jeudi 25 mai 2017

Nommer les Filles du Roy: conférence d'Irène Belleau

Les nommer

Anne Hébert, en 1988, écrivait dans son roman Le Premier Jardin
«Il faudrait les nommer toutes, à haute voix, les appeler par leur nom, face au fleuve, d’où elles sont sorties au 17e siècle pour nous mettre au monde et tout le pays avec nous.»
Quand Irène Belleau a pris sa retraite de l’enseignement, elle s’est intéressée à l’arbre généalogie des Belleau dit Larose. Et en cherchant à se documenter sur Hélène Calais qui avait épousé son ancêtre, elle découvrit que c’était une Fille du Roy, mais pas du tout le genre de « fille de mauvaise vie » comme les livres d’histoire le laissaient entendre depuis trop longtemps.

Elle a juré de réhabiliter les Filles du Roy. Et de les nommer.
Voilà pourquoi elle a fondé la Société d’histoire des Filles du Roy.
Voilà pourquoi elle donne des conférences.
Voilà pourquoi, depuis 2013 et jusqu’en 2023, elle organise le « jumelage » avec les Filles du Roy. Ce qui fait que chaque année une trentaine de Québécoises se promènent dans la province, dans les fêtes, dans des lieux d’animation et nomment fièrement les Filles du Roy. 

Comme « ma » Fille du Roy, Marie-Rose-Colin, originaire d’Espinay en Bourgogne est arrivée en 1670, elle sera « nommée » en 2020.

Conférence

La conférence à laquelle j’ai eu grand plaisir à assister grâce à l’AREQ Petite-Nation a pour but d’expliquer qui sont les Filles du Roy, pourquoi elles sont venues et qu’en reste-t-il?

L’historien Yves Landry, le grand spécialiste de la question les a répertoriées. Sur les 763 Filles du Roy, venues en dix ans, la majorité était des orphelines et vivait à la Salpêtrière de Paris. Elles étaient protégées par le roi et c’est lui qui, pour peupler la Nouvelle-France, décida de les faire venir en Nouvelle-France, de couvrir les frais de transport et « pourvoir, sous forme de dot, à la première année d’intégration ».

Pour monter à bord du bateau et aspirer à fonder une famille en Nouvelle-France, il leur fallait un certificat de bonne conduite signé par le curé de leur paroisse, qu’elles soient en âge d’enfanter et de nature assez robuste pour résister aux hivers canadiens et aux durs labeurs de la terre.

Aussitôt arrivées, aussitôt mariées. Avant que le bateau ne reparte pour une autre année. Mais plusieurs ont refusé le prétendant qu’on leur présentait. D’autres, comme Marie-Rose Colin, ont annulé le contrat signé et ont choisi un autre mari. 

Comme « ma » Fille du Roy a épousé le soldat de Carignan François Deguire, contrairement à mon autre ancêtre Jean Bricault dit Lamarche qui a plutôt choisi une fille née à Québec, je savais bien que toutes les Filles du Roy n’épousaient pas un soldat, mais j’ai quand même été surprise d’apprendre que seulement 179 d'entre elles ont été mariées à un soldat de Carignan. 

Comme les couples avaient dix, douze, quinze enfants, en 1683, la population a triplé au plus grand bonheur du roi qui souhaitait peupler la colonie. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous dit Irène Belleau, « sans pourtant minimiser l’apport des religieuses et les premières épouses des colons, on peut dire que les Filles du Roy sont les mères de la nation ».

Livres

À la fin de la conférence où elle nous a fait rire et sourire, et avant de répondre à nos nombreuses questions, madame Belleau nous présente divers documents, et nous remet une longue liste d'ouvrages de référence, qui prouvent que le sujet intéresse de plus en plus d'écrivains. En bonne amoureuse des livres, j’en ai reconnu quelques-uns : Catherine de Baillon de Raymond Ouimet, Marie Major de Sergine Desjardins, Eugénie, Fille du Roy de René Forget que j’ai connu lors de la rencontre des descendants Deguire, Larose et Desrosiers et aussi, Pierre et Renée que je suis justement en train de lire et où je m’amuse à transposer Pierre en François et Renée en Marie-Rose.

Les livres d’Yves Landry ont vitement trouvés preneurs. La Société d’histoire des Filles du Roy a aussi publié quelques livres et brochures, mais ils portent surtout sur les pionnières de Montréal ou de Québec. Comme la mienne s’est établie à Saint-Ours, j’ai surtout hâte de me procurer le livre Le pays des filles du Roy… au confluent du Saint-Laurent et de la Richelieu publié par la Société d’histoire Pierre-de-Saurel.

Malheureusement, je ne pourrai pas être présente lors du passage des « jumelées » à Sorel Tracy le 11 juin prochain. Ce sera certainement une belle occasion pour comprendre une fois de plus qui étaient réellement ces pionnières de la Nation. La mienne, sera-t-elle nommée même si elle est arrivée en 1670? 

Madame Belleau, vous êtes une inspiration. Je vous promets de faire mon arbre matrilinéaire, et je suis déjà certaine d’y trouver d’autres Filles du Roy. 


samedi 20 mai 2017

Nommer Marie-Rose Colin, fille du Roy

annonce parue dans le journal La Petite-Nation, mai 2017
J’ai d’abord vu l’illustration, ce qui est rare dans mon cas, mais à ma défense, ce n’était pas un article, donc pas de titre à lire. Puis, le nom d’Irène Belleau que j’ai vu souvent sur les sites dédiés aux Filles du Roy. Je savais dès lors que j’assisterais à cette conférence donnée ce mardi 23 mai et offerte par l’AREQ (Association des retraité-e-s de l’enseignement du Québec) Petite-Nation : c’est chez nous, enfin à quinze minutes de chez moi. Pas besoin d’aller dans une grande ville. 

Raison très simple : mon ancêtre du côté de ma mère en a marié une. Elle s’appelait Marie-Rose Colin. Selon toutes les sources, elle est arrivée en 1670, cinq ans après les soldats de Carignan. Et aussitôt arrivée, aussitôt établie à Saint-Ours, aussitôt mariée, quoique le contrat de mariage avec François Deguire dit Larose n’a jamais été trouvé. Seul celui avec Charles Millouin le fut, en septembre 1670 et il fut annulé. 

Irène Belleau a justement cherché à savoir pourquoi tant de mariages furent annulés. Elle conclut seulement :
Ce qu’on ne saura jamais vraiment : est-ce que c’est lui ou elle qui dit non en premier… On attribue la décision aux Filles du Roy généralement. Probablement peut-être parce que le choix ne leur revenait pas… mais peut-être que dans certains cas, le futur — tout en désirant une épouse — n’avait pas ressenti un coup de cœur! Qui sait?
Et les personnes qui me connaissent ou suivent mon blogue depuis quelques années savent très bien que ce sujet m’intéresse. Comme mon père avant moi. Comme Gilles Deguire aussi qui a effectué de longues et minutieuses recherches sur tout ce qui concerne les Deguire et par extension les Larose et les Desrosiers (lien vers son site à la fin). 

Si on trouve plus facilement de la documentation sur les soldats de Carignan, il est plus difficile de trouver de la documentation sur les Filles du Roy. Je devrais plutôt écrire « il était » parce que depuis quelques années, de nombreuses associations, regroupements et historiens ont planché sur le sujet. À preuve, les sites et les pages Facebook se sont multipliés. Et que dire de ce magnifique projet : « Les nommer toutes » (voir la vidéo, lien au bas du billet). Lors du 350e anniversaire de l’arrivée des premières Filles du Roy, en 2013, on a commencé à les nommer. La mienne, Marie-Rose Colin, ne sera nommée qu’en 2020. D’ici là, je la nomme à ma façon.

C’est donc avec grand plaisir que j’écouterai toutes les personnes qui veulent bien me parler de ces Filles du Roy comme si on me parlait d’une lointaine cousine — et de toutes ses amies — que j’aurais bien aimé connaître.
Dont Irène Belleau ce mardi.


vendredi 19 mai 2017

Le bal des absentes pour se rattraper dans ses lectures

Avant de parler du livre lu, je veux expliquer pourquoi je l’ai aimé. Pourquoi il m’a attiré.
Parce que je suis femme, oui. Parce que j’aime la littérature, oui. Mais encore.

Il faut remonter en 1967. Avais-je lu un roman québécois? À la maison, mon père, qui en était à ses balbutiements d’écriture romanesque, assistait aux lancements chez Fides, Beauchemin, Cercle du Livre de France (futur Éditions Pierre Tisseyre après 1975) et surtout Éditions du jour de Jacques Hébert, il rapportait donc des Yves Thériault, Hubert Aquin, Roch Carrier, Jean-Marie Poupart, Hélène Ouvrard, Nicole Brossard, Marie-Claire Blais, Claire Martin et quelques autres. Je feuilletais, je peinais à la tâche. J’en lisais très peu parce que trop différent de ce à quoi j'étais habituée. Tellement, mais tellement loin de mes lectures scolaires et même celles de grasses matinées de la fin de semaine.

Mais en classe, avais-je lu un roman québécois et un roman d'une auteure? Jamais. Jusqu’en 1967 justement. Quand notre professeur de français osa nous proposer Salut Galarneau de Jacques Godbout. 
Et comme auteures, avec un « e », comme écrivaines, avec un « e », qui ai-je étudié? À part Les chambres de bois d’Anne Hébert? Rien, aucune autre. Ce n’est donc pas en classe que j’ai découvert Simone de Beauvoir (on étudiait Sartre, Camus), Violette Leduc, Marie-Claire Blais, Nicole Brossard, Marguerite Duras, Colette, Gabrielle Roy, Germaine Guèvremont. Et à chaque décennie, j’ai aimé lire ce qu’écrivaient les femmes. Je n’ai pas tout aimé, pas tout compris. Je ne les étudiais pas, je lisais par plaisir.

Voilà donc pourquoi j’ai plongé dans Le bal des absentes: pour voir ce qu'on étudie -- ou non-- aujourd'hui. 

Julie Boulanger et Amélie Paquet sont deux professeures de cégep qui ont constaté que « les œuvres rédigées par les femmes occupent une place marginale dans les corpus littéraires ». D’abord dans leur blogue (lien à la fin), puis dans un essai qui réunit quelques-uns de leurs billets, elles nous proposent différents titres de ces autrices (c’est le mot qu’elles utilisent) parfois méconnues.

Faute de retourner sur les bancs d’école, j’ai adoré lire cet essai. Nous avons tous eu un ou deux professeurs qui nous ont fait aimer l’histoire ou les mathématiques ou la littérature. Nous en avons aussi eu, malheureusement, qui nous ont fait détester ces mêmes matières. En lisant Julie Boulanger et Amélie Paquet, j’avais l’impression de lire différemment. De voir autrement certains romans que je connaissais et d’autres que je découvrais. De faire un peu de rattrapage.
De plus, elles nous racontent leur vie de professeurs, ce qui n’est pas pour me déplaire, moi qui le fus quelques années. Le monde de l’enseignement ne m’a jamais véritablement quittée. J’espère être curieuse jusqu’à ma toute dernière journée. 

Dans Le bal des absentes, il suffit de consulter la table des matières pour connaitre les autrices et les titres dont il est question :

Bye Bye Blondie de Virginie Despentes
Une mort très douce de Simone de Beauvoir
Demoiselles-cactus de Clara B.-Turcotte
Folle de Nelly Arcan
La cloche de détresse de Sylvia Plath
Autour de ton cou de Chimamanda Ngozi Adichie
Mettre la hache de Pattie O’Green
Je voudrais qu’on m’efface d’Anaïs Barbeau-Lavalette
Aucun lieu, nulle part de Christa Wolf
La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette
Bonjour minuit de Jean Rhys
Car l’adieu, c’est la nuit d’Emily Dickinson
Le ciel brûle suivi de Tentative de jalousie de Marina Tsvetaeva
La Marquise de Sade de Rachilde
« Trois femmes » de Monique LaRue
Carol de Patricia Highsmith
L’invitée de Simone de Beauvoir
Tête Blanche de Marie-Claire Blais
Femme, réveille-toi ! d’Olympe de Gouges
La plongée de Lydia Tchoukovskaïa

Quels sont les titres que j’aurais pu étudier, fin des années '60, si tant est qu’un professeur se soit donné la peine de les mettre au programme? Peut-être deux. Aurait-il pu en trouver d’autres? Sûrement. Comme j’ai été une lectrice autodidacte par la suite, encouragée par des parents grands lecteurs eux aussi, j’en ai connu plusieurs autres. Mais de cette liste? Moins de la moitié : neuf sur vingt. 

Voilà une des raisons qui m’ont fait aimer ce livre que j’ai dévoré à petites doses comme si j’assistais à un cours chaque fois, à raison de deux ou trois cours par semaine : les deux professeures m’ont donné le goût de m’intéresser aux onze autres. Je les ai lues avec amour comme je les écouterais sûrement si j'étais dans leurs classes. Et j’ai fait mes devoirs, j’en ai commandé plusieurs à la bibliothèque et quelques autres trouvés en numérique.

Dirais-je ma première déception? Une déception que j’ai oubliée rapidement une fois plongée dans la lecture : la couverture. Pas l’illustration qui, finalement, attire l’œil avec son jaune éclatant. Pas le fait qu’il n’y a ni titre ni nom des auteures sur la couverture, je l’ai remarqué sans plus. Non, le carton. L’épaisseur du carton, le nombre de points. Et probablement le fini mât qui fait que le moindre frottement devient égratignure. C’est sans doute un choix éditorial de la maison d’édition La mèche. Ou peut-être des auteures également. Ça fait nouveau, ça intrigue. Mais je dois avouer que ma première pensée fut le rapport qualité-prix. Et puis, je suis passée au contenu qui m'a fait tout oublier. Qui nous amène à l’essentiel : ces autrices qu’on pourrait étudier au cégep… ou lire pour le plaisir de savoir que la littérature n’est pas que monde d’hommes.

vendredi 12 mai 2017

Carnet de roman (12)

Le refus a eu lieu en février. Je n'ai pas repris la correction de façon intensive. Mais est-il toujours dans mon esprit? Oh! que oui. Surtout quand je lis certains livres.

Dans la biographie que Carlo Jansiti a écrite sur Violette Leduc il a dit qu’elle « était la somme de toutes les marginalités dérangeantes. […] une œuvre inclassable qui, page après page, crie comme nulle autre, la solitude, le désespoir, la douleur d’exister. »

Oui, c’est ça, c’est en plein ça, c’est donc ça: il faut des mots forts, des mots dérangeants, des phrases-chocs, il faut des coups, des coups de poing, des coups de cœur, pour retenir l’attention d’un éditeur d’abord et peut-être des lecteurs ensuite. 

Je ne dois pas crier assez fort, et je ne crie pas une douleur assez vive. Je ne dérange personne. Aujourd’hui pour que nos romans soient remarqués, reçoivent au moins une attention sympathique, il faut être marginal-e ou original-e ou souffrant-e. Ou en tout cas que notre œuvre le soit. 

Je n’ai pas assez souffert ou je ne sais pas faire souffrir mes personnages. Il faut croire que j’ai réussi dans quelques-uns de mes livres, mais pas dans le dernier manuscrit refusé.

Même si j’ai pris de la distance avec ce texte, au sens où j’ai occupé et j'occupe encore mon esprit à d’autres activités, certaines d’entre elles tournent quand même un peu autour du livre, donc je ne décroche pas à cent pour cent. J’en suis toujours à ce constat. Je ne cherche pas la recette, mais au moins un filon. 

On dirait que tant que je ne trouverai pas le titre, la ligne directrice ne sera pas claire. Pour l’éditeur, parce que pour moi, c’est limpide : je raconte la vie de Mireille et de Dominique dans les années 60-70. Et ça me suffit. 

« Je n’ai pas d’imagination et je n’en aurai jamais. Alors j’écris ce que j’ai vécu. Je monte en épingle des petits drames devenus des riens avec les années » est-il aussi écrit dans la biographie de Violette Leduc.

Tout à fait mon cas. Mais je n’ai pas de Simone de Beauvoir pour leur trouver, à ces petits drames, une valeur ajoutée.

Peut-être devrais-je revoir mon manuscrit sous l’angle de la femme dans les années 1960. Non pas ce qu’il reste de sang irlandais dans les veines de mes deux personnages féminins, mais que sont devenues ces femmes, les descendantes de Bridget. Reprendre ce que j’écrivais déjà en 2006 :
Née fille, je suis donc femme d’une lignée zigzagante.
De quoi peuvent-elles être fières, ces femmes de ma lignée zigzagante? D’avoir peuplé le Québec? D’avoir choisi la langue française et depuis, de la cultiver, de l’aimer, de l’entretenir, de la défendre? De la choisir encore chaque jour? D’être citoyennes d’un pays qui les ont accueillies, nourries, instruites?
 
Ce sont des femmes qui ne parlent ni haut ni fort, qui ne veulent pas déranger ni se plaindre, qui ne revendiquent rien, mais qui disent la vie à leur façon, qui la donnent et la vivent de plus en plus longuement. Qui racontent la mémoire de leur mère, de leur père. Je suis de cette descendance, apportant à mon tour d’autres petites histoires qui s’inscrivent à peine dans la grande Histoire. 
Les femmes de ma lignée sont fières de leurs enfants : de les avoir mis au monde, de les aimer. Moi qui n’en ai pas, je témoigne de leur fierté. Ma trace est de cet ordre.
Nourrie de toutes ces vies qui coulent dans mes veines, de tous ces savoirs dont il reste si peu, héritière de leur sang et de leurs pensées secrètes, j’ai tenté de les raconter avant qu’elles ne s’effacent pour toujours.
Autant le titre du premier tome est venu avant même la rédaction du roman, autant le titre du deuxième est venu rapidement en cours de rédaction, autant celui-ci change à chaque promenade. 

Sur le petit kilomètre qui me sépare de mon village, j’ai parsemé des dizaines et des dizaines de titres:

Les têtes dures
Les têtes fortes
Les têtes libres
Les têtes solitaires
Les têtes contraires
En tête à tête
Les têtes brûlées
Les têtes d’hier
Ressemblances
Vies parallèles
Liberté chérie
Atavismes
Mère de, fille de, sœur de
Sans queue ni tête

J’aime bien Ressemblances, mais j’aurais voulu que le tome 3 porte le mot « têtes » pour indiquer qu’il est une sorte de suite aux deux autres. Peu importe l’éditeur. Pour le lecteur surtout.

Voilà où j’en suis. Avec une lenteur faite de distractions, de printemps occupé, de lectures captivantes, de tâches domestiques et de rêves de sorties, je retranscris les corrections préalablement faites à la main. Sans aucune garantie qu’elles répondent aux remarques de l’éditeur lors du second refus.

Et dans le doute permanent, dès que je relis le texte.
Prochaine étape, une fois une relecture, envoi à d'autres éditeurs.

dimanche 7 mai 2017

Le chœur des femmes a conquis mon cœur

Si je tenais un blogue d’actualité, je parlerais des inondations. De la rivière Petite-Nation et de la rivière des Outaouais.
Si j’étais très politisée, je parlerais des élections présidentielles de la France, je dirais que j’hésite à partir aux États-Unis pour punir Trump, pour exprimer mon désaccord avec ses décisions.
Mais voilà, il pleut donc je lis. J’hésite à voyager, donc je lis.

Choix entre :
Pieds nus dans l’aube, Félix Leclerc 
Le bal des absentes, Julie Boulanger et Amélie Paquet
Celle qui reste, celle qui fuit (tome 3 de L’amie prodigieuse), Elena Ferrante
Violette Leduc, Carlo Jansiti
Le chœur des femmes, Martin Winckler
Les hirondelles de Kaboul, Yasmina Khadra
Le vieux qui lisait des romans d’amour, Luis Sepúlveda

Mais cette liste, établie comme un devoir de méthodologie, aussi ennuyante qu’une commande à un libraire ne dit rien, ne révèle rien, ne vend rien, n’inspire rien. 
Vient le temps de choisir lequel je lirai aujourd’hui, là maintenant, dans l’état d’esprit dans lequel je suis alors que la pluie tombe, légère, mais ininterrompue, alors que j’ai encore à l’esprit tous les livres vus, toutes les phrases entendues il y a une semaine déjà.
Je feuillette un peu. Je lis les premières pages ou la quatrième couverture. Pas de critiques qui pourraient m’influencer.

Les quatre premiers m’attirent :
Pieds nus dans l’aube parce que je veux relire (comprendre que j’ai tout oublié) avant la sortie du film produit par le fils de l’auteur.

Le bal des absentes parce que j’aime bien le blogue de ces deux professeurs de cégep qui voudraient bien qu’il y ait plus de livres écrits par des femmes dans les cours offerts au collégial. Mais comme c’est un livre qui donne envie de lire d’autres livres, je vais retarder un peu. Je vais commencer par lire ceux de cette liste.

Quant au roman d’Elena Ferrante, comme il m’appartient j’ai tout le temps de le lire et je veux retarder le moment de déguster comme on le fait pour un dessert rare… et cher

Tout ce qui tourne autour de Simone de Beauvoir m'a toujours intéressée depuis que j'ai lu Les mémoires d'une jeune fille rangée, à quinze ans. Alors la biographie de Violette Leduc, auteure de La bâtarde, lu également à l'adolescence, devrait me plaire. Comme la majorité des biographies.

Les trois derniers ne me disent rien. Ni Kaboul ni l’Amazonie ne m’attirent, ne m’ont jamais attirée. Il fallait tout le talent d’une ou deux membres de mon cercle de lecture pour me convaincre de tenter l’aventure. Je suis une irréductible Nordique. Une incorrigible romantique qui préfère les histoires d’amour, les relations humaines plutôt que les descriptions de la nature ou les conflits raciaux.

Donc, j’ai opté pour Le chœur des femmes. J’ai plongé. Je n’en suis ressortie qu’hier. Lu le matin au déjeuner, une bonne partie de l’avant-midi, délaissant les tâches ménagères. J’ai lu le soir alors qu’il n’y avait rien d’intéressant à la télévision. J’ai lu certains après-midis puisque de toute façon je ne pouvais aller me promener en bicyclette ni semer de gazon. 
De toute façon, je n’avais pas eu besoin d'autre raison que de vouloir poursuivre parce que j'aimais, point. 

C’est l’histoire toute simple du gentil docteur qui soigne et non pas qui diagnostique et du stagiaire qui ne cesse de râler. Un roman français, avec quelques clins d’œil au Québec, une parlure argotique que j’adore. Une apparence d’opéra où les choristes chantent chacun leur tour soit andante ou largo ou lento. On s’en fout. Surtout divers points de vue sur le monde médical (l’auteur est médecin lui-même). Un secret révélé à petites doses, à la limite du vraisemblable, mais qu’est-ce que j’en sais moi de la science médicale. Bien sûr, selon mes bonnes habitudes, j’ai passé plusieurs pages, des cas vécus et détaillés qui n’apportent rien à l’histoire, mais jamais, je n’ai voulu lâcher. Et suprême habitude qui confère à l’ouvrage son quatre étoiles et demi — si j’avais à lui en attribuer une —, même après avoir été voir la fin, je suis revenue tout lire dans l’ordre. Et mieux encore, la lecture m’a insufflé quelques idées — en tout cas quelques paragraphes — pour mon roman toujours en cours de correction.

Alors, bien sûr, je veux que la pluie cesse, que les rivières reprennent leur cours… mais je trouverai bien d’autres prétextes pour entamer le prochain : Le bal des absentes.

mercredi 3 mai 2017

Joyeuses agapes autour des livres

Il a fait beau, il a plu.
Il a fait chaud, il a fait frisquet.
Mais je n’ai rien senti d’autre que l’enthousiasme de Catherine, d’Émilie. De Muriel, de Laurence, de Nadette, d’Yves et de Guy-Louis. Et de Marie-Andrée.

J’ai marché, j’ai roulé.
Dans ma pinède, jusqu’à Saint-André-Avellin, jusqu’à Vaudreuil-Dorion.

J’ai beaucoup parlé, beaucoup écouté. Des auteur-e-s, des conférenciers, des lecteurs, des amoureux de livres.
J’ai souri, j’ai ri, j’ai failli pleurer.
Aperçu de nouveaux visages, revu d’anciennes connaissances, rencontré de nouveaux auteur-e-s et de nouveaux lecteurs et lectrices.

J’ai classé, beaucoup classé des livres d’occasion. J’ai vendu cinq livres neufs, j’ai acheté deux livres neufs, j’ai pris quatre livres d’occasion. En reparlerai bien sûr.
Des livres, et encore des livres. Des romans surtout, mes préférés.
Et après ces cinq jours, je flotte encore dans cet univers livresque. 

La vidéo enregistrée le jeudi matin sera diffusée à la Maison des auteurs, parc Jacques-Cartier, Gatineau l’été prochain.

Le Festin de livres a écrit son premier chapitre et je l’ai trouvé très réussi. Il devrait revenir l’an prochain.

Et les membres de l’Atelier de lecture de Vaudreuil-Soulanges m’ont très bien accueillie. À parler de mon roman Les têtes rousses, on me demandait si, après leurs commentaires, je voyais mon livre d’une façon différente. J’ai répondu que non, mais je me voyais différente en tant qu’auteure : pour qui a le doute facile, comme moi, je suis toute ragaillardie.

Oui, ce serait le mot qui définit ces cinq jours : ragaillardie. Comme pas fatiguée du tout, signe que ce ne fut que du positif.

Je n’ai qu’un hâte : lire.

 Quelques photos pour me rappeler des jours heureux.

Le Festin de livres à Saint-André-Avellin
organisé par le Centre d'action culturelle de la MRC Papineau

Invitée à l'Atelier de lecture de Vaudreuil-Soulanges


mardi 25 avril 2017

Festin de livres et plus encore

Les trois événements n'ont de rapport entre eux que le seul fait qu'ils se suivent sur mon calendrier. Le seul lien est le livre, ma passion, mon obsession, mon bonheur.

J’aime l’objet : le toucher, le sentir, l’ouvrir, le découvrir. 
J’aime le geste : tenir un crayon, un stylo. Ouvrir un cahier neuf et laisser glisser la plume. Ouvrir un livre neuf, le cœur battant. Feuilleter un livre que quelqu’un a déjà lu. Imaginer ce qu’il a pu en penser. Fut-il déçu pour le laisser aller? 
J’aime lire, j’aime écrire. 
Je serai choyée : cinq jours consacrés au livre.

Jeudi matin, 27 avril: une entrevue vidéo avec l’Association des auteurs de l’Outaouais où je parlerai de l’auteure que je suis, de mon rapport avec les lecteurs, de l’importance d’une association. Et d’un objet qui inspire mon œuvre. Qui saura deviner lequel? 

Jeudi après-midi et vendredi: bénévolat à trier des livres d’occasion, à préparer la salle pour le premier Festin de livres organisé par le Centre d’action culturelle de la MRC Papineau

Samedi, dimanche 29-30 avril: rencontre des visiteurs, des lecteurs, des amoureux, comme moi, des livres. À écouter conférenciers, animateurs, auteurs. À feuilleter des livres neufs ou d'occasion. À se régaler littéralement, littérairement. À parler de romans ou de patrimoine ou d’histoire ou de généalogie ou des produits du terroir. 
Ou du beau temps, du printemps. 

C’est le premier Festin de livres, je veux, je veux tellement que ce soit un succès. Je veux tellement que tous les efforts que le comité organisateur a fournis soient récompensés. Je sais qu’il sera beau, qu’il sera joyeux, vivant, intéressant. Que les tables mises seront abondantes, que les amateurs de scrabble seront bien desservis, que les enfants auront leur place. 
À nous tous, à vous tous de faire qu’il devienne un grand événement.

Lundi, 1er mai: autre lieu, autre groupe, mais toujours autour du livre. Des miens seuls, cette fois. 
Le jeudi matin, on m'aura demandé quel rapport avec mes lecteurs, qui sont-ils? Eh bien, si lundi je vais rencontrer l’Atelier de lecture de Vaudreuil-Soulanges, à la bibliothèque de Vaudreuil-Dorion, c’est grâce à un couple rencontré... dans un camping. D’ailleurs je crois bien que mon lectorat, en dehors de ma région, provient principalement des liens que j’ai tissés avec des caravaniers sur un forum de camping. 

Donc la lectrice-campeuse connue au bord de la mer a beaucoup aimé Les têtes rousses. Comme elle fait partie d’un cercle de lecture, elle a pensé à m’inviter. Son groupe a accepté, et moi aussi. Ce sera lundi 1er mai. 

Hâte. Comment ne pas avoir hâte de parler de mon sujet favori : l’écriture, la lecture? 

Je lis pour connaître, apprendre. 
J’écris pour mieux comprendre. 
Le monde, la vie. 
Et j’aime écouter ceux qui, comme moi, aiment les livres.
Ah! oui, j’oubliais, mercredi soir, je serai à « mon » cercle de lecture où je parlerai du dernier roman d’une auteure de l’Outaouais, déjà publiée chez Vents d’Ouest, maintenant à Paris. Comme quoi, il y a de l‘espoir! Il s’agit d’Ève Lacasse qui a écrit Peggy dans les phares.

Je serai donc choyée. 

Bienvenue à tous et toutes. Entrée gratuite.

mercredi 19 avril 2017

Zoothérapie

Une journée de ciel bleu, d’humeur bleue. Un après-midi sans nuages, sans irritants. Juste les yeux plissés de curiosité des cerfs, les bouches gourmandes des faons en attente de carottes ou de pommes. Juste les bisons ou les renards qui se prélassent au soleil, ce qui donne envie de nous laisser aller, nous aussi, à la douceur de vivre. 

Du silence et du temps. 
Rien qu’eux et moi. 
Dans un environnement qui passe du lac encore un peu gelé aux bourgeons hésitants. 
Dans un univers de bois sculpté, arrondi, couché. 
Un monde de forêt, de roches et d’eau.
La vie, le moment présent. 

À trier, retoucher les photos prises au Parc Omega, j’ai réussi à oublier une blogueuse condescendante qui a daigné fréquenter, le temps d’un livre «léger», la «littérature romanesque».
J’ai réussi également à ne pas trop regretter ce rendez-vous manqué avec ma meilleure amie que je ne vois pas assez souvent, et cette escapade, prétexte à aller chercher ce crabe tant aimé, que j’ai dû remettre, la température ayant décidé de contrecarrer mes projets… 

Les animaux, la nature sauront toujours me ramener à ma planète positive. La seule que, même malmenée, je ne devrais pas quitter.
























Pour les personnes qui ne connaissent pas Parc Oméga, sachez que c'est un parc animalier (exclusivement animaux sauvages) situé en Outaouais, à cinq minutes au nord de Montebello, près de l'autoroute 50. 

mercredi 12 avril 2017

Humeurs d'avril

Ce roman que je ne finis pas de réécrire commence à transparaître dans mes humeurs. 
Ce roman qui correspond plus à des portraits — fictifs, mais portraits tout de même —, ressemble à avril : un printemps qui frissonne, qui grelote, qui radoucit avant de fleurir vraiment.

Parce que j’écris, je recrée une femme que la quarantaine étouffe dans le Québec de 1964,
parce que je réécris, je trace le portrait d’une adolescente qui se cherche en 1964,
pour ce faire, je replonge, je retourne dans le passé, dans cette époque entre le noir d’avant et le tranquille souhaité. Une époque qu’on a qualifiée noire après en être sortie, qu’on a voulu tranquille, sans faire la révolution. Où tout fut chamboulé, de l’église aux écoles, des chambres à coucher à la pilule, de notre langue au théâtre, et du vin au fromage.

Moi, dedans, adolescente, je vivais ces années-là, mais je ne nommais rien. J’étais témoin, j’étais éponge, j’étais caméléon. Je sombrais, je titubais, mais je ne nommais pas.
Je lisais Réjean Ducharme, Marie-Claire Blais, Françoise Loranger et mes humeurs étaient forcément sombres. J’avais cessé d’aller à la messe, je ne savais pas ce que je ferais quand je serais grande, mais ça ne m’inquiétait pas. Je suivais la foule. J’écoutais mes parents. J’étais toute à mes amitiés à entretenir et à mes amours à espérer.

Et aujourd’hui, parce que je fais revivre cette mère, qui n’est pas tout à fait la mienne, et cette fille — qui n’est pas entièrement moi, ai-je besoin de le préciser en cette ère du « je » ou du « tu » que l’on croit toujours auto-fictifs —, c’est comme si je sombrais, vacillais encore un peu. Par mimétisme.

L’adulte d’aujourd’hui essaie de retenir la fillette d’autrefois. Ne pas m’enliser à nouveau. 

Aujourd’hui, je suis celle qui nomme, qui raconte. Qui pige dans ses souvenirs, qui cherche des informations, mais qui a du mal à garder le sourire d’un jour de soleil alors que je farfouille dans des nuits de grisaille, et que je dois inventer déchirements et réconciliations, paroles froides et tendresses filiales. 
Jouer dans le cœur de mes personnages sans que le mien perde espoir de demeurer intact.
Comme avril, comme les années '60, sortir de la noirceur pour enfin connaitre la tranquille saison de semailles.

Qui sort intact de son enfance ou de son adolescence?

Lecteurs, lectrices, auteur-e-s, les humeurs de vos personnages déteignent-ils sur vous? Ou c’est plutôt l’inverse?

samedi 1 avril 2017

Je suis fleur, je suis printemps



Ce matin. Comme une hâte de sortir de terre. Un espoir de floraison.

Même s’il reste des traces de neige et de froidure, je suis du printemps.

Même s’il reste du blanc, du noir, de la terre brune, je suis de sève d’avril.

Même s’il reste des jours gris, je suis de soleil et de lumière.

De conception estivale, je suis bouquet printanier.

Elles naîtront sous peu les jonquilles, les narcisses, les lys blancs de Pâques.

Je suis fleur bientôt éclose.