vendredi 22 avril 2022

C'est à cause de Guy Lafleur...


Guy Lafleur est mort ce matin.

Tous ceux et celles qui l’ont connu racontent des anecdotes, apportent leur témoignage. Et pas que les gens du hockey. Ceux de l’Outaouais, ceux de la Petite-Nation, ceux de Thurso.

Et même moi, ce matin, en apprenant la nouvelle, ma première pensée fut :
« Si je demeure dans la Petite-Nation depuis cinquante ans, c’est à cause de Guy Lafleur. »

Septembre 1970, j'ai vingt ans, je suis au lac Simon (j’y viens l’été depuis 1956), je me prépare à entrer à ville Saint-Laurent où j’habiterai avec mon frère, puisque nos parents ont décidé de s’installer définitivement dans la baie de l’Ours. Armés d’un baccalauréat en pédagogie, nous décidons tous deux de poursuivre nos études à la nouvelle Université du Québec.

Mon père revient de Saint-André-Avellin où il a commencé à enseigner et nous donne des nouvelles de ses nouveaux collègues. Il se désole du départ de l’un deux, un professeur de français.

École à Saint-André-Avellin
Toute la nuit, je réfléchis à mon avenir et le matin, je décide de tenter ma chance. J’accompagne mon père à l’école, je rencontre le directeur Fernand Lauzon. Devant mon brevet A, il semble rassuré, il m’enjoint de me présenter à Buckingham où sont les bureaux de la commission scolaire régionale Papineau (ancien nom de Centre de services scolaire au Cœur-des-Vallées).

Je signe mon contrat l’après-midi même.

Je rencontre celui que je remplace, je dirais plutôt celui dont je prends la suite: Normand Chouinard. Devant mon inexpérience, il a la gentillesse de m’offrir tous ses documents, sa «préparation de classe» pour plusieurs mois.

Tout juste le temps d’apprendre qu’il part et devient l’agent de... Guy Lafleur.

En tout cas, c’est le mot que mon souvenir a retenu. Mais j’ai beau chercher, Normand Chouinard ne semble pas avoir été son agent, mais son professeur privé. Celui qui lui a dit : « un jour, tu ne t’appartiendras plus, tu appartiendras au public. »

Qu’importe, c’est ainsi qu’à cause de Guy Lafleur, je demeure dans la Petite-Nation, depuis 1970.

jeudi 17 mars 2022

Le 17 mars, pour moi, c'est...


C'était en 2005, au pied du Mémorial-des-Irlandais,
à Grosse-Île. J'avais les cheveux teints en roux
pendant que j'écrivais Les têtes rousses.
Le 17 mars, c’est la fête de Saint-Patrick. Petite, ma mère en parlait parfois. À 21 ans, pour moi, l’Irlande fut la Guinness, le vélo, l’amitié.
Cette année, pas de défilé dans les rues. Les bars viennent de rouvrir, on pourra déguster une Irish Stout. Ou rêver ou même préparer un voyage en Irlande.

Quant à moi qui lis moins mais qui lis encore, je cherche les romans québécois où il est question d’Irlande.

J’ai déjà lu tous les Fanette de Suzanne Aubry, Les Foley d’Annie-Claude Thériault.

J’ai feuilleté le James Joyce de Victor Lévy Beaulieu (vous savez le genre de livre que vous n’avez pas réussi à lire en entier).

Je me rappelle vaguement avoir lu L’Été de l’île de Grâce de Madeleine Ouellette Michalska et Le salut de l’Irlande de Jacques Ferron.

Je crois bien que je vais lire Les orphelins irlandais de Micheline Dalpé, décédée en avril dernier.

J'irai jeter un coup d'oeil sur Les Irlandais de Grosse île de Christiane Duquette, Mary l’Irlandaise de Mary Rouy et La chance des Irlandais de Frederic Latreille.

Donc, pour moi, me souvenir des Irlandais, ce ne sera pas qu’aujourd’hui, mais bien un bon mois!

Tout en lisant, me reviendra l’air de When Irisn eyes are smiling que ma mère fredonnait — plus que chantait — en repassant la quinzaine de chemises de ses deux hommes.

Me reviendront aussi quelques images quand, en 1971, j’ai sillonné l’Irlande en vélo. J’étais jeune, j’étais amoureuse, j’avais cinquante livres en moins!

Pendant que je lirai, ressurgira tout ce qui m’a permis d’écrire sur mes ancêtres Bridget Bushell et Denis Lynch et leurs descendants : le plaisir des recherches en généalogie, l’escapade à Grosse-Île, les entretiens avec ma mère qui m’a raconté son enfance et sa jeunesse. Ma vie.

Et vous, le 17 mars signifie-t-il quelque chose pour vous?

Et si vous ne connaissez pas encore ma trilogie, c'est par là >>>

dimanche 23 janvier 2022

Réminiscence

« Il y a des phrases qu'on entend un jour pour ce qu'elles sont. Vraiment. Elles sont restées au fond de notre mémoire, intactes. On les a prononcées un jour, sans bien savoir.

Elles attendaient.

Comme si notre propre parole nous attendait toujours.

Une phrase lancée en l'air, pas entendue vraiment. Remisée dans ces limbes étranges où flottent les paroles gelées. Un jour, on ne sait pas pourquoi, elles reprennent vie. De toute leur force. Elles atteignent notre attention profonde, celle qu'on ignore la plupart du temps, et c'est le bon moment.
[...] Il fallait juste attendre d'avoir la force de les entendre. »

Extrait de La patience des traces, Jeanne Benameur


Il est des phrases qui résonnent en écho. Un écho qui ne cesse de se répéter. Ne cessera sans doute que lorsque je n'aurai plus « la force de les entendre ». Un écho entre deux silences. Ce que je crois être des silences. Seulement une accalmie entre deux vagues.

J’entends de moins en moins l’écho. La vague est de moins en moins agitée. Forcément puisque je lis moins!

Bientôt, je me résoudrai à jeter tous les mots écrits depuis cinquante ans. À quoi bon les garder? Les archives sont pleines de mots que personne ne réclame ou ne réclamera.

J’attends de ne plus ressentir cette impression de jeter ma vie. Déjà, il y a deux ans, je m’y préparais (billet Les vieux papiers de juin 2019 >>>).

Et depuis deux ans aussi, rien de nouveau à dire. Pourtant de nouvelles expériences, mais qui font surgir les mêmes réactions. Aux nouvelles personnes rencontrées, après quelques mois d’enthousiasme, je me lasse moi-même de répéter les mêmes histoires.

Certains soirs d’hiver, je me persuade que je ne suis pas blasée ni en hibernation, juste en paix, le cœur tranquille. Enfin.

Jusqu’à ce que les mots des autres réveillent en moi un refrain déjà entendu, mais accrocheur. Et me montre... la patience des traces.

Et vous, quel écho retentit en vous aujourd'hui?

dimanche 19 décembre 2021

Mon Noël sera froid et blanc


Deux photographies. Telles quelles, sans retouches.
À gauche, ce que je voyais de ma fenêtre, le matin en déjeunant. En Floride.
Des arbres du sud.
Vert et bleu presque chaque jour.

La semaine dernière, j’ai quitté les palmiers, les figuiers et la chaleur. Je suis remontée au nord. Chez nous.
Et ce matin, de ma fenêtre, la neige, le blanc, les grands pins qui valsent, désordonnés, par grand vent. Mes arbres. Le gris souvent. Le froid. L’hiver, le vrai.

Sans regret.
Par choix.

J’ai connu Okeechobee Landings en 2014, j’y suis retournée en 2017, j’ai acheté une caravane à sellette. Un projet de cinq ans, croyais-je. Et puis, il y a eu la Covid. Il y eut (surtout?) mes 70 ans.
La frustration s’est changée en résilience. La neige et le froid sont et seront toujours dans mon ADN de Québécoise.

Même avec la réouverture des frontières terrestres, en novembre 2021, j’ai hésité. Ai-je encore envie de partir? De passer l’hiver dans le sud? Entretenir la caravane? Qui retrouverions-nous dans le parc? Quelles activités aurions-nous? Et si je tombais malade?
On a décidé d’aller voir... et préparer la caravane pour la vente.

Il a suffi d’un mois, un tout petit mois.
Quand on a eu une offre, on a hésité : on vend tout de suite et on remonte au Québec ou on vend pour la saison suivante? Il a suffi de cinq minutes. On remonte.
J’étais prête. Avant même de partir, j’étais prête.

Une autre étape de ma vie de voyageuse.
Quelle sera la prochaine? Je ne sais trop. Une croisière? Des prêts à camper à Myrtle Beach, au Québec? La pandémie limite mes choix. Mes capacités physiques aussi.

Et puis, je suis si bien chez nous.
Dans le blanc, dans ma maison, dans ma langue.
Entourée de mes ami·e·s (même à distance), entourée des grands pins, même quand les branches s’entrechoquent.

Mon Noël sera froid et blanc.





jeudi 2 septembre 2021

Les petits bonheurs de septembre

Même si je ne suis plus ni élève ni professeur, septembre représentera toujours pour moi la rentrée scolaire.

Trois des écoles que j'ai fréquentées:
trois ans à Regina Mundi comme élève,
un an à J.-M.-Robert et quatre ans
à Adrien-Guillaume comme professeur.
Étudiante, j’ai fait toutes mes études dans des villes. Parfois un vent frais et j’enfilais le veston marine règlementaire avec bonheur. Parfois des journées encore chaudes et je regrettais d’avoir quitté le chalet.
En septembre 1970, il y a donc cinquante et un ans, j’ai choisi d’enseigner à la campagne. Le jour où je suis revenue de l’école et que j’ai pu enfiler mon maillot de bain et plonger dans les eaux encore chaudes du lac, dans la baie de l’Ours, je pensais à mon oncle qui aimait tant se baigner et qui devait enseigner encore quelques années à Montréal.

J’ai connu des personnes que je côtoie encore cinquante ans plus tard. J’ai connu celle qui est devenue ma belle-sœur.

Aujourd’hui, autour de 17 degrés à peine, c’est un jour de veston plutôt que de maillot. Mais encore en sandales.

Des odeurs douceâtres de fin d’été. Les forêts commencent à changer de couleur. Bientôt la récolte des pommes de terre. Abondance de tomates.

La gaieté bruyante des enfants — tellement heureux de se retrouver, encore plus cette année — dans les cours d’école.
Et puis, surtout et encore, même si j’ai quitté l’école, le bonheur d’avoir des cahiers neufs, de découvrir de nouveaux livres. Je change la rentrée scolaire pour la rentrée littéraire. Je délaisse la plage et le canot pour la galerie couverte où je pourrai lire sans craindre la chaleur. Ou je rentre sans culpabilité dans cette « chambre à moi » où j’ai envie d’écrire.

Que septembre est beau.
Et pour vous aussi?

(Constat: j'écris plus court depuis que je publie moins, c'est comme marcher: en vieillissant, le pas est plus lent et mène moins loin.)

vendredi 16 avril 2021

Trois auteures, même besoin


Trois livres, trois auteures.
En commun : des livres autoédités, des femmes à la retraite, le besoin impératif d’écrire. Et bien sûr l’espoir d’être lue.

Ces trois auteures n’ont pas le même bagage littéraire, n’ont pas le même vécu, ni la même expérience professionnelle, et non plus les mêmes connaissances du monde de l’édition.

Pour Chantal Guimond, c’est son premier roman qu’elle retravaille depuis dix ans, pour Colombe Turpin, c’est son septième livre, et, pour Michèle Bourgon, on ne compte plus ses publications autant dans des revues que chez des éditeurs « reconnus ».

Mais toutes se posent sans doute les mêmes questions, affrontent les mêmes difficultés, vivent les mêmes problèmes : la pandémie, les lancements impossibles, la distribution, la promotion. Et... le prochain livre.

Quels sont ces rêves qui nous (parce que je m’inclus dans ce monde fou de l’édition et cette passion pour l’écriture) poussent dans ce labyrinthe? Quelles forces obscures nous retiennent dans cet univers compliqué? S’il ne suffisait que d’écrire!
Pourquoi vouloir plus?
Pourquoi la comédienne veut-elle être Sarah Bernard ou Monique Mercure?
Pourquoi la chanteuse de Karaoke veut-elle signer avec Audiogram ou avoir 15 millions de « j’aime » ou se voit-elle au Centre Bell?
Pourquoi l’auteure envoie-t-elle son premier roman aux chroniqueurs culturels des grands quotidiens? Pourquoi croit-on qu’Amazon est la panacée miraculeuse?
Pourquoi les gens pensent-ils qu’être écrivain, c’est être riche?
Parce qu’on ne sait pas. Parce qu’on ne connait pas ce monde avant d’y mettre les pieds et le corps entier.

On pense être capable. On nous encourage. On nous dit qu’on a du talent. Il est loin le temps où écrire un livre n’était réservé qu’à une élite universitaire. Il est loin aussi le temps où n’étaient valorisés que les premiers de classe, que les métiers intellectuels (en fait, les professions) étaient plus payants que les métiers manuels (je ne parlerai pas de la facture pour un plombier venu chez nous un petit 45 minutes!) Au besoin, dans un temps de déprime ou de simple questionnement, on nous requinquera en nous mettant sous le nez, le succès des romans de J.K. Rowling refusé quatorze fois, ou celui aussi de John Kennedey Toole publié après son suicide, grâce à sa mère qui a fortement insisté auprès d'un éditeur.
Donc tout le monde peut rêver d’écrire aujourd’hui.

Avec le numérique (imprimer 50 exemplaires au lieu de 3000 en Offset), c’est accessible. Avec les logiciels de mise en page, on peut monter son livre ou demander à un graphiste. Avec les réseaux sociaux, on peut se faire connaitre, vendre ses livres.
Donc, tout le monde peut rêver de voir son livre imprimé.

Je dirais même que les Québécois ont été élevés avec l’idée qu’on « peut en faire du pareil ». Au lieu d’acheter des tableaux, d’assister aux concerts, d’acheter des livres, on prend des cours de peinture, on crée des tableaux, on en vend. On joue de la guitare, « c’est facile », on crée un groupe... Et on écrit.

Mais même si on savait que les écrivains n’ont que 10 % quand leurs livres sont publiés chez des éditeurs, qu’il faut attendre trois et même six mois avant de savoir si un éditeur acceptera notre manuscrit, qu’il y a le distributeur avant le libraire, que les livres ne demeurent que trois mois sur les tablettes, à moins de s’appeler Janette Bertrand ou Michel Tremblay, qu’il faut ensuite attendre un an avant de recevoir des redevances... écrirait-on moins?
Non, parce que le rêve et le besoin sont plus forts que tout.

Leurs livres sont bien différents et, à la limite, n’ont rien en commun et pourtant Chantal Guimond, Colombe Turpin et Michèle Bourgon se posent mille questions, doutent du moindre mot, ont peur des jugements, sachant pourtant qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. Elles avancent, foncent, continuent à lire, à écrire, à apprendre, à publier, à élargir leur lectorat...
Parce que c'est plus fort que tout.

Et vous, quels désirs vous poussent à écrire?
Quelques-uns par là >>>

Lien vers le site de Chantal Guimond >>>
Lien vers le site de Colombe Turpin >>>
Lien vers le site de https://leshumeursdelameremichele.wordpress.com/

samedi 10 avril 2021

Un mois d'avril bien différent (encore)

Je cherche le mot ou l’expression juste pour décrire ces envies récurrentes de :
sirop d’érable au printemps
framboises en juillet
bleuets en août
et... de crabe en avril.



Comme je ne suis pas née au bord du fleuve ou de la mer, je n’ai découvert le crabe que tardivement. En 2004, lors de mon premier séjour à Myrtle Beach. Avant, c’était plutôt le homard du Maine ou, pour le crabe, c'était à Tadoussac, mais beaucoup plus tard,en juin ou juillet, il me semble.

Le goût et le besoin m’étaient un peu passés les dernières années parce qu’après quatre ou cinq mois en Floride, une fois revenue au Québec, je ne sentais pas le besoin de repartir. Mais cette année... depuis quelques jours...

J’ai vérifié : sur les dix-huit fois que je suis partie camper en mars-avril, six fois à Myrtle Beach. Les autres fois, quand même à Assateague, Cape Hatteras, St-Augustine, Fort de Soto.
La mer, les vagues, les aigrettes, les azalées en fleurs, les levers de soleil.
Le camping, le vrai : manger à une table à pique-nique, faire un feu le soir, être dehors toute la journée.
Et puis visiter : les petits villages, les boutiques, les galeries d’art.

 

Et bien sûr, les repas qui ne ressemblent en rien à ceux préparés sur une cuisinière électrique. Quant aux rares restaurants : le moins possible les fast-foods qui abondent et qui de toute façon ne nous dépaysent pas de ceux que nous avons au Québec. Alors ceux qui offrent des fruits de mer, les « Seafood ». Plus précisément les buffets gargantuesques. Pour le choix diversifié. Pour comparer avec les « fish and chips » de Terre-neuve, avec les « lobster roll » de Sainte-Flavie. Et dans mon cas, pour le crabe frais parce que tout simplement, aller camper en Gaspésie en avril pour avoir du crabe frais... disons que ce serait possible, mais sûrement pas toute la journée dehors!

Heureusement, je sais que cet appel saisonnier n’est que passager. Parce qu’ici, chez moi, les gloussements, les cris variés des bernaches me ravissent et me ramènent à ce printemps qu’il fait bon vivre. Entre champs et rivières.


Et vous, souffrez-vous de ce... quand même pas un syndrome? Ni réminescence, ni nostalgie. Une mémoire affective? Et en fait, le mot souffrir aussi est exagéré. Le fait que les mots ne me viennent plus aisément, est-ce signe que la pensée n’est pas claire ou plutôt un indice que je ne lis ni n’écris plus assez souvent?

Bref, en cette année de pandémie qui bouscule toutes nos habitudes et nos projets, mais qui n'empêche pas la mémoire ou les sens de nous proposer leurs souvenirs, comment se passe votre mois d’avril?

jeudi 1 avril 2021

« Qu’est-ce que tu veux pour ta fête ? »

Avril : le mois de mon anniversaire. Un mois de printemps, de dehors. Sortir son vélo, gratter son terrain. Entendre les outardes. S'assoir sur la galerie.

Et la fameuse question qui commence dès le 1er, tout de suite après le poisson d’avril : «Qu’est-ce que tu veux pour ta fête?». Je n’ose pas répondre «rien». Alors je cherche.

C’est un peu comme les enfants nés le 23 décembre, leurs cadeaux et les cadeaux de Noël sont un peu mêlés. Alors moi, qui suis née un Vendredi saint, on m’a souvent fêtée en même temps que Pâques. Comme mon frère en même temps que la fête des Mères. Et c’est bien correct comme ça. Je suis moins le centre d’attention. Et je n’ai pas à répondre à la fichue question.

Comment dire aux gens que je les aime bien, mais que j’aime la tranquillité. Pas la solitude complète. Je n’ai jamais vécu toute seule pour vrai. Tout au plus une semaine ici et là. Mais je dois admettre que ça m’énerve de la visite. Aller chez les gens, quelques heures, ça va, c’est même divertissant, mais recevoir, ça me stresse. Si je le dis, les gens ne viendront plus. Je passerai pour misanthrope, asociale.

C’est avec le trop que j’ai de la misère.
Trop de choses à penser, à gérer. Trop de bruits en même temps, tout le monde parle, de la musique ou la télé ouverte pendant qu’on jase. Toutes les émotions de tout le monde. Ça devient une tempête.

Une personne à la fois, c’est mieux.
Et s’il vous plaît, pas d’appels téléphoniques. Pas trop, un ou deux. Pas trop longtemps non plus, quelques minutes, ça peut aller. Pas des heures.

Mais je ne peux pas dire ça non plus, je vais passer pour...
Pour moi toute seule, je m’en fous de mon image. Je sais qui je suis et je m’entends bien avec mon moi-même. Je suis habituée depuis l’temps. Je peux bien me parler sèchement. Mais ça me fait de quoi quand je vois la réaction des gens : tu veux pas me voir? Tu veux pas de party? Ce sont eux qui sont déçus. Ce sont eux qui veulent un party, une rencontre, fêter, manger, boire, rire, chanter. Alors ce qui me peine, c’est de ne pas leur faire plaisir. Et j’aime bien faire plaisir. Je suis pas une faiseuse de party, mais pas une casseuse non plus.

Je ne sais plus quoi faire. J’hésite. Je n’aime pas décider. Je jongle à la façon de plaire à tout le monde y compris moi-même. J’y arrive rarement. Et bien souvent, j’accepte la fête. Et puis, oui, j’y prendrai plaisir. À voir les sourires, à recevoir les cadeaux et les câlins. À apprécier le vin et le gâteau au chocolat. À écouter les dernières nouvelles de chacun. J’aime entendre leurs histoires, c’est comme lire des biographies. Je raffole des confidences. C’est sûr qu’une fois tout le monde parti, la vaisselle lavée, la maison redevenue silencieuse, je repasserai tout ce qui s’est dit, je me poserai mille questions, je referai les phrases que j’aurais voulu plus claires. Et c’est sûr aussi, je ne regretterai rien.

Je vous le dis, j’ai tout de l’hypersensible. Je n’aime pas le mot. Ni le hyper ni le sensible. Hyper signifie supérieur. Veux pas. Sensible, c’est comme émotif. Quand quelqu’un est émotif, il chasse rapidement ce trouble. Pas le montrer, comme si c’était niaiseux ou dérangeant. Plusieurs personnes ne savent pas quoi faire avec les émotions des autres et probablement pas avec les leurs. Elles me croient malheureuse d’être ainsi affublée de cette personnalité. Tout de suite le psychologue, le médecin, les anti-dépresseurs. Comme si j’étais malheureuse, malade, dépressive.

« Finalement, que veux-tu pour ta fête? » (Bon, je comprends que j’ai encore pris un long détour avec beaucoup de mots pour répondre à une question qui avait l’air pourtant simple.)

Heu... Rien. Et puis, tiens, oui, je veux ne rien faire : pas de repas, pas de ménage, pas de monde.

Et si vous voulez me faire plaisir : écrivez-moi (non, non pas obligé d’écrire une longue épitre). J’adore lire.

Note: Si c'est la première fois que vous entendez parler d'hypersensibilité... c'est tout plein sur Internet.
Dont là >>>

dimanche 10 janvier 2021

Janvier 2021

 


Quand je regarderai la date

je verrai le bleu du ciel   la neige légère   le temps doux

Cette heure   Le sourire

Les autres heures seront floues

tellement celle-là émergera

de la longue secousse


lundi 28 décembre 2020

Du lavage de vaisselle


J’aime laver la vaisselle. Seule. Seule avec mes pensées. Devant une fenêtre si possible.
Quand j’étais élève, j’aimais que mon pupitre soit sur le bord de la fenêtre. J’y écrivais mes plus belles compositions.
Devant une fenêtre, mon esprit s’évade dans la profondeur de la forêt
ou guette le geai bleu sur la branche
ou imagine la rivière derrière la montagne lointaine
ou attend le chevreuil dans le grand champ devenu tout blanc
ou s’enfuit pour faire semblant, pendant une petite heure, de parler le « langage des épinettes » comme dirait Serge Bouchard.

Il ne sauve pas nécessairement vers un lieu paradisiaque, pas nécessairement au chaud, sur une plage. Il ne rumine pas des regrets du lieu et du temps de la Floride où normalement, il aurait pu passer ces mois de froidure. 

Non, seulement, il s’éclipse dans un état de réflexion, un temps de repos de ses émotions. Il relaxe, mon esprit, il décompresse, il fait silence. Souvent, il écrit, il laisse venir les mots qui libèrent, qui apaisent, qui pardonnent, qui cherchent à comprendre.

Ce matin, devant la petite neige qui tombe, je me dis que je suis heureuse de connaitre cet hiver après les deux derniers passés en Floride. Je suis de ce pays de quatre saisons, je suis de ce froid et de cette neige. Quand je « manque » l’hiver, mon corps et mon esprit sont peut-être déstabilisés? Il leur manque quelque chose comme un dernier morceau de nourriture oublié sur un coin de table.
Je suis d’accord avec Madame de Staël :

 « La solitude, en hiver, ne consiste pas seulement dans l’absence des hommes, mais aussi dans le silence de la nature. »

Cet hiver, la solitude peut ressembler à l’enfermement, mais quand je lave la vaisselle, et que je regarde par la fenêtre, j’oublie le confinement. Quand les flocons tombent doucement, sans vent, sans blizzard bruyant, je ressens le même bien-être que l’arrivée des menstruations. Comme une nouvelle période, une humeur plus sereine, un calme retrouvé.

Ce qui me permettra d’affronter encore quelques fois une tempête parce que je ne suis pas dupe, l’hiver au Québec c’est aussi des tempêtes, du vent qui fait valser les grands pins, des aubes glaciales, des ciels gris. Et particulièrement cette année, ce sont aussi des décisions difficiles, des argumentations avec sa conscience, des bouffées de frustration, des petits deuils.

Si mon vieux lave-vaisselle rend l’âme, je ne le remplacerai pas. J’aurai plus de vaisselle à laver! Et je ne m’en plaindrai pas.