dimanche 19 août 2018

Encore l'été



Encore l’été. Le matin, le jaune du champ de maïs. Souvent la brume venue de la rivière Petite-Rouge. Les montagnes bleutées. Le soir, le soleil couchant, de plus en plus au sud-ouest. Rond, orangé vif. Cette semaine, un chevreuil qui me regarde, qui se demande, qui attend et qui finit par partir vers la réserve Kenauk.

Encore l’été. Le matin, j’écris dans mon bureau ensoleillé. L’après-midi, je lis. Dehors, à l'ombre. 

J’ai terminé L’autre saison de Louise Simard. Un livre écrit dans les règles de l’art : intrigue à résoudre, personnages bien définis, émotions décrites par les cinq sens, sentiments bien sentis. J’ai tout lu, c’est dire que j’ai aimé. Surtout que j’ai senti cet amour des promenades, cette passion pour la nature. Mais… eh oui, il y a un mais… son Thana, la fille-rivière était tellement, mais tellement plus riche, plus beau, plus fort. Il ne faudrait pas que je compare. Chaque livre m’amène dans un temps et un lieu nouveaux. Il y en a des plus beaux, des où je demeurerais plus longtemps, des qui me chavirent plus que d’autres. Mais toujours il me permet de devenir un peu plus l’écrivaine que je veux être. Que je suis.

Parce que je ne lis plus pour me distraire. Je ne veux pas qu’on me raconte une histoire, je veux qu’on me raconte une vie.
Ce fut le cas pour L’autre saison de Louise Simard.

Et ce l’est également pour Le dernier chalet d’Yvon Rivard.

Depuis 2004, je lis pour mieux écrire. Avant aussi peut-être, mais je n'en avais pas conscience.Quand je lis, je ne distingue plus la lectrice de l’écrivaine-qui-lit. Lire pour moi, c’est presque étudier comment le livre est écrit. C’est écouter la musique d’un autre pour mieux entendre la mienne, une fois devant mon écran. C’est aller dans « ce temps plus grand dans lequel nous entrons lorsque nous écrivons », comme l'écrit Yvon Rivard.

En lisant ses longues phrases de quinze lignes, je ne dirais pas que Yvon Rivard est de la génération des cours classiques ou des « vieux », parce que dernièrement, j’ai lu un extrait de Belle-mère, écrit en 1995 et quand j’ai vu les phrases courtes souvent sans pronom, parfois sans verbe, qui commencent par une conjonction, j’ai été surprise de voir que l’écrivaine française, Claude Pujade-Renaud (avec un tel prénom, vous comprenez tout de suite pourquoi j’ai jeté un coup d’œil) est née en 1932.

Donc, Yvon Rivard préfère et contrôle très bien la longue phrase. Il faut en lire de temps à autre pour ne pas oublier, pour que notre esprit, habitué aux raccourcis, soit capable de suivre le fil.

J'achève son livre, je prends mon temps, je relis, je déguste, je note. Il y est question de Gabrielle Roy, du fleuve, d’écriture. J’adore, bien évidemment. Je m’identifie. Mes propres souvenirs de chalet, d'enfance et d’été refluent. On dirait presque un carnet. Le carnet d’un écrivain qui écrit de moins en moins, mais qui a peur qu'en cessant d'écrire, la mort vienne. Il se pose des questions en regardant la rivière se jeter dans le fleuve, en pensant à ses petits-enfants qui vieillissent et n'ont plus besoin de lui.

Encore l’été. Bientôt un voyage. Voir d’autres couleurs, entendre d’autres sons, sentir d’autres parfums. Il fera moins chaud, il y aura moins de monde sur les routes. Je lirai sur une plage. J’écrirai dans un cahier.

Toujours ces trois passions qui m’habitent, que je vis.

lundi 6 août 2018

Autre suggestion pour le 12 août:
Reste encore un peu de Loïse Lavallée

Son premier roman.

Récipiendaire du prix Jacques-Poirier en 2008 pour son recueil de nouvelles 13 malentendues, La part manquante des Évangiles, Loïse Lavallée a écrit des nouvelles, des récits, des livres pour les enfants, mais c’est son premier roman. « Il faut du souffle » dit-elle dans un article du journal Le Gatineau Express de juillet dernier.

L’histoire se passe en Outaouais, l’auteure y tenait, mais comme elle a vécu une résidence d’écrivain à Vezelay, en France — comme plusieurs autres écrivain. e. s de l’Outaouais — elle a profité de son expérience pour y envoyer un de ses personnages.

C’est l’histoire d’un triangle amoureux. Qui pourrait être la nôtre. Ce que j’ai aimé, c’est d’entendre la voix de chacun : l’épouse, la mari et la maîtresse. Et même celui de l’adolescente hargneuse. Chacun a sa façon de voir leurs relations. Des choix difficiles, des attentes forcément déçues. Un séjour à l’hôpital qui remet tout en cause. Des scènes d’amour très bien écrites. Et une fin assez surprenante.

La richesse du vocabulaire, le style imagé de l’auteure nous permettent d’entrer dans l’intimité de chacun. Et une si belle couverture nous invite à prendre ce livre, le toucher, le feuilleter... et le talent de l'auteure fait le reste: on lit. J'ai lu, j'ai aimé.

Versions papier ou numérique, disponibles sur les sites des librairies, et on peut l’emprunter à la BANQ.

jeudi 2 août 2018

Le 12 août, j'achète un livre québécois




Le premier c’est certain, quant aux deux autres, ce sera plutôt commander parce qu’ils ne seront disponibles qu’à la fin du mois.

Raisons qui m’ont conduite à ces choix :

L’autre saison

Parce que c’est Louise Simard. J’aime son écriture, ses sujets, souvent liés avec l’histoire d’une région. C’est elle qui a écrit La querre des autres et de Père en fille où il est question des mercenaires allemands venus en Amérique pour la révolution américaine. Pour qui s’intéresse aux descendants d’Allemands, c’est fort intéressant. Et puis, comme moi, elle aime les oiseaux et la nature. C’est une raison suffisante à mon goût.

Thelma, Louise et moi

Parce que c’est Martine Delvaux et qu’elle a déjà écrit : 
« Je ne sais pas tirer le fil d’une histoire. Je ne sais pas inventer. Je ne sais que noter, toutes ces choses que je prends aux autres et que je fais tourner. »
Ce qui me rappelle quelqu’un.

Et dans Thelma, Louise et moi, c’est déjà imprimé :
« Et au moment où les mots arrivent, avec le frémissement dans le ventre qui indique que ça y est, que je peux enfin me mettre à écrire, alors d’un coup je me détourne, aller chercher (sic) un verre d’eau, attraper un livre, noter quelque chose dans un carnet. Je m’éloigne du clavier, muette devant les mots. J’ai peur de lever les yeux sur ce qui me guette. »
Et que dans ce livre, elle parle du film Thelma et Louise. Que j’ai tant aimé également.

Les villes de papier

Parce que le résumé me dit qu’il y sera question d’Emily Dickinson. J’aime quand on me parle des écrivains. Vu de l’intérieur surtout.

« Si, comme elle l’écrit, l’eau s’apprend par la soif et l’oiseau par la neige, alors Emily Dickinson, elle, s’apprend par la mer et par les villes. Figure mythique des lettres américaines, celle que l’on surnommait « la dame en blanc » demeure encore aujourd’hui une énigme. Elle a toujours refusé de rendre sa poésie publique et a passé les dernières années de sa vie cloîtrée dans sa chambre ; on s’entend pourtant maintenant à voir en elle un des écrivains les plus importants du dix-neuvième siècle. Les villes de papier explore son existence de l’intérieur, en mode mineur, à travers ses livres, son jardin et ses fantômes. »  
Et vous, votre choix est-il arrêté?

dimanche 29 juillet 2018

De mes lectures l'été

Le choix de mes lectures est-il différent selon les saisons? Non. La seule différence : le fauteuil et le breuvage! 
C’est l’été. Et quel été! La chaleur allège ma culpabilité de ne rien faire. Ou plutôt je me sens bien à l’aise de lire tous les après-midis.

La semaine dernière, j’en ai parlé à Karine Lessard d’Ici Première… à 6 h 25 le matin. (Oui, oui entrevue pré-enregistrée, quoique je suis souvent éveillée à cette heure).

Je résume et complète mes propos au sujet des lectures estivales.

Que lisez-vous l’été?

Même quand je travaillais à l’extérieur, même quand j’avais des vacances en été, je ne me suis jamais dit : tiens je vais lire ce livre cet été ou je vais garder ce livre pour l’été prochain ou pire, je ne lirai pas ce livre parce que c’est l’été.
Je crois que la lecture de livre, c’est plutôt selon l’âge ou selon nos besoins, nos expériences, nos passions. Aujourd’hui, je lis moins de polars, de thrillers. Presque plus d’essais. Je lis beaucoup plus de livres écrits par des femmes. Je lis évidemment plus de romans québécois que dans les années 70.

Un livre qui vous a grandement émue

Émue ou marquée? Ou remuée?
Lors de l’entrevue, j’ai fait la différence entre un livre qui m’a marquée et un roman qui m’a émue. Je l’ai dit souvent, j’ai été marquée à jamais par L’Euguélionne de Louky Bersianik publié en 1976. Pour ce qui est d’être émue, j’ai cherché dans ma mémoire et dans ma bibliothèque. J’ai pensé aux sœurs Groult, aux Filles de Caleb, à la trilogie de David Gaudreault et aussi à La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau Lavalette. Tous ces romans m’ont émue différemment, pour différentes raisons. Finalement j’ai choisi Fleurs de neige de Sara Lee parce que c’est une belle histoire d’amitié et hélas, comme souvent de trahison.

J’ai la jasette assez facile alors je n’ai pas eu le temps de raconter

Un souvenir lié à la lecture d’été

J’avais 15 ou 16 ans. Nous étions au chalet, au lac Simon. J’avais terminé depuis longtemps Les mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir et Rebecca de Daphné du Maurier, deux romans que ma mère avait glissés dans mes bagages. Mes parents jouaient au scrabble chez mon oncle et ma tante. J’aimais bien les regarder chercher, réfléchir, essayer de tricher, rire. Mais ça pouvait être long. Près d’un fauteuil, une petite bibliothèque. Deux bonnes rangées de livres. Tous des Maigret de Simenon. Je les ai tous lus. L'été suivant, j'ai apporté plus de livres, mais je savais que s'il m'en manquait, je pourrais toujours aller voir mon oncle.

La lecture au moment de l’entrevue

N’essuie jamais de larmes sans gants de Jonas Gardell.
Ce n’est pas tant le sujet du sida en Suède dans les années 1980 qui m’a vivement intéressée. D’ailleurs quand l’auteur passait au mode essai, je décrochais un peu. Ce qui m’a plu, c’est comment l’auteur raconte une histoire à travers des personnages très typés. Un témoin de Jehovah homosexuel est bien différent d’une « tantouse ». Le style de l'auteur m'a emballée, cette façon de répéter certaines phrases accentuait la narration.

Vos livres à lire plus tard

Quand plus tard? Je suis du genre tout de suite. Je choisis selon les suggestions de mon club de lecture, la revue les Libraires, Kobo, des amies.
Mais pour l’événement « le 12 août J’achète un livre québécois », je compte bien acheter ou commander: L’autre saison de Louise Simard, Les villes de papier de Dominique Fortier, Thelma, Louise et moi de Martine Delvaux.

Livres jeunesse

À la toute fin de l'entrevue, Karine Lessard m'a demandé une suggestion de livres pour les jeunes. Sans hésiter j'ai lancé le nom d'Andrée Poulin. Non pas qu'elle est de l'Outaouais... si, un peu, mais ses livres rejoignent plusieurs catégories d'âge, certains sont primés et puis parce que je la connais.

La lecture ces jours-ci

Une amie m’écrit qu’elle lit Les devins de Margaret Laurence. Wikipédia m’apprend que l'auteure est née le 18 juillet 1926 au Manitoba et décédée en 1987, Canada. Dans La presse du 6 janvier 1987, j’apprends que c’est un des écrivains canadiens les mieux connus dans le monde. Ah! oui? Sa saga de Manawaka (ville imaginaire) a été traduite par Claire Martin en 1976, introuvable aujourd’hui. Heureusement Alto l’a fait traduire à nouveau, par Sophie Bastide-Foltz et édité en… 2008.
Je décide donc de commencer par le début avec L’ange de pierre.
Comme j’aime beaucoup, j’enchainerai sûrement avec
Une divine plaisanterie
Ta maison est en feu
Un oiseau dans la maison
Les devins
.

L’été sera peut-être alors terminé. Mes lectures… jamais.

Lien vers La presse de 1987, page 12 >>>
Site des éditions Alto >>>
Émission Les matins d’ici du 26 juillet, 6h25 >>>
Site d'Andrée Poulin >>>

samedi 14 juillet 2018

Un seul mot

Un mot, une phrase peut blesser, peut réjouir, peut redonner confiance.
Sait-on jamais quel mot, quelle phrase touchera l’autre?
Hier soir, ce fut le mot fluide.

Francine a dit que j’avais « une écriture fluide » dans mon blogue.
Et elle me donne le livre Les femmes qui écrivent vivent dangereusement.
Me parler de mon blogue, me donner un livre. Je suis émue. Je suis aux anges. Je flotte. Je renais. On me lit. On aime ce que j’écris. C’est rare, c’est précieux.

Le savez-vous que vous êtes peu nombreux à me parler de mon sujet préféré : les livres. On ne devrait pas demander aux gens comment ils vont, on devrait leur demander : « qu’est-ce qui vous intéresse ces jours-ci? »

À quelqu’un qui n’est jamais très loin du fond de la désespérance (oui, je sais je suis un peu une Anne Shriley de l’exagération) en matière d’écriture, cette conversation ressemble à un printemps qui refleurit. À une eau fraîche par un jour de canicule. À un lever de soleil rosé après des mois de nuages noirs.

Vous me direz que j’étais pourtant déterminée fin mai au retour du camp littéraire Félix. Oui, bien sûr. Mais en bon bélier qui a la course rapide, mais la résistance anémique, j’ai eu la respiration haletante un mois plus tard. L’estomac s’en est mêlé, le sommeil aussi. Les questions ont suivi. L’écriture ne coulait plus, était loin d’être fluide. C’était devenu un devoir. Le genre de devoir qu’on écrivait pour plaire au professeur. Où notre cœur n’y était pas.

Et pour éviter d’entendre « non, non, non » de M. B. qui m’interdit le scepticisme, je me suis même interdit mon Carnet de roman. Je n’ai rien abandonné, tout juste délaissé.
Mais écrire l’été? C’est être masochiste, ou folle, ou obsédée. À moins qu’il ne pleuve à torrents ce qui n’est pas le cas cet été.

L’été, il y a les fraises, les framboises, les bleuets.
Il y a les pique-niques, les baignades, les promenades à vélo.
Il y a les vacanciers à accueillir, la famille à recevoir.
Il y a aussi les merles, les geais bleus, les phébis à observer.
Il y a les livres à lire.
Il y a la vie.

Je me suis donc remise à la lecture. Frénétiquement, comme une nageuse essoufflée qui s’accroche à une bouée qui la fait encore rester un peu dans l’eau, son milieu préféré.
J’ai enchaîné les lectures :

Bien sûr, Les femmes qui écrivent vivent dangereusement de Laure Adler et Stefan Bollmann. Sur les cinquante femmes citées, j’en connaissais une petite vingtaine. Donc encore des heures de plaisir à découvrir les autres.

Puis,
Hôtel Lonely Hearts : J’ai encore ragé contre le titre anglais (en partie, je sais puisqu’il y a un accent circonflexe sur le « o »). À les voir se multiplier (My absolute darling, After), à ne pouvoir m’y opposer, je baisse le ton. Je me suis d’ailleurs demandé pourquoi ce titre. On mentionne le nom de l’hôtel une seule fois… à la page 518. L’éditeur a raison de dire que c’est « un conte sans fées ». Un style original, de l’érotisme à chaque page, des métaphores à la tonne, de la musique, de la magie. Bref, j’ai bien aimé.

L’amour aux temps du choléra : Venu par erreur sur mon agrégateur Netvibes, alors que le billet de Madame lit datait de 2015, j’ai quand eu le goût de relire. Fait du bien de lire des vraies phrases, longues avec des virgules, des subordonnées. Une histoire qui ne bouscule rien, une intrigue sans violence, autre que celle des sentiments. Délicieusement suranné et puis, même pas. Disons que cet amour passionné ne m'a pas émue, mais qui ne rêve pas d’avoir un Florentino aussi tenace et patient?

Débâcle de Lize Spit (en numérique) : Attirée par les articles élogieux, les étoiles accordées, les prix remportés, il m’a fallu attendre longtemps avant de lire plus qu’un extrait parce qu’il est beaucoup emprunté, numérique ou papier.
Oui, pour les louanges méritées. Oui, pour la forme construite comme un scénario de télé. Oui, pour le récit glacial comme un vent calme avant l’orage.

13 à table : treize nouvelles publiées par certains auteurs chevronnés. Le thème de 2018 (parce que ça fait trois ans, je crois, que le concept existe, voir leur site Internet) est l’amitié. Certaines nouvelles s’en tiennent à ce thème d’autres non. Certaines sont vraiment surprenantes, d’autres ont une chute très réussie, d’autres un peu plus prévisibles, mais toutes agréables à lire.

Quarante-quatre minutes, quarante-quatre secondes de Miche Tremblay : J’étais à la bibliothèque municipale, j’attendais un livre pour une amie. Évidemment, je furetais. Tiens, un Tremblay que je ne me souviens pas avoir lu. Je feuillette. J’emprunte. Je lis. J’aime.

Alors, merci Francine. Merci pour Les femmes qui écrivent vivent dangereusement. Merci pour Hôtel Lonely Hearts. Mais surtout pour m’avoir écoutée. M’avoir parlé de mon blogue. Être intéressée par la lecture et l’écriture.

Alors moi aussi, un seul mot: merci.

site des restos du coeur>>>

mardi 3 juillet 2018

Tomate rouge contre stylo rouge

Depuis quelques jours, je ne filais pas. La tête vacillante, le matin surtout. L’estomac nerveux, comme une barre qui sépare mon corps en deux. Fatigue. Moins d’énergie. Respiration courte.

Question : suis-je stressée?
Réponse à moi-même : comment pourrais-je l’être, aucune obligation, je reviens d’une belle escapade au bord du fleuve.

Est-ce déjà arrivé? Et qu’ai-je fait?
Réponse à moi-même : oh! que oui! Comment oublier les quatre heures d’attente au CLSC. Et le diagnostic : rien, je n’ai rien, rien aux poumons, rien à l’estomac. Juste anxieuse et insomniaque.

Calme tes ti-nerfs, Claude. Respire. Dors. Mange mieux, mange moins, un peu moins de café, un peu moins de vin.
Arrête de te stresser. Dis à ton petit hamster d’aller jouer dehors. Il va crever sous la chaleur.
Personne ne te demande de finir ta révision de ton manuscrit demain matin. Personne ne te demande de te lever à 6 heures. Rien ne t’oblige à y penser 24 heures sur 24. Et puis, écoute-moi bien: tu ne culpabilises pas. Ça ne veut pas dire que tu abandonnes ni ne renonces. Ni que c'est un échec.

Écrire peut-il rendre malade?
Réponse à moi-même : peut-être pas écrire, mais se stresser, oui.

J’ai donc arrêté de me lever à 6 heures, arrêté de corriger mon roman. Et je lis, je butine, je me baigne, je relis, je joue à Candy crush. Avec les ressentis 40 degrés, je demeure dans la maison climatisée. Je me promène sur Facebook.

Et puis, je suis tombée sur une vidéo d’Irène Grosjean qui parlait de médecine de santé et non de médecine de maladies… et surtout d’alimentation. J’ai lu ceci :
En mangeant de la nourriture morte, nous restons dans des fréquences basses : la peur, l’angoisse, la dépression, la contrariété, le négatif. En mangeant de la nourriture vivante et pleine d’énergie, nous avons accès à des fréquences plus élevées : amour, tolérance, partage, développement de l’intuition et de la clarté.
Au lieu d’accuser le stress de tous mes maux, je vais maintenant accuser mon alimentation.
En fait, je n’accuserai rien ni personne. Je ne vais pas commencer, comme d’habitude, à chercher des faux-fuyants. Ni tergiverser. Juste écouter mon corps, il veut du repos, il veut du calme, il peut se guérir lui-même.

Je ne suis pas plus du genre extrémiste et tout couper : produits laitiers, gluten, mets cuits, et me précipiter sur l’achat d’extracteur à jus. Depuis le temps, je sais ce qui calme mon estomac : range le vinier, oublie le café le midi, sort le pot d’eau, cuisine des salades. Troque les biscuits contre une pomme, un ananas, des noix. Tomate rouge contre stylo rouge.

Et puis, oui, pourquoi pas, laisse tes personnages se débrouiller quelques jours sans toi. Ils t'attendront, tu sais bien. Cesse de les nourrir, eux, et nourris l’auteure. 

P.S. à moi-même : tu vois, après trois jours, ça va déjà mieux.

jeudi 21 juin 2018

Au fil des jours, au fil de l’eau


Lundi 11 juin

Jour bleu 
Arrêt à Berthieville
Pour diner avec une amie de longue date
à qui on écrit souvent
à qui on parle rarement
mais qu'on aime toujours autant.
En route
Vent frais
Oiseaux joyeux
Iris en fleur
Lundi tranquille au camping de Beaumont
Le fleuve à nos pieds
Un cadeau.

Mardi 12 juin

Jour de vent
Fleuve brun
Moutons blancs
Passereaux et chevaliers
Lilas et rosiers
Belles maisons ancestrales
À Saint-Vallier
Amours et passions
De nature et de saison
Un mardi heureux.

Mercredi 13 juin

Jour noir et blanc
On retrouve Rivière-du-Loup
Là-bas, à l’horizon, une lumière blanche
Le blanc du ciel, libre de nuages
Le noir du fleuve
Presque le soir
À l’avant, un rocher, une île entre lumière et ombre
Je serais là, assise sur les roches
J’aurais froid à cause du vent
Au bout d’une heure, dans un cahier tout neuf peut-être, j’écrirais
Ce serait facile
Ce serait beau
Ce serait noir et blanc.

Jeudi 14 juin



Jour d’éclaircies
Jour de promenade
De crabes-crevettes et turbot
De fine pluie
De terre imbibée d’eau, la nuit
De feuilles gorgées d’eau, elles aussi
De douces marées
Le soleil, soudain, près du clocher
Venu nous rendre le sourire
Sécher les larmes des arbres
Un jeudi de mots trouvés
De regards tendres
De repos mérité.

Vendredi 15 juin

Jour de fleuve
Un aller-retour entre Rivière-du-Loup et Saint Siméon
Une allée de goélands
Dans un long sillon d’écume
De vent sur les joues
De sourire aux lèvres
Une frite au retour
Au bord du fleuve
Près de l’Indien
Et puis la belle surprise, l’admiration
Presque l’envie
D’une seconde vie
Une petite famille française
En vélo et remorques
Panneaux solaires pour charger leurs batteries au lithium
Raphaël Favrat, c’est son nom
Valérie, sa conjointe
Manon et Lison, les deux fillettes
Il écrit, il publie ses voyages
Je les suivrai jusqu’en Argentine
Sur Facebook du moins.
Un autre jour heureux.


Samedi 16 juin


Jour de soleil
Jour de déplacement
À Sainte-Flavie cette fois
Jour de vaguelettes à nos pieds
De goélands à manteau noir sur un rocher
D’une marche sur la plage
Parfums d'algues
Ramassage de verre poli, de bois d'échouerie
De reconnaissance des lieux si souvent visités
Toujours aimés.

Dimanche 17 juin

Jour de pluie
Un douze degrés frisquets
Promenade le matin
Les oiseaux absents du Gros ruisseau
Quelques cormorans sur les rochers, fidèles et vaillants
Plage déserte
Camping délaissé
La météo nous joue des tours.
Musso aussi : j’aime moins son Appartement à Paris que son Central Park.
Je préfère cent fois mieux Noces de sables de Rachel Leclerc
Qui convient au bord de mer.

Lundi 18 juin







Jour de brume
D’un phoque sur une roche
Jour de dedans
Dans le VR
Dans les magasins
Dans les livres
Et quand enfin, vers 17 heures, le ciel se clairsème de bleu
On peut sortir
Un peu moins fâché contre lui
En guise de pardon, le brouillard se lève en nous offrant
Un arc-en-ciel
et un coucher de soleil exceptionnel.

Mardi 19 juin

Jour de visite à Luceville
De vins et de parlures
De souvenirs, de partages et d’amitié
D’au revoir et à bientôt
C'est sûr.

Mercredi 20 juin

Jour de route
De pluie et de soleil
Jour de traversée de villes
De patience et de panique
De doigts engourdis
D'estomac contracté
De fleuve à rivière
De retour à hier

vendredi 1 juin 2018

L'amitié littéraire d'Yvon Paré et Nicole Houde

Le surligneur jaune est un clin d'oeil à Yvon Paré, le formateur du camp littéraire Félix

Yvon Paré nous fait entrer dans l’univers de la romancière Nicole Houde que je ne connaissais pas. Il la tutoie, il la cite, il l’invite chez lui, il l’écoute, il lui parle. C'est une belle promenade, comme sur la couverture du livre. J’ai marché derrière eux en les écoutant discourir sur leurs personnages, sur leurs familles. Je me suis assise sur un banc public près du Saguenay et comme eux, j’ai eu envie d’écrire près d’un lilas ou d’un érable. J’ai cherché les oiseaux qu’ils observaient. Je suis certaine d’avoir flatté leurs chats. Je suis retournée à Montréal que j’ai connu moi aussi, à peu près au même âge. Au détour d’une rue, j’ai même entraperçu mon père (quand il s’agit d’éditeurs et d’auteurs et d’années 68-69, il n’est jamais bien loin) qui entrait chez Jacques Hébert en compagnie d’Andrée Maillet ou de Nicole Brossard. 

Ils discutent de Laetitia, de Claudia, d’Ulysse, d’Ovide. On ne sait plus trop quand il parle de ses textes à lui ou de ses personnages à elle. Et c’est très bien parce que ça nous donne le goût de nous plonger dans la lecture de quelques-uns des quinze ouvrages de Nicole Houde, mais dans un des quatorze siens, également. Sans parler des quarante-neuf livres qu’il nomme au passage qui vont de Gilbert Langevin à Victor-Lévy Beaulieu, de Virginia Woolf à Marie Cardinal. Yvon Paré nous donne à lire pour les cinq prochaines années!

Ce n’est pas une biographie ni une anthologie. Un peu comme L'enfant qui ne voulait pas dormir, c'est sous forme de carnet que l'auteur nous emmène sut la route de cette amitié littéraire. Et en révélant Nicole Houde, Yvon Paré se révèle aussi. J’ai reconnu le grand homme qui anime un atelier au camp littéraire Félix. J’avais hâte de découvrir cette musique dont il nous a parlé, de lire ce premier paragraphe qu’il peut prendre deux mois à peaufiner.
Je lis le soir. C’est ma façon de terminer le jour, de m’avancer lentement dans la nuit. Sonnerie du téléphone. Jamais personne n’appelle après vint-deux heures. C’est Frédéric : « Nicole… est partie…»
Je ne fus pas déçue : c’est une magnifique ballade (avec un ou deux "l") littéraire.
Un livre pour les amoureux des livres, des auteurs et des mots.

dimanche 27 mai 2018

Une revenante d’entre les mots

(photos Michèle Bourgon)
Cinq jours, six écrivains, dont un formateur et une directrice. Et l’amour des mots. Des mots parlés, des mots écrits, des mots écoutés, des discutés, des surlignés en jaune, des corrigés en rouge. Du matin au soir, notre passion. 

Ce fut le Camp littéraire Félix.

Je reviens d’entre ces mots.
Mon corps a retrouvé le terrain et la maison, les amours et les amis. Et le sommeil.

Ma tête est encore un peu là-bas, près de la chute de la rivière Noire, près des arbres fleuris. J’entends encore le rire de G., la douce poésie de D., les anecdotes de Y., et les folles élucubrations de G. Je vois les mimiques de M. et je m’ennuie des mets épicés et copieux de Martin.

Dans L’orpheline sans visage de notre formateur Yvon, je reconnais la musique dont il nous a parlé. Je trouverai la mienne moi aussi, bientôt, demain.

Seule déception, je n’ai pas encore trouvé le titre. Quelques suggestions, mais rien d’accrocheur. Peut-être mes personnages, une fois leur nouvelle tête mise sur le billot, sauront-ils me le souffler? Parce que c’est certain, Mireille et Dominique ne sont pas revenues indemnes du camp. La transformation ne sera peut-être pas extrême, mais elles ont acquis une confiance qui leur permettra de tasser un peu le narrateur et prendre toute la place qui leur revient. Elles sauront vivre et non pas commenter leur vie. Elles seront au présent, même si l’histoire se passe dans le décor des années 60-70.

Je suivrai la recommandation de Jean Philippe Arrou Vignod : « retournez votre mémoire comme on retourne une poche et vous aurez l’imagination ».

Ce ne sera pas un roman historique, ce que je n’ai jamais voulu qu’il soit, ni un roman social, mais un roman d’émancipation.

Il sera.

samedi 5 mai 2018

Carnet de roman (13)

Un an après le dernier billet de Carnet de roman, je viens encore de penser à un nouveau titre pour ce manuscrit-dont-aucun-éditeur-ne-veut. Le titre contient le mot « tête » cette fois. Si j’y repense, c’est bien sûr parce que je me suis inscrite au Camp littéraire Félix et que pour ce faire, j’ai envoyé la dernière version de mon manuscrit à l’animateur Yvon Paré, avec un titre provisoire. Mais c’est aussi parce que je lis Routes secondaires d’Andrée A. Michaud.

D’Andrée A. Michaud, oui, j’ai lu Bondrée, oui, j’avais aimé pour l’écriture, mais pas assez pour en parler parce que les polars et moi, on ne fait plus très ami-amie. Si aujourd’hui, alors que je n’ai même pas terminé la lecture de Routes secondaires, je sens le besoin d’en dire un mot, c’est non pas tant pour l’histoire un peu compliquée, ni même pour les riches descriptions de la nature, c’est parce que son idée géniale, originale, d’inviter le personnage chez elle m’a frappée. Auteure et personnage assises dans la même pièce. Présent et passé entortillés, réalité et fiction entremêlées.

« Nous devons, Heather et moi, aller au bout de cette reconnaissance silencieuse. […] ne comprenant pas mon acharnement à vouloir discerner mes traits dans ceux ombragés d’une femme que j’invente de toutes pièces, alors qu’elle est aussi vraie que l’histoire que je vis au fil de ces pages. »

Comme la majorité des auteurs, je marche souvent sur une route ou sur une plage en jasant avec mes personnages, mais de là à les inviter dans le roman même!

Depuis plus de dix mois, j’essaie soit d’oublier soit de trouver une nouvelle façon de présenter ce manuscrit-dont-aucun-éditeur-ne-veut (tout comme il y a eu dans les années 2009 la maison-d’édition-qui-n’avait-jamais-dit-non). Soit je l’améliore pour que Vents d’ouest qui a déjà publié les deux premiers tomes (même si le mot ne figure pas sur les couvertures) de la trilogie l’accepte enfin, soit je le réécris comme si les deux premiers n’existaient pas pour qu’un éditeur le trouve publiable. Dans le second cas, comment ne pas répéter ce qui a déjà été écrit?

Le roman d’Andrée A. Michaud me souffle l'idée. Et si je faisais de Dominique, un des deux personnages de mon histoire, une seconde Bridget Bushell, personnage principal du roman Les têtes rousses? Au fond, c’est ça que je veux depuis le début : que Dominique vive les mêmes expériences qu’a vécues Bridget. C'est ça que j'ai écrit, croyais-je. Montrer que c’est possible qu’on revive les mêmes émotions que nos arrière-arrière-grands-parents. Qui sait?

Andrée A. Michaud m’y a fait encore penser en écrivant :
« Le souvenir existe-t-il chez qui vient de naître? Qu’en est-il du passé, en effet, de ces personnages qui débarquent à la page 12 d’un roman alors qu’ils sont déjà trentenaires […] Est-il possible d’expliquer les personnages en fonction de leur hypothétique passé ou leur existence n’est-elle effective qu’à partir du moment où ils entrent en scène? »
On m’a dit souvent de faire confiance à l’intelligence du lecteur alors j’ai cru que les lecteurs verraient que les pas de mes personnages suivent les sillons creusés par son aïeule. Faut croire que ce n’était pas si clair ou si intéressant. Il faut plus. Il faut mieux. Il faut peut-être s’appeler Andrée A. Michaud et avoir publié Bondrée avant.