samedi 29 octobre 2022

Exercice pour se remettre en forme

Ceci est un exercice. Écrire ce n’est pas comme la bicyclette, c’est plutôt comme la course à pied : il suffit d’arrêter d’écrire quelques jours pour être rouillée, devoir recommencer à presque zéro parce que l’esprit est un peu engourdi. Et probablement ne pas trop savoir où on va. Y aller quand même. Quitte à s’arrêter plus souvent.

Donc le dernier mois, dix jours de Covid, de menus travaux d’automne (ai-je dit menus? Ce fut de gros travaux, suite du derecho de mai, mais menus pour moi qui ne fut qu'une aide) et des jasettes entre amies m’ont occupée le corps et l’esprit. Malgré tout, quelques lectures m’ont comblée! Mais lire, c’est un peu comme écrire : faut avoir la tête à ça.

Annie Ernaux a remporté le Prix Nobel, en feuilletant son livre lu en 2015, Écrire sa vie, je m’aperçois que je n’ai pas lu Mémoire de fille. Ce qui fut fait. Il est vrai qu’elle se répète, mais quel·le auteur·e ne le fait pas? Suis heureuse de constater qu’elle n’aime pas les étiquettes:

« Lorsque quelqu’un referme un livre qu’il a lu, il ne se demande pas s’il a lu un roman ou un récit, il sait juste s’il a lu un bon ou un mauvais livre. »


Ce qui me donne à penser que je lis pour les mêmes raisons que j’écris : pour comprendre ma vie, et si possible LA vie. J’ai lu des livres de philosophie, de psychologie. Mes préférés ces années-ci : les récits. De vie.

«[...] nous n’avons qu’une vie alors, lire celle d’un autre humain agrandit et prolonge la nôtre. Pourquoi ? Pour reprendre le contrôle.
Écrire c’est reprendre le contrôle. Le contrôle sur le vécu vécu.» 
(Aline Apostolska dans un article sur Annie Ernaux)


Dans cette thématique du « je », j’ai enchaîné avec La lettre aérienne de Nicole Brossard. À lire lentement.
« Je se censure partout dès qu’il s’écrit »

Visiblement, je cherche un miroir. Voir ma vie écrite dans un livre pour voir où elle va après avoir retrouvé ce qu’elle a été ailleurs que dans mes souvenirs. Plus je vieillis, plus il n’y a que moi qui m’intéresse. Plus de temps à perdre avec ce qui ne me rejoint pas.

Entre deux récits de vie, je me suis laissé tenter par Les marins ne savent pas nager. J’ai beaucoup aimé les 200 premières pages. Le décor de l’île : je me revoyais à Terre-Neuve. Le vocabulaire très riche et très autre siècle. Toute mon admiration à l’auteure pour son travail original. Mais pas de conflit à résoudre, pas d’attachement réel aux personnages. Donc pas d’identification à part cette île dans laquelle j’irais bien habiter... deux semaines. Y lire sûrement.

Je suis revenue à plus personnel, j’ai enchaîné avec Quand viendra l’aube de Dominique Fortier.
Quand je lis : « je ne vois pas quand les mots reviendront; j’ignore s’ils reviennent jamais ou s’ils ne font que nous visiter une fois pour tourner les talons, dépités, quand on tarde à leur ouvrir la porte », ça me pousse à « ouvrir la porte » pour voir si mon besoin d’écrire s’est envolé.

Au lieu de me dire que Dominique Fortier a été chanceuse d’avoir été assistante de recherche de François Ricard, chanceuse d’avoir poursuivi des études en littérature, je me demande plutôt en quoi j’ai été chanceuse dans ma vie. La liste est longue certes et chaque « chance » m’a menée là où je suis et a fait de moi ce que je suis. Mais (toujours ce mais qui dit le doute et fait croire a une insatisfaction) quelles autres chances aurais-je pu avoir pour être... Et chaque fois je me demande être qui? Qui aurais-je tant voulu être? Je cherche dans les livres ce « qui », ce « je ».

Dans ce récit, Dominique Fortier nous parle de la mort de son père, de sa fille, de ses promenades dans le Maine... et de son écriture. À la fin elle se demande :
« Ces pages tracées pêle-mêle pendant des semaines dans les heures d’avant l’aube auront-elles éclairci quoi que ce soit? Je n’en suis pas sûre. À qui sont-elles aujourd’hui destinées? Je ne saurais pas davantage le dire. Aurai-je réussi à ménager entre les lignes l’espace nécessaire pour que l’on arrive malgré tout à y déchiffrer ou à y déposer des bribes de sa propre histoire? Je l’espère, sans trop oser y croire. »
Je lui ai répondu Oh que oui! Parce que si je n’ai pas de fille, mon père est mort, j’adore la mer, et évidemment... les mots.

Puis, sans me souvenir comment, je suis passé à Hantises de Frédérique Bernier.
« [...] En attendant d’être plus courageuse que sa peur, on convoque ses auteurs, on se pare des références qui tapissent sa bibliothèque intérieure, espérant que l’écho des voix admirées couvre les réverbérations muettes et criardes de la terreur qui s’agite en soi. Dire ne semble admissible qu’en rétrospective, quand l’aventure est derrière soi, alors que, rescapée de la grotte, on sait que l’on n’y laissera pas sa peau et sa raison. »
(Hantises, Frédérique Bernier)

Il y a aussi :
« Dévorant Les vagues de Virginia Woolf, il y a de cela plus de quinze ans, j’ai le souvenir de m’être dit, comme si je me révélais alors à moi-même une vérité capitale, que vivre avait valu la peine ne serait-ce que pour cela, pour avoir lu ce livre. Ces pages qui m’avaient secouée, mise sens dessus dessous comme un raz de marée, venaient justifier mon existence. »

Et comme je n’ai pas réussi à être happée à ce point par les livres de Virginia Woolf (n’en ai terminé aucun, sauf Une chambre à soi), peut-être ne suis-je pas comme ces lecteurs et lectrices — dont Frédérique Bernier, visiblement — pour qui un livre réussit à justifier l’existence. Ou je n’ai pas encore trouvé LE livre. Alors je cherche. Je trouve par petits bouts. Des extraits ici et là. Et me voilà à noter des phrases marquantes, à citer des auteur·e·s, comme tant d'écrivains le font ces années-ci.

Voilà, fin de l’exercice pour aujourd’hui.
Je m’en vais me faire vacciner. Contre l’influenza puisque paraît-il, il faut attendre trois mois avant une nième dose si on a eu la Covid.

Et vous, dites-moi vos occupations, vos préoccupations d'hier ou de demain.


lundi 3 octobre 2022

Ma Petite-Nation... encore et pour toujours

Avant le sujet, un trop-plein. Il ne s'agit pas du livre que vous voyez, celui-là il est formidable!

Il faut quand même que je le dise, même si ce n'est pas bien de commencer par du négatif. J’ai râlé, j’ai péroré, j’ai déblatéré contre un livre paru en 2021 (que je ne vous montre surtout pas pour ne pas trop le faire exister), mais que je n’ai vu que cette semaine. Le pire cas que je connais : sur la couverture, un titre de trois lignes en anglais; à l’intérieur, une dédicace en anglais, des citations en anglais... et les sous-titres des poèmes en anglais... jusqu’à la page 17! Pourtant oui, les poèmes sont bel et bien en français. Grrrr!

Comme je me suis déjà exprimée sur ce sujet qui me hérisse au plus haut point dans le billet du 30 août, je passe à ce qui, ces jours-ci, me réjouit, ravit mon esprit, s’adresse à mon cœur.

Pays littéraires du Québec qui date de 1998. Moi qui aime voyager en cherchant les traces de tel ou tel écrivain, en visitant les lieux avec leurs mots, comment suis-je passée à côté de ce livre toutes ces années? L’auteure, Denise Pérusse, s’exprime ainsi en parlant de son livre : « [...] j’ai sillonné le vaste territoire québécois pour repérer les sentiers ouverts par nos écrivains. Remonter aux sources de leur inspiration, mettre en lumière le décor, le cadre qui a titillé leur fibre littéraire et surtout donner au lecteur d’ici et d’ailleurs l’envie de découvrir le Québec à travers leurs œuvres. »
Un livre à emporter, à laisser tout près de soi quand on traverse telle ou telle ville et qu’on s’arrête dans telle ou telle rue. Qui m’a donné envie de revoir Louiseville, Yamachiche, Saint-Casimir, le Chenal du Moine, Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier. De lire et relire Alain Grandbois, Jacques Ferron, Anne Hébert, Gabrielle Roy.

J’aimerais bien une nouvelle édition avec des écrivains qui ont émergé depuis.

Tout en lisant les magnifiques descriptions de ce guide des lieux d'écrivains, je me demandais qui présente aussi bien ma région.

Quel écrivain serait de la « géographie littéraire »? Qui immortalise la Petite-Nation? Les romanciers ou poètes ou bédéistes d'aujourd'hui dépeignent-ils autant les maisons, les terres, les rivières que les écrivains des précédentes générations?

Le nom de Jean-Guy Paquin me vient à l’esprit. Des livres qui nous font connaitre les lacs, les rivières, les Weskarinis, ces gens d’avant Papineau, d’avant le château Montebello, d’avant le tourisme.
Lien vers les livres de Jean-Guy Paquin >>>

Je dirais aussi Jean-Paul Filion, né à Notre-Dame-de-la-Paix, mais on l’associe plutôt à Saint-André-Avellin.
Lien vers biographie de Jean-Paul Filion >>>

Sur la presque centaine de publications de mon père, Jacques Lamarche... sûrement plus d'un texte.

Pour écrire un texte valable sur ce sujet, il me faudrait consacrer plusieurs mois, voir une année pour rapailler toutes les informations. Ça ne fait pas partie de ma liste de «choses à faire avant de mourir».

Tout de même, en pensant aux compositions obligatoires de mes années scolaires, je me rappelle que j’étais assez nulle en descriptions. La quinzaine de villes que j’avais connues ne m’émouvaient pas au point d’avoir envie d’en parler. Ni en bien ni en mal.
Pourtant, à la fin du siècle dernier (mon Dieu quel âge ai-je donc pour pouvoir parler du XXe siècle?), j’ai commencé à côtoyer des artistes peintres. Pendant que Louise Falstrault et Marthe Blain croquaient sur le vif un paysage, j’écrivais sur ce qu’elles regardaient. Et là l'émotion montait.
Je me suis enracinée dans cette Petite-Nation choisie. Entre autres avec des mots, d'amour j'ose croire.

Pour rappel, ces mots publiés il y a vingt ans.

                            


jeudi 22 septembre 2022

Entre été et automne : septembre


Départ au début septembre quand c'était encore l'été. En shorts et sandales. Le cœur au beau et chaud.

Retour à la mi-septembre quand c'était déjà l'automne. En pantalons et souliers. Le cœur un peu flâneur.

Aujourd'hui, devant un arc-en-ciel qui dit le soleil et la pluie, à entendre les outardes et à voir les érables rouges, enfin un peu de temps pour réunir idées et photos.

Entre la fin de l’été et le début de l’automne, il y eut le fleuve, la mer, les bateaux, pas de baleines, les galeries d’art de Baie-Saint-Paul et de La Malbaie, les mosaïcultures à Québec, le zoo Miller en Beauce, la côte de Saint-Joseph-de-la-Rive. Et de retour à la maison, la joie de revoir les couchers de soleil qui repoussent la petite voix qui pense à « casser maison », la lecture du livre du « 12 août » enfin reçu. Écrire un peu. Mais aussi les travaux, les obligations.

Entre ciel bleu et nuages gris, ne pas succomber à l’humeur chagrine du temps qui passe. Toujours trop vite.


dimanche 4 septembre 2022

Parlons d'art figuratif

Chez l'artiste peintre Louise Falstrault, en 2008

C’était en 2008, c’aurait pu être en 2000... c’était la fin de semaine de la Fête du Travail. C’était surtout une des tournées des ateliers des Créateurs de la Petite-Nation. Une douzaine d’artistes peintres et artisans, tous professionnels au sens où c’était leur principal revenu.

Des artistes peintres figuratifs pour la plupart.
Et la tournée était très courue. Jusqu’à 2000 visiteurs certaines années.

Si j’en parle, c’est que dans les medias, il est question de la rentrée : de nouveaux livres, de nouveaux spectacles, de nouvelles émissions télévisuelles, de nouveaux films... et des expositions dans les galeries et es musées.
Mais de quelles expositions s’agit-il? Que des artistes en art contemporain! Que de l’abstraction! Pourtant, les artistes peintres figuratifs existent encore, produisent encore. On peut voir leurs œuvres dans des symposiums, dans des expositions régionales, dans les galeries de Montréal, de Québec, de Charlevoix, des Laurentides.

Pourquoi les journalistes n’en parlent-ils pas? Pourquoi ne les voit-on pas dans les médias? N’y a-t-il donc que les arts qui s’étudient dans les cégeps et les universités?

Comme chaque mois de septembre, je vais me promener. Ce fut déjà Cape Cod, la Gaspésie, les parcs de la baie Georgienne. Cette fois (encore) Charlevoix. J'entrerai dans toutes les galeries d’art à Baie-Saint-Paul et à La Malbaie. Même chez quelques artistes qui ouvrent leur atelier au public.
Je vais me délecter des paysages, des maisons, des humains que nos artistes québécois ont peint et peignent encore. Le groupe des Sept, les membres de l’institut figuratif, les nouveaux comme les anciens artistes des symposiums. Et me souvenir de ces belles tournées des Créateurs de la Petite-Nation.

D’ailleurs, les Créateurs existent encore et cette année, ce sera le Festival de l’argile à Plaisance les 11 et 12 septembre.


mardi 30 août 2022

Ange et démon à l'aube

Encore couchée, j’ouvre ma tablette, je lis les nouvelles du jour, je cherche les nouveautés littéraires. Dans La presse+, sur Facebook, je m’attarde chez Babelio. Je comprends enfin que le roman Pascale de Françoise de Luca est le Reine réédité en 2015. Dommage, je croyais que j’aurais un Françoise de Luca de plus à lire.

À peine réveillée, j’écris déjà. Dans ma tête.
J’émets des opinions, je formule des objections. Je me pose des questions et je tente des réponses. Le diable sur une épaule, un ange sur l’autre. L’un comme l’autre, ils ont l’argumentaire un peu court. Et depuis quelques jours, ils radotent. Au sujet du français. Encore.
— As-tu vu les deux livres : No Man’s land de Charlotte Bigras aux éditions Druide et Difficult women de Roxane Gay aux éditions Mémoire d’encrier.
— Pourquoi tu nommes les éditeurs?
— Parce que je les considère aussi fautifs — les premiers fautifs — que les auteures.
— Oui, mais le Difficult women, c’est une traduction.
— Pas une raison. Au contraire, il y aura double confusion. De plus, les libraires peuvent les placer dans les livres en anglais.
— Vas-tu les lire?
— Je ne sais pas encore. Qui vais-je punir en refusant de les lire pour la seule raison que les titres sont en anglais?
— Arrête donc de chialer, arrête de penser et de faire des phrases tout le temps. Lève-toi ou rendors-toi.
— Si tu n’étais pas toujours là aussi pour rajouter ton fion!
— Et toi, tu n'en laisses pas passer une, tu cherches juste les fautes, les erreurs. Tu es obsédée, une accrochée-de-la-loi-101-qui-ne-décroche-pas, une puriste.
— Bon, alors, je ne dis plus rien.

Dans cette aube naissante, mon esprit vagabonde. Je me revois au journal quand je changeais le mot gaz/gas en essence dans une annonce, quand j’admirais ma mère en train de feuilleter le dictionnaire Dagenais à la recherche du bon mot, quand le vendredi, j’appelais à l’Office de la langue française et que je discutais avec une linguiste, quand l’après-midi je parlais à l’imprimeur de trame au lieu de screen. Je sentais qu’on s’améliorait, je donnais l’exemple, ça portait ses fruits. Aujourd’hui, donner l’exemple ne suffit plus. Je n’ai plus de tribune pour influencer qui que ce soit.

L’impatience de mon petit diable et de mon ange faiblit, ils se réconcilient ou plutôt ils se taisent... jusqu’à la prochaine dispute.

Je me lève, je vais déjeuner. En lisant Les filles bleues de l’été de Mikella Nicol. Encore une histoire d’amitié entre filles. Je suis partie là-dessus.


vendredi 12 août 2022

Mon 12 août 2022

 


Je n’ai jamais entendu ou lu le nom de cette auteure. Et la poésie n’a jamais été mon premier choix, mais depuis quelques années, je tente un rapprochement par l’avenue de la prose poétique.

Aussi quand Hugues Corriveau dans Le Devoir du 10 juillet a écrit un article à propos de Quand je ne dis rien, je pense encore de Camille Readman Prud’homme...
quand Daniel Guénette, dans Le blog de Dédé-blanc-bec — un titre qui ne dit pas tout le sérieux des billets — parlait aussi de l’intelligence de ce livre...
et sur le site leslibraires.ca, l’icône « OUI » est apposée...

Je n'ai plus hésité.
Quant au deuxième livre, cette fois ce fut le nom des auteures et le sujet qui m’ont guidée.

C’est le choix de mon « 12-août-j’achète-un-livre-québécois ».
Commandés à la Librairie Rose-Marie de Buckingham (Gatineau).



vendredi 5 août 2022

Depuis 50 ans

Même si je n’ai jamais tenu à souligner les anniversaires — le mien en tout cas —, je retiens tout de même quelques dates importantes.
Comme celle du 5 août 1972 quand je suis entrée par une fenêtre.

Mes maisons, mon histoire
Je devrais dire les maisons. Les treize premières sont les maisons de mes parents et non les miennes, mais elles forment tout de même la trame de ma vie. Elles disent mon enfance, mon adolescence. Les lieux habités, la langue parlée, les personnes aimées et... quittées.
Elles me servent encore de repère pour situer certains événements de ma vie.

Treize maisons, trois chalets en vingt-deux ans.
(Les photos proviennent soit d'archives personnelles soit de Street View)


Mes parents se sont connus et se sont mariés à Saint-Eustache-sur-le-Lac (devenue Deux-Montagnes). Après leur mariage, ils sont restés un temps au chalet paternel, vieux chemin Oka.
En 1948, ils ont déménagé sur la 30e avenue.
Quand je suis née, en 1950, ils étaient sur la 18e avenue.
En 1952, nous vivons quelques mois sur la rue Fleury, à Montréal
De 1952 à 1954 : au moins une maison à Niagara Falls, Ontario
Et puis ensuite...













En regardant les photos...
Pour chaque maison (sauf pour les deux premières dont je n’ai aucun souvenir), je pourrais écrire les rires et les larmes, les peurs et les audaces, les succès et les défaites, mais je me contenterai d’une image ou d’une scène marquante.

Niagara Falls : tout est en noir et blanc, une silhouette, quelqu’un passe rapidement devant la fenêtre. On me dira qu’un voleur est entré dans la maison.

Rue Saint-Germain : J’ai avalé un Life Saver. Je m’étouffe. Je tousse. L’ambulance m’emmène à l’hôpital Pasteur. Scarlatine. Au bout de vingt jours, par la petite vitre de la porte, mon père me fait signe. Bien avant la fin de la quarantaine, il me ramène à la maison, il n’en pouvait plus de me voir toute petite dans ce grand (et haut) lit blanc, m’a-t-il dit souvent.

Rue Du Collège : Mon frère et moi jouons à nous lancer une balle bleu blanc rouge. Commandant, le chien de mes grands-parents court après la balle. Dans la rue, je le vois se faire écraser. J’en rêve encore.

Chalet de Baie de l’ours : les longues baignades, les jeux sur la plage, les cousin.e.s, la messe à Montpellier, le magasin général Gagnon à Chénéville.

88e avenue : septembre, au retour d’un été au chalet. Sur le mur gauche de la maison, mon premier bicycle. Le premier d’une longue série.

Rue du Parc : Pâques. Chez les guides, j’ai gagné le gros lot : un gros lapin, quatre moyens, huit petits et une centaine de petits cocos. On casse, on choisit, on mange, on emballe, on congèle. Nous en aurons jusqu’en juin.

Chalet à Saint-Michel-de-Bellechasse : la longue plage à marée basse, tellement longue tellement bouetteuse que je renonce souvent à la baignade.

Rue Sainte-Marie : Une maison imposante. Les oreillons de mon frère. Ma mère pleure, la mort de mon grand-père.  

Rue Deguire : Ma mère est une Deguire, elle me rappellera que le grand-père de mon grand-père avait une belle terre à ville Saint-Laurent. Que deux de ses tantes étaient religieuses au couvent (collège Basile-Moreau). Encore aujourd’hui, je dis que je viens de ville Saint-Laurent : dix ans de ma vie quand même.

Chalets du Père Caron : les nouveaux amis du bout du chemin, les pique-niques aux chutes Lookbows, la descente de la rivière Petite-Nation en canoë (je ne savais pas alors que tout ça se retrouverait dans mes romans).

Rue Côte-Vertu : là où j’avais une grande chambre (mon frère et moi alternions à chaque déménagement, c’était mon tour, j’ai été chanceuse, je l’ai eue cinq ans), là où j’ai transformé mon garde-robe en bureau d’études et d’écriture, là où j’ai eu un piano pendant un an.

Baie de l’Ours : après une longue nuit de questions, j'ai dit oui au lac, oui à la campagne, oui à l’enseignement, mais aussi non à l’université, non aux bibliothèques municipales, non au théâtre. 


Les fenêtres : une ouverture vers l’imaginaire, la liberté, la fuite parfois.
Entrer par une fenêtre.
Une fois, à Lévis, rue du Parc, aujourd’hui avenue Arthur-Fafard, été 1963. Je suis en punition dans ma chambre. Trop choquée pour lire. Je veux m’enfuir, partir loin, m’évader. Maison à paliers, fenêtre à coulisse, je l’ouvre facilement, je sors, je cours, je m’éloigne. Je ne reviendrai qu’à l’heure du souper en entrant par la même fenêtre que j’ai laissée entrouverte. Ni vu ni connu ni entendu parler.

Une autre fois, à ville Saint-Laurent, Côte-Vertu, été 1966. Mes parents sont au chalet, j’ai manqué le train pour les y rejoindre, je décide de coucher à la maison. Je n’ai pas la clé. Je grimpe sur la selle de ma bicyclette, je m’accroche au long tuyau qui renferme les fils d’électricité (le rouge sur la photo), et je grimpe sur la galerie. Je réussis à ouvrir la fenêtre et je pénètre dans la maison. Le lendemain matin, je manquerai encore le train, mais c'est une autre histoire.

Et la dernière fois. Le 5 août 1972.
Après un voyage au Mexique, après un simple (et ingrat quand j'y repense) au-revoir-merci-pour-tout-je-vous-invite-bientôt à mes parents, je suis partie du lac Simon avec tout bagage ma couverture-doudou. Hâte de m’installer chez une amie qui veut bien de moi comme coloc. (« Soit j’ai un chien, soit j’ai une colocataire » m’a-t-elle dit. Elle a eu les deux!)
Sauf qu’elle n’a pas encore la clé de la maison qu’elle vient d’acheter. Elle pas pressée, moi si. Qu’à cela ne tienne, je lui offre d’entrer par la fenêtre (sur la photo d'hiver, la petite à gauche de la porte).
Ce que je fis.

L’adulte devenue a continué d’aimer le lac, et d'aller voir le fleuve.
L’adulte devenue n’a pas choisi, n’a pas acheté la maison.
En entrant par la fenêtre, en choisissant ma chambre, je n’ai pas senti que c’était dans cette maison que ma vie commençait.
Mais peu à peu ...
la maison que j’ai rénovée 
la bibliothèque que j’ai créée
la galerie et le terrain où j’ai installé des chaises de jardin
le ruisseau Sam dans lequel je me suis baignée
les pins rouges que j’ai vu croître, que je vois plier sous le vent, parfois sous les rafales
les oiseaux que j’ai nourris
le vent d’ouest omniprésent que certains jours je crains
les silences de l’hiver
la quiétude des merveilleux couchers de soleil
sont devenus mon havre, mon refuge, ma stabilité. Ma vie.

Là où je calme mes peurs. Là où je confie mes secrets. Là où j'ai écrit mes livres. Là où j'ai connu l'amour. Depuis cinquante ans. 

Et pour vous, que représente la maison, votre maison?

jeudi 14 juillet 2022

En attendant



Attendre.
Dans les files celles aux douanes celles au marché d’alimentation. Souvent la mauvaise.
Dans les salles de CLSC de cliniques d’hôpitaux.
Mais ce matin dans l’auto un plaisir du temps pour lire.

Montréal coin Rouen et De la Salle. À l’ombre des arbres qu’il faudra bien un jour apprendre à identifier.
Lecture de D’autres font du vitrail d’Isabelle Dionne. L’éditeur Hamac que j’aime depuis leurs tout débuts publie des carnets des blogues des fragments un de mes styles littéraires préférés ces années-ci.
Entre deux paragraphes je lève les yeux je prête l'oreille je n'en ai qu'une de toute façon qui entend. Rue tranquille mais par les fenêtres ouvertes je perçois les babils d’enfants qui passent en rang deux par deux. Sur le trottoir opposé un homme au téléphone : « C’est une affaire de marde, je vais devoir rappeler tout le monde, tout annuler. » Il tourne sur Rouen. En attendant le vent le silence revient.

Attente mais sans impatience. Ce n’est pas moi qui suis chez l’ophtalmologiste. Pas moi qui aurai une greffe de la cornée, une deuxième.
Dans l’auto je me sens à l’aise. Presque à l’abri. Pas d’idées noires. À quinze ans j’avais peur de marcher seule sur la rue. La bicyclette me protégeait des obsédés. Aujourd’hui l’auto. Quand donc cessera cette peur d’être agressée pire violée? Mes rides et mes cheveux blancs me garantissent-ils l’indifférence des passants?

« La souffrance en chacun tente de sortir » Isabelle Dionne parle de mort du suicide d’un frère.
Devant la souffrance des autres je m’enfuis « au pays des pages perdues ». Lire les mots des autres fait moins mal que d’écouter les paroles des personnes aimées. La lâcheté me mène vers l’écriture. Vers la solitude aussi.

Dans le livre la narratrice « cherche un exemple d’ellipse ». Je n’ai pas le wi-fi ni de données mobiles pour chercher ce qu’est une ellipse. Je ne sais plus rien sans Google. Mon cerveau saturé d’informations ou paresseux.

Un homme et une femme marchent bras dessus bras dessous. Lui avec une canne blanche. Freiner mon esprit ne pas le laisser aller vers un scénario pire qu’une greffe de cornée la perte d'un oeil.
Retourner à Isabelle Dionne toujours plus facile de vivre la vie des autres que la sienne. Je pense bien que j’en fais des ellipses. Du pastiche c’est certain par pure admiration du style d’un·e auteur·e. Vous permettez Isabelle Dionne? Ma façon de vous dire mon admiration. Ma façon de dire que j'adore votre livre. Ressemble à ceux de Lynda Dion que vous remerciez à la fin. 

Dernier fragment : « Le geai bleu » un geai bleu renfermé, un geai bleu libéré.
Chez moi aussi le geai bleu est devenu un symbole. Pendant mes convalescences, il est venu souvent me visiter. Me tenir compagnie. Me libérer?

Fin du livre. Merci Isabelle Dionne. Merci Hamac.

Début de la véritable attente. Un début d’inquiétude aussi. Deux heures. Habituellement pas si long. Hâte de savoir. Hâte d’être à la maison. L’été n’est pas si chaud. La piscine est laiteuse. Saura-t-on jamais si les nitrites et nitrates des champs autour de chez nous causent nos maladies? Cinquante ans que je reste en face d’un champ de pommes de terre/maïs/soya, ça laisse des traces.

Tiens, prochain billet : mes maisons, ma maison.

Et vous comment supportez-vous vivez-vous les attentes?


dimanche 10 juillet 2022

Souvenir de framboises

 

Devant la maison, quelques traces encore du derecho. Derrière, le vert des feuilles omniprésent. Les rares framboises rouges contrastent, mais s’harmonisent au décor. Elles sentent l’été, elles disent juillet.

J’ai 8 ans, j’ai 13 ans, j’ai 16 ans, j’ai 20 ans, je marche dans le chemin Caron qui mène à la baie de l'Ours (lac Simon), à la recherche de framboisiers.
Le 16 juillet, ce sera la fête de ma mère. Je lui offrirai son fruit préféré. Certaines années, une poignée tout au plus. Je comblerai par un bouquet d’épervières et de marguerites.

Ma mère aurait eu 98 ans cette année. Elle est morte il y a dix ans. Et pourtant, en voyant l'unique framboise rouge (que le geai bleu s’est empressé de manger), c’est elle qui m’est tout de suite venue à l’esprit.

Est-il vrai qu’en vieillissant ce sont les événements de notre enfance qui surgissent le plus souvent? Où est-ce moi qui exalte ma mémoire? Ce moi qui pense tout le temps, ce moi qui cultive les associations d’idées?
Ce moi qui, ce matin, en lisant Blonde de Joyce Carol Oates, revoit encore sa mère. 
« Blonde n’est pas une biographie de Marilyn Monroe. Blonde est un roman sur ma mère, sur la vôtre, sur toutes nos mères un peu spéciales. » 
Justine Lévy dans la préface de Blonde
Je me rappelle de l’endroit où j’étais à l’annonce de la mort de Marilyn Monroe. En août 1962, nous sommes en Europe, à Paris je crois, sans doute attablés à un café terrasse, après avoir acheté des livres dans une librairie (mon frère un Tintin, et moi, un livre d’Enid Blyton sûrement). Après un long et sombre « Ah non! », mon père passe un journal à ma mère. Celle-ci, moins expressive que mon père, fut quand même surprise de voir que l’actrice avait à peine deux ans de moins qu’elle. Ils sont un peu tristes, je le sens. Je leur demande pourquoi.

J’ai douze ans, et j’aime bien que mes parents me racontent leur première rencontre. C'était à Saint-Eustache-sur-le-lac, dans une salle de cinéma. Ils avaient 16 et 18 ans. Le cinéma, c’était leur jeunesse, leurs sorties, leurs étés, leurs amours. La mort de Marilyn Monroe, ce devait signifier la fin de quelque chose pour eux. Comme toutes les morts.

Comme il est trop tôt pour cueillir des framboises, je retourne à la lecture de Blonde... Mille pages quand même, je risque de m’interrompre pour aller les ramasser ces framboises si les geais bleus veulent bien m’en laisser. Sinon, j’aurai mes souvenirs.

Et vous, que vous rappelle le temps des framboises... ou les années soixante?

dimanche 26 juin 2022

Des noms, des titres?

 

« Quand il ne reste plus rien
Il reste encore à l’écrire. »
Vif oubli, David Goudreault

Des mots qui me confortent, me réconfortent, me donnent le droit d’écrire à mon tour.
Depuis quelques années, je lis moins de romans.
Peut-être par paresse, peut-être par manque d’effort.
Je serais bien mal venue de dire par manque de temps quoique... le temps devant raccourcit, si je puis dire.
Sûrement la concentration qui diminue avec l’âge, pourrait-on me dire! Ne le dites pas.

Chaque matin, Facebook me promène d’un groupe à un journal, à une revue, à un livre.
Je commence Un livre sur Mélanie Cabray que déjà Les noces barbares de Yann Quéffelec m’appelle. Pour rien au monde de Ken Follett me rebute alors que j’ai déjà pris tant de plaisir à lire Les piliers de la terre.

Depuis trois ans je dirais, je lis plus court.
Corollaire, j’écris plus court, et différemment.
Le slam, le rap, la poésie en prose et la prose poétique m’intéressent. M'intéressent davatage quand je peux lire et relire et non pas seulement écouter. Ah! lire les "Lettres à" de David Goudreault!
J’apprends à différencier ces genres.
Alors, curieuse comme toujours, mais néophyte, je cherche, je farfouille, j’attrape au vol, je délabyrinthe les textes. Je me sens une étudiante à l’université, assise à une grande table d’une vaste et riche bibliothèque, une petite lampe devant une pile de livres savants.
Je lis des extraits d’études, des thèses de doctorat, avec des petites notes en bas de pages.
Des textes qui, tels des dominos, me mènent à d’autres textes sur l’inventivité, l’esthétisme.
J’effleure tout au plus.
Parfois, je me demande si je ne cherche pas les notes de cours d'un professeur en création littéraire!
Comme du temps à rattraper, du temps que je n'ai pas connu.

Je ne cherche pas nécessairement le texte militant, ni le parler populaire, ni l’effet théâtral, ni même une intrigue. En fait, je ne cherche même pas un genre littéraire.
Mais toujours une émotion.
« La prose est celle qui raconte quelque chose, alors que la poésie exprime directement l’état d’âme de l’auteur »

 Tania Collani

Le Charlotte de David Foenkinos a probablement été un des premiers textes de cette écriture incisive qui m’a frappée.
Les adieux de René Lapierre m’a comblée.
Wikipédia m’a appris le nom de Grand Corps malade.
Je relis encore Les Villes de papier de Dominique Fortier.
Comme les livres de Kim Thuy, comme La femme qui fuit.

Avez-vous des noms, des titres?