jeudi 16 mai 2019

La page manquante ou le besoin d'écrire

2011, une année que je ne suis pas près d’oublier.
L’année où Sylvie Gaydos publiait Impasse.
L’année où Valérie Langlois publiait Culloden.
L’année où je renouais avec la publication avec Les têtes rousses.
Nos livres côte à côte en librairie.
Dans mon esprit, un groupe s’est formé cette année-là. Des blogueuses qui voulaient devenir écrivaines, des auteures que je lis encore, que je rencontre à l’occasion.

2014, une année que Valérie Langlois n’est pas près d’oublier… quoique justement elle a oublié. Aussitôt son deuxième roman, La dernière reine d’Écosse, lancé, elle entre à l’hôpital.
Nous sommes toutes là, silencieuses et lointaines, abasourdies et compatissantes à suivre ce que sa famille et ses amies nous livrent par le biais d’Internet.
Un an plus tard, elle souffre un peu moins, on souffle un peu mieux.

Alors, c’est certain que j’allais lire La page manquante parue début avril 2019.
« Salomé Gauthier se réveille dans une chambre d’hôpital. Elle apprend qu’elle vient de passer plusieurs semaines dans le coma. Prisonnière de son corps, elle ne se souvient de rien : il manquera désormais une page à sa vie. »
Voilà pour le résumé de l’histoire.
Les chapitres alternent entre le présent et le passé. Entre sa vie de cas  très rare et sa vie d’avant.
On souffre avec Salomé qui ne peut pas parler, ni se nourrir, ni marcher. Et qui voit mal. Elle entend, mais ne comprend pas. On lui dit, mais elle se souvient de si peu. Elle ne ressent rien. Elle endure. Elle obéit. Elle attend. Il lui faut réapprendre. Tout.

Un style à la fois soutenu et accessible qui sert très bien la narration. Les termes médicaux sont parfaitement intégrés au récit. Nous sommes entièrement dans la tête et le cœur de Salomé. On voit bouger son amie Candice, on ressent très bien les émotions et la fatigue des parents. On imagine tout à fait son amoureux en poisson rouge! Une histoire captivante.

Je sais bien que tout le monde lui posera des questions sur sa maladie, mais moi, je veux plutôt la féliciter d’avoir persévéré, d’avoir eu la force d’écrire ce roman et lui souhaiter qu’elle en écrive d’autres. Encore longtemps. Peu importe qu’il s’agisse de l’Écosse, de l'amour ou de la vie tout court. 

Elle a su me montrer que le besoin d’écrire peut être aussi fort que le besoin d’aimer. Et celui de vivre.

jeudi 9 mai 2019

Entre figuier et pins, le bleu du ciel

Hier, j’ai envoyé à l’imprimeur mes deux fichiers PDF, celui du texte et celui de la couverture de mon roman Héritages-Les têtes dures. Ai-je eu l’impression de sauter dans le vide, dans l’inconnu? Non, mais j’ai fait un pas en avant.

De retour du bleu du sud, j’avais pris ma décision : finie l’attente d’un éditeur, sans pour autant jeter mon manuscrit au fond d’un tiroir. La période sombre, celle du doute et des questions, celle de l’attente, de la recherche d’éditeurs, celle du regard sur les autres livres publiés est derrière moi. Je ne veux pas me définir comme une écrivaine ratée ou déprimée, sans pour autant me croire une auteure géniale.

J’ai fini de rêver, je ne suis pas, ni n’ai jamais voulu être London Sydney Drake dans Le seizième roman de Christine Lamer qui multiplie les circuits promotionnels comme d’autres collectionnent les montres en or. Je ressemble et j’ai toujours voulu ressembler à Réjean Ducharme, Marie-Claire Blais et même le Nathan Fawles, création de Guillaume Musso dans La vie secrète des écrivains : un peu à l’écart de tout le tapage promotionnel.

Je n’ai hésité que sur quelques détails : choisirai-je Bouquinbec avec l’avantage de la publication en numérique, de la visibilité dans des Salons, de la distribution dans quelques librairies ou juste une autoédition (j’ai ressuscité Elleffe de mes premières années de travailleure autonome), avec quelques exemplaires papier, un fichier PDF sans DRM que je mettrai à la disposition de ceux qui préfèrent la version numérique et pas de lancement avec toute l’organisation que ça demande et auquel ne viendraient de toute façon que ces mêmes amis qui ont déjà réservé leur exemplaire?

J’ai eu la chance que Christian Quesnel accepte à nouveau de créer la page couverture, elle sera donc un peu différente de mon premier jet (voir dans la colonne de droite de ce blogue). J’ai revu le montage une dernière fois. Et j’ai plongé. Ce sera une fin "de carrière" toute simple et modeste. Je suis déjà ailleurs.

2019 est une année différente, comme bien des fins de dizaines pour moi. Une année charnière. Entre-deux. Avant, j’étais une travailleure autonome qui voyageait, qui rencontrait des voyageurs comme moi, qui ne pensait qu’à lire et écrire. En 2019, il y eut cet hiver bleu. Quatre mois dans le sud, au même endroit, sans trop bouger. Autour de retraités qui dansent, qui jouent aux cartes, qui font de la moto, du vélo. Qui rient, qui sourient et disent bonjour. Qui montrent les photos de leur famille, qui téléphonent à leurs enfants par Facetime, Messenger. L’apéro en petits groupes. Qui s’entraident, qui parlent de voyages, de plages, de météo bien sûr.

Un gros mois que je suis de retour et je pense à eux et à ce sud chaque jour. Les trois Lise, André, Micheline et Daniel, mes voisins. Où sont-ils? Que font-ils? Hier encore, en regardant la position de mon satellite pour la télévision, je me suis demandé dans quelle direction il était pointé : sud-ouest. Donc, le lac Okeechobee serait du côté de l’école, la grande fenêtre de ma caravane donnerait sur la forêt. Je revois mon grand figuier. En levant les yeux, les grands pins rouges me rappellent que je suis ici, pas là-bas.

Je ne suis plus la même. J’ouvre un livre, je le referme. J’espère seulement une autre journée de ciel bleu. De 16 à 17 heures, je tourne un peu en rond : chez qui pourrais-je aller prendre l’apéro? En un hiver, je suis devenue retraitée. Qui plus est, une snow-bird.

Le cœur un peu tiraillé entre ma solitude bien-aimée du nord et la joyeuse compagnie du sud.

mardi 30 avril 2019

Festin de livres:
j'y allais pour les livres, j'ai retrouvé mes amies

(Source: Centre d'action culturelle de la MRC Papineau)
Cinq mois sans les voir, sans les côtoyer, sans que toutes ces personnes attachantes me manquent, et soudain en trois jours, je me demande comment j’ai pu m’en passer si longtemps.

Arrivée en plein drame de village : la rivière déborde, le pont est fermé, le village scindé en deux, je venais pour les livres, j’ai craint de voir la peine, la tristesse, d’entendre la colère. Au village, j’ai vu l’entraide, j’ai vu la solidarité. À l’intérieur du complexe Whissell, dans la grande salle où se tenait le troisième Festin de livres, comme dans une bulle, j’ai senti l’enthousiasme, j’ai vu l’amour des livres.

En une heure seulement, j’ai vu aussi combien les organisatrices et bénévoles ont travaillé fort, qu’elles avaient dû prendre des décisions difficiles quant aux salles qui devaient accueillir le Festin de livres parce que l’armée appelée en renfort a besoin de locaux, parce que les personnes évacuées viennent attendre leur famille, parce que les Fermières s’affairent à préparer des repas chauds.

Je les ai vu.e.s Émilie, Catherine, Yves, Francine, Kathy, Guillemette, Mireil, Laurence et plusieurs autres à l’œuvre dirigeant, organisant, animant, réagissant, être partout, efficaces. Toujours le sourire aux lèvres, les yeux rougis par les longues heures, la voix un peu éraillée, mais debout, fières.

Trois jours à tâter les livres, les feuilleter, les caresser, les choisir, leur demander de nous aimer, de nous distraire, de nous nourrir, nous, les épargnés des inondations. J’en ai rapporté un neuf, quatre d’occasion. J’ai parlé des miens, du prochain à venir, j’ai écouté d’autres parler des leurs.

J’ai écouté Raymond Ouimet nous parler des meurtres de l’Outaouais, je n’ai pas manqué une seule parole de Marjolaine Beauchamp qui nous a slamé des pans de sa vie. J’ai eu la gorge nouée en entendant Laurence Bietlot, la gagnante adulte du concours d’écriture, lire son texte. La discussion sur les prisons en Syrie et au Canada fut très enrichissante. J’ai appris l’existence de La note verte, une maison d’édition et école de musique à Maniwaki. Claude Larouche m'a donné envie de relire Rimbaud pour développer la métaphore. J’ai revu Marie Paquette qui présente ses livres avec sa fougue habituelle. J’ai connu Raymond Aubry qui a vu plus de pays que je ne visiterai jamais. Je me suis pâmée devant quelques petits « livres libres » créés dans le cadre d’un projet présenté par une Francine Letourneux très à l’aise sur scène.

En ce qui me concerne, ce ne fut qu’embrassades, jasettes, et même confidences et secrets.
Je serais bien restée dans cette bulle amicale et joyeuse, mais dehors, la réalité crue m’attend, celle d'un printemps éprouvant.
Heureusement, j'ai eu un hiver si bleu qu'il me permet d'être patiente et compatissante.

vendredi 26 avril 2019

Quand les rivières auront retrouvé leur lit


Le troisième Festin de livres se tient demain et dimanche.
Je voudrais qu’on ne parle que de livres.
On ne parlera que d’eau, de pluie, du pont fermé.
Je voudrais qu’on ne voie que le bleu, on ne verra sans doute que le gris du ciel, les lacs qui calent, les rivières qui se déchaînent, le courant qui emporte tout.

Je sourirai quand même parce que le Centre d’action culturelle a travaillé fort pour tenir ce troisième Festin.
Parce qu’entre deux soupirs, je choisirai un livre usagé, j'en achèterai un neuf, je jaserai avec une auteure que je ne connais pas, parce que j’écouterai un poète, ou un historien, je regarderai les enfants qui, eux, ne sont pas tristes, qui, eux, savent plonger dans un univers imaginaire.

Je sourirai également si vous lisez l’extrait de mon prochain roman dont le titre est Héritages (ce qui lui convient parfaitement et qui se lit sans avoir lu Les têtes rousses ou Les têtes bouclées, mais auquel j'ai tenu à ajouter le sous-titre Les têtes dures pour clore la trilogie).
Ravie si vous réservez un exemplaire.
C’est ça ma surprise pour les visiteurs du Festin : un extrait de la suite et fin de ma trilogie sur mes ancêtres irlandais.

Bientôt l’extrait sera disponible sur mon blogue.
Il suffira alors de m’envoyer un courriel pour réserver le roman.
Bientôt.

jeudi 18 avril 2019

Ce sera...

Cette fois, c’est vrai, j’ai pris la décision. Assez procrastiné, assez tergiversé.

La saga de mes ancêtres irlandais, inspirée par le livre bleu de ma grand-tante religieuse, a commencé en 2004. Je visais le prix Septentrion. Je souhaitais la publication d’un seul roman qui raconterait l’histoire de cinq générations. De celle de l’Irlandaise Bridget Bushell qui vivait devant un champ de pommes de terre à la mienne alors que je suis entourée de champs de pommes de terre. Quelle coïncidence! J'avais déjà le début et la fin.

Une directrice littéraire me convainc de faire plusieurs tomes. Sans toutefois donner suite pour une publication.

En 2011, finalement Vents d’Ouest publie Les têtes rousses.
Il faudra attendre encore quatre ans, d’autres refus, d’autres versions et finalement Vents d’Ouest publie Les têtes bouclées.

Dès la publication de 2015, je me remets au travail, je termine le dernier volet de ma saga.
Quatre ans, neuf refus d’éditeurs, un camp littéraire, une version au passé, une autre au présent, une centaine de titres possible, une bonne dizaine de réécritures, ça suffit.

Ce sera l’auto-édition. Point final. Au diable le reste. Le reste étant lancement, salons du livre, bibliothèque, librairies, éditeur reconnu, promotion ciblée. Le grand jeu, quoi. Je ne souhaite plus jouer. Jamais voulu d’ailleurs. Juste écrire et être lue.


Ce sera Héritages – Les têtes dures.
Ce sera cinquante exemplaires pour commencer. Par envoi postal à qui le demandera.
Ce sera bientôt, cette année, en 2019. Quatre ans entre chaque publication, comme un signe. Quinze ans depuis que l’idée a germé. Il est temps de passer à autre chose. Juste retourner à la lecture. Quant à l’écriture, après un cahier rouge pour le sud, je reviens au cahier bleu pour le nord.

Pour le troisième Festin de livres qui se tient les 27 et 28 avril au complexe Whissell à Saint-André-Avellin, à défaut de m’être décidée à temps, je ne pourrai pas avoir les premiers exemplaires de ce troisième tome, j’offrirai tout de même un extrait aux visiteurs. Extrait qui sera disponible également sur Internet à qui me demandera le mot de passe pour lire le fichier PDF. Je dévoilerai par le fait même la couverture. J’aurais bien voulu qu’elle soit de Christian Quesnel, qui vient de faire paraître un très bel album sur Félix Leclerc et qui a créé la page couverture du roman Les têtes bouclées, mais voilà ce fut le choix de l’éditrice que je deviens par le fait même.

Tiens, pour calmer votre impatience (la mienne piaffe!), je dévoile une partie de la couverture.

Plus que quelques jours avant le Festin, plus que quelques semaines avant la publication du roman. Qu’est-ce que c’est en regard des quinze années que je viens de passer avec les personnages de ma saga irlandaise!

mardi 16 avril 2019

Un p'tit rien du tout pour le Festin de livres


Les 27 et 28 avril, ce sera le troisième Festin de livres. J’y serai.
Comme une élève en vacances, j’ai procrastiné tout l’hiver. Bien mal m’en prend aujourd’hui, le « livre bleu » est commencé mais ne sera pas prêt. Faute donc d’avoir une nouveauté à offrir aux visiteurs, j’ai quand même préparé une petite surprise. Un p’tit rien du tout comme disait ma mère. Mais tout de même, je n’arriverai pas les mains vides.
Je ne vous en dis pas plus pour l’instant.
Vous viendrez me voir, ainsi que plusieurs autres exposants au Festin de livres, les 27 et 28 avril prochains au Complexe Whissell de Saint-André-Avellin.
Apportez vos livres d’occasion, venez les échanger.
Pour la programmation complète, c’est par là>>>
On s’en reparle.





lundi 8 avril 2019

Des livres bleus

Six jours déjà.
Je suis passée d’un hiver bleu à un printemps gris et brun. De glace et de boue.
De retrouvailles et d’appels.
Le corps ici, mais le cœur encore là-bas.

J’ai hâte de raconter, en photos et en billets, ces quatre mois floridiens pendant lesquels le bruit est devenu chanson, la lecture est devenue bavardage, le voisinage est devenu amitié.
Hâte aussi de retrouver les livres délaissés et les mots oubliés. Les miens et ceux des autres.

Me pencher sur le projet d'un livre bleu pour une bibliothèque de carnets insolites au Centre d’action culturelle de la MRC Papineau.
Et je travaille fort pour qu’un plus grand projet encore se réalise enfin. Né d'un livre bleu lui aussi. Bientôt. Ce mois-ci si possible.

Les journées sont trop courtes. Mon corps se fatigue vite. Il a pris un mauvais pli pendant quatre mois pendant lesquels j’ai oublié d’être sérieuse, d’être disciplinée.
Je ne regrette pas. Et je ne tiens pas tant à redevenir sérieuse. À avoir tout le temps le nez dans les livres.

Il n’y a pas que les livres qui soient bleus de soleil et de vie.

Site de Jungho Lee >>>
Site des Libres libres dont le thème 2019 est bleu >>>

mercredi 3 avril 2019

Je vous raconterai mon hiver bleu


En trois jours sur chaussée sèche et ciel plus ou moins couvert,
En deux dodos dans des hôtels, une nouveauté pour nous, habituées aux campings ou cours de Walmart
En 2710 kilomètres
Nous sommes passées du vert et bleu au gris de terre et de ciel.

Quand mes esprits auront retrouvé leurs repères du nord, ce qui peut prendre plusieurs jours, je vous raconterai en mots et en photos mon hiver bleu.
Quatre mois de soleil, de chaleur et d’oiseaux
de sourires, de rires et d’entraide
de musique et de lectures,
de bières et de vins,
parfois d’émotions intenses et de vive amitié,
mais jamais de regrets ni d’ennuis.

vendredi 15 mars 2019

Le 17 mars, racontez-moi l'Irlande

De Bridget et Denis
À Jenny et Philéas
À Léo et Diane
À Michelle et Jacques
Je suis aujourd’hui, ici.

Encore un peu de sang irlandais dans mes veines.
Très peu dans ma langue.
Pas du tout dans mes cheveux ou sur ma peau.
Je n’ai plus leur foi en Dieu ni de relents guerriers
Mais probablement un brin de leur entêtement, et de leur fierté du travail bien fait.
Un peu de nostalgie d’un âge qui n’est plus.

Comme ma mère, Mireille Deguire
J’ai été entre lac et rivières
J’ai été entre ville et village
Je suis maintenant entre terre et mer
Je suis de tête et de cœur
Je suis de ressemblances et de liberté
Je serai de mémoire et de traces.

Extrait du troisième tome, à paraître… ou non

Deux romans dans lesquels les personnes ont changé de nom, sont devenus des personnages qui racontent leurs tribulations et leurs amours. Ils sont encore disponibles sur les sites de librairies, dans les bibliothèques et en numérique.

Le troisième… les éditeurs préfèrent les primoromanciers, les universitaires en création littéraire. Il faut des contacts que je n’ai plus. Il faut rejoindre un lectorat jeune. Il faut des mots franglais qui ne sont pas et ne seront jamais les miens.

À défaut de prédire l’avenir, de savoir où mon bateau accostera, j’offre un peu de mon passé : deux livres publiés en 2011 et en 2015, qui relatent des vies de 1847 à 1963 et qui peuvent très bien être lus pendant encore bien des années.

Bonne Saint-Patrick.