dimanche 15 novembre 2020

Le choix des mots

Professeur, je disais des milliers de mots dans une heure. 
Infographiste, je cherchais les meilleurs, les plus précis pour les titres d’articles, pour les annonces. 
Auteure, je peux jongler avec les mots pendant des jours, des semaines. 

Hypersensible aux mots. Ceux que je dis, ceux que j’entends. 
Nos conversations marquées par l’oralité ne laissent pas le temps à la nuance ni à la recherche du mot juste. Pendant que je trébuche sur un mot, déjà un autre sujet. Pourquoi les réponses courtes, même maladroites, ne me suffisent-elles pas? Pourquoi toujours vouloir débattre ou tout nuancer? Juste jaser, c’est possible non! 

Aujourd’hui, le mot « envahissante ».
Je pourrais me contenter de répondre « non, non, bien sûr que non, tu n’es pas envahissante ». Et ça s’arrêterait là. Choisir la facilité, la bienséance. Émoticône sourire. Et on passe à un autre sujet. 
J’ai choisi la taquinerie : « bien sûr que tu es envahissante... » me suis-je entendue dire. Me suis sentie obligée de rajouter « mais pas dérangeante ». Ça me trotte dans la tête depuis. Je cherche encore une meilleure réponse, probablement parce que je ne sais pas ce que je ressens, je ne sais pas clairement ce que je pense. Boileau a bien raison.

La semaine dernière, c’était le mot : « folle ». J’entends très souvent « fou » ou « folle ». Pas pour me qualifier, moi. Non, pour décrire quelqu’un: Trump, un tueur. Une femme dont le comportement ne fait pas notre affaire, nous dérange, nous fait souffrir. On dit « folle » pour ne pas chercher plus loin. On se protège, on fuit, on évite. On juge.

Quand les mots traînent dans mon esprit, c’est que le doute vient de s’installer. Ou le malaise ne se dissipe pas. Ou comme dit Lisanne Rheault-Leblanc dans son livre Présages : 
« Certains mots reviennent et reviennent : leur répétition actionne maladroitement des leviers rouillés, déclenche des flashs, des brûlures de honte, une suite d’images troublantes dont la bande sonore s’est égarée dans les archives. »
Il ne faut pas non plus imaginer que c’est maladif mon affaire. Ou souffrant. Les mots me font jouer au Scrabble, à Alpha Betty. J’en ai fait mon métier de cette recherche des mots. Exercice matinal aussi : écrire la soirée de la veille ou le plaisir du jour. Ou le trop-plein. 

Et ne me dites pas de lâcher prise ou d’arrêter, ou de ne pas m’inquiéter. J’aime bien chercher, essayer de comprendre, approfondir et si possible expliquer, communiquer. 
Comme assembler un casse-tête, celui de ma vie.


vendredi 6 novembre 2020

La langue de feu de Michèle Bourgon

La poésie et moi, c’est compliqué.
Comme les prix littéraires. Je m’imagine indigne de comprendre. Une écolière inculte. Pourtant, à 16 ans, après mon journal intime, mes premiers mots écrits dans un cahier noir avaient la forme d’un poème. C’était simple, court. Une émotion plus qu’une pensée. Une chanson plus qu’une symphonie.

L’étude des vers de Villon, Lamartine, Baudelaire, Nelligan et même Saint-Denys Garneau a achevé de me convaincre que je n’y comprenais rien, je ne sentais rien, je n’entendais aucune musique. Donc pas pour moi. J’ai vite renoncé. En guise de poésie, je me contentais des chansons de Claude Gauthier, Georges d’Or, Gilles Vigneault. 

Et puis, à force de côtoyer des auteurs québécois, j’ai rencontré quelques poètes, j’ai ouvert des livres. De Nicole Brossard parce que je l’ai connue.
De René Lapierre parce que j’ai connu sa conjointe.
De Guy Jean, de Loïse Lavallée parce qu’ils sont auteurs dans l’Association des auteurs et auteures de l’Outaouais.

Michèle Bourgon a été professeure, elle écrit des nouvelles, de la poésie, des récits.
Je la connais deuis près de dix ans. Elle vient de publier un recueil de poèmes : Feux de langue.

J’ai lu, et cette fois, j’ai entendu la musique. Son amour du Québec et de la langue de chez nous me rejoint. On y trouve des allusions à Gaston Miron, à Réjean Ducharme et même Victor Hugo.
Un hommage, tout en jeux de mots, à Clémence Desrochers, Yvon Deschamps, et plusieurs autres «grands».
Des images des cinq continents.

Elle a bien raison, Michèle Bourgon, d’écrire en quatrième couverture : « il y a dans Feux de langue des coups de gueule contre l’Histoire, de la déception, de la colère ». 
Mais j’ai aussi reconnu son pur amusement à inventer, déformer des mots que j’avais eu le plaisir de lire, avec un grand sourire, dans ses deux livres : Y a pas de souci! et Y a toujours pas de souci!

Tous centrés, sans ponctuation autre que quelques points d’exclamation, ses poèmes permettent une lecture rythmée, douce et très visuelle.

Je sors ma langue de feu 
Brûle ta langue de bois 
Tire ma langue de chez nous 
Parce que tu l’as si bien pendue… 

Tiens ta langue sur le bout de la mienne 
Et fais sept fois le tour de Babel 
Pour que tu comprennes enfin que 
Ma langue pour moi est la plus belle! 

Une fois la dernière page tournée, comme au retour d’un voyage, je laisserai couler un peu de temps. Et je relirai, comme on regarde des photos, pour lire entre les lignes, pour découvrir la délicatesse des détails. Quoique pour aimer un poème, je ne crois pas qu’il faille un cours universitaire, ni faire le tour de Babel, ni même de longues analyses critiques, ni chercher une histoire.

Juste se laisser aller.
Juste ouvrir une page et commencer à lire lentement.  

Pour acheter son livre ou connaître Michèle Bourgon, vous pouvez visiter son blogue où elle sort sa «langue de feu»!>>>

lundi 26 octobre 2020

Hier, de causerie, ce matin, d'hiver


Ce matin, neige sur les branches, neige dans les champs.
Je veux l’aimer, cette neige, parce qu’elle sera bientôt là pour plusieurs mois.
Et que cet hiver, je resterai avec elle.  
Je ne veux pas me battre contre elle, juste l’accueillir.
Parce que mon pays, c’est l’hiver, comme dit Vigneault.
Vigneault a aussi dit qu’on est gens de causerie.

Hier, à l’invitation du Centre de généalogie de la Petite-Nation,
j’ai été fille de causerie
Fille de mon père, grand parleur
Fille de ma mère aux sentiments réservés, mais qui fredonnait When Irish Eyes Are Smiling
Chanson apprise de son père.

Hier, j’ai été arrière arrière-arrière-petite-fille d’Irlandais.
J’ai été fille de mots
Qui a parlé pour être entendue
Une dizaine de personnes m’ont écoutée sur Zoom
J’ai raconté comment j’ai écrit Les têtes rousses
Ce fut parfois vérité
Et parfois mensonge.
Vigneault connait bien les gens de son pays.

Je reste rarement sans mots.
Je suis aussi fille de pages.
Je remplis des pages et des pages de mots, de photos, de noms.
Sur mon blogue>>>
Et sur mon site>>>  

Pour connaître la vérité et les mensonges dans mes romans Les têtes rousses, Les têtes bouclées et Les têtes dures, consulter cette page>>>

Merci aux personnes qui m’ont vue et écoutée.
Merci à Alain Faubert et Maurice Deschênes pour l’animation et la technique sur Zoom.

Et maintenant, retournons dans cet hiver qui commence
Où je vais aller rêver et écrire
Parler encore et même rire
Où les soirs de grands vents
J'écouterai Vigneault me parler de liberté.

mercredi 21 octobre 2020

Ce dimanche 25 octobre...
causerie de la généalogie à mes romans

La sœur du père de l’épouse de mon arrière-arrière-grand-père est morte de la grippe espagnole, le 29 octobre 1918. Le genre de phrase que les amateur.e.s de généalogie adorent lire ou écrire. Il nous faut parfois un tableau pour mieux comprendre.

Elle s’appelait Esther Leduc. Plus connue sous le nom de Sœur Marie-de-Bonsecours. 

Elle a été une des trois premières postulantes de la congrégation des Soeurs Sainte-Croix qui venait tout juste d’être fondée, en 1847, à Saint-Laurent.

C’est le genre d’informations que j’ai eu la chance de découvrir dans le livre bleu écrit par son arrière-petite-nièce, Annie Deguire, — ma grand-tante maternelle — qui, elle aussi, est devenue sœur Sainte-Croix.

Le genre de document qui vous donne des ailes pour aimer la généalogie et de l’inspiration pour écrire trois romans.

Ce que j’ai fait à partir de 2004.

Ce dimanche 25 octobre, je vous en parlerai encore. C’est le Centre de généalogie de la Petite-Nation qui organise ce « webinaire », un nouveau mot pour moi et une nouvelle technologie qui permet des conférences à distance, Covid 19 oblige. 


Vous pourrez poser vos questions et j’espère vous donner le goût de poursuivre vos recherches, de questionner vos parents s’ils sont encore vivants, et même écrire la vie de vos ancêtres. 

Inscription gratuite, mais obligatoire pour que l’animateur, Alain Faubert du Centre de généalogie, organise une belle rencontre. Vous recevez un courriel, et un peu avant 13 heures, vous vous installez confortablement devant votre écran, vous cliquez sur le lien et je serai là.

On se voit donc dimanche?
Pour vous inscrire, cliquez ICI>>>


dimanche 18 octobre 2020

Du coq à l'âne

             

L’orme n’a plus de feuilles. Les mélèzes jaunissent. Le ciel bleu me permet d’éteindre les lumières de la maison. Il fait suffisamment clair. Sur les réseaux sociaux, la sortie des livres s’intensifie. Bientôt un de Nancy Huston. Ses pensées pendant le confinement du printemps. Publiées parce qu’elle s’appelle Nancy Huston. À l'intérieur, les livres s’empilent autant qu'à l'extérieur, les aiguilles et les feuilles. Mourront-ils avec cet automne occupé?

Écrire comme Lucy Ellman dans Les lionnes. Comme une écriture automatique, comme un surefficient mental (mot rencontré lors d’un message publié par Mathieu Cyr sur la douance qu’il préfère appeler surefficience mentale. Je ne crois pas être atteinte à 100 % mais je me reconnais un peu dans cette hypersensibilité). Les lionnes, un livre éblouissant dit-on. Un exploit certainement. Mais lire toutes ces phrases enchaînées où seul « le fait que » vient séparer les idées... si au moins c’était en paragraphes, pour reprendre son souffle, pour que notre cerveau ne dérive pas, reste là, dans l’histoire. Non, je n’ai pas tenu les 47 pages de l’extrait.

Tant qu’à être dans les extraits... tant de livres parus ces dernières semaines... j’ai préféré celui du livre de Simone de Beauvoir, Les inséparables. Juste à voir le nom de Zaza. MA Zaza. Probablement la Zaza de bien des jeunes filles. Pas les jeunes filles en fleurs de Proust, non les jeunes filles qui ont lu Les mémoires d’une jeune fille rangée. Dont je suis. J’avais 15 ans quand ma mère m’a mis ce livre entre les mains un jour d’été désœuvré. J’en avais 20 et je lisais encore tout ce que Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre ont publié. Même L’être et le néant. Je voulais devenir philosophe. Dans ma bouche, partout, tout le temps, encore aujourd’hui, malgré les regards désespérés de mes interlocuteurs qui auraient bien voulu la réunion s’achève, d’inlassables «pourquoi?» ou pire des «je ne comprends pas». Je ne comprends pas le monde comme tout le monde. Et mes parents m’ont appris à nuancer, à choisir les bons mots, les mots justes. Ceci ne veut pas dire cela. Je m’en fatigue moi-même.

Mais la plupart du temps, je m’aime quand même!

Toujours question livres, à croire que c’est tout ce qui m’intéresse, mais oui, le dimanche matin, en lisant La presse+, je délaisse rapidement les courbes de la Covid, ma zone orange et les élections américaines — quoique je regarde un peu, hâte de voir si Trump va être réélu si les frontières vont réouvrir après les élections, mais même si elles ouvrent, je n’irai pas plus en Floride, trop de cas de Covid encore et dans mon cas, ce n’est pas vrai qu’être masquée et confinée en Floride, c’est mieux que d’être masquée et confinée au Québec : pas les mêmes repères, pas les mêmes activités, pas la même langue, pas mon monde, mon monde sera ici avec leurs tuques et leurs mitaines — fin du tiret, on retourne aux livres, je vous l'ai dit du coq à l'âne comme dans Les lionnes... il y a aussi les livres de Deborah Levy, son autobiographie, pourquoi elle écrit. J’adore les biographies, depuis le temps que je le dis. Je le dirai encore le dimanche 25 octobre lors d’une causerie... un beau mot causerie, je le préfère à conférence. Fait plus amical, moins entrepreneurial. Lien pour s'inscrire à cette causerie sur généalogie et romans, mes romans sur mes ancêtres irlandais, lien donc à la fin de ce billet... s'il peut finir, pensez-vous!

Il faudrait bien que je cesse d’écrire ou de parler et que j’aille lire. Même pas terminé la biographie de Pauline Marois. Ni Le palais des orties de Marie Nimier, écriture fluide et à la mode du temps. Cette mode de métaphore avec des animaux ou des plantes. Pensons au Lièvre d’Amérique de Mireille Gagné, de L’apparition du chevreuil de Élise Turcotte et surtout de Les Foley de Annie-Claude Thériault et sa fameuse Sarracenia purpurea, fil conducteur de son histoire.

Hélas, la vie domestique va reprendre son cours. Et au lieu de lire, je préparerai la salle de bains qui va recevoir une belle douche toute neuve cette semaine. Comme tout le monde, pour moi aussi, temps de pandémie est aussi temps de rénover, de rester à la maison. J’ai même recommencé à tricoter. Pour ma «filleule», un petit chien Porkie. Porkie ce n'est pas son nom, c'est sa race, un mélange deYokshire et Poméranien. Son nom commence par L tel que tricoté sur son petit chandail.

Suffit les associations d’idées. Votre esprit vagabonde-t-il aussi? Le dimanche matin uniquement? Ces dimanches de congé propices aux vagabondages, quand ma mère invitait ses tantes à diner et où elles jasaient tout l’après-midi ou quand mon père disait : on va faire un tour d’auto, on va voir les maisons!

Suffit, j’ai dit.

Lien vers conférence-causerie, webinaire Centre de généalogie Petite-Nation, dimanche prochain, 25 octobre à 13 heures>>>

Pour lire un extrait du roman de Simone de Beauvoir>>>



dimanche 11 octobre 2020

C'est fou la vie...

C’est fou la vie, elle me surprend encore. Tu crois bien la connaître parce que ça fait 70 ans que tu la côtoies. Tu penses te connaitre toi-même, savoir comment tu réagis, accepter tes fragilités, canaliser tes forces, mais finalement, comme dit la chanson : tu ne sais rien.

Il y a un an, je lisais Les Foley, de Annie-Claude Thériault, une histoire sur des Irlandais. Un livre qui a eu un succès immédiat et dont on parle encore et j'en suis très heureuse pour l'auteure. Il y a un an, j’avais autoédité le dernier tome de ma triologie sur mes ancêtres irlandais parce que Vents d’Ouest (à l’agonie, on s’en doutait, mais on espère toujours...) n’avait pas voulu le publier. En quelques mois, la cinquantaine de livres était épuisée, et je ne ferais pas réimprimer.

Il y a un an, je me disais « c’est fini écrire, c’est trop dur de se faire publier, trop stressant ». Sans jouer au pauvre petit auteur imposteur, non juste un constat.

En novembre, je partais pour la Floride, comme une snow-bird, comme une retraitée. Heureuse de pouvoir goûter à cette vie-là, tellement différente de mes jours de solitude, les doigts sur le clavier et la tête dans Antidote.

En mars, je revenais pour raison de Covid. On est encore dedans. En zone orange, entourée de rouge. Je ne suis plus une auteure, je ne suis plus une snow-bird. Seulement une retraitée, heureuse de vivre à la campagne, et de pouvoir communiquer via Internet.

Mais voilà, c’est fou la vie... justement l’internet, le numérique, ça veut dire pouvoir parler, se voir, échanger. Et même travailler pour plusieurs. En deux semaines à peine, j’ai eu trois demandes de graphisme : monter des livres, monter des panneaux patrimoniaux. Et une demande de conférence sur Zoom, auquel je ne connaissais rien, il y a un an encore. 

Alors, je reprends du service.

Et vraiment, à la conférence webinaire, je vais vraiment dire que je n’écrirai plus, que je ne suis plus une auteure, je vais vraiment m’entendre prédire l’avenir? Je l’ai dit en me pratiquant sur mon compte Zoom et je n’ai pas aimé l’entendre. Qui suis-je pour savoir de quoi sera fait demain? Qui aurait dit la Covid, le confinement? Qui peut dire quand un livre n’a plus de vie? Alors, dire d’une auteure qu’elle n’écrira plus!

Donc, aux personnes intéressées par la généalogie, par les romans sur des ancêtres, par mes têtes rousses, certainement que je vais dire que c’est possible d’écrire un livre sur nos ancêtres, que c’est possible d’être publié, de s’autopublier. Et de ne jamais renoncer, jamais croire qu’il y a une fin, même après notre mort, je dirais.


Merci au Centre de généalogie de la Petite-Nation qui m’a invitée. La conférence virtuelle se tient le dimanche 25 octobre à 13 heures. Plus de détails bientôt pour vous inscrire. En attendant, vous pouvez visionner la vidéo qui me fait belle promotion.


Pour l’occasion, j’ai même changé (après quatre ans, il était temps) ma photo sur les réseaux sociaux.


Vidéo créée par Alain Faubert du Centre de généalogie de la Petite-Nation >>>
Lien vers la page Facebook du Centre de généalogei de la Petite-Nation>>>


lundi 7 septembre 2020

En août, j'ai lu...


Le 12 août, j’ai acheté québécois. La femme qui rit de Brigitte Pilote.

Je ne me rappelle plus comment Brigitte Pilote est apparue dans mon Facebook, mais une auteure québécoise, un roman publié en France (l’utilisation des mots comme « bourg » et « couffin » le prouvent) : déjà une curiosité.
Le titre : bien sûr tout de suite j’ai pensé à La femme qui fuit. Sûrement pas un hasard, mais bon, pourquoi pas.
Les bottes sales de la page couverture appuient le « portrait d’un monde terrien » signalé au dos du roman.
Je suis avertie.
J'ai plongé dans les vingt premières pages. Puis j'ai délaissé au profit de deux autres titres.

Il m’arrive souvent de lire deux ou trois livres de front. Selon mes humeurs. Selon ma concentration.
Il m’arrive aussi de ne pas tous les terminer.

Une fois quelques émotions intenses passées, le calme revenu, l’été s’achèvait. Après quelques sorties, j'ai retrouvé ma campagne... et celle de la servante des Sever — père et fils. Une servante qui n’a pas de nom et qui, malgré le titre, ne rit ni ne sourit.

En quelle année et en quels lieux le roman se passe-t-il? On ne saura jamais. Et je suppose que pour l’auteure, c’est voulu. En revanche, le style d’écriture dense et sans dialogue, le choix des mots autant pour les vêtements que pour l’état d’esprit des personnages déstabilisent au début. Tellement différent des premiers romans de nos jeunes auteur·e·s qubécois·e·s qui utilisent plutôt un parler oral, un langage cru, des phrases courtes.

Pendant plusieurs pages, j’ai vu la région rurale, la lenteur des gestes des nouvelles de Maupassant. Les couleurs de la paysannerie de Millet. Pas du tout la misère des Canadens français des années d'après-guerre. D'ailleurs Brigiette Pilote a tellement réussi à décrire cette vie que je ne trouve pas les mots pour résumer l'état d'esprit des protagonistes. Une fois ce choix de l’auteure accepté, on embarque ou non. L’intrigue est suffisamment intéressante, on veut savoir ce qu’il advient des trois personnages : le père veuf qui vieillit, le fils handicapé au cœur lourd, et la servante qui aime la terre plus que les hommes. On connait le point de vue de chacun, je ne me suis identifiée à aucun, mais je les ai vus accepter leur destin, non comme une résignation ou un fatalisme, mais comme moi en ces temps de pandémie : «c’est la réalité, on vit un jour à la fois et si possible avec le sourire aux lèvres. Tant mieux si on rit».

Une autre lecture qui dépeint aussi un univers clos et un personnage effacé, discret, réservé, mais oh! combien intéressant à suivre: Traverser la nuit de Marie Laberge.

J’avoue que je boudais un peu Marie Laberge depuis quelques années. Ses histoires ne me rejoignaient plus. Il a fallu toute la persuasion de Laurence de mon cercle de lecture pour me convaincre de prendre le livre dans les mains. Quatre pages ont suffi. Je n’ai plus lâché le livre. Et quelques larmes en signe de vives émotions.
La 4e couverture dit l’histoire : Emmy, femme étrange, qui ne réclame jamais rien. Jacky, batailleuse acharnée qui ne craint plus rien. Raymonde et ses trésors culinaires à l’image de son humanité. Le livre raconte les choix, les fuites, les réactions, les pensées d’Emmy dans un superbe crescendo d’allers et retours dans son passé. Tout le talent de Marie Laberge nous offre une fin qui explique tout.
Avec des phrases comme des maximes qui peuvent sûrement s’appliquer à bien des vies. Dont la mienne. 
« Il y a des victoires qui ne valent pas la guerre qu’elles ont coûtée. La seule vraie victoire, c’est de tourner le dos à ceux qui nous font la guerre. »
Et puis comme «je ne me suis jamais sentie aussi proche de moi-même qu’en lisant les mots d’un autre», et «quand nous parlons d’un livre, ce n’est pas seulement de ce que nous avons lu que nous parlons, mais de nous-mêmes», c’est certain, je le savais avant même d’avoir ouvert le livre : j’ai ADORÉ La libraire de la place aux herbes de Éric de Kermel.

Nathalie ouvre une librairie à Uzès, France. Elle devient passeuse de livres. Elle se préoccupe de chacun des clients qui entrent dans la librairie, apprend à connaitre leurs goûts, leurs préférences. Leur vie. Pour chacun, elle recommande — sans étaler sa culture — des titres appropriés. Au total dans le roman, 72 titres seront mentionnés. J’avais commencé à les recenser avant de m’apercevoir qu’ils sont tous notés à la fin du livre. J’en ai lu plusieurs, d’autres ne m’intéressent pas.

Éric de Kermel a réussi à être un très bon passeur parce qu’il m’a offert un très beau voyage au pays des livres.

Les prochaines lectures qui accompagneront sans doute mon automne et même le début de l’hiver, d’autant que je ne suis pas à la veille de partir pour le sud :
Pauline Marois, Elyse-Andrée Héroux
Le palais des orties de Marie Nimier
À train perdu, Jocelyne Saucier
Les secrets de ma mère, Jessie Burton
L’avenir, Catherine Leroux
L’absente de tous bouquets, Catherine Mavrikakis
Chavirer, Lola Lafon
La fille de la famille, Louise Desjardins
Faire les sucres, Fanny Britt

Et vous, comment se dessine votre automne?

jeudi 13 août 2020

Escapade au bord du fleuve

Cette année encore, queques jours au bord du fleuve.
Album photo en PDF.
Cliquez sur la couverture.
 

mercredi 1 juillet 2020

Devant la fenêtre...

Un certain retour à la routine d’avant le grand confinement. Assise à mon bureau, devant la fenêtre. Un bureau qui ne sert plus à l’écriture de roman. Une fenêtre qui m’invite à la rêverie. Devant moi, un monde de feuillus et d’oiseaux — un couple de moucherolles, ces jours-ci, parce qu’un nid au-dessus de la fenêtre justement.

Devant l’écran de mon ordinateur, lecture de blogues, lecture de Facebook. Ce matin, lecture du dossier de LQ sur les écrivains et l’argent. Ce qui m'a fait croire pendant quelques minutes que j'étais encore une écrivaine.

Depuis la parution de mon dernier roman (à compte d’auteur parce qu’aucun éditeur n’en a voulu, parce que Vents d’ouest qui avait publié les deux précédents a fermé ses portes), je n’ai rien écrit. J’ai mis la clé dans la porte de ma vie d’écrivaine. J’ai commencé ma vie de « snow-bird » et de retraitée. Mais je m’intéresse encore à ce monde qui m’a toujours attiré depuis mon enfance : le monde des livres. Je lis beaucoup moins parce que beaucoup de raisons. J’écris encore moins. Surtout par pur désintérêt. Plus envie de souffrir les affres de la création, l’attente de l’acceptation ou la responsabilité de la promotion. Je n’aurai jamais « vécu de ma plume », mais j’aurai été dan le monde des mots écrits toute ma vie.

N’empêche qu’il me vient encore des idées. Des sujets de roman. Des opinions sur telle lecture. Des petits ressentiments inutiles. Des rêves fous comme quand j’avais 26 ans alors que pourtant, je savais très bien qu’une fois le premier contrat signé, je n’allais pas devenir une écrivaine qui vit de sa plume.

Mon image folle de ce matin : un éditeur de romans historiques accepte de rééditer ma trilogie sur mes ancêtres irlandais. Comme ça, sans que j’aie eu à lui demander. Parce qu’il en a entendu parler. Parce qu’il est au courant que Vents d’ouest a fermé ses portes et donc que j'ai retrouvé mes droits d'auteur. Parce que l’histoire peut encore intéresser bien des lecteurs.

Les images folles qui s’imposent me font sourire maintenant. Je les laisse venir, je les développe à peine et après les avoir écrites, je passe à autre chose, comme tondre le gazon ou peinturer un mur. Ou mieux : je lis Le jardin d’acclimatation de Yves Navarre. Parce que Madame lit en a parlé dans son blogue. Parce que j’ai beaucoup aimé le roman de Luc Mercure dans son roman Le goût du Goncourt qui m’a fait connaitre ce Yves Navarre. Comme quoi, les livres, j’y pense encore. J’y reviens toujours.

vendredi 12 juin 2020

Ces auteures que j'aime

Aveu facile. Plaisir même pas coupable. Depuis que j’ai une liseuse, depuis que les auteurs acceptent que leurs éditeurs publient des extraits, depuis que sur les sites des libraires, on peut en lire, je suis devenue accro. Avant c’était la quatrième couverture, mais c’était vite fait. Maintenant c’est l’extrait.

Je suis accro aux extraits. Dès que je vois un nouveau titre, que ce soit dans les journaux, les blogues ou sur Facebook (je ne suis pas très Twitter ni Instagram), je me précipite sur ma liseuse Koko ou sur les sites de la BANQ, de Biblio Outaouais ou sur celui de Libraires.ca. Parfois, l’extrait me donne envie d’emprunter le livre. Parfois non. 

Ou sinon, une amie me suggère Jean Désy ou Madeleine Chapsal. De belles heures. Je lis mais j’oublie dès la dernière page tournée.
Tandis que pour d’autres, comme on se promène comme sur une route ou le long du fleuve, je flâne, je rêvasse, je m’attarde. De baie en baie, de phrase en phrase. Parfois une odeur, une montagne, une vague. Une émotion, des petits bouts : « Lire, lier. Livre, livrer. Les mots se mêlent souvent. » (Marie-Ève Lacasse dans Autobiographie de l'étranger).

Si le silence se présente, si le banc m’invite, j’entends Clémence qui dit « je suis fatiguée de mes peines ». Je pense aux miennes. J’écris et, je suis comme Virginie Savard : « Je ne sais plus être autre chose que mon bouleversement. »

En ce qui concerne certain·e·s auteur·e·s, point besoin d’extrait, aucune hésitation, attente et amour inconditionnel. C’est certain que j’emprunte ou achète leurs livres.
Louise Dupré 
Hélène Dorion 
Catherine Mavrikakis 
Martine Delvaux 
Michèle Plomer 
Élise Turcotte 
Dominique Fortier 
Nancy Huston 

Elles ont entre 60 et 70 ans. Ce sont des femmes. Des écrivaines. Parfois professeurs à l’université, surtout poètes. Leurs romans ou récits ne m’ont jamais déçue. Je suis leur carrière comme d’autres suivent les spectacles de leurs chanteurs et chanteuses préférés. Elles parlent de leur mère, de leur écriture, de la littérature. Je m’identifie. Elles sont mon miroir. Leurs mots sont ceux que je voudrais écrire. Elles évoquent les lieux, les paysages, les livres que j’aime.

Aussi, j’ai emprunté deux fois Pas même le bruit d’un fleuve, d’Hélène Dorion. J’ai trouvé un peu longuette cette histoire de l’Express of Ireland, d’autant que je la connaissais déjà. La lecture des journaux dans un roman, la longue liste des morts alors qu’il n’y en a qu’un seul qui nous intéresse… Mais à ces auteures, je pardonne tout comme on pardonne à nos acteurs et actrices québécois parce qu’on les aime et qu’on veut qu’ils vivent encore de leur art, qu’ils nous nourrissent, qu’ils nous émeuvent. Et puis je ne me lasse pas des relations mère fille. Ni de tout ce vocabulaire qui déferle comme une vague. Ni de cette route entre Kamouraska et Rimouski.

Quant à Théo à jamais, le drame — une tentative de meurtre de Théo sur son père —, est bien ancré dans le réel des tueries, des violences familiales. Le sujet me touche moins, mais l’écriture, le style de Louise Dupré me font du bien. Comme une séance de thérapie. La colère se dissipe. La compassion refait surface.

Voilà, finalement, depuis de 13 mars qui a chamboulé toutes mes habitudes, qui m’a fait revenir rapidement au Québec où je croyais qu’après quatorze jours de confinement, j’allais retrouver mes vieilles chaussettes et mes bonnes habitudes de lecture, pour m’apercevoir que plus rien n’était comme avant… finalement, j’ai quand même réussi à lire trois livres au complet et de nombreux extraits de livres intéressants.

Qui sait, l’été sera peut-être beau!