roman oublié avec-vous découvert parce qu’un réalisateur en a fait un film?

Si la bande annonce du film vous intéresse>>>

mardi 13 février 2018

Ces auteurs homonymes

Comme j’ai moi-même un « jumeau » auteur, le sujet de l’homonymie chez les auteur. e. s m’intéresse. Sur Facebook, la semaine dernière Annie Perreault s’interrogeait sur le choix de son nom de plume. Une discussion fort intéressante s’ensuivit au cours de laquelle nous avons appris qu’il y eut un autre Robert Lalonde et une autre Marie Laberge.

Finalement, Annie Perreault ajoutera l’initiale J à son prénom pour se distinguer de son homonyme.

Mais l’idée était semée. La curieuse-fouineuse que je suis était partie à la recherche des auteurs homonymes. Je me contente des Québécois pour l'instant. Loin de moi l'idée de comparer les œuvres entre elles, je ne juge pas, je ne critique pas, je note simplement et je me demande s’il y eut incidence sur la carrière des uns ou des autres. Comme celle de tomber dans l’oubli. Ou si la confusion est minime pour les libraires et les lecteurs/lectrices.

Pour publier les photos des personnes, il m’aurait d’abord fallu demander la permission à tous les photographes ou les auteurs qui possèdent les droits de reproduction. J’ai donc préféré chercher une de leurs œuvres plus libres de droits.



Robert Lalonde

Le premier est né en 1936. Il semble venir du nord de l’Ontario et avoir écrit de la poésie surtout. Il a publié aux éditions du Saule dont je n’ai pas trouvé la trace. Est-ce de l’autoédition? J’ai trouvé les titres : Les complaintes du vent, Les terres du songe, L’amour au jour le jour, Les contes du portage, Les contes de la lièvre.

L’autre, le comédien bien connu, est né en 1947, à Oka, et on ne compte plus ses publications, chez Boréal surtout.
J’adore ses « carnets littéraires » où le lecteur flâne avec l’auteur au lieu de chercher les intrigues qui doivent absolument tenir en haleine. La liberté des savanes, paru en 2017, est un bel exemple.


Marie Laberge

Née en 1929, elle a étudié aux Beaux-Arts, peut-être a-t-elle été plus connue dans le domaine des arts, mais elle a tout de même publié huit recueils de poésie. Elle a reçu le Prix du Maurier pour son recueil de poèmes Halte en 1965.

Celle qui est née en 1950 et a d’abord écrit pour le théâtre avant de se consacrer aux romans avec le succès qu’on lui connaît. Depuis quelques années, après sa trilogie, elle fait une incursion du côté des polars.



Pierre Ouellet 

Le plus prolifique est professeur, poète, essayiste. Récipiendaire de nombreux prix dont le prestigieux prix Athanase-David pour l’ensemble de son œuvre.
Son dernier roman, À vie, a paru en janvier dernier.

L’autre n’a publié qu’un seul livre, Barbelés. C’est le récit autobiographique d’un homme en prison depuis 40 ans.


Mathieu Fortin

Celui qui est né à Latuque en 1979 est bien connu dans le monde de la science-fiction et fantasy.

L’autre travaille plutôt dans le monde des affaires et publie donc des livres pratiques.

Et même un troisième, qui est professeur de philosophie au Collégial du Séminaire de Sherbrooke a publié En compagnie des Grecs | Une introduction à la philosophie chez Fides.



Annie Perreault
Celle qui est née au milieu des années 1970 a publié, entre autres, L’occupation des jours (Druide), recueil qui lui vaut une mention d’honneur du prix Adrienne-Choquette. Son premier roman, La femme de Valence (Alto) devrait paraître sous peu.

Quant à l’autre, celle qui ajoutera l’initiale J à son prénom, elle a déjà publié Adeline, porteuse de l’améthyste, mais elle compte bien ajouter quelques titres en littérature jeunesse dans les prochaines années.



Camille Bouchard

Le Camille « deux-l-e » est né à Forestville en 1955, auteur de littérature jeunesse surtout, mais pas que. Grand voyageur, il n’hésite pas à écrire des aventures qui se passent ailleurs qu’au Québec.

Le second n'est pas tout à fait homonyme parce qu’il écrit Camil, mais quand on entend son nom, ce n’est pas aussi évident. Il est mieux connu comme analyste politique à Bazzo.tv, mais du temps où il était ministre, il a publié, en 1991, l’essai Un Québec fou de ses enfants.




Claude Lamarche

Quant à moi (née en 1950), quand j’étais jeune professeure et auteure débutante, j’ai déjà accepté de signer Marie-Claude Lamarche sur des livres scolaires, mais en me promettant bien de ne pas recommencer.

Ni l’auteur (né en 1939) du roman Le cœur oublié et Je ne me tuerai plus jamais, ni son éditeur n’ont jamais cherché à entrer en contact avec moi. Et à part les libraires et quelques lecteurs qui confondent les deux, ça ne m’a jamais embêtée que nous soyons deux. D’autant que lui, c’est un il, et moi un elle!

Le saviez-vous?
En vous connaissez-vous d’autres? 
Avez-vous déjà confondu des auteurs? 
Avez-vous eu connaissance de problèmes majeurs?

mardi 6 février 2018

Des traces laissées, des traces suivies

Peut-être aux trois mois, aux six semaines, sans coup férir, sans surtout qu’il n’y paraisse puisque je ne laisse pas de traces de cette récurrence chaque fois, revient le doute de tenir ce blogue. Parfois dans le contenu, parfois dans la forme, parfois dans l’existence même. Peut-être simplement pour me reposer de la neige abondante à pelleter ou me laisser aller à rêver en regardant la forêt tranquille.

Devant l’engouement et la dépendance d’autres plateformes, devant le nombre de commentaires des unes versus celle que je privilégie, je me dis, comme plusieurs autres, que le blogue est dépassé, démodé, qu'il a fait son temps.

Je me demande si vraiment il est la réponse aux refus des éditeurs devant mes manuscrits. Le recul, le pas de côté pour ne pas avoir à me remettre à la beaucoup plus difficile tâche d’écrire un roman. De la paresse, de la fatigue, ou du droit à la liberté de choix?

Ou pire encore, je me demande si je tiens ce blogue, comme l’adolescente en manque d’amour tenait son journal avec ce besoin, comme le titre le dit, de laisser des traces, ne serait pas tout simplement un besoin d’attirer l’attention. Pas que je me crois une TDA jamais diagnostiquée, je n’ai ni problème de concentration ni de difficulté avec mon comportement, quoique… Non mais, aurais-je un besoin sur le bord du maladif, une dépendance à l’expression? Pas tant besoin d’être vue, comme besoin de dire. Et un peu plus, besoin d’être écoutée et/ou lue.

Mieux dit : 
« J’ai besoin de conserver les traces de mes pas et d’intérioriser ce qui a précédé la perte, […] pour ne jamais occulter l’absolue nécessité du chemin d’où j’arrive. »
Recommencements, Hélène Dorion
J’irais jusqu’à dire que s’exprimer c’est dire qu’on existe. Même si je ne connais pas la raison de cette existence. Ou si je l’ai déjà cherchée, je n’ai plus de temps de m’y arrêter. Je la trouve courte, mais tellement courte, la vie! Il me semble qu'hier encore je me promenais à L’abord-à-Plouffe sur la bicyclette de mon frère. Mais non, hier, j’étais à l’hôpital à passer un test sur un tapis roulant. Test que j’ai passé facilement par ailleurs. Mais il était beaucoup plus difficile d’entendre les uns et les autres qui avaient de réels problèmes cardiaques.
Certes, chacun a besoin de s’exprimer. Mais ai-je encore le temps de tout écouter?

Alors, toujours à la recherche de certitudes, je regarde ailleurs des raisons de poursuivre ce blogue, peu importe la raison.
Ainsi, sur Internet, j’ai lu ceci:
« La visibilité des publications du blog est largement plus grande que la visibilité des publications d’une page Facebook […] Un article de blog publié en 2009 peut toujours occuper la première place dans un moteur de recherche pendant 2, 3, 4, 5 ans et plusieurs années de suite pour un mot clé pertinent et attirer des visites. Dans Facebook une publication peut passer inaperçue même dès le premier jour de sa publication parce que c’est Facebook qui décide qui verra votre publication. »
 Source>>> 
Et quand bien même certaines pages Facebook rejoignent près de 10,000 membres en un an, obtiennent des milliers de clics pour un sujet ou une vidéo, si je veux retrouver un sujet… déjà le lendemain, c’est quasi impossible.
Exemple, malgré l’énorme différence de « j’aime », je préfère le blogue de voyage de Diane et Gilles à la page « En Vr pour pas cher » sur Facebook.

Près de dix ans plus tard, je lis toujours avec le même plaisir le blogue de Geneviève Blouin qui le dit elle-même « je veux donner l’impression que vous prenez un café en ma compagnie. »

Il y a aussi la mère Michèle qui n’a pas l’air de se poser le cinquième du huitième de questions que je me pose régulièrement et qui, inlassablement, sans faillir, tient son blogue où parfois, elle ne note généreusement qu’un lien vers un article de journal.
Lu encore:
« Un blogue est un support pour communiquer, fidéliser et fédérer une audience.
Les gens n’en changent pas souvent, et ils les lisent généralement tous les jours avec beaucoup plus d’attention que ce qui défile sur Facebook. »

Et puis, je continue à découvrir de nouveaux blogues qui m’enchantent et que j’ajoute à mon agrégateur Netvibes.
Entre autres, aujourd’hui, le blogue qui m’a inspiré ce billet, qui, à lui seul, me confirme que tant pis si c’est démodé, mais j’en veux encore longtemps des comme celui-là qui me nourrit, me fait voyager dans le temps et l’espace. Et je sais que dans trois jours, trois semaines ou trois mois, je pourrai à nouveau le consulter facilement. 
Il y est question des maisons des écrivains>>>

Et vous, quels blogues aimez-vous encore, quelles traces suivez-vous?
Où laissez-vous les vôtres?

vendredi 2 février 2018

Le temps d'une lune



Il aura fallu le temps d’une lune pour me ramener sur terre.
Sur la terre québécoise, la terre enneigée, la terre des obligations.
De la Floride, après deux mois de vagabondages, de voisinage, de flânage, de bruit et de soleil, je suis partie un 2 janvier frisquet, je suis arrivée au Québec un soir très « frette », mais il aura fallu un bon mois pour que reviennent l’impatience et l’inquiétude en retrouvant le système de santé québécois.
Un bon mois pour retrouver amis, familles, routine quotidienne, repas à la mijoteuse et pelletage. Mais aussi un bon mois pour trouver un roman qui m’intéresserait suffisamment pour que je n’abandonne pas après deux chapitres.

Et je ne l’ai pas trouvé là où je m’y attendais. Loin de là.
Toute une surprise. On me l’aurait dit hier ou avant-hier, j’aurais dit : sûr que non.
Pas une autre traduction. Pas encore des mots d’argot français sur lesquels je bute et qui me dérangent dans la compréhension de l’histoire (J'ai abandonné C'est le coeur qui lâche en dernier de la canadienne Margaret Atwood pour cette raison: au Canada, on ne raque pas des clous et personne n'a pas de ratiches). De plus, pas une histoire de gars, de petits voyous qui fument et pas que des cigarettes, qui volent, qui donnent des coups de poing à la moindre provocation. Je suis plutôt histoires d’amour, relations à comprendre, de mère fille ou de femme compliquée. Des histoires québécoises, bien souvent. Européennes, sans problème, mais qui se passent aux États-Unis — paradoxalement, pour quelqu’un qui aime bien s’y rendre —, de moins en moins.

Mais voilà, ce qui m’a sortie de ma léthargie, ce qui m’a ramené dans la lecture que j’adore, plus vrai pour moi que celui de la quotidienneté, c’est, ai-je cru en lisant le nom de l’auteur, une histoire de gars de moto qui commence à Providence, États-Unis. En lisant un peu sur cet écrivain dont j’ignorais tout (pourtant il doit être assez connu puisque son nom sur la couverture est plus gros que le titre), j’ai compris que c’était un Français et donc, ce n’était pas une traduction.

Que s’est-il passé pour que j’accepte, que j’adhère, que j’embarque, que j’aime et que je m’abandonne complètement dans cette histoire?
Le saurai-je jamais?
Parce que le sujet de la liberté et de l’amitié ne suffit pas à expliquer mon engouement.
« Quand j’ai rejoint Freddy, Oscar et Alex, et qu’on a commencé à parler en fumant nos cigarettes, je ne saurais trop expliquer pourquoi, mais je ne me suis senti chez moi. Mieux que chez moi. Je me suis senti parmi les miens. »
Il faudrait que je creuse pour savoir pourquoi cette histoire m’a happée dès le début. Comme les histoires de chiens abandonnés, oubliés qui marchent des jours, des mois pour retrouver leur maître ou qui se laissent mourir quand ils ne l’ont plus.

C’est pas que l’histoire, pas que le titre, c’est aussi comment c’est écrit. Du dedans.
« Toutes ces phrases que j’écris, j’ai peur que ça s’efface, avec le temps. Le crayon, c’est comme l’amitié, ça tient pas toujours bien. De toute façon, je sais pas trop qui va bien lire tout ça, toute cette foutue histoire. Je sais pas pour qui je me prends, à m’imaginer comme ça que ma vie intéressera quelqu’un pour la lire. »


Ce livre d’une lune retrouvée, c’est Nous rêvions juste de liberté de Henri Lœvenbruck.

Et vous avez-vous déjà lu quelque chose que vous n’auriez jamais cru possible de lire?

dimanche 28 janvier 2018

Dis, quand reviendras-tu?

Il ne m’est pas plus agréable de lire :
« Il n’a pas l’intention de raquer pour des clous. De toute façon, il n’a pas l’intention de raquer du tout […] soit il écrabouille les ratiches du gars »  
(traduction dans C’est le cœur qui lâche en dernier, Margaret Atwood)
que de lire :
« J’ai déjà fait éclater mon iPhone en le propulsant au bout de mes bras, de toutes mes forces. Kin toé. […] Le stress, l’angoisse et la honte m’ont envahie. Carte de crédit pleine. Carte de débit vide. Ostie., ostie, ostie. […] Can’t fight the moonlight » 
Les désordres amoureux, Marie Demers
Une Canadienne-anglaise quadragénaire traduite en France et une trentenaire Montréalaise. Le parler populaire dans les deux cas. Qui me rebute quand c'est dans l'écrit. Je me sens snob de ne pas me retrouver ni dans l'un ni dans l'autre. Me sens nulle à n'aimer que ce qui me ressemble.

Je suis oiseau distrait.
Je volète, je titube, je ne vais nulle part.

Ne me viennent à l’esprit que des phrases insipides. Qui ne veulent rien dire s’il n’y a pas de suite ou de contexte.
Après avoir relu des extraits de L’étreinte des vents d’Hélène Dorion « Un jour on rencontre un être qui nous dit je t’aime comme jamais encore on ne l’avait entendu », j’ai écrit cet incipit romanesque :

Je n’ai jamais dit je t’aime à ma mère. Ni à mon père. Encore moins à mon frère. Ça ne se disait pas, ça ne s’entendait pas, et personne s’en plaignait.
Savais-je même, sentais-je même que je les aimais? J’étais trop occupée de ma vie pour y penser.

Et à la fin de l’histoire, le personnage dirait : Depuis 50 ans, chaque jour, je lui dis je t’aime.

C’est l’hiver, saison du dedans, de l’intimité, ce qui, selon Joyce Carol Oates, est « un trésor pour un introverti ».
Après deux mois de voisinage dans le sud, de brise dans les palmes, de chants d’oiseaux, de bruits de moteurs, j’ai retrouvé le silence de ma campagne. Mais le vide aussi dans ma tête. Les photos sont classées, publiées, le récit a été maintes fois raconté.

Je n’ai plus rien à dire. Rien encore ne m’intéresse suffisamment pour entretenir une longue conversation ou écrire un long billet.
Je volète, je zigzague, je grappille.
Et je n’attends même pas la fonte printanière ni ne surveille le retour des hérons. Je suis juste là, les yeux dans le vague, les oreilles attentives à ce qui pourrait survenir.

dimanche 21 janvier 2018

Suis-je atteinte de tsundoku?

Deux semaines déjà que je suis revenue d’un séjour dans le sud et on dirait bien que je ne m’en remets pas. À quoi je le vois : mes rêves la nuit, mes pensées le jour.

Je suis parvenue à retrouver un rythme à peu près normal pour la plupart de mes activités.
Sauf pour la lecture.

Depuis mon retour, je n’ai pas attrapé de rhume, mais suis-je atteinte de tsundoku?
Un genre de bibliomanie. Accumuler des livres. Y toucher à peine. S’étourdir à feuilleter, à chercher le suivant. Distraite tout le temps. Trop dans ma vie pour m'intéresser à celle des autres?

Livres lus en décembre

En voyage, en décembre, une fois bien installée au « RV park », j’avais réussi à terminer six livres. Deux Musso qui, malgré mes préjugés tenaces, m’ont bien plu. Le dernier Ken Follet égal à lui-même, je n’ai passé que la partie de l’Espagne. Un premier Patrick Modiano pour moi, assez bien pour que j’en lise d’autres. Un Margaret Atwood dont je n’ai lu que la partie de Grace, trouvant que celle du docteur n’apportait rien à l’histoire et finalement un Tatiana de Rosnay parce que j’avais aimé la biographie qu’elle avait écrite sur Daphné du Maurier.







Mais depuis mon retour, rien. J’accumule, j’entasse, je télécharge, j’emprunte. Tout m’attire : les auteurs découverts récemment : Modiano, Claudie Gallay, les auteurs avec qui je renoue : Joyce Carol Oates, Margaret Atwood, les nouveautés, les parutions récentes. 

Rien n’y fait, je n’accroche pas. Je lis quelques pages, un chapitre, un extrait et je passe à autre chose. Quand je ne m’endors pas en bas de la page.
Livres commencés en janvier

Le lendemain, bien reposée, je me hasarde à aborder d’autres histoires que j’espère plus accrocheuses. Non. Même le long extrait du tome 4 de L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante ne me convainc pas de me le procurer sur le champ, ce qu’en d’autres temps, rien qu’à voir le titre, j’aurais fait sans me poser de questions. Il faut dire que le prix élevé du livre me freine.

Quel titre ou auteur réussira à tranquilliser mon esprit, à me faire reprendre un rythme coutumier?

La pile s’allonge.
La convalescence s'étire.

En êtes-vous atteint-e?

mardi 16 janvier 2018

La fois où j'ai passé les Fêtes dans le sud (10)

La remontée, du 2 au 6 janvier

Après un tableau comparatif des pourcentages de neige et des températures sur la 81, à partir d’Hagerstown, plus Ottawa et chez nous, on décide de partir le 2 janvier. Il n’y a que Syracuse qui est à 40 % de chance de «flurries». Il fera froid, mais la chaussée sera sèche, c’est l’important.

Et comme on annonce plus frais et nuageux aussi dans le sud, on a moins de peine de partir.
Échanges de courriels, embrassades, conseils de prudence et souhaits de bon hiver.
Rangement de pare-soleil, de tapis de sol, de vélo et quadriporteur.
La vidange d’huile a été faite, la pression des pneus a été réglée. Le gentil mexicain du garage du coin a même ajouté du lave-glace. Du lave-glace? Valide pour combien de degrés? +32 Farenheit, ça fait combien en Celsius? J’en achèterai du plus approprié en route, plus au nord.
Dernière vérification de l’itinéraire. Je connais par cœur celui de la 95-17-66-81-401-416-417 et 50, mais pour rejoindre la 95? 

Le mardi 2 janvier, mon GPS en fait encore à sa tête, je comprends trop tard qu’il me fait passer par Orlando… et Walt Disney. Pas une très bonne idée en ce temps de congé. Un monde fou d’autos remplies de petites familles.
En fin d'après-midi, nous parvenons tout de même à Brunswick.

Dans toutes mes vérifications, j’aurais dû regarder la température dès la Georgie. On annonce de la pluie verglaçante (j’ai appris à me méfier du mot « Frizzy ») et de la neige autour de Savannah. On décide de coucher deux soirs au Coastal RV de Brunswick (60,66 $ CAN). À moins 3 degrés C, la chaufferette fonctionne toute la nuit.
Le 3 janvier, la pluie verglaçante a gelé les serrures de mes coffres. Encore heureux, les rues de Brunswick sont mouillées, mais praticables, je trouve du De-ice au Flying J. Et j’entends les petits clics qui confirment que mes deux coffres sont bien fermés. Quand il ne pleut plus, nous en profitons pour hiverniser le VR. Achat également de lave-glace de -22 F, conversion -28 C, ça devrait aller. J’essaierai de vider le réservoir dès que possible.

Le 4 janvier, beau soleil, on part tôt, certaines de nous rendre au moins à Roanoke Rapids. Peu après Savannah, congestion. On n’avance pas, arrêt complet pendant deux heures. On écoute la radio : un grave accident impliquant un camion-remorque. La 95 est fermée. Pas bloquée, pas déviée, FERMÉE. Puis, on avance un peu, probablement des autos ou des camions qui sortent et deux autres arrêts complets d’une heure. Cinq heures en tout. Pourtant le ciel est bleu, la glace de la veille est fondue. Les enfants ont le temps de jouer dans la neige, les parents d’aller griller une cigarette et même le paquet au complet. On se compte chanceuses : nous avons la toilette, la bouffe, la chaleur.

Coucher à Manning (au sud de Florence) seulement. Hôtel parce que -7 degrés et je ne voulais plus ouvrir mon coffre pour sortir la rallonge électrique.
Le vendredi 5 janvier, debout à 6 heures, départ avant 7 heures, bien décidées à rattraper notre retard. Ce qui sera le cas. Même s’il y a de la neige dans les champs, les routes sont bien dégagées. Nous coucherons à Hagerstown. Petite crainte que la batterie ne parte pas à -14, achat d’un bloc d’alimentation, mais non, ma Van est forte.

Le 6 janvier, nous espérons arriver chez nous le soir, quitte à rouler à la noirceur, ce que je ne fais pas dans des villes inconnues. Au Flying J de New-Milford, au grand vent, je remarque que mon grand coffre s’ouvre, la serrure ne barre plus, le tiroir s’ouvre d’un côté, je m’arrête trois fois, rien à faire, le coffre s’ouvre toujours. Je décide d'utiliser du ruban adhésif noir Gorilla (acheté en mai dernier après notre « rencontre » avec un chevreuil) et une corde que j’attache à l’intérieur de ma portière. Ça tiendra le coup.

Je savais également que seul le 40 % de « flurries » à Syracuse aurait pu poser problème. Ce fut le cas. «Lake effect snow». Sorte de brouillard, chaussée mouillée, lave-glace requis. Et puis en pleine ville, plus de lave-glace. Zut, j’ai oublié d’ajouter celui que j’ai acheté. Impérativement arrêter. Je sors à la sortie suivante, bretelle très enneigée, petite côte, feu rouge, tournant, station-service. Je freine lentement, je stationne sur le côté du garage. Je sors en souliers dans trois pouces de neige. Il fait moins 17. J’emplis le réservoir. Il s’agit maintenant de revenir sur la 95. Re-tournant, re-feu rouge, re-petite côte, re-bretelle enneigée. Je serre le volant de mes deux mains gantées, j’appuie lentement mais sûrement sur l'accélérateur, mais ma copilote me dit quoi faire au millionième de seconde, comme si j’étais dans une côte de Charlevoix ou de Grande-Vallée. Et nous (la pilote, la copilote et la Van forte et fiable) avons repris la 95.

Dès après Syracuse, le ciel se dégage, la chaussée sera sèche jusque chez nous.

Cadeau : la douanière aux Mille-Îles parle en français.
Arrivée à la maison à la noirceur un peu après 19 heures.

Voilà comment nous aurons passé les Fêtes cette année.

Une fois le stress de la route passé, une fois le quotidien routinier retrouvé, je pourrai me remettre à la lecture et à l’écriture, mes deux autres passions un peu délaissées pendant ces deux mois.
Je retrouverai alors la neige avec plaisir.
Je l’aime quand elle est bleutée, quand les cristaux brillent au soleil.
J’aime quand, derrière les pins rouges et les branches chargées de neige, j’entends le clapotis du ruisseau caché au bout de ma terre.
J'apprécie la noirceur des nuits et le silence des jours.
Et les mots pour les dire. 

Pluie froide et verglaçante à Brunswick




lundi 15 janvier 2018

La fois où j'ai passé les Fêtes dans le sud (9)

Les fêtes dans le sud

Déjà plus de jours et de semaines derrière nous que devant en cette terre floridienne.
Déjà bien plus de soleil que de pluie, déjà plus de cieux étoilés que de matins voilés.
Et pour la petite sauvageonne solitaire qui aime la noirceur et le silence, elle trouve dans ce RV park plus de bien-être que d’irritants.

Premier Noël loin des miens. Premier Noël sans mon frère. Je n’y avais jamais pensé. Depuis ma naissance, il n’y a pas eu un Noël sans lui. Devrais-je en être triste ou nostalgique? J’écrirais ça dans un roman et le personnage devrait ressentir quelque chose. Je ne ressens rien de particulier. Peut-être parce qu’ici, sur le gazon vert, sans tuque ni mitaines, la Nordique élevée dans les sapins et non les palmiers ne sent pas que c’est Noël, malgré la mini-parade, malgré les quelques décorations. Pas de neige, pas de froid pour me sentir en décembre. Seul le calendrier me le dit.

Les plus beaux jours de ma vie, mes plus belles émotions ne me viennent pas des Noëls passés, donc je ne m’accroche pas à tout prix à cette fête. Je ne me sens même pas obligée de la célébrer. Ma famille, je suis liée à elle, à jamais. Et puis, nous avons été élevés dans la liberté. Comme mon frère le dit souvent : liberté de choix, liberté de pensée, liberté d’action.

Bref, je ne regrette rien. Je suis bien là où je suis.
J’écris les mots Noël, Jour de l’an. En les écrivant, j’essaie de réveiller des images, des souvenirs.
Une fois dans le sud de la France, en famille.
Cette fois dans le sud des États, sans famille.
Je n’ai ni ennui, ni nostalgie, ni chagrin.
Sensible aux sons, aux bruits de foule, je n’ai entendu bien souvent que le chant de la paruline au petit matin.
Noël est beau
Parce que ce n’est pas Noël, c’est une belle journée
De cœur et d’amitié.
« Une île, à la fin d’une route, au bout d’un continent. Je suis venue ici pour écrire sur les liens, écrire sur les ruptures, comme si, faisant bouger les lettres, je trouvais dans l’île l’image même de ce que nous sommes, des êtres de liens. »
L’étreinte des vents, Hélène Dorion

J’ai vu les îles au bout de la route. J’ai vu Ave Maria, au bout d’un rang.
J’ai vécu au milieu des gens, de la lumière artificielle et des bruits de ville.
Mais j’ai surtout vécu en compagnie de nouveaux « êtres de liens ». Je suis devenue liée.

Des amis, rencontrés lors de rassemblements de caravaniers, viennent séjourner à l’emplacement 38 pour quinze jours. Randonnées en vélo, un 5 à 7 (ou plutôt des 4 à 6) presque chaque jour, une virée à Ave Maria et… le jour de Noël ensemble.

Au « club house » du RV park, lieu de tous les rassemblements, de toutes les activités hormis celle de la pétanque, il y aura souper -- au menu traditionnel-- le 24 décembre. Les billets à 17 $ US seront vendus, une semaine avant, à partir de 12 h 30. Avec nos amis du 38, nous nous mettons en ligne à 11h45 derrière une dizaine de personnes rassemblées depuis 9 heures le matin. Sachant fort bien que face aux habitués du système, nous avons très peu de chance d’avoir des billets, certaines sont désignées pour acheter plus d’une douzaine de billets. Mais oh! surprise, nous aurons les derniers… croit-on. Parce qu’une fois les tables complètes, il ne reste pas quatre places ensemble. À quoi bon si nous sommes tous séparés.

Plan B (j’ai toujours un plan B et même C, de nature inquiète, je passe mes nuits à inventer d’inutiles scénarios) prévu depuis l’arrivée de nos amis : le 25 même, nous nous offrirons une fondue. Mousseux, fondue à l’orignal et au caribou, vin rouge, salade de fruits, fromage et chocolat. Une bien belle journée à jaser de tout et de rien, à rire, à parler voyage et VR. À se conter nos plus beaux et nos pires cadeaux de Noël.
Et tout ça, en sandales et en shorts!

Ave Maria

Nos amis du 38 sur la piste cyclable du lac Okeechobee: Estelle et Réal
Nos amis du 38 nous amènent à Ave Maria.À une heure de route, à travers les orangeraies et les champs de canne à sucre, la ville mariale a ouvert son église et son université en 2007. Une curiosité pour les touristes de passage que nous sommes. On y trouve même quelques bistro sympathiques. La bière et la pizza sont délicieuses. Toujours quand on est en bonne compagnie.

Le jour de l’An

Au « club house », le souper du 31, la traditionnelle fondue des propriétaires, coûte 25 $ US. Comme on a déjà eu notre fondue, et comme il y a vraiment beaucoup de bruit lors de ces soirées, nous préférons rester « à la maison ». Nos voisins, ceux-là mêmes qui nous conseillent, nous renseignent, nous fournissent outils, nous offrent le transport, nous invitent à nous joindre à eux au restaurant.

Nous déclinons leur généreuse offre parce que nous avons la tête ailleurs.

La tête au départ 

Depuis une semaine qu’on surveille la météo du nord. Au départ, pour nos assurances et nos médicaments, la date limite du retour était fixée au 15 janvier. Réservation au RV park jusqu’au 3 janvier. D’autres « snow-birds » entrent le 6 sur notre emplacement. Nous avions pensé remonter tranquillement, passer par Wekiwa springs et Salt springs. Et peut-être un autre arrêt en Georgie.

Il fera froid, même au sud. Il neigera presque chaque jour au nord. Chaque matin, je prends une heure au « club house » pour me connecter au wi-fi (j’avais choisi de ne pas payer Comcast pour avoir le wi-fi à mon emplacement) et vérifier les sites de conditions routières des états de Pennsylvanie, New-York ainsi que la région d’Ottawa. Une plage de deux jours semble favorable à notre retour. Mais pour espérer arriver les 5 ou 6 janvier, il ne faudrait pas s’attarder en Floride.

En voyage, qu’il soit de deux mois ou de deux semaines, il y a des étapes.
Celle de la hâte du départ.
Celle de l’enthousiasme et l’émerveillement du début.
Celle du premier tiers, où on commence à voir quelques irritants.
Celle de l’habitude, de la routine confortable.
Celle où on voudrait rester encore un peu, encore longtemps, prolonger ce bien-être, ce plaisir, où on se promet de revenir l’année prochaine.
Celle, parfois (pas connue cette fois), où les irritants sont plus nombreux que les plaisirs et où on décide d’écouter le séjour.
Et puis celle où il faut se résigner, celle où on se voit déjà à la maison, où on pense à ce qui nous attend
Celle alors du départ parce qu’il est inutile de prolonger le rêve impossible.

Décision fut prise : départ le mardi matin 2 janvier.


Ave Maria

dimanche 14 janvier 2018

La fois où j'ai passé les Fêtes dans le sud (8)

Les Keys, 10,11,12 décembre


J’allais voir un archipel d’îles sablonneuses très fréquentées, des cayes, les Keys.
J’allais voir le Bahia Honda de l’ami Guy qui l’aime tant qu’il réserve son emplacement un an à l’avance.
J’allais voir Key West en essayant de comprendre pourquoi et comment Michel Tremblay et Marie-Claire Blais (et Ernest Hemingway ou Alison Lurie et quelques autres) peuvent écrire dans un tel environnement de soleil et de mer.

Comme souvent avant ou pendant la visite d’un lieu, j’aurais voulu lire ou relire quelques passages de ces auteurs. J’ai presque tout lu Michel Tremblay, mais le lire, c’est trouver Montréal, c’est trouver les années 1960 et non pas les Keys, ni même la mer. Quant à Marie-Claire Blais (Chantal Guy du journal La Presse+ en parle encore dans l’édition du 13 janvier), il faut du souffle pour entrer dans son monde et aimer les personnages qui se promènent entre le boulevard Atlantique et la rue Duval.



Petites Cendres descendait vers la mer en courant, […] s’arrêtait parfois, s’appuyant sur les remparts de pierre qui bordaient les trottoirs, boulevard de l’Atlantique, s’essoufflant vite, il se disait qu’il lui faudrait toujours fuir la persécution, qu’il en était ainsi depuis le jour de sa naissance, mais fuir où et comment quand Yinn, comme s’il eût été Dieu, lui commandait de vivre, le transperçant de sa fulgurance, comme s’il eût été ce rayonnant soleil dispersant sa lumière sur l’océan vers lequel courait, courait Petites Cendres
                                                                     Aux Jardins des Acacias, Marie-Claire Blais 

Curieuse, j’allais voir tout simplement.Mais après avoir traversé Homestead, et toutes ses pépinières, au bout de la 997, une belle route double en construction, une fois sur l’archipel, sur la route 1, je n’ai vu que désolation. Pendant 160 kilomètres. Ça serre le coeur.
Bien avant de voir la mer, de voir les bâtiments colorés, les marinas, les bateaux de plaisance, j’ai vu les débris. De chaque côté de la longue route, des monticules de branches mortes, de souches encore pleines de terre, du bois, de l'aluminium.
L’ouragan Irma a frappé les Keys le 10 septembre. Trois mois plus tard, les traces sont encore très visibles. C’est dimanche, des centaines de bénévoles accompagnés des policiers travaillent à ramasser, à replanter, à aider. Devant les amas de branchages, des affiches : « défense d’en rajouter, amende de 2,000 $ ». Nous verrons aussi des terrains entiers où sont entassés matelas, électroménagers, planches, des restes de roulottes et de bateaux.

Avant de partir, j’avais fait mes devoirs : recherche de campings, recherche de stationnements, recherche d’attraits. Nous avions cherché un RV park pas trop cher, sachant qu’il serait difficile de coucher pour moins de 100 $ US (il ne faut jamais oublier les taxes et autres frais), j’avais bien cherché s’il y avait de la place dans les State park, mais je n’avais rien trouvé. Arrêt tout de même au Long Key State park, on ne sait jamais… on apprend que les campings des state park de l’archipel sont tous fermés pour deux ans. Sauf celui de John Pennekamp Coral Reef… qui évidemment est plein pour la fin de semaine.

J’avais repéré Jolly Roger à Marathon, à mi-chemin entre Key Largo et Key West. Presque vide, on n’a aucune difficulté à obtenir un emplacement avec vue sur la mer : 131,90 $CAN Très propre, à part les algues au bord du quai, rien n’y paraît. Le côté golfe du Mexique a visiblement été moins touché.

Les nombreux abris aux toits faits de palmes (Thatch Palms) qui semblent avoir mieux résisté aux grands vents et le resto sympathique près d’une marina ainsi que le coucher de soleil nous redonnent espoir de voir les vrais keys.

Key West


Le lendemain, en route vers Key West, bien décidé à faire abstraction des débris, on se concentre sur les couleurs. Le turquoise de la mer, les pastels des petits bâtiments à l’architecture à la fois mexicaine et louisianaise. Et le bleu du ciel qui nous accompagne encore pour notre plus grand plaisir.
Sur mon GPS, j’avais programmé le « Visitor Center » de Key West, je m’étais dit : on va stationner là et prendre le Trolley pour visiter la ville. Ou encore, se rendre là où stationnent les autobus de touristes. Quelle illusion! Quelle naïveté! Key West est fait pour les petites autos, les voiturettes de golf, les vélos et les piétons. Et ces centres d’information se fondent dans la masse des bâtiments colorés, on peut passer trois fois devant sans les voir. Quant à stationner notre VR de 25 pieds… on se retrouve en plein centre-ville au milieu de la foule bigarrée d’un dimanche d’été.
Plan B, j’avais lu aussi qu’on (on étant des petits VR, je dirais 25 pieds sur 6 pieds max) pouvait stationner au Fort Zachary Taylor. Heureusement, il est bien indiqué, on y parvient sans trop de difficulté. Pour 7,50 $ US, on peut visiter, pique-niquer, stationner, sortir dans la ville, et y revenir.

Au lieu du trolley, on choisit le vélo et le quadriporteur pour visiter la mythique Key West qu’Irma semble avoir épargnée.
Et nous voilà touristes dans la ville. Touristes, nous resterons avec nos yeux, nos oreilles et notre esprit. Il y a fête au village en permanence. Il y a musique, foule, couleurs. Il y a terrasses remplies, cafés originaux, boutiques envahies et galeries d’art presque désertes. Il y a guides qui expliquent l’architecture et l’histoire.
Et il y a les coqs panachés qui s’égosillent. Jadis élevés pour les combats, ils sont libres maintenant.
On termine par un pique-nique à la plage du Fort Zachary Taylor. Les deux pieds dans l’eau, à profiter du « rayonnant soleil dispersant sa lumière sur l’océan », je me demande bien comment Michel Tremblay et Marie-Claire Blais réussissent à écrire dans une telle ambiance de souk.
Il faut sans doute y vivre, pour y trouver son âme et sa voix.

Sortir de la ville fut aussi périlleux que d’y être entré : au coin des rues Southand et Whitehead : une camionnette au feu rouge et à notre droite, là où il faut tourner, une grosse camionnette Red Bull qui dépasse largement… et longuement l’emplacement de stationnement du coin. « On passe pas, arrête, avance pas, ça ne tourne pas. » Impossible de reculer et trop engagé pour continuer tout droit. Heureusement, les conducteurs sont patients, celui qui attend le feu vert grimpe son véhicule sur le trottoir, avance légèrement, descend sa fenêtre et indique à Louise d’avancer lentement pendant que je vérifie dans le rétroviseur si le derrière n’accroche pas le pitbull, non le Red bull. Ouf, on passe!

Au retour, nous couchons à Key Largo (RV Largo campground and marina : 103,73 $ CAN). Un très bel endroit pour qui possède un bateau. Situé côté Atlantique, donc camping vraiment plus touché par Irma. D’autant qu’il y a des maisons de parcs, des vérandas, des quais, des abris au toit de chaume. Les quelques saisonniers qui sont arrivés réparent, ramassent, rénovent.

Le lendemain, à notre arrivée à Okeechobee Landings, bel accueil des voisins. Les uns inquiets de ne pas nous avoir vus pendant trois jours. Les autres, avertis, curieux de nos impressions sur notre escapade.
Nous sommes déjà des habitués, de vrais « snow-birds » qui vivent en bon voisinage.
Bientôt Noël. Pour la première fois sans famille. Un essai, un test.
À suivre.









samedi 13 janvier 2018

La fois où j'ai passé les Fêtes dans le sud (7)

Okeechobee Landings, Clewiston, Floride, 1er décembre au 2 janvier


Notre pied à terre pour le mois de décembre. Trente-trois jours au même endroit. Emplacement 91 du RV Park Okeechobee Landings: 620,11 $CAN

Pourquoi celui-là plutôt qu’un autre? Pour en avoir connu d’autres, des plus beaux, des plus grands, et aussi des plus chers, pour avoir déjà séjourné 43 jours dans ce RV park, pour connaitre nos besoins et nos moyens, pour savoir combien il est difficile de trouver un camping sans avoir réservé au printemps précédent, pour l'environnement rural, pour avoir reçu une réponse positive quelques jours après notre départ, nous avons choisi de revenir à Clewiston.

Le voyage se termine ici, le séjour commence. Un temps d’arrêt pour que dure l’enthousiasme, pour que les jambes se dégourdissent, pour que les nuits de sommeil s’allongent.
Ne plus avoir à chercher où coucher, où arrêter, quoi voir.
Je n’aime plus autant rouler qu’à vingt ans. Pas cinq heures ou plus. Me lever tôt, partir avant l’heure de pointe, conduire pour arriver avant la noirceur. Se rendre ailleurs. Recommencer le lendemain ou le surlendemain. De moins en moins.

Alors oui, s’installer. Apprivoiser son environnement. Établir une routine. Lente et nôtre.

La grandeur du terrain nous convient, notre VR est petit. Deux palmiers délimitent l’arrière. Des fleurs rouges s’accrochent aux arbustes. Un bougainvillier?
Côté services : électricité 30 ampères, égout, eau, le câble. Inutile de brancher le câble et le 20 ampères, ils ne fonctionnent pas nous dit notre voisin ontarien et francophone.
Côté auvent : deux rosiers, un fouillis de broussailles. L’autre voisin qui, comme tout bon caravanier, nous a regardé reculer notre VR à notre arrivée, nous offre pelle et gants si on veut désherber la petite plate-bande qui sépare nos deux terrains. En souvenir de son père qui avait si joliment aménagé son terrain en Floride dans les années ’80, et qui l’avait invitée à séjourner un mois, Louise décide de laisser sa marque, en Floride également, en plantant un croton.

Vivre dans un parc de VR, c’est accepter de vivre avec des voisins. Les voir, leur parler ne serait-ce que dire bonjour, s’entraider, partager, écouter, être généreux, être reconnaissant, et rire. Surtout rire, souvent.
Vivre au grand jour, à la lumière naturelle le jour et artificielle le soir.
Vivre avec les bruits ambiants : les camions sur la route 27, les trains qui charrient la canne à sucre. Parce que la région sud du lac Okeechobee, c’est « La US Sugar Corporation est une grande entreprise agricole privée basée à Clewiston, Floride. La société exploite plus de 760 km2 de terres dans les comtés de Hendry, Glades et Palm Beach. » C’est donc voir parfois, même à Noël, des nuages gris formés par le brûlage de la canne à sucre. Une odeur occasionnelle à laquelle on s’habitue… ou pas.

S’installer dans un parc de VR, ne serait-ce que pour un mois, c’est prendre son temps. Oublier le GPS et Google maps. Oublier les nouvelles de 18 heures. Se réveiller avec le chant des oiseaux, attendre que la brume se lève et se pâmer devant le ciel (encore) bleu. Et même s'il y a des nuages, il pleut rarement. Vivre comme en été : dehors. Marcher en sandales ou pieds nus, se baigner, autant qu’on veut, pédaler. Comme nous n’avons pas d’auto, nous pédalons pour aller faire des achats. Quitte à ce que ça prenne deux heures. On n’a que ça à faire. Plaisir du jour. On longe les canaux, on cherche les tortues, on reconnait facilement les ibis, on a la chance d'apercevoir un iguane. On traverse les parcs, on s’arrête au Tiki-bar de la marina, on surveille les bateaux.

En profiter pour aller acheter un nouveau pneu et une chambre à air et changer le pneu arrière de son vélo à assistance électrique, ce qui n’est pas une mince affaire. Et être fière d’y parvenir sans l’aide de personne. Dommage, cette année la partie ouest de la piste cyclable sur la digue qui couronne le lac Okeechobee est en rénovation. Reste la partie est, un bon 20 kilomètres aller-retour. Jouer à la pétanque, si on veut. Assister au « Happy Hour » mensuel.

Pouvoir fermer les yeux en plein cœur de l’après-midi.
Pouvoir terminer le Ken Follett commencé avant mon départ. Hésiter entre le Journal de Joyce Carol Oates et Captive de Margaret Atwood. Finalement, lire les deux de front.

Et puis, après dix jours, décider d’aller voir les Keys.