mardi 19 novembre 2019

42-32

42-32.
Ça pourrait être le titre d’un roman ou d’une nouvelle.
Ce sera… c’est le titre d’un billet de blogue.

Je vis avec une personne qui fait du glaucome depuis des années. Examen annuel, examen du champ de vision. Trois sortes de gouttes depuis une bonne dizaine d’années. Bien contrôlé faut croire. Rien pour l’empêcher de conduire, de voyager, de lire. De vivre normalement. Elle aurait cru que les problèmes seraient plutôt venus du côté de son arthrite psoriasique dont elle souffre depuis plus de trente ans et qui lui gèle les mains dès qu’il fait 0 degrés dehors.

Tellement heureuse de son séjour de quatre mois en Floride l’hiver dernier, elle en voulait cinq cette année. Pour éviter le stress des routes enneigées au nord, pour vivre le plaisir, la vie de groupe, être dehors, chanter, rire, surtout rire, le départ prévu:  le 4 novembre.

En juin, examen annuel chez son ophtalmo de Gatineau (oui, retenir qu’elle est de l’Outaouais, cette région collée sur l’Ontario).
Rendez-vous sera pris en septembre chez un spécialiste du glaucome… à Ottawa.
Ça doit pas être trop grave si ce n’est que dans trois mois, qu’elle se dit.

24 septembre : Ottawa, donc. À 75 minutes de la maison. Examens. Champ de vision 60 %. Plus de noir que de blanc dans l’illustration. Pas fameux. Bonne nouvelle, le nerf optique pas trop atteint. Il faut opérer. Pratiquer une petite ouverture pour que l’humeur aqueuse s’évacue. L’humeur prend une débarque.
— Puis-je partir en Floride et me faire opérer dans six mois?
— Non, pas avant Noël c'est certain, c’est urgent, si on ne fait rien, à votre retour, vous aurez perdu votre œil. En attendant de vous opérer, je vous prescris du Diamox (tout le monde l’appelle Diamant comme si c’était la pilule précieuse, magique qui règle tout).

Mauvaise nouvelle : l’ophtalmologiste se fait taper sur les doigts parce qu’il opère trop de Québécois à l’hôpital Monfort d'Ottawa. Il voudrait bien opérer à Gatineau, mais il faut qu’il renouvelle d’abord sa licence. Donc impossible de fixer une date pour l’opération.
Dès que possible d’ici deux mois. Calcul rapide : 24 octobre, 24 novembre. Trop tard. Elle veut partir début novembre. Ah! si le rendez-vous avait été en juillet, mais voilà, le système public, c'est ça: long de temps, long d'attente, long de doute.

Pas de panique. Tout un mois pour trouver une solution avant de partir.
Elle regarde du côté privé. Cherche et trouve sur Internet. Obtient un rendez-vous rapidement.
Quant au Diamox qui lui donne des effets secondaires, genre confusion (elle se mêle dans les jours, elle répète des phrases qui n’ont jamais été dites, en plus de la fatigue et de la somnolence), la pharmacienne lui obtient une diminution de la dose.

Mercredi 2 octobre : 90 minutes par la 15 quand la circulation est fluide. Quand la circulation est-elle fluide sur la 15? Ou sinon, deux heures par la 40, ville Saint-Laurent, aucune attente. Examens, rencontre avec le spécialiste, explications des traitements : drain dans un, laser dans l’autre. Et oubliez le Diamox. Yé!
Jeudi 3 octobre : opération, pose d’un implant de drainage.
Vendredi 4 octobre : suivi de l’œil gauche et laser dans l’œil droit.
Lundi 7 octobre : le drain a bougé, retour à la salle d’opération.
Mardi 8 octobre : troisième opération, nouvel implant… cette fois c’est réussi.
— Pourrai-je partir pour la Floride début novembre.
— Y a des bonnes chances, oui.

Mercredi 9 octobre : suivi, pression trop basse
Jeudi 10 octobre : tout redevient stable
Vendredi 11 octobre : encore stable
Espoir.

Mercredi 16 octobre : la pression a remonté dans un, stable dans l’autre.
— Pourrai-je partir pour la Floride début novembre?
— on va voir dans une semaine.

Lundi 21 octobre : humeur aqueuse instable, humeur tout court variable aussi. On change de gouttes.
— Pourrai-je partir pour la Floride début novembre?
— Je pars en vacances pour deux semaines, je veux vous voir avant mon départ, on verra alors.

Mercredi 23 octobre, Saint-Lambert (deux heures par la 30). Bien au-dessus du 21 recherché.
— Je ne peux pas vous laisser partir.

Prescription de Diamox (Oui, oui, ce médicament qui la rend confuse et somnolente. Demi-dose alors).
— On se revoit le 13 novembre, à mon retour de vacances.

On fait un x sur le départ du 4 novembre. On averti ami. e. s et famille. On garde le moral, qu’est-ce que c’est dix jours! L’an dernier on était parti le 24 novembre.

Le 7 novembre, il tombe 12 cm de neige. Ouf! pas de rendez-vous.
Matin blanc, matin beau. Belle lumière.
Mais tout de suite, inquiétude : dans l’espoir de partir pour le sud, je n’ai pas fait poser mes pneus d’hiver. Le stress monte d’un cran.
On commence nos bagages. On remplit l'auto. On regarde les conditions routières de l’Ontario et de l’état de New-York. Si on a l’accord du docteur, on vise le jeudi ou le samedi. Les routes devraient être sèches.

Mercredi 13 novembre :
— Ça s’améliore, je veux vous revoir dans deux mois.
— Pourquoi pas cinq mois? Et le Diamox?
— Si ce n’est pas stable, il faudra penser à une autre petite opération.

Alors, avec ce médecin collaborateur et même la technicienne super efficace, on se met à jaser, comparer les gouttes, discuter des problèmes possibles, penser à passer un examen en Floride, trouver un « Eye Center » près de mon RV Resort, prendre l’avion, revenir à Montréal une ou deux semaines.

— Arrêtez le Diamox, essayez ces nouvelles gouttes, et revenez lundi matin avec tous vos bagages, vous pourriez partir de Ville Saint-Laurent…

On distribue (encore) nos au revoir, on assiste à des funérailles d’une amie très chère. On se dit qu’il faut vivre chaque moment. On se dit que le glaucome n’est pas la mort.

Lundi 18 novembre, 11 heures : 42-32.
Mon cœur arrête de battre. Je sais. On part pas.
— Je vais vous opérer à nouveau. Une petite fistule (ouverture) pour que le liquide s’échappe.
On ne pose plus de questions. On ne demande plus combien de temps.

De retour à la maison, on parle, on pleure un peu, on communique (encore) avec nos ami. e. s, ceux et celles déjà rendu. e. s en Floride, ceux et celles du Québec. Par courriel, par Messenger, par téléphone. Mon frère se réjouit : on pourra assister à la fête de dimanche prochain.

On essaie de se convaincre que le bonheur n’est pas qu’en Floride. Qu’on a des ami. e. s aussi au Québec. Qu’on peut rire et chanter aussi au Québec. Même à moins 15!

On marche sur le chemin blanc, on écoute le geai bleu, on regarde les feuilles des hêtres qui s’accrochent.

Demain, mercredi 20 novembre, 8 h 30 : opération
Et ensuite suivi. s.

Hâte d’entendre 21 partout, c'est beau. 
Entendre : on se revoit dans x mois.
Et sinon.
Je suis née dans un pays de quatre saisons, de neige en novembre, de chaleur en juillet. De ciel bleu, de nuages noirs et de grands champs blancs.
Je vis dans un temps où les ami.e.s sont au bout de mes doigts sur le clavier, peu importe qu'il y ait palmiers ou érables.

jeudi 31 octobre 2019

Demain, novembre. Accepter.


Je pense que va falloir que je finisse par accepter.
D’abord m’en rendre compte.
Cesser de résister.
Je vieillis.

Non, c’est pas que je me sente vieille, mais je vieillis, oui. Mais pas que ça, pas que le genou douloureux, pas que les cheveux grisonnants, pas que la peau plissée. Pas que les morts autour de moi.

Non, avouer que je ne suis plus dans le coup. Plus dans le corps ni surtout dans la tête de l’auteure qui veut écrire, qui veut être publiée. Qui a une carrière. Qui exerce un métier.

Oui, j’ai été la fille capable de monter des petits sites Internet, de créer un blogue, de faire la mise en page de livres, de préparer des affiches, des dépliants… mais je suis de moins en moins intéressée à apprendre comment migrer de Blogger à Worpress, comment changer un PDF en epub, comment obtenir de nouveaux revenus.

Tout ça pourquoi? Pour me croire encore dans l’coup? Pour me sentir encore utile, avoir encore des travaux à remettre? Surveiller les événements littéraires, les salons du livre. Comme si j’y allais.
C’est pas que je renonce, c’est que je suis de moins en moins intéressée à cette vie sociale.
Les fesses déjà sur une autre chaise. Celle de la retraite.

Oui, je sais, il y a des femmes et des hommes qui, à mon âge, publient leur premier livre, qui entament une nouvelle carrière.
La mienne de retraite portera les couleurs du dehors : le bleu l’été, le sud en hiver, la nature.
Parler, écouter, voir, sentir autre chose.

Il me vient des relents de si…
Si je restais à Gatineau, si je ne partais pas… et si je voulais.
Je ne veux plus. Ou en tout cas de moins en moins. Transition, détachement.
Et je fous rien. Plus le goût de rien faire. Plus le goût d’être dans le monde de la performance, de la compétition, de l’utilité à tout prix.

Le rhododendron est recouvert de sa coquille hivernale, les fleurs coupées, les gouttières vidées. Le vélo rangé.
J’attends.
Demain, novembre. Il n’y a plus ni jaune ni rouge et pas encore de blanc. Un mois mort.
Automne de ma vie.
Non seulement accepter, mais surtout, un peu plus chaque jour, choisir d’être en retrait, et y trouver couleurs, joie de vivre et petits plaisirs.

vendredi 18 octobre 2019

Les Foley, c'est...

Les Foley
C’est un format que j'aime et une couverture invitante.

Les Foley, c’est Annie-Claude Thériault que j’ai connue sur Le Bateau-Livre de 2017. J’avais lu La fille de l’Allemand, elle voulait lire mes Têtes rousses. Parce que l’Irlande justement. Elle voulait déjà en parler. C’était déjà Les Foley.

C’est une histoire qui commence à Micsou, au Nouveau-Brunswick en 2019 et qui se termine au même endroit.

C’est l’Irlande. Pas vraiment l’Irlande le pays, quoique oui aussi, mais un portait de cinq femmes, de mère en fille.

Les Foley, c'est une plante, la Sarracenia purpurea, prétexte génial et lien entre les générations :
« Parce qu’au-delà de la Sarracenia purpurea, c’était quelque chose de ma mère que je souhaitais retrouver. N’importe quoi.
Mais au moins un sillon. »
Plus encore que la plante, Les Foley, c’est aussi un coléoptère, un doryphore.
« un minuscule insecte beige, éclatant. Beige, scintillant. Beige presque orange. Avec des lignes noires sur le dos. »
Un doryphore que je connais bien puisque, là où je vis, je suis entourée de champs de pommes de terre. Comme mon ancêtre Bridget Bushell. Comme Evelyne Foley.

Un doryphore qui représente « la guigne » pour Evelyne Foley, cette grand-mère qui fera partir fils et petits-fils en Amérique. En 1847. Parce que la famine, la misère, la mort, la « guigne ». Elle aurait voulu que sa petite-fille parte elle aussi, mais cette petite ne veut quitter ni tantes, ni grand-mère ni l’Irlande.

Les Foley, ce sera ensuite le Nouveau-Brunswick, l’Acadie, l’histoire d’Evangéline. Mais aussi les pères absents, les hommes violents. La cruauté de la vie. Les enfances blessées.

Les Foley, cinq générations, cinq descendantes qui cuisinent le stew et le caramel pendant que les pères et les frères boivent du whisky. Beaucoup d'odeurs et de couleurs dans Les Foley.

Les Foley, c’est encore plus un style tout à fait contemporain dans la répétition des mots, le martèlement des phrases courtes, des phrases sans verbe ou seulement un verbe. L'atmosphère qui en résulte « évoque Emily Dickinson ou les sœurs Brontë » selon la journaliste Manon Dumais dans Le Devoir

Et puis, toujours il y a les mères, les femmes, le manque.
« Je me suis levée complètement obsédée arc cette Clara qui connaissait ma mère. C’était clairement ce que j’avais espéré en venant ici : retrouver quelque chose d’elle. Une trace. Un nom. Mon récit. Son sillon. Je ne sais pas. Elle ne m’avait rien laissé, ma mère, ni d’elle, ni de son histoire, ni de mes grands-parents. »
Et Laura apprendre l’histoire des femmes Foley. Elle aura trouvé son rivage. « C’était un accostage ».

Une fois le livre refermé, je pars marcher sur le chemin bordé de champs de pommes de terre. Temps de la récolte, temps des rouges et des orangés si beaux si forts cette année. Très peu de doryphores cette année.

Les Foley m’ont rappelé tous ces Irlandais venus en Amérique pour vivre mieux, pour ne pas disparaître. Qui, comme moi, veulent laisser des sillons.

mardi 17 septembre 2019

Un été à lire Un été chez les hommes

L’été tire à sa fin, le 23 septembre officiellement. Avant, j’aurais déjà retrouvé une certaine discipline, comme du temps des rentrées scolaires.

Discipline, routine, marcher droit. Mais rien n’est comme avant. Je marche tout croche, en regardant partout. Devenue assidue à ma tablette et toutes ces petites icônes racoleuses, en comparaison avec cet «avant», j’ai perdu beaucoup d’intérêt pour mes passions habituelles. Je lis moins, je babille plus que je discute.

Alors que les feuilles commencent à rougir, j’ai pourtant réussi à terminer la lecture d’Un été sans les hommes de Siri Hustvedt.

D’abord pour l’auteure. Un nom — imprononçable — pareil, ça attire ou ça rebute. Je sais depuis plusieurs années que c’est une Américaine et que ses histoires touchent bien souvent un monde universitaire, ce qui n’est pas pour me déplaire, bien au contraire. Il me semble avoir déjà lu Tout ce que j’aimais, mais aucune trace.

Et puis sur la quatrième couverture, il était écrit « en forme de lecture de soi ». Ce genre de formule qui m’attire, qui m’interpelle. J’ai acheté.

Heureusement, j’avais acheté le livre version papier. Sinon, en numérique ou en prêt, je crois bien que trois semaines ne m’auraient pas suffi pour terminer la lecture. Non parce que le livre est ennuyeux, mais pour les raisons précédemment décrites : je procrastine, je me laisse happer par le web, je bavarde, je vais ici et là, au bout de quinze minutes, peu importe l’activité, je pense déjà à autre chose. Mais aussi un peu parce que si les premières pages sont fort intéressantes, le rythme ralentit ou plutôt s’installe, les propos plus théoriques — quoique bien documentés et intégrés dans la fiction — m’ont paru un peu longuets. Et puis, était-ce le calme dans ma tête, j’ai dévoré les cent dernières pages.

Voici l’histoire : Mia, est une femme poète et enseignante, elle entre à l’hôpital après que son mari demande une pause (d’ailleurs belle idée, elle appellera la rivale, Pause). Elle suit une thérapie et pendant un été, elle vivra dans une maison de retraite auprès de sa mère et de quelques veuves.
« Quelque temps après qu’il eut prononcé le mot pause, je devins folle et atterris à l’hôpital. Il n’avait pas dit Je ne veux plus jamais te revoir; ni : C’est fini, mais, après trente années de mariage, pause suffit à faire de moi une folle furieuse ».
Il y est question d’infidélité, de féminisme, d’enseignement, de poésie et oh! plaisir, de club de lecture.

On sent que l’auteure (ne comptez pas sur moi pour adopter «autrice») aime beaucoup Jane Austen. En parlant de Persuasion elle fait dire à Mia : 
« La plume qui a écrit ces mots se trouvait dans la main d’Austen et quelle main élégante c’était là. L’écriture de cette femme a toute la clarté et la précision de sa prose. »
Quant à son mari volage, les lecteurs apprennent à le connaître par des retours sur leur passé, leurs débuts, leurs complicités. Elle réussit à lui écrire. Au début quelques lignes, puis, comme leur fille garde le contact avec ses deux parents et sert d'intermédiaire, les messages s’allongent.

Les relations avec sa mère et les femmes de la maison de retraite, les cours de poésie que Mia donne à des adolescentes lui permettent cette « lecture de soi » et elle pourra ainsi sortir de cette dépression et revenir à elle-même.

Ce que j’ai aimé également, c’est que Siri Hustvedt s’adresse directement au lecteur. Pas trop, juste assez. Comme si elle levait les yeux et en voyant qu’on ne suit pas très bien, elle nous rattrape le temps de « Cher Lecteur » ou un « comme vous voyez ». On se rapproche on prête l’oreille, on écarquille les yeux et on la suit dans sa quête et dans son « Été sans les hommes ».

vendredi 13 septembre 2019

Journées de la culture:
je serai à la Librairie Rose-Marie


Dans le cadre des Journées de la culture, j'aurai le plaisir d'être à la Librairie Rose-Marie de Buckingham (Gatineau), le samedi 28 septembre de 10h00 à 16h30.

Pour vous présenter le dernier tome de ma saga sur mes ancêtres irlandais.
Pour vous jaser.
Pour acheter d'autres livres dont Les Foley d'Annie-Claude Thériault. Il y est également question d'Irlandais.
Pour me sentir encore écrivain.
Au moins une journée.

Lien vers l'activité décrite dans le site des Journées de la culture >>>



lundi 9 septembre 2019

UQAM: 50 ans



L’UQAM a 50 ans.
Je n'ai fréquenté ni le cégep ni l'Université du Québec, mais j'ai assisté à leur naissance. De très près: j'ai monté les marches de leurs édifices, je me suis assise dans leurs locaux.

En 1966-1967, c’était l’année de l’Expo. C’était l’apparition des premiers cégeps. J’étais en Belles-Lettres au collège Basile-Moreau, ville Saint-Laurent. Je coulais en latin, je coulais en dissertation (moi et les petites fiches, la méthodologie, les arguments, j’ai toujours préféré l’imaginaire), je n’allais plus à la messe, je lisais Simone de Beauvoir, je ne rêvais que de vélo et de ski.

Mon frère, Serge Lamarche, délaisse le cours classique et choisit l’école normale Ville-Marie.
En tant que représentant de la Fédération des étudiants-maîtres de l’état du Québec, il fait partie de la Mission de coordination des institutions de formation des maîtres. Il parcourt la province, visite les écoles, conteste activement, assiste à ses cours rarement, et travaille à la naissance de l’UQAM… vaillamment.

Je n’hésite pas longtemps, fini le cours classique pour moi également, je choisis l’école normale Jacques-Cartier, celle située dans le parc Lafontaine et qui n’était jusqu’alors réservée qu’aux garçons.

Deux ans de vélo, d’autobus et de métro pour me rendre à cette école où mon père et mon oncle avaient fait leurs études dans le vieil édifice qui avait pris en feu en 1948 et reconstruit en 1952. Trois filles dans une classe de vingt-huit garçons, je me faufile dans les premières, ce qui ne m’était pas arrivé depuis le primaire.

En septembre 1969, pour ma dernière année de formation, je reviens à ville Saint-Laurent, j’arpente les mêmes corridors quittés deux ans plutôt, je travaille à la bibliothèque située dans une ancienne chapelle. En effet, avant de devenir le cégep Vanier, Basile-Moreau accueille pour un an le Centre de transition et de perfectionnement de la formation des maîtres qui regroupe les écoles normales Jacques-Cartier et Ville-Marie. L’édifice du parc Lafontaine devient le pavillon Lafontaine pendant une bonne vingtaine d’années.

Mon frère et moi obtenons notre Brevet A et automatiquement notre baccalauréat en pédagogie décerné par l'Université de Montréal.
Il poursuivra ses études en administration.
Je renonce à mes études en littérature, je choisis la campagne et je commence à enseigner.

En 1969, Serge Lamarche publie un petit livre qui figure encore dans les bibliographies de travaux universitaires : L’Université du Québec, Lidec, Montréal.

En 2019, cinquante ans plus tard, j’édite un roman dans lequel le personnage de Dominique Bricault raconte cette période de grand changement dans l’éducation.

dimanche 1 septembre 2019

Finis les petits voyages tranquilles à deux

Vue de notre site loué à Rimouski
Tu pars pour une dizaine de jours, tu roules dans ton HRV bien rempli, tu penses que tu ne vas qu’à Rimouski, tu crois n’être que deux, tu as l’impression de ne pas avoir pris de photos, tu as bien l’intention de lire et d’écrire.

Finalement tu es partie dix-neuf jours.
Tu reviens avec un CRV. 
Tu as bourlingué de Saint-Casimir à Rimouski, oui, mais en passant par LaMalbaie, Sainte-Luce-sur-Mer, Sainte-Flavie, et au retour, tu t’es perdue dans les cônes de Montréal, tu as retrouvé ton chemin grâce à tes souvenirs de ville Saint-Laurent où tu as déjà habité. 
Tu as jasé, mangé, bu pendant deux jours avec quatre amis caravaniers de longue date.
Tu as joué, chanté, jasé et tellement ri pendant deux jours avec une trentaine de snowbirds rencontrés en Floride l’hiver dernier.
Tu as aidé deux nouvelles amies à peinturer un toit, recouvert des bouchons.
Tu as revu des membres de la famille de ta plus vieille amie qui vient de perdre son mari.
Tu as lu un livre et demi, écrit trois lignes.

Et ça fait deux heures que tu tries tes 174 de photos (ah! ces téléphones à portée de main!) en rêvassant aux belles journées que tu as vécues, aux émotions que tu as éprouvées... et aux nouveaux livres qui seront bientôt en librairie. Sans compter que tu espères que ce blogue ne mourra pas faute de l'alimenter, tellement ta vie sociale est mouvementée.

Quelques photos des lieux.

Quai de Grondines
Domaine Forget à La Malbaie

La Malbaie
La Malbaie

Port-au-Persil, doux souvenir au temps des symposiums de peinture

Parc du Bic
Notre résidence pour quelques jours, à Rimouski





lundi 19 août 2019

Ressacs de France Martineau: mon 12 août

Ressacs, ce fut l’achat de mon 12 août.
Depuis longtemps, j’adore les livres des Éditions Sémaphore. Pour le format, le graphisme des couvertures… et le contenu.

Le billet du bloque d’Yvon Paré m’a intriguée. Une fois à la Librairie Rose-Marie de Buckingham, je me suis souvenu. J'ai cherché.

Sur la 4e couverture, les mots : Gatineau (je reconnaîtrai des lieux, des noms de rues), professeur de linguistique (un sujet qui me fascinera toujours), l’écho des voix du passé (mes trois derniers romans ne sont-ils pas que ça : des échos du passé?) à travers les lettres et journaux personnels (à me demander ce que je jette, ce que je conserve)… ont achevé de me convaincre de l’acheter.


Entre deux marées, entre soleil et brume, j’ai lu. Avidement.
Un récit comme je les aime. Lors du décès de sa mère et puis de son père, à partir de quelques objets, comme un métier à tisser, une boîte bleue (on pourrait faire une thèse que les objets bleus dans les romans), un cahier et même un chat, France Martineau cherche à comprendre pourquoi sa mère ne l’aimait pas, pourquoi son père l’a agressée.

Je n’ai pas senti la victime coléreuse, vindicative. J’ai senti l’enfant blessée, rejetée. Je me suis revue devant ma mère mourante, je me suis revue assise devant tous les documents et livres que mon père m’a laissés.

Je n’ai pas lu des mots crus, des mots parlés, des mots durs des jeunes auteur. e. s.
Tout ce que j’aime : des phrases bien écrites, dans ce français que j’ai appris, qui glisse et caresse, des phrases qui touchent, qui frappent :
« Suivait cette phrase : “Jamais nous ne l’oublierons” C’était la seule qui soit vraie, et c’était la seule que j’aurais voulue fausse. »
J’ai aimé aussi non parce que j’ai vécu avec mes parents ce qu’elle a vécu avec les siens, sauf peut-être pour le refuge dans les bibliothèques — mais pas pour les mêmes raisons. Mais j’ai reconnu les sentiments du rejet. Ceux du doute, ceux du questionnement, ceux qui peuvent nous blesser pour la vie si on n’y prend pas garde. Et le besoin d’en parler, de les écrire pour ne pas en mourir.

Je me demande encore comment je n’ai pas pu avoir déjà lu Bonsoir la muette qui a précédé ce récit. J’y remédierai bientôt.

Le soleil est revenu, l’été n’est pas fini.
Encore beaucoup à lire. Et comme j’écris moins, j’apprécie d’autant les écrits de ceux et celles qui ont le courage et la persévérance de poursuivre.
Les écrivain.e.s québécois surtout.

dimanche 4 août 2019

Le curseur clignote


Le curseur clignote.
Mon regard vers la fenêtre, vers l’arbre. J’entends l’oiseau qui pépie.
Rien sur la page blanche.
Un seul billet en juillet.
Non pas le silence dans ma tête, mais plutôt un fouillis. Des aiguilles de pin mêlées aux herbes folles.
Le curseur attend.

Pourtant je lis. Un peu, pas tous les jours.
Sylvie Drapeau, L’enfer et Le ciel. Le frère, le petit dernier dans l’enfer de la maladie mentale, et la mère qui voit ses enfants partir vers la grande ville dans Le ciel. De toute beauté. Un après-midi pour chaque livre. Un bel été chez moi. Un été pour jaser, pour recevoir, pour sortir. À peine le temps pour lire, encore moins pour écrire.

Pourtant pas une question de temps.

Le curseur recule. Ne reste que quelques mots. Parfois, rien.

J’ai lu aussi L’écrivain frustré de José Angel Mañas. J’ai cru pendant quelques pages trouver un alter ego, comprendre le trou dans lequel je refuse de tomber, le mur que je refuse de regarder. Le plaisir d’écrire qui m’a quitté.
Mais ce roman, c’est tout autre chose. Je vous le raconte parce que vous ne le lirez sans doute pas. C’est un écrivain qui ne parvient pas à écrire. Il vole carrément le manuscrit d’une de ses élèves. Il veut l’éliminer, la tuer pour qu’elle ne parle pas. Il la séquestre (comme le policier enfermait ses victimes dans District 31) pour qu’elle ne dise rien. Le livre est publié, c’est un succès. L’éditeur lui en demande un autre. Un livre déjà primé alors qu’il n’est même pas écrit. Mais voilà que le monsieur n’a jamais rien écrit. Il essaie de forcer son élève retenue prisonnière de l’écrire avec lui. Il la menace, elle résiste…. Jusqu’à mourir. Elle meurt, Le monsieur comprend qu’il l’aime, il croit lui faire l’amour. C’est morbide. Et alors que les policiers arrivent, ça y est le monsieur se met à écrire. Entre tout ça, des amours, de la jalousie, les couples se font et se défont.

Je ne suis pas à ce point désespérée.

Chaque matin, parce que c’est toujours le matin que j’ai envie d’écrire, je m’assieds devant la page blanche du fichier Word. Je détourne la tête vers la forêt. Et je me demande ce que je ferai aujourd’hui. Je regarde l’agenda. Il y a le dentiste, la coiffeuse, une fête, un diner, la visite, un client. Et quand il n’y a rien, à 11 h 30, je me lève, je vais à la poste à vélo. Puis le diner. Puis Facebook, Candy crush, Jardins de mots. Entre 16 et 17 heures, une bière ou un verre de vin. Puis le souper. Le soir, la télé. Trop fatiguée pour autre chose.

Dans ma tête, du vent. Dans mon cœur, un tourbillon.
Et aucune envie d’organiser les quelques phrases qui se sont faufilées au cours de la journée.
C’est ça, je suis désorganisée.
Comme en vacances.
Et j’ai peur un tantinet que ça ne revienne pas, que le curseur clignote des jours et des semaines.
J’ai un peu honte aussi.
Chez nous lire, écrire n’était pas gaspiller son temps, au contraire. C’était se cultiver, entretenir son intellect. Alors, j’ai honte de gaspiller mon temps, ma vie, les années qu’il me reste.
J’ai même honte de l’admettre. Je me dis grouille-toi, discipline-toi, mets de l’ordre dans tes idées.
Mais quelles idées?

Le curseur attend.
C’est l’heure de la poste. Mais non, nous sommes dimanche, alors c’est le temps d’aller voir les artistes à Montpellier.
Je ferme l’ordi.

mardi 9 juillet 2019

Revoir la lumière devant moi

Si mes mots avaient été poème au lieu de prose
Si mon cœur avait choisi les études au lieu de l’amour
Serais-je aux côtés d’elles
Les Élise Turcotte, Nicole Brossard, Denise Desautels, Hélène Dorion, Louise Dupré?
Que j’admire
Que le lis

Je ne suis à côté de personne, ni même devant ni même derrière.
À peine dans quelques livres,
dans quelques phrases
éparpillées, comme moi.

J’ai l’impression de l’avoir abandonné
ce compagnon de dix ans, ce blogue, mon carnet. 

La tête et le cœur pris ailleurs.
J’en oublie de lire les blogues des caravaniers que je suis pourtant depuis plus de dix ans. Comme si après avoir vendu mon motorisé, je n’étais plus des leurs. 

Je n’ouvre plus l’agrégateur qui m’annonce les nouveaux billets de ces amoureux et amoureuses des livres qui me donnaient envie de lire tel ou tel roman. Comme si après avoir autoédité mon roman, aucun autre ne m’intéresse assez pour m’y plonger.

Où suis-je donc, que suis-je devenue depuis le grand chamboulement des mois d’hiver dans le sud?
Quel chemin est-ce que j’emprunte depuis l’impression de mon dernier roman Héritages – Les têtes dures?
Celui de l’improvisation, de l’à peu près, de l’orgueil?
Non, celui de l’esseulement. 

J’aurais voulu être choisie, poursuivre sur la route empruntée il y a longtemps. Être parmi les jeunes, les poètes, les étudiants de cours de création littéraire. Ou au moins parmi ces auteur.e.s de littérature dite populaire qui racontent des histoires du temps de leur jeunesse. J’ai juste été entraînée ailleurs, je me suis laissée entraîner dans un tourbillon d’un monde parallèle. Où voyages, camping et livres sont moins présents. Où je tâtonne pour me faire une place, en me demandant si c’est la mienne.
« Je suis un écrivain frustré.
C’est en grande partie de là que vient mon rapport difficile au monde extérieur. Si j’avais pu assouvir ma passion de l’écriture, aujourd’hui, je n’en serais pas où j’en suis.»
Je suis un écrivain frustré, José Angel Mañas
Frustrée de ne pas avoir été choisie par un éditeur reconnu, déçue de ne pas avoir eu le courage d’investir encore dans une révision professionnelle, un peu fâchée de mon impatience, j’ai l’impression de n’avoir pas respecté les lecteurs et lectrices en leur offrant un produit imparfait.

Accepter de ne pas être parfaite.
Ne pas regretter de n’être pas des leurs, ces femmes, ces écrivaines.
Ne pas crier à l’abandon, à la frustration.
Je suis en transition.
Passage
À chercher l’équilibre… et ma route.
Ne voir que la lumière, là-bas devant moi.