vendredi 1 juin 2018

L'amitié littéraire d'Yvon Paré et Nicole Houde

Le surligneur jaune est un clin d'oeil à Yvon Paré, le formateur du camp littéraire Félix

Yvon Paré nous fait entrer dans l’univers de la romancière Nicole Houde que je ne connaissais pas. Il la tutoie, il la cite, il l’invite chez lui, il l’écoute, il lui parle. C'est une belle promenade, comme sur la couverture du livre. J’ai marché derrière eux en les écoutant discourir sur leurs personnages, sur leurs familles. Je me suis assise sur un banc public près du Saguenay et comme eux, j’ai eu envie d’écrire près d’un lilas ou d’un érable. J’ai cherché les oiseaux qu’ils observaient. Je suis certaine d’avoir flatté leurs chats. Je suis retournée à Montréal que j’ai connu moi aussi, à peu près au même âge. Au détour d’une rue, j’ai même entraperçu mon père (quand il s’agit d’éditeurs et d’auteurs et d’années 68-69, il n’est jamais bien loin) qui entrait chez Jacques Hébert en compagnie d’Andrée Maillet ou de Nicole Brossard. 

Ils discutent de Laetitia, de Claudia, d’Ulysse, d’Ovide. On ne sait plus trop quand il parle de ses textes à lui ou de ses personnages à elle. Et c’est très bien parce que ça nous donne le goût de nous plonger dans la lecture de quelques-uns des quinze ouvrages de Nicole Houde, mais dans un des quatorze siens, également. Sans parler des quarante-neuf livres qu’il nomme au passage qui vont de Gilbert Langevin à Victor-Lévy Beaulieu, de Virginia Woolf à Marie Cardinal. Yvon Paré nous donne à lire pour les cinq prochaines années!

Ce n’est pas une biographie ni une anthologie. Un peu comme L'enfant qui ne voulait pas dormir, c'est sous forme de carnet que l'auteur nous emmène sut la route de cette amitié littéraire. Et en révélant Nicole Houde, Yvon Paré se révèle aussi. J’ai reconnu le grand homme qui anime un atelier au camp littéraire Félix. J’avais hâte de découvrir cette musique dont il nous a parlé, de lire ce premier paragraphe qu’il peut prendre deux mois à peaufiner.
Je lis le soir. C’est ma façon de terminer le jour, de m’avancer lentement dans la nuit. Sonnerie du téléphone. Jamais personne n’appelle après vint-deux heures. C’est Frédéric : « Nicole… est partie…»
Je ne fus pas déçue : c’est une magnifique ballade (avec un ou deux "l") littéraire.
Un livre pour les amoureux des livres, des auteurs et des mots.

dimanche 27 mai 2018

Une revenante d’entre les mots

(photos Michèle Bourgon)
Cinq jours, six écrivains, dont un formateur et une directrice. Et l’amour des mots. Des mots parlés, des mots écrits, des mots écoutés, des discutés, des surlignés en jaune, des corrigés en rouge. Du matin au soir, notre passion. 

Ce fut le Camp littéraire Félix.

Je reviens d’entre ces mots.
Mon corps a retrouvé le terrain et la maison, les amours et les amis. Et le sommeil.

Ma tête est encore un peu là-bas, près de la chute de la rivière Noire, près des arbres fleuris. J’entends encore le rire de G., la douce poésie de D., les anecdotes de Y., et les folles élucubrations de G. Je vois les mimiques de M. et je m’ennuie des mets épicés et copieux de Martin.

Dans L’orpheline sans visage de notre formateur Yvon, je reconnais la musique dont il nous a parlé. Je trouverai la mienne moi aussi, bientôt, demain.

Seule déception, je n’ai pas encore trouvé le titre. Quelques suggestions, mais rien d’accrocheur. Peut-être mes personnages, une fois leur nouvelle tête mise sur le billot, sauront-ils me le souffler? Parce que c’est certain, Mireille et Dominique ne sont pas revenues indemnes du camp. La transformation ne sera peut-être pas extrême, mais elles ont acquis une confiance qui leur permettra de tasser un peu le narrateur et prendre toute la place qui leur revient. Elles sauront vivre et non pas commenter leur vie. Elles seront au présent, même si l’histoire se passe dans le décor des années 60-70.

Je suivrai la recommandation de Jean Philippe Arrou Vignod : « retournez votre mémoire comme on retourne une poche et vous aurez l’imagination ».

Ce ne sera pas un roman historique, ce que je n’ai jamais voulu qu’il soit, ni un roman social, mais un roman d’émancipation.

Il sera.

samedi 5 mai 2018

Carnet de roman (13)

Un an après le dernier billet de Carnet de roman, je viens encore de penser à un nouveau titre pour ce manuscrit-dont-aucun-éditeur-ne-veut. Le titre contient le mot « tête » cette fois. Si j’y repense, c’est bien sûr parce que je me suis inscrite au Camp littéraire Félix et que pour ce faire, j’ai envoyé la dernière version de mon manuscrit à l’animateur Yvon Paré, avec un titre provisoire. Mais c’est aussi parce que je lis Routes secondaires d’Andrée A. Michaud.

D’Andrée A. Michaud, oui, j’ai lu Bondrée, oui, j’avais aimé pour l’écriture, mais pas assez pour en parler parce que les polars et moi, on ne fait plus très ami-amie. Si aujourd’hui, alors que je n’ai même pas terminé la lecture de Routes secondaires, je sens le besoin d’en dire un mot, c’est non pas tant pour l’histoire un peu compliquée, ni même pour les riches descriptions de la nature, c’est parce que son idée géniale, originale, d’inviter le personnage chez elle m’a frappée. Auteure et personnage assises dans la même pièce. Présent et passé entortillés, réalité et fiction entremêlées.

« Nous devons, Heather et moi, aller au bout de cette reconnaissance silencieuse. […] ne comprenant pas mon acharnement à vouloir discerner mes traits dans ceux ombragés d’une femme que j’invente de toutes pièces, alors qu’elle est aussi vraie que l’histoire que je vis au fil de ces pages. »

Comme la majorité des auteurs, je marche souvent sur une route ou sur une plage en jasant avec mes personnages, mais de là à les inviter dans le roman même!

Depuis plus de dix mois, j’essaie soit d’oublier soit de trouver une nouvelle façon de présenter ce manuscrit-dont-aucun-éditeur-ne-veut (tout comme il y a eu dans les années 2009 la maison-d’édition-qui-n’avait-jamais-dit-non). Soit je l’améliore pour que Vents d’ouest qui a déjà publié les deux premiers tomes (même si le mot ne figure pas sur les couvertures) de la trilogie l’accepte enfin, soit je le réécris comme si les deux premiers n’existaient pas pour qu’un éditeur le trouve publiable. Dans le second cas, comment ne pas répéter ce qui a déjà été écrit?

Le roman d’Andrée A. Michaud me souffle l'idée. Et si je faisais de Dominique, un des deux personnages de mon histoire, une seconde Bridget Bushell, personnage principal du roman Les têtes rousses? Au fond, c’est ça que je veux depuis le début : que Dominique vive les mêmes expériences qu’a vécues Bridget. C'est ça que j'ai écrit, croyais-je. Montrer que c’est possible qu’on revive les mêmes émotions que nos arrière-arrière-grands-parents. Qui sait?

Andrée A. Michaud m’y a fait encore penser en écrivant :
« Le souvenir existe-t-il chez qui vient de naître? Qu’en est-il du passé, en effet, de ces personnages qui débarquent à la page 12 d’un roman alors qu’ils sont déjà trentenaires […] Est-il possible d’expliquer les personnages en fonction de leur hypothétique passé ou leur existence n’est-elle effective qu’à partir du moment où ils entrent en scène? »
On m’a dit souvent de faire confiance à l’intelligence du lecteur alors j’ai cru que les lecteurs verraient que les pas de mes personnages suivent les sillons creusés par son aïeule. Faut croire que ce n’était pas si clair ou si intéressant. Il faut plus. Il faut mieux. Il faut peut-être s’appeler Andrée A. Michaud et avoir publié Bondrée avant.

lundi 30 avril 2018

Le Festin de livres, toute une histoire!

Lire, toute une histoire, thème du deuxième Festin de livres


Quatre jours au milieu d’un festin de livres. À les placer, les trier, en choisir, en feuilleter, en parler.
Quatre jours, le corps, le cœur et la tête dans les livres.
Des nuits un peu agitées.
Des jours d’adrénaline.

Deux jours de préparation, d’installation des salles, de décoration de l’accueil, de montage de tablettes pour les livres d’occasion. Et deux jours de participation en compagnie d’autres auteurs ou organismes.
À parler écriture, inspiration, histoire, généalogie, roman, habitudes de vie.
À écouter les invités de la table ronde.
À écouter les textes gagnants du concours d’écriture.
À me réjouir de la salle pleine d'enfants et de parents pour assister à une pièce de théâtre.
À apprendre comment fonctionne Wikipédia.
À prendre des photos pour le Centre d’action culturelle.
À faire le tour des tables, à reconnaître la plupart des participants, et dire un bon mot à tout le monde.

Me faire appeler auteure, me faire présenter comme auteure. C’est bien moi celle dont vous parlez?
Me sentir tellement à ma place. Dans un événement à ma mesure.
Pendant quatre jours, être gâtée, reconnue. Heureuse et, inhabituel chez moi, confiante.
Dans un plus grand Salon du livre, pendant quoi, une heure ou deux, j’aurais été anonyme et bien seule. Oui, il y aurait plus de visiteurs, mais pas devant ma table.

Bien sûr, autant les organisateurs, les auteurs, les participants voudraient toujours plus d’achalandage.
Bien sûr, on veut que tout le monde ait un grand sourire de contentement.
Bien sûr, on souhaite toujours le meilleur succès à ce genre d’événement.
Bien sûr, il peut toujours y avoir plus ou mieux ou différent.
Bien sûr, il y en aura toujours qui calcule tout en chiffres.
Et aussi bien sûr, la déception ou la satisfaction d’un tel événement appartient à chacun selon ses propres critères, ses propres attentes, ses propres calculs.
Personnellement, je ne regrette aucune minute de ces quatre jours de grand festin.

J’ai vécu un super beau Festin de livres :
parce que l’enthousiasme, la créativité et l’énergie des infatigables Catherine et Émilie du Centre d’action culturelle nous entraînaient dans un tourbillon de confiance;
parce que les membres du comité de ce Festin et les bénévoles ont été présents, souriants, travaillants, efficaces, appréciés et accueillants;
parce que n’ayant pas de nouveauté à offrir, je n’avais pas d’attente, alors je suis bien heureuse d’avoir vendu deux livres, un tel événement c’est tellement, mais tellement plus que la seule vente de nos créations;
parce qu'un tel événement donne de la visibilité à des auteurs, des maisons d'édition et des organismes qui n'ont pas nécessairement les moyens de s'offrir les grands événements d'envergure provinciale;
parce que j’ai pu me procurer la revue LQ sur Marie-Claire Blais sans avoir à me déplacer;
parce que j’ai trouvé un livre d’occasion, L'obéissance de Suzanne Jacob;
parce que finalement pendant ces quatre jours, j’ai vécu ma passion de manière très gratifiante.

Aujourd’hui, même si un doux et bienfaisant silence a pris la place du joyeux brouhaha, même si le corps se repose de ses efforts physiques, l’esprit, lui, me souffle encore des images et surtout des mots. Quant au cœur, lui aussi profite encore du royal Festin de livres qu’il a connu ces quatre derniers jours.

mercredi 25 avril 2018

Qui dit livres dit auteur.e.s

organisé par le Centre d'action culturelle MRC de Papineau
Une partie de la salle du Festin de 2017, avant que les visiteurs cachent toutes les tables.
Dans trois jours, le Festin de livres à Saint-André-Avellin. La fête sera belle, le festin sera copieux, les livres seront tentants, les auteurs seront accueillants.

En plus des activités organisées dans le cadre de Festin de livres qui aura lieu les 28 et 29 avril, vous pourrez rencontrer des auteur.e.s. Seul.e.s devant leur cahier, leur ordinateur, ils ont imaginé, cherché, écrit, corrigé, publié. Maintenant, ils ont des histoires à raconter, des livres à proposer, des passions à partager.

Ils viennent de la Petite-Nation ou de Gatineau ou d’Ottawa ou des Laurentides et ils viennent nous rendre visite, chez nous.
Et l’entrée est gratuite.
Leurs livres parlent de nos ancêtres, de gens qui ont vécu ici et ailleurs.
Leurs romans racontent la vie, l’amour, des rêves possibles et même impossibles.
Leurs histoires s’adressent aux jeunes, aux ainé.e.s, à tout le monde.

Voici la liste des exposants

Livres jeunesse :
Emmanuelle Bourgault
Marc Scott
Louis Tondreau-Levert
Louise Gauthier
Les éditions Mine d’art

Romans grand public ou essais :
Claude Drolet
Liliane L. Gratton
Nicole Fontaine
Linda Lavoie
France Lussier
Michel Massuard
Marie Paquette
Jean-Guy Paquin
Claude Lamarche
Les éditions 4 ½

Aux tables de l’Association des auteures et auteurs de l’Outaouais et de l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français, vous pourrez rencontrer, entre autres,
Andréanne Déziel-Huppé
Lise Careau
Marc Couture
Cécile Beaulieu-Brousseau
Andréanne Déziel-Huppé
Andrée Lavoie
Raymond Ouimet
Nicole Lafontaine

Les organismes qui offrent livres ou documentation sur l’histoire et le patrimoine de la région :
Patrimoine Papineauville
Patrimoine Ripon
Patrimoine Gatineau
Municipalité de Duhamel
Société historique Saint-André-Avellin
Société historique Louis-Joseph-Papineau
Claude Crégheur sur le patrimoine forestier et le patrimoine allemand

Après leur conférence, vous pourrez également rencontrer Jean Boisjoli, Julie Huard et Blaise Ndala.

Dites-le aux autres, dites-le à vos amis et même vos ennemis.
Ne croyez pas ceux qui disent que lire est une perte de temps. Lire c’est voyager, c’est jouer… avec les mots, c’est apprendre, c’est comprendre, c’est même aimer.

dimanche 22 avril 2018

23 avril, Journée mondiale du livre et du droit d’auteur

Le 23 avril, je choisis un livre
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Je n’ai rien d’une polémiste, je laisse d’autres débattre sur les droits d’auteurs, voter et faire appliquer les lois. Mais comme avec toute loi, j’ai de la difficulté avec celles qui ne sont pas claires, celles qu’il est si facile de contourner, sous prétexte que la culture doit être libre et gratuite. 

À ma façon, je choisis de souligner la Journée mondiale du livre et des droits d'auteur.
En choisissant un livre. En toute légalité.

Le 23 avril, comme tous les jours de l’année, alors qu’il y a encore de la neige dans les bois, alors que les outardes se posent dans les champs, au bord de la rivière des Outaouais, heureuses d’avoir survécu au long voyage, je choisis un livre parce qu’il y a des auteurs qui savent si bien écrire la nature, l’Histoire, la douleur, l’amour, les rires, la vie.
Hier, Romain Gary, aujourd'hui celui-là, demain un autre.
« Puis deux motoneigistes étaient arrivés, qui ne savaient pas qu’ils croiseraient une jeune femme sur la piste et qu’ils perdraient la tête en la voyant, qu’ils lui arracheraient son manteau de toile et devraient vivre avec les contrecoups de cette folie jusqu’à la fin de leurs jours sans personne à qui avouer leur crime, à qui raconter leurs cauchemars, sauf à cet autre homme, ce compagnon à l’origine des cauchemars, qu’ils se prendraient à détester et ne pourraient plus supporter qu’en ces soirs désœuvrés où l’alcool les réunirait dans la molle vulgarité de leurs blagues éculées ou, au contraire, dans l’impétueuse nécessité des insultes que leur arracherait leur passé coupable. »
Les routes secondaires, Andrée A. Michaud

Le 23 avril, je choisis un livre pour remercier tous les organismes, de l’Uneq, à l’Anel, à Copibec, des auteurs, aux journalistes, aux traducteurs, aux éditeurs qui œuvrent à faire avancer et respecter le droit d’auteur.

Je choisis un livre dans les librairies, dans les bibliothèques, papier ou numérique, un livre pour lequel son créateur a été justement rémunéré.

Cette année, le thème est 1001 raisons de choisir un livre. Aujourd’hui, la lectrice autant que l’auteure choisissent un livre pour au moins dix raisons (sans ordre) :
Comme confident.
Comme enseignant.
Comme mentor.
Comme psychologue.
Comme accompagnateur.
Comme somnifère.
Comme stimulant.
Comme consolateur.
Comme compagnon de voyage.
Et toujours comme ami.

Site de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur >>>
http://www.journeedulivre.ca/

jeudi 19 avril 2018

Festin de livres

Le Festin de livres s’en vient. Le thème de cette année : Lire, toute une histoire.
Les 28 et 29 avril, pour une deuxième année, le Centre d’action culturelle de la MRC Papineau présente cet événement au complexe Whissell de Saint-André-Avellin. À quinze minutes de chez nous. Dans ma Petite-Nation.

J’y serai comme auteure, mais j’y serais de toute façon. Là où il y a des livres, là sont mes pas.
Du théâtre pour enfants avec Lorraine David,
un atelier d’écriture avec Bernadette Gilbert,
un atelier conférence sur Wikimedia avec Jean-Philippe Béland,
un entretien avec trois auteurs de l’Association des auteurs et auteures de l’Outaouais (Jean Boisjoli, Julie Huard, Blaise Ndala) animé par Carl Bernier,
un atelier sur les récits en images avec André Saint-Georges,
sans compter la grande popularité de l’échange de livres d’occasion,
et bien sûr jaser avec la trentaine d’auteurs ou de responsable d’organismes,
bref, de quoi passer deux jours formidables, la tête dans les livres.

J’ai hâte, c’est certain, mais je stresse un peu, et ce n’est que ce matin que j’ai compris pourquoi.
Pendant vingt ans (dont les cinq premières comme co-propriétaire avec les membres de ma famille), j’ai travaillé dans un hebdomadaire régional, et pendant treize ans ensuite, j’ai été co-propriétaire-graphiste-rédactrice-distributrice d’un guide touristique. C’est dire que chaque semaine, chaque mois, chaque année j’espérais que ça marche, qu’il y ait des entreprises pour acheter de la publicité, pour qu’on puisse payer les factures, les salaires. Je voulais qu’on réussisse à promouvoir la région, que les citoyens, les entrepreneurs, les marchands, les villégiateurs, bref que tout le monde soit content du produit offert. On a travaillé fort, on en a arraché, il y eut de bonnes et de moins bonnes années, il y eut des pleurs et des rires, des réunions plaisantes et d’autres sacrificielles, des nuits d’insomnie et des jours victorieux. Bien sûr, tout ne reposait pas sur mes épaules, mais je prenais à cœur la réussite et le succès du journal et du guide.

Alors voilà, le Festin du livre, c’est ça, je veux que ça marche. Qu’il y ait tout plein de monde qui vienne, qui participe, qui aime, qui revienne, qui en parle, qui échange, qui achète. Ce n’est pourtant pas mon bébé, mais parce que c’est chez nous, parce qu’un jour, j’ai présenté l’idée d’un événement autour du livre, je me sens un peu responsable, comme du temps du journal et du guide. Je suis comme ça : plus j’aime quelqu’un ou quelque chose, plus je prends ça à cœur, et je lui souhaite le meilleur, une belle vie, longue et réussie.

Je félicite et remercie le Centre d’action culturelle d’organiser cet événement qui touche tellement ma passion des livres. Catherine et Émilie, votre enthousiasme et votre travail m’insufflent confiance et énergie.
Alors, c’est certain les 28 et 29 avril, je serai à vos côtés pour vivre toute une histoire!








dimanche 15 avril 2018

Lire un extrait avant de choisir

revue Les libraires
Bien sûr, comme tout le monde qui vit au nord du 50e parallèle, j’ai hâte de pouvoir passer plus de quinze minutes sur une galerie ou sortir sans bottillon ou laver mon auto pour voir sa couleur réelle. Bref, j’ai hâte que la neige disparaisse, que le blanc et le brun sale laissent la place à toutes les nuances de vert.

Mais aurai-je autant de temps pour lire? Je délaisserai peut-être la lecture et l’écriture pour le voyage? Ou pour ramasser les aiguilles de pin, brûler les branches tombées cet hiver, et faire disparaître tout ce cailloutis laissé par les passages de la charrue.

Pour l'instant au lieu de craindre ce verglas tant annoncé, je me réjouis de l’abondance de romans que la dernière revue Les libraires offre à mon appétit insatiable. Est-ce moi ou il se publie beaucoup plus de livres qu’à mes vingt-trente ans?

Honneur également à Kobo : liseuse ou site. Six mois que j’ai ma liseuse, j’ai découvert depuis peu l’outil « trouvez votre prochaine lecture ». Probablement ajouté pour promouvoir l’achat de livre via un compte Kobo, mais moi, je l’utilise principalement pour lire des extraits. Merci à tous les auteurs qui, dans leur contrat d’édition, acceptent que des extraits soient publiés. Parfois de cinq pages, mais jusqu’à 30-40 pages. C’est appréciable, assez pour savoir si je veux me procurer le roman.

Donc, dès que je vois dans une revue, un journal, un blogue qu’on parle d’un roman, qu’on pique ma curiosité parce qu’on en dit du bien, qu’on lui décerne un prix, ou parfois parce que le sujet m’intéresse, je délaisse ma tablette pour ma liseuse.

Ainsi rien que cette semaine, j’ai lu des extraits de :
Royal de Jean-Philippe Baril Guérard
La femme de Valence d’Annie Perreault
Si tu passes la rivière de Geneviève Damas
Sentinelle de la pluie de Tatiana de Rosnay
Vous écrivez? Le roman de l’écriture de Jean-Philippe Arrou-Vignod

Frustration évidemment devant l’absence de Débâcle de Lize Spit publié chez Actes Sud. J’essaie de comprendre les raisons de ces quelques éditeurs, dont Actes sud et Lémac entre autres, à refuser de fournir (est-ce le bon verbe?) leurs livres numériques (parce qu’ils publient quand même en numérique) à pretnumerique.ca. Je me demande s’ils ont vérifié si ça vaut encore la peine? Si leurs raisons premières valent encore? Sont-ils moins piratés? Les auteurs sont-ils toujours d’accord? Est-ce moi qui deviens comme ces jeunes qui croient que tout livre, toute musique, toute œuvre d’art doit être accessible gratuitement au public? Pourtant non, j’espère que non. J’espère de tout mon cœur d’auteure que les auteurs dont les livres se retrouvent sur la plateforme pretnumerique sont payés à juste titre pour leurs romans numériques. J’ai hâte de voir une étude à ce sujet.

Encore heureux (non c’est faux) qu’on ne parle pas tant de livres dans les médias, je trouve que je ne lis pas le quart de ce qui m’intéresse. Comme pour toute nourriture, je dois choisir et je dois surtout apprendre à manger lentement, à manger moins et mieux. Surtout qu’avec la BANQ ou réseau Biblio Outaouais, mes deux approvisionneurs, je suis limitée à trois semaines pour lire. Je délaisse donc certaines lectures pour en privilégier d’autres. Les critères de sélection sont souvent aléatoires, souvent le nombre de pages, parfois le style.

Ainsi, entre Les loyautés de Delphine de Vigan et La bête creuse de Christophe Bernard c’est Delphine de Vigan qui a gagné. Entre La bête creuse (j’ai essayé à nouveau) et La promesse de l’aube de Roman Gary, c’est ce dernier qui a remporté parce que j’ai encore de la difficulté avec ce genre de phrases quand elles sont dans la narration : « quelques curés bénévoles quand il coachaient », « Faque tu te lèves », « ses frères jobaient à la scierie », « Labatt avait été obligée de clairer deux employés ». J’ai nettement préféré « si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine ». Oui, je sais, je suis vieux jeu. Pourtant je veux, j’essaie, j’accroche souvent. Je cherche surtout à comprendre, à me psychanalyser pour savoir si c’est de la jalousie, de l’envie, du snobisme, de la résistance. Et puis, je me dis qu’on peut bien préférer la framboise à la fraise sans nécessairement chercher à remonter à son enfance pour savoir pourquoi. Et je sais aussi qu’un jour prochain, je goûterai aussi à quelques fraises… à moins qu’une autre talle de framboises m’attire.

Faut-il dire que La promesse de l’aube de Roman Gary c’est joyeux, ça fait du bien : pas de meurtre, pas de conflit, pas de tare, même pas d’amour contrarié. Non, qu’un bel hommage d’un homme à sa mère. Comme un goût de printemps où tout sera beau et doux.

Devant tant d’abondance de publications, quels sont vos critères de choix?

samedi 7 avril 2018

Le moi du dedans n'est pas celui du miroir

Aujourd’hui, ce n’est qu’une date. Inscrite sur des papiers d’identité.
Ce n’est qu’un jour.
Ce n'est qu’une heure écrite sur une page signée par un médecin et les deux parents : 3 h 15.

La femme qui a poussé ce jour-là, à cette heure-là, pour que je voie le jour, et dont j’ai déchiré le corps en sortant d’abord les pieds, la vieille dame aux cheveux encore gris dont j’ai tenu la main tavelée quand elle est morte la bouche ouverte ne sont plus là. Entre les deux ma vie. Ma courte vie. Pourtant, ma mère est encore dans mes rêves, dans mon sang, dans mes os.

Je sais que le temps a commencé avant moi. Je sais aussi que des milliards de personnes ont vécu avant moi. Et sûrement autant après. Pourtant, je suis un peu de tout ce temps, de tous ces gens.

Dans mon esprit, je ne suis pas celle qui est sur les photos prises chaque année à cette date. Sur ces photos et devant le miroir, je ne suis que l’instant présent, je ne suis qu’un visage — au début poupin, maintenant plutôt ridé —, une infime partie de ce que je suis.

Mon corps a un âge, il compte les jours, il calcule le temps. Il a déjà couru, il marche maintenant. Il a eu un passé, et son futur s’amenuise.

Mon corps a un âge, pas moi. Pas le moi du dedans. Pas le moi qui lit et qui écrit. Tant qu’il pourra lire les mots de tous les temps, de tous les lieux, de toutes les races, tant qu’il pourra écrire tous les mots de tous les imaginaires, de tous les souvenirs, de toutes les libertés ou de toutes les prisons, de tous les siècles, ce moi n’aura pas d’âge.

Alors aujourd’hui, ce n’est qu’une date, je ne remarquerais même pas le changement de chiffre si je ne lisais pas les mots d’amitié que certain.e.s adressent au moi du miroir, et d'autres au moi du dedans qui n’a pas d’âge auquel je leur donne parcimonieusement accès.

mercredi 4 avril 2018

Être plus que celle qui écrit

Fébrile, excitée, curieuse, pensive.
Oser, chercher, recommencer, accepter.
Hâte, fièvre, crainte, rêverie.
Observer, sans trop comparer, sans trop juger, être là parmi, être à côté.
Me laisser aller, retrouver la confiance, l’énergie, la force, le plaisir.
Travailler, penser, réfléchir, questionner, me taire, écouter.
Bûcher, tomber, déprimer. Pleurer peut-être. Tuer l’imposteur, l’oublier cet oiseux.
Espérer, croire en moi, prendre le temps, reculer, avancer.
Lire, relire.
En silence, à voix haute, seule, en groupe, devant témoins, devant mentor, devant des pairs.
Écrire, réécrire.
Le texte, l’histoire, l’écriture. Faire beau, faire vrai, faire juste.
Chaque jour, chaque heure. Chaque page, chaque phrase, chaque mot.
Ne pas penser à l’éditeur même si c’est à lui au final que je veux plaire, parce que moi, je m’aime comme je suis.
Ni trop au lecteur même si c’est lui qui décide au final parce que moi, en tant que lectrice, je m’aime comme je suis.
Ne pas être comme. Ni meilleure que. Être moi, pas une autre. Ni jeune, ni néophyte, ni émergente, ni nouvelle, ni me faire accroire.
Ne pas être la personne, être celle qui écrit. La retrouver.
Écrire plus que des manuscrits, écrire des livres qui seront publiés.

Fin mai, camp littéraire Félix.

site internet du camp littéraire Félix>>>

Yvon Paré