mardi 31 décembre 2019

Dernier jour de 2019

La photo de 2019 : ce n’est pas chez nous, ce ne fut que quelques jours, mais elle représente cette paix recherchée :
un jour de ciel bleu, un petit vent chaud, la mer, la vie
  à deux, un bon livre.

Dernier jour de l’année. Trente-quatrième billet de l’année. La plus petite en terme de publication de billets. Essoufflement? Fatigue intellectuelle? Plutôt un rythme de vie différent. Quatre mois en Floride apportent des amitiés nouvelles et donc beaucoup de bavardage social qui se poursuit le reste de l’année.

Si je parle plus, corollaire : j’écris moins, je lis moins.
De 2019, je retiens trois titres : Lambeaux de Charles Juliet, Les Foley d’Annie-Claude Thériault et Anne Hébert, vivre pour écrire de Marie-Andrée Lamontagne.
En 2019, après quatre ans de réécritures, d’attentes, d’envois, d'espoir et de désillusions, j’aurai pris la décision d’autopublier Héritages Les têtes dures.
Il y eut la vente de notre Roadtrek donc moins de voyages ici et là, de camping dans les parcs, de petits feux de camp le soir. Mais heureusement, encore de belles rencontres amicales avec des campeurs rencontrés au fil des ans.
Il y eut ces vingt aller-retour à Saint-Laurent en octobre et novembre et deux grippes (je ne pensais pas que c’était possible) en décembre qui ont grugé temps et énergie.
Il y a eu le décès de très bons amis, mais aussi un mariage.
Mais comme toujours, je ne garderai en mémoire que le meilleur : le ciel bleu, les folies et les rires, les chansons et la musique de la Floride; les fêtes, les bons repas en famille; le doux temps de vivre près d’un arbre, d’un oiseau.

Que me réserve 2020? Je ne veux pas le savoir.
Ce que je me souhaite? Rien d’autre que la paix. Celle du cœur, de l’esprit. Celle du corps aussi.
Ce que je vous souhaite : le meilleur.



jeudi 19 décembre 2019

Anne Hébert, écrire pour vivre

1966, 16 ans. Collège Basile-Moreau, Belles-lettres. Un petit bout de femme se plante devant les étudiantes. La plupart des élèves remarquent la jupe. Une jupe que les sœurs Sainte-Croix — encore vêtues de leur long costume noir et blanc—, doivent trouver bien courte. Je remarque plutôt les titres des deux livres : Salut Galarneau de Jacques Godbout et Les chambres de bois d’Anne Hébert.

Enfin des Québécois — peut-être disions-nous encore des Canadiens-français. Après Villon, Racine, Corneille, Musset, Lamartine, enfin le 20e siècle, enfin notre littérature.

Mon père ayant commencé à fréquenter les lancements, j’avais entendu parler de Nicole Brossard, Claire Martin, entre autres, et chez nous, nous avions des livres de Hubert Aquin, Gaston Miron, mais d’Anne Hébert, point de souvenirs.

C’est donc en classe que j’ai découvert, lu, analysé Les chambres de bois. Grâce à un professeur qui a osé.

Aussi un peu grâce à une professeure, Jeanne Lapointe, que les manuscrits de Anne Hébert se sont retrouvés dans les mains d’éditeurs. D’ailleurs la magnifique et richement documentée biographie de Marie-Andrée Lamontagne ne fait pas que le récit chronologique d’une vie, il y est aussi question du monde des éditions au Québec, en France.

La lecture de la biographie d’Anne Hébert a confirmé mon opinion qu’un écrivain devient soit populaire par le nombre de ses lecteurs soit littéraire par la foi d’un ou des éditeurs, et si en plus les critiques publient dans leurs revues, si les professeurs en parlent à leurs étudiants, si les prix affluent, c'est la consécration. J’en conclus qu’un auteur, même s’il est seul quand il écrit, même si son style est pauvre ou riche, original ou démodé, il faut des contacts, des personnes qui croient en lui, qui publient, qui promeuvent ses livres. Dès le départ, son père Maurice Hébert l’a encouragée. Elle a côtoyé son cousin Saint-Denys Garneau, Paul Flamand, Jean LeMoyne qui permettront la publication de ses premiers poèmes (Songes en équilibre). Elle a pu rencontrer Jean Cayrol des éditions du Seuil. Chaque fois les bonnes personnes, au bon moment.

Dès le départ, j’aime les biographies. Celles des écrivains encore plus : Gabrielle Roy, Colette, Marguerite Yourcenar, Virginia Woolf… alors c'est certain, j'ai tout aimé dans ce livre qui fait plus de 500 pages. : l’histoire de ses ancêtres et de sa famille, les lieux décrits que ce soit en France ou au Québec, la terrible tuberculose qui sévissait, qui menaçait à peu près tout le monde, le monde clos des éditions, des subventions. Apprendre un peu de sa vie sentimentale, son amour pour le Français Roger Mame, ses amitiés pour Monique Bosco, Jeanne Lapointe et quelques autres, fidèles, présentes jusqu’à la fin.

J’ai revu Paris, j’ai senti le froid humide de janvier, la chaleur des mois d’août. Marie-Andrée Lamontagne aurait pu écrire une thèse pour le Centre Anne-Hébert, pour notre plus grand bonheur, elle a écrit une biographie qui se lit comme un roman. On vit avec Anne Hébert, on souffre, on marche, on voyage, on angoisse. On admire, on est nostalgique d’un temps qui n’existe plus.

Et on a le goût de relire tous les écrits d’Anne Hébert, spécialement ses romans quant à moi. J’ai même été surprise de voir qu’elle était décédée en 2000. Très discrète, très réservée, fuyant les mondanités et surtout en vivant une bonne quarantaine d’années en France, étudiée en classe et associée à son cousin Saint-Denys Garneau mort en 1943, j’ai longtemps eu l’impression qu’elle avait vécue avant ma naissance ou en tout cas avant que je l’étudie en Belles-Lettres.

Bien sûr, j’ai revu ma vie d’auteure. Je me suis reconnue à quelques occasions.
« Je crois que les plus grandes contraintes sont celles qu’on s’impose à soi-même »
« C’est parfois dur d’être écrivain. C’est tellement exigeant. Et l’on n’a pas le droit de s’en faire accroire. Je veux être honnête avec moi-même et payer le prix de cette honnêteté indispensable. Mais je me demande (surtout lorsque ça ne va pas) si le prix n’est pas le silence [,si] tout du silence (ne plus écrire) n’est que l’appel de la lâcheté tout simplement. »
Je retiens  « le silence n’est que l’appel de la lâcheté. » Question : après la publication de mon dernier roman, Les têtes dures, j’ai senti comme la fin d’un long cycle d’écriture. Je n’avais plus rien à dire. Est-ce lâcheté? Ce serait mon genre. Qu’importe. L’heure n’est plus aux questions, même si la lecture de la biographie de Marie-Andrée Lamontagne m’en a soufflé quelques-unes, je n’ai plus envie de chercher des réponses.

En revanche, j’ai toujours plaisir à lire des biographies qui nous offrent des réponses à tout ce monde sur la création, l’écriture, la publication, la vie d’un écrivain, le monde des éditeurs, des prix littéraires. De surcroît si ce sont des Québécois.es.

Une semaine déjà que j’ai lu la dernière page (j’ai beaucoup aimé le dernier chapitre plus personnel de l’auteure) et encore profondément imprégnée de la vie d’Anne Hébert, je suis bien incapable de lire autre chose. Comme après une rencontre marquante, je repasse dans mon esprit tout ce que j’ai lu. Je savoure ce que j'ai goûté.

Les testaments de Margaret Atwood attendront encore un peu.

mardi 19 novembre 2019

42-32

42-32.
Ça pourrait être le titre d’un roman ou d’une nouvelle.
Ce sera… c’est le titre d’un billet de blogue.

Je vis avec une personne qui fait du glaucome depuis des années. Examen annuel, examen du champ de vision. Trois sortes de gouttes depuis une bonne dizaine d’années. Bien contrôlé faut croire. Rien pour l’empêcher de conduire, de voyager, de lire. De vivre normalement. Elle aurait cru que les problèmes seraient plutôt venus du côté de son arthrite psoriasique dont elle souffre depuis plus de trente ans et qui lui gèle les mains dès qu’il fait 0 degrés dehors.

Tellement heureuse de son séjour de quatre mois en Floride l’hiver dernier, elle en voulait cinq cette année. Pour éviter le stress des routes enneigées au nord, pour vivre le plaisir, la vie de groupe, être dehors, chanter, rire, surtout rire, le départ prévu:  le 4 novembre.

En juin, examen annuel chez son ophtalmo de Gatineau (oui, retenir qu’elle est de l’Outaouais, cette région collée sur l’Ontario).
Rendez-vous sera pris en septembre chez un spécialiste du glaucome… à Ottawa.
Ça doit pas être trop grave si ce n’est que dans trois mois, qu’elle se dit.

24 septembre : Ottawa, donc. À 75 minutes de la maison. Examens. Champ de vision 60 %. Plus de noir que de blanc dans l’illustration. Pas fameux. Bonne nouvelle, le nerf optique pas trop atteint. Il faut opérer. Pratiquer une petite ouverture pour que l’humeur aqueuse s’évacue. L’humeur prend une débarque.
— Puis-je partir en Floride et me faire opérer dans six mois?
— Non, pas avant Noël c'est certain, c’est urgent, si on ne fait rien, à votre retour, vous aurez perdu votre œil. En attendant de vous opérer, je vous prescris du Diamox (tout le monde l’appelle Diamant comme si c’était la pilule précieuse, magique qui règle tout).

Mauvaise nouvelle : l’ophtalmologiste se fait taper sur les doigts parce qu’il opère trop de Québécois à l’hôpital Monfort d'Ottawa. Il voudrait bien opérer à Gatineau, mais il faut qu’il renouvelle d’abord sa licence. Donc impossible de fixer une date pour l’opération.
Dès que possible d’ici deux mois. Calcul rapide : 24 octobre, 24 novembre. Trop tard. Elle veut partir début novembre. Ah! si le rendez-vous avait été en juillet, mais voilà, le système public, c'est ça: long de temps, long d'attente, long de doute.

Pas de panique. Tout un mois pour trouver une solution avant de partir.
Elle regarde du côté privé. Cherche et trouve sur Internet. Obtient un rendez-vous rapidement.
Quant au Diamox qui lui donne des effets secondaires, genre confusion (elle se mêle dans les jours, elle répète des phrases qui n’ont jamais été dites, en plus de la fatigue et de la somnolence), la pharmacienne lui obtient une diminution de la dose.

Mercredi 2 octobre : 90 minutes par la 15 quand la circulation est fluide. Quand la circulation est-elle fluide sur la 15? Ou sinon, deux heures par la 40, ville Saint-Laurent, aucune attente. Examens, rencontre avec le spécialiste, explications des traitements : drain dans un, laser dans l’autre. Et oubliez le Diamox. Yé!
Jeudi 3 octobre : opération, pose d’un implant de drainage.
Vendredi 4 octobre : suivi de l’œil gauche et laser dans l’œil droit.
Lundi 7 octobre : le drain a bougé, retour à la salle d’opération.
Mardi 8 octobre : troisième opération, nouvel implant… cette fois c’est réussi.
— Pourrai-je partir pour la Floride début novembre.
— Y a des bonnes chances, oui.

Mercredi 9 octobre : suivi, pression trop basse
Jeudi 10 octobre : tout redevient stable
Vendredi 11 octobre : encore stable
Espoir.

Mercredi 16 octobre : la pression a remonté dans un, stable dans l’autre.
— Pourrai-je partir pour la Floride début novembre?
— on va voir dans une semaine.

Lundi 21 octobre : humeur aqueuse instable, humeur tout court variable aussi. On change de gouttes.
— Pourrai-je partir pour la Floride début novembre?
— Je pars en vacances pour deux semaines, je veux vous voir avant mon départ, on verra alors.

Mercredi 23 octobre, Saint-Lambert (deux heures par la 30). Bien au-dessus du 21 recherché.
— Je ne peux pas vous laisser partir.

Prescription de Diamox (Oui, oui, ce médicament qui la rend confuse et somnolente. Demi-dose alors).
— On se revoit le 13 novembre, à mon retour de vacances.

On fait un x sur le départ du 4 novembre. On averti ami. e. s et famille. On garde le moral, qu’est-ce que c’est dix jours! L’an dernier on était parti le 24 novembre.

Le 7 novembre, il tombe 12 cm de neige. Ouf! pas de rendez-vous.
Matin blanc, matin beau. Belle lumière.
Mais tout de suite, inquiétude : dans l’espoir de partir pour le sud, je n’ai pas fait poser mes pneus d’hiver. Le stress monte d’un cran.
On commence nos bagages. On remplit l'auto. On regarde les conditions routières de l’Ontario et de l’état de New-York. Si on a l’accord du docteur, on vise le jeudi ou le samedi. Les routes devraient être sèches.

Mercredi 13 novembre :
— Ça s’améliore, je veux vous revoir dans deux mois.
— Pourquoi pas cinq mois? Et le Diamox?
— Si ce n’est pas stable, il faudra penser à une autre petite opération.

Alors, avec ce médecin collaborateur et même la technicienne super efficace, on se met à jaser, comparer les gouttes, discuter des problèmes possibles, penser à passer un examen en Floride, trouver un « Eye Center » près de mon RV Resort, prendre l’avion, revenir à Montréal une ou deux semaines.

— Arrêtez le Diamox, essayez ces nouvelles gouttes, et revenez lundi matin avec tous vos bagages, vous pourriez partir de Ville Saint-Laurent…

On distribue (encore) nos au revoir, on assiste à des funérailles d’une amie très chère. On se dit qu’il faut vivre chaque moment. On se dit que le glaucome n’est pas la mort.

Lundi 18 novembre, 11 heures : 42-32.
Mon cœur arrête de battre. Je sais. On part pas.
— Je vais vous opérer à nouveau. Une petite fistule (ouverture) pour que le liquide s’échappe.
On ne pose plus de questions. On ne demande plus combien de temps.

De retour à la maison, on parle, on pleure un peu, on communique (encore) avec nos ami. e. s, ceux et celles déjà rendu. e. s en Floride, ceux et celles du Québec. Par courriel, par Messenger, par téléphone. Mon frère se réjouit : on pourra assister à la fête de dimanche prochain.

On essaie de se convaincre que le bonheur n’est pas qu’en Floride. Qu’on a des ami. e. s aussi au Québec. Qu’on peut rire et chanter aussi au Québec. Même à moins 15!

On marche sur le chemin blanc, on écoute le geai bleu, on regarde les feuilles des hêtres qui s’accrochent.

Demain, mercredi 20 novembre, 8 h 30 : opération
Et ensuite suivi. s.

Hâte d’entendre 21 partout, c'est beau. 
Entendre : on se revoit dans x mois.
Et sinon.
Je suis née dans un pays de quatre saisons, de neige en novembre, de chaleur en juillet. De ciel bleu, de nuages noirs et de grands champs blancs.
Je vis dans un temps où les ami.e.s sont au bout de mes doigts sur le clavier, peu importe qu'il y ait palmiers ou érables.

jeudi 31 octobre 2019

Demain, novembre. Accepter.


Je pense que va falloir que je finisse par accepter.
D’abord m’en rendre compte.
Cesser de résister.
Je vieillis.

Non, c’est pas que je me sente vieille, mais je vieillis, oui. Mais pas que ça, pas que le genou douloureux, pas que les cheveux grisonnants, pas que la peau plissée. Pas que les morts autour de moi.

Non, avouer que je ne suis plus dans le coup. Plus dans le corps ni surtout dans la tête de l’auteure qui veut écrire, qui veut être publiée. Qui a une carrière. Qui exerce un métier.

Oui, j’ai été la fille capable de monter des petits sites Internet, de créer un blogue, de faire la mise en page de livres, de préparer des affiches, des dépliants… mais je suis de moins en moins intéressée à apprendre comment migrer de Blogger à Worpress, comment changer un PDF en epub, comment obtenir de nouveaux revenus.

Tout ça pourquoi? Pour me croire encore dans l’coup? Pour me sentir encore utile, avoir encore des travaux à remettre? Surveiller les événements littéraires, les salons du livre. Comme si j’y allais.
C’est pas que je renonce, c’est que je suis de moins en moins intéressée à cette vie sociale.
Les fesses déjà sur une autre chaise. Celle de la retraite.

Oui, je sais, il y a des femmes et des hommes qui, à mon âge, publient leur premier livre, qui entament une nouvelle carrière.
La mienne de retraite portera les couleurs du dehors : le bleu l’été, le sud en hiver, la nature.
Parler, écouter, voir, sentir autre chose.

Il me vient des relents de si…
Si je restais à Gatineau, si je ne partais pas… et si je voulais.
Je ne veux plus. Ou en tout cas de moins en moins. Transition, détachement.
Et je fous rien. Plus le goût de rien faire. Plus le goût d’être dans le monde de la performance, de la compétition, de l’utilité à tout prix.

Le rhododendron est recouvert de sa coquille hivernale, les fleurs coupées, les gouttières vidées. Le vélo rangé.
J’attends.
Demain, novembre. Il n’y a plus ni jaune ni rouge et pas encore de blanc. Un mois mort.
Automne de ma vie.
Non seulement accepter, mais surtout, un peu plus chaque jour, choisir d’être en retrait, et y trouver couleurs, joie de vivre et petits plaisirs.

vendredi 18 octobre 2019

Les Foley, c'est...

Les Foley
C’est un format que j'aime et une couverture invitante.

Les Foley, c’est Annie-Claude Thériault que j’ai connue sur Le Bateau-Livre de 2017. J’avais lu La fille de l’Allemand, elle voulait lire mes Têtes rousses. Parce que l’Irlande justement. Elle voulait déjà en parler. C’était déjà Les Foley.

C’est une histoire qui commence à Micsou, au Nouveau-Brunswick en 2019 et qui se termine au même endroit.

C’est l’Irlande. Pas vraiment l’Irlande le pays, quoique oui aussi, mais un portait de cinq femmes, de mère en fille.

Les Foley, c'est une plante, la Sarracenia purpurea, prétexte génial et lien entre les générations :
« Parce qu’au-delà de la Sarracenia purpurea, c’était quelque chose de ma mère que je souhaitais retrouver. N’importe quoi.
Mais au moins un sillon. »
Plus encore que la plante, Les Foley, c’est aussi un coléoptère, un doryphore.
« un minuscule insecte beige, éclatant. Beige, scintillant. Beige presque orange. Avec des lignes noires sur le dos. »
Un doryphore que je connais bien puisque, là où je vis, je suis entourée de champs de pommes de terre. Comme mon ancêtre Bridget Bushell. Comme Evelyne Foley.

Un doryphore qui représente « la guigne » pour Evelyne Foley, cette grand-mère qui fera partir fils et petits-fils en Amérique. En 1847. Parce que la famine, la misère, la mort, la « guigne ». Elle aurait voulu que sa petite-fille parte elle aussi, mais cette petite ne veut quitter ni tantes, ni grand-mère ni l’Irlande.

Les Foley, ce sera ensuite le Nouveau-Brunswick, l’Acadie, l’histoire d’Evangéline. Mais aussi les pères absents, les hommes violents. La cruauté de la vie. Les enfances blessées.

Les Foley, cinq générations, cinq descendantes qui cuisinent le stew et le caramel pendant que les pères et les frères boivent du whisky. Beaucoup d'odeurs et de couleurs dans Les Foley.

Les Foley, c’est encore plus un style tout à fait contemporain dans la répétition des mots, le martèlement des phrases courtes, des phrases sans verbe ou seulement un verbe. L'atmosphère qui en résulte « évoque Emily Dickinson ou les sœurs Brontë » selon la journaliste Manon Dumais dans Le Devoir

Et puis, toujours il y a les mères, les femmes, le manque.
« Je me suis levée complètement obsédée arc cette Clara qui connaissait ma mère. C’était clairement ce que j’avais espéré en venant ici : retrouver quelque chose d’elle. Une trace. Un nom. Mon récit. Son sillon. Je ne sais pas. Elle ne m’avait rien laissé, ma mère, ni d’elle, ni de son histoire, ni de mes grands-parents. »
Et Laura apprendre l’histoire des femmes Foley. Elle aura trouvé son rivage. « C’était un accostage ».

Une fois le livre refermé, je pars marcher sur le chemin bordé de champs de pommes de terre. Temps de la récolte, temps des rouges et des orangés si beaux si forts cette année. Très peu de doryphores cette année.

Les Foley m’ont rappelé tous ces Irlandais venus en Amérique pour vivre mieux, pour ne pas disparaître. Qui, comme moi, veulent laisser des sillons.

mardi 17 septembre 2019

Un été à lire Un été chez les hommes

L’été tire à sa fin, le 23 septembre officiellement. Avant, j’aurais déjà retrouvé une certaine discipline, comme du temps des rentrées scolaires.

Discipline, routine, marcher droit. Mais rien n’est comme avant. Je marche tout croche, en regardant partout. Devenue assidue à ma tablette et toutes ces petites icônes racoleuses, en comparaison avec cet «avant», j’ai perdu beaucoup d’intérêt pour mes passions habituelles. Je lis moins, je babille plus que je discute.

Alors que les feuilles commencent à rougir, j’ai pourtant réussi à terminer la lecture d’Un été sans les hommes de Siri Hustvedt.

D’abord pour l’auteure. Un nom — imprononçable — pareil, ça attire ou ça rebute. Je sais depuis plusieurs années que c’est une Américaine et que ses histoires touchent bien souvent un monde universitaire, ce qui n’est pas pour me déplaire, bien au contraire. Il me semble avoir déjà lu Tout ce que j’aimais, mais aucune trace.

Et puis sur la quatrième couverture, il était écrit « en forme de lecture de soi ». Ce genre de formule qui m’attire, qui m’interpelle. J’ai acheté.

Heureusement, j’avais acheté le livre version papier. Sinon, en numérique ou en prêt, je crois bien que trois semaines ne m’auraient pas suffi pour terminer la lecture. Non parce que le livre est ennuyeux, mais pour les raisons précédemment décrites : je procrastine, je me laisse happer par le web, je bavarde, je vais ici et là, au bout de quinze minutes, peu importe l’activité, je pense déjà à autre chose. Mais aussi un peu parce que si les premières pages sont fort intéressantes, le rythme ralentit ou plutôt s’installe, les propos plus théoriques — quoique bien documentés et intégrés dans la fiction — m’ont paru un peu longuets. Et puis, était-ce le calme dans ma tête, j’ai dévoré les cent dernières pages.

Voici l’histoire : Mia, est une femme poète et enseignante, elle entre à l’hôpital après que son mari demande une pause (d’ailleurs belle idée, elle appellera la rivale, Pause). Elle suit une thérapie et pendant un été, elle vivra dans une maison de retraite auprès de sa mère et de quelques veuves.
« Quelque temps après qu’il eut prononcé le mot pause, je devins folle et atterris à l’hôpital. Il n’avait pas dit Je ne veux plus jamais te revoir; ni : C’est fini, mais, après trente années de mariage, pause suffit à faire de moi une folle furieuse ».
Il y est question d’infidélité, de féminisme, d’enseignement, de poésie et oh! plaisir, de club de lecture.

On sent que l’auteure (ne comptez pas sur moi pour adopter «autrice») aime beaucoup Jane Austen. En parlant de Persuasion elle fait dire à Mia : 
« La plume qui a écrit ces mots se trouvait dans la main d’Austen et quelle main élégante c’était là. L’écriture de cette femme a toute la clarté et la précision de sa prose. »
Quant à son mari volage, les lecteurs apprennent à le connaître par des retours sur leur passé, leurs débuts, leurs complicités. Elle réussit à lui écrire. Au début quelques lignes, puis, comme leur fille garde le contact avec ses deux parents et sert d'intermédiaire, les messages s’allongent.

Les relations avec sa mère et les femmes de la maison de retraite, les cours de poésie que Mia donne à des adolescentes lui permettent cette « lecture de soi » et elle pourra ainsi sortir de cette dépression et revenir à elle-même.

Ce que j’ai aimé également, c’est que Siri Hustvedt s’adresse directement au lecteur. Pas trop, juste assez. Comme si elle levait les yeux et en voyant qu’on ne suit pas très bien, elle nous rattrape le temps de « Cher Lecteur » ou un « comme vous voyez ». On se rapproche on prête l’oreille, on écarquille les yeux et on la suit dans sa quête et dans son « Été sans les hommes ».

vendredi 13 septembre 2019

Journées de la culture:
je serai à la Librairie Rose-Marie


Dans le cadre des Journées de la culture, j'aurai le plaisir d'être à la Librairie Rose-Marie de Buckingham (Gatineau), le samedi 28 septembre de 10h00 à 16h30.

Pour vous présenter le dernier tome de ma saga sur mes ancêtres irlandais.
Pour vous jaser.
Pour acheter d'autres livres dont Les Foley d'Annie-Claude Thériault. Il y est également question d'Irlandais.
Pour me sentir encore écrivain.
Au moins une journée.

Lien vers l'activité décrite dans le site des Journées de la culture >>>



lundi 9 septembre 2019

UQAM: 50 ans



L’UQAM a 50 ans.
Je n'ai fréquenté ni le cégep ni l'Université du Québec, mais j'ai assisté à leur naissance. De très près: j'ai monté les marches de leurs édifices, je me suis assise dans leurs locaux.

En 1966-1967, c’était l’année de l’Expo. C’était l’apparition des premiers cégeps. J’étais en Belles-Lettres au collège Basile-Moreau, ville Saint-Laurent. Je coulais en latin, je coulais en dissertation (moi et les petites fiches, la méthodologie, les arguments, j’ai toujours préféré l’imaginaire), je n’allais plus à la messe, je lisais Simone de Beauvoir, je ne rêvais que de vélo et de ski.

Mon frère, Serge Lamarche, délaisse le cours classique et choisit l’école normale Ville-Marie.
En tant que représentant de la Fédération des étudiants-maîtres de l’état du Québec, il fait partie de la Mission de coordination des institutions de formation des maîtres. Il parcourt la province, visite les écoles, conteste activement, assiste à ses cours rarement, et travaille à la naissance de l’UQAM… vaillamment.

Je n’hésite pas longtemps, fini le cours classique pour moi également, je choisis l’école normale Jacques-Cartier, celle située dans le parc Lafontaine et qui n’était jusqu’alors réservée qu’aux garçons.

Deux ans de vélo, d’autobus et de métro pour me rendre à cette école où mon père et mon oncle avaient fait leurs études dans le vieil édifice qui avait pris en feu en 1948 et reconstruit en 1952. Trois filles dans une classe de vingt-huit garçons, je me faufile dans les premières, ce qui ne m’était pas arrivé depuis le primaire.

En septembre 1969, pour ma dernière année de formation, je reviens à ville Saint-Laurent, j’arpente les mêmes corridors quittés deux ans plutôt, je travaille à la bibliothèque située dans une ancienne chapelle. En effet, avant de devenir le cégep Vanier, Basile-Moreau accueille pour un an le Centre de transition et de perfectionnement de la formation des maîtres qui regroupe les écoles normales Jacques-Cartier et Ville-Marie. L’édifice du parc Lafontaine devient le pavillon Lafontaine pendant une bonne vingtaine d’années.

Mon frère et moi obtenons notre Brevet A et automatiquement notre baccalauréat en pédagogie décerné par l'Université de Montréal.
Il poursuivra ses études en administration.
Je renonce à mes études en littérature, je choisis la campagne et je commence à enseigner.

En 1969, Serge Lamarche publie un petit livre qui figure encore dans les bibliographies de travaux universitaires : L’Université du Québec, Lidec, Montréal.

En 2019, cinquante ans plus tard, j’édite un roman dans lequel le personnage de Dominique Bricault raconte cette période de grand changement dans l’éducation.

dimanche 1 septembre 2019

Finis les petits voyages tranquilles à deux

Vue de notre site loué à Rimouski
Tu pars pour une dizaine de jours, tu roules dans ton HRV bien rempli, tu penses que tu ne vas qu’à Rimouski, tu crois n’être que deux, tu as l’impression de ne pas avoir pris de photos, tu as bien l’intention de lire et d’écrire.

Finalement tu es partie dix-neuf jours.
Tu reviens avec un CRV. 
Tu as bourlingué de Saint-Casimir à Rimouski, oui, mais en passant par LaMalbaie, Sainte-Luce-sur-Mer, Sainte-Flavie, et au retour, tu t’es perdue dans les cônes de Montréal, tu as retrouvé ton chemin grâce à tes souvenirs de ville Saint-Laurent où tu as déjà habité. 
Tu as jasé, mangé, bu pendant deux jours avec quatre amis caravaniers de longue date.
Tu as joué, chanté, jasé et tellement ri pendant deux jours avec une trentaine de snowbirds rencontrés en Floride l’hiver dernier.
Tu as aidé deux nouvelles amies à peinturer un toit, recouvert des bouchons.
Tu as revu des membres de la famille de ta plus vieille amie qui vient de perdre son mari.
Tu as lu un livre et demi, écrit trois lignes.

Et ça fait deux heures que tu tries tes 174 de photos (ah! ces téléphones à portée de main!) en rêvassant aux belles journées que tu as vécues, aux émotions que tu as éprouvées... et aux nouveaux livres qui seront bientôt en librairie. Sans compter que tu espères que ce blogue ne mourra pas faute de l'alimenter, tellement ta vie sociale est mouvementée.

Quelques photos des lieux.

Quai de Grondines
Domaine Forget à La Malbaie

La Malbaie
La Malbaie

Port-au-Persil, doux souvenir au temps des symposiums de peinture

Parc du Bic
Notre résidence pour quelques jours, à Rimouski





lundi 19 août 2019

Ressacs de France Martineau: mon 12 août

Ressacs, ce fut l’achat de mon 12 août.
Depuis longtemps, j’adore les livres des Éditions Sémaphore. Pour le format, le graphisme des couvertures… et le contenu.

Le billet du bloque d’Yvon Paré m’a intriguée. Une fois à la Librairie Rose-Marie de Buckingham, je me suis souvenu. J'ai cherché.

Sur la 4e couverture, les mots : Gatineau (je reconnaîtrai des lieux, des noms de rues), professeur de linguistique (un sujet qui me fascinera toujours), l’écho des voix du passé (mes trois derniers romans ne sont-ils pas que ça : des échos du passé?) à travers les lettres et journaux personnels (à me demander ce que je jette, ce que je conserve)… ont achevé de me convaincre de l’acheter.


Entre deux marées, entre soleil et brume, j’ai lu. Avidement.
Un récit comme je les aime. Lors du décès de sa mère et puis de son père, à partir de quelques objets, comme un métier à tisser, une boîte bleue (on pourrait faire une thèse que les objets bleus dans les romans), un cahier et même un chat, France Martineau cherche à comprendre pourquoi sa mère ne l’aimait pas, pourquoi son père l’a agressée.

Je n’ai pas senti la victime coléreuse, vindicative. J’ai senti l’enfant blessée, rejetée. Je me suis revue devant ma mère mourante, je me suis revue assise devant tous les documents et livres que mon père m’a laissés.

Je n’ai pas lu des mots crus, des mots parlés, des mots durs des jeunes auteur. e. s.
Tout ce que j’aime : des phrases bien écrites, dans ce français que j’ai appris, qui glisse et caresse, des phrases qui touchent, qui frappent :
« Suivait cette phrase : “Jamais nous ne l’oublierons” C’était la seule qui soit vraie, et c’était la seule que j’aurais voulue fausse. »
J’ai aimé aussi non parce que j’ai vécu avec mes parents ce qu’elle a vécu avec les siens, sauf peut-être pour le refuge dans les bibliothèques — mais pas pour les mêmes raisons. Mais j’ai reconnu les sentiments du rejet. Ceux du doute, ceux du questionnement, ceux qui peuvent nous blesser pour la vie si on n’y prend pas garde. Et le besoin d’en parler, de les écrire pour ne pas en mourir.

Je me demande encore comment je n’ai pas pu avoir déjà lu Bonsoir la muette qui a précédé ce récit. J’y remédierai bientôt.

Le soleil est revenu, l’été n’est pas fini.
Encore beaucoup à lire. Et comme j’écris moins, j’apprécie d’autant les écrits de ceux et celles qui ont le courage et la persévérance de poursuivre.
Les écrivain.e.s québécois surtout.