jeudi 16 mai 2024

Le 16 mai 1674...

 


En 1674, j’étais de ce grand territoire de 25 lieues désormais nommé Seigneurie de la Petite-Nation.
Avant-avant, j’étais argiles marines dans la mer de Champlain,
Avant, j’étais forêt, rivières et ruisseaux, terrain de chasse et de pêche des Weskarinis.
Je ne savais pas alors:
que je faisais partie de la chaîne de montagnes Laurentides,
que j’allais me détacher de deux voisines fondées bien avant moi,
que j’allais devenir paroisse au début du vingtième siècle.

Je suis de frêne blanc, de tilleul et de noyer cendré,
Je suis de pins rouge, blanc et gris et de couchers de soleil orangés.
Je suis de buttes et de collines, de roches métamorphiques.
Je suis de la Petite rivière Rouge et des ruisseaux Sam, Pearson et Suffolk.
Et surtout, je suis de dépôts sableux et de terre légère, sol idéal pour la culture de la pomme de terre.

En 1902, Ariste Bock, Anthime Paiement, Moïse Charron et Anthime Cloutier se rencontrent, discutent et s’adressent à l’archevêque d’Ottawa, Mgr Thomas Duhamel.
Saint-André-Avellin et Notre-Dame de Bonsecours me laissent aller et, enfin, en 1902, 
je suis constituée canoniquement d’abord, puis civilement. 
J’existe enfin, nommée, désirée, choisie.
Je ne suis plus ce vague territoire du nord de la seigneurie de la Petite-Nation.
De monts et de vaux, je deviens plateau.
Je suis terre d’avenir, terre d’espoir. 
Je suis forêt à défricher, champs à cultiver, maisons à bâtir,
aussi de messes à chanter, mariages à célébrer, familles à établir.

De Labelle ou de Prescott, de Saint-André-Avellin ou de Montebello, sont venus les Lauzon, Bock, Deschambault et Lanthier; ils choisissent le rang Saint-Augustine. 
Les Pilon, les Laporte, les Lalonde s’établissent au village, entre rang Gustave et rang William. 
Les Bédard, Brazeau, Bigras, Deschâtelets, Legault, Perrier, Rieux et Robillard dans le rang Thomas. 
Les Pharand et les Chartrand, dans le rang Procule.
Sont venus aussi des Gauthier, des Perrier.
Les Tessier deviennent Lavigne, les Deguire deviennent Larose.

Je suis de ces hommes et de ces femmes qui ont fait et font encore qui je suis.
J’ai encouragé les commerçants, les hôteliers, les restaurateurs, les mécaniciens.
J’ai vu naître des maires, préfet et député, des policiciens.
J’ai vu se former des organisations, des clubs, des comités.
J’ai vu s’établir des artistes peintres, des artisan.e.s, des auteur.e.s et même des inconnu.e.s.
Plusieurs étudiant.e.s sont parti.e.s, sont revenu.e.s.
Quelques discrètes célébrités vivent ailleurs leur vie quotidienne, 
mais ne renient pas leur origine pacificienne.

Je vois tout ce beau monde s’entraider et s’entredéchirer, se reproduire ou s’ignorer.
Pour un coin de terre, pour un principe. 
Certains fonceurs, d’autres plus craintifs.
Chacun avec ses idées, ses ambitions et ses choix.
Toujours pour le meilleur. Enfin, je crois.

Je me réjouis de toutes les saisons, des semences aux récoltes, des vents froids aux étés chauds.
J’ai vécu des carnavals d’hiver, des Festival de la patate en été.
J’ai vu les jeunes jouer à la balle molle, au soccer, au hockey, à la ringuette.
Était-ce un fantôme ou ai-je entraperçu Jack Rabbit, cet homme qui a conçu le saut à ski du Seigniory Club à Montebello, dans la forêt enneigée qui borne la municipalité?
J’ai deux ou trois bâtiments dignes d’intérêt, publiés dans un livre sur le patrimoine. 
Au fil des ans, les commerces se sont raréfiés, la caisse populaire a fermé, l’école n’est plus une école. J’aurais voulu plus, mais l’important, c’est que je sois accueillante. 
Que de jeunes familles aient envie d’y venir. 
Pour travailler, pour cultiver, pour y vivre plus que les étés.
Je suis triste de voir les octogénaires mourir alors que naissent peu de bébés.

Je suis un peu morte quand l’église a passé au feu, quelques mois avant son centenaire.
J’ai été dévastée de voir la démolition du presbytère. 
Pour se recueillir et parler à nos morts, il reste le cimetière.

Je veux qu’on me nomme, qu’on ne m’oublie pas, que je ne disparaisse pas.
J’étais là, indéfinie il y a 350 ans, au temps de monseigneur Laval.
Bientôt 125 ans 
que j’ai un nom bien à moi, 
que je souhaite fierté aux Pacificiens et Pacificiennes,
que je veux vivre et prospérer... dans la paix,
que je veux laisser bien plus que de merveilleux et célèbres couchers de soleil.

Je suis Notre-Dame-de-la-Paix!




dimanche 12 mai 2024

Attentes


En attendant d’obtenir Liste de mes envies 2, je relis La liste de mes envies 1.
En attendant de lire À quoi songent-ils, ceux que le sommeil fuit?, je lis Ce matin-là.

J’ai vu que dans À quoi songent-ils, ceux que le sommeil fuit? les chapitres sont courts. Deux ou trois pages. Chaque fois un personnage et ses histoires, ses souvenirs. Chacun·e sa nuit.

Alors m’est venue l’idée de l’attente. Je pourrais conter tous ces moments où on attend. Où j’attends.

Comme aujourd’hui : rien de particulier à faire. Pas d’obligation. Ni assez beau ni assez chaud pour un tour de vélo. Un peu de pluie qui m’empêche de peinturer les marches de la galerie.

Impression d’attendre.

Remontent des souvenirs de mes attentes. De mes nuits et de mes envies également.
Comme Jocelyne dans le livre de Grégoire Delacourt, je pourrais faire la liste de mes attentes. Pour certain·e·s auteur·e·s, ça pourrait faire un livre. Pour moi, au moins un billet de blogue?

Il y a les parfois courtes et plutôt banales : attendre que la visite arrive, attendre qu’elle parte. Attendre l’heure polie de tirer sa révérence.

Il y a les stressantes : attendre le verdict d’un docteur. Que le vent cesse lors de tempête. Que la pluie diminue quand je conduis sur une autoroute. Que ton équipe compte un but. Que l’aube se lève et chasse les idées noires.

Il y a les frustrantes : attendre ton tour de parler, attendre que l’autre se taise. Attendre que le trafic diminue. Attendre que l'autre comprenne. Attendre après des formulaires. Attendre qu'un humain réponde au bout du téléphone.

Que la fièvre baisse, que la douleur diminue. Que l’électricité revienne.
Attendre de revoir, de pouvoir, de savoir. De guérir, de revenir à la normale ou comme avant.
Attendre patiemment, sagement, silencieusement.
Attendre sans attentes.

Il faudrait être plus précis. Personnaliser l’histoire. Raconter un souvenir.
Quand j’avais quatre ans, mon frère, mon aîné de deux ans, a eu son premier bicycle. En vouloir un. Il fallut attendre d’être plus grande.
Quand nous avions un répondeur et que j’attendais une date pour une opération. Chaque fois que je revenais d’une sortie, je regardais si le bouton rouge clignotait. Je n’ai plus de répondeur, mais il m’arrive encore de regarder dans la direction de l’objet absent.

Il faudrait montrer à l’aide de verbes d’action, de vrais lieux, les cinq sens, et non raconter.
Mais ça, ça ne me tente plus. Je préfère lire les auteur·e·s qui ont la patience, la persévérance.
Alors attendre les livres de la bibliothèque. Parce que... attendre de gagner à la loterie pour me payer tous les livres que je voudrais!

Heureusement entre chaque attente, et même dans, il y a la joie, la fierté, la satisfaction, la paix, l'espoir de la réconciliation, la respiration, le sang qui bat, qui coule, l’amour des livres, du voyage, du paysage, de soi, des autres, de l'autre.  Le silence dans la tête, la petite musique douce. La vie.
Et je n’en suis pas à attendre la mort.







samedi 4 mai 2024

Dans le cadre du 350e anniversaire de la Seigneurie de la Petite-Nation



Le samedi 20 avril dernier, à Saint-André-Avellin, a eu lieu le lancement du livre La merveilleuse histoire de l’Ange de la rivière de la Petite Nation.

Comme une fin d’année scolaire. Deux ans pour l’autrice et ses collaboratrices, à chercher des photos, à retrouver des écrits de Raymond Whissell décédé trop tôt, à écrire et transcrire. Un an pour moi à monter le livre, à chercher un imprimeur. Comme une distribution des prix. Les discours, les compliments, les éloges, les récompenses après un dur labeur. La bière au nom évocateur L’Ange de la rivière, les petites bouchées. Et finalement le dévoilement du livre.

De retour au silence de la maison, ont-elles, comme moi, ressenti un soulagement? Les épaules tombées, la respiration normale retrouvée? Une fatigue certes, mais une satisfaction du devoir accompli, une fierté de la réussite. D’autant qu’il y avait beaucoup de monde, qu’il y eut de nombreuses ventes. Et des annonces d’activités prochaines pour la Société historique de Saint-André-Avellin, l’organisme qui a publié le livre.

Cet Ange (l’auteure Thérèse Whissell a choisi la majuscule puisque c’est devenu son nom), tout le monde en convient, est un joyau identitaire de Saint-André-Avellin. Une statue en plein milieu d’une rivière, visible du pont... mais il vaut mieux aller la voir de la passerelle construite à côté du musée, rue Bourgeois. Comme elle est là depuis 1923, bien sûr des rumeurs, des histoires devenues légendes. Il en est question dans le livre, mais il y a plus : « Pour en parler de cet ange, une société historique a été créée en 1968. Pour l’entretenir cette statue, une corporation des Affaires culturelles est née en 1990, et un musée expose des objets d’intérêt patrimonial depuis 1992. » c’est ce qui est écrit sur la quatrième couverture et c’est ce qui est raconté — et abondamment illustré dans le livre de 90 pages.

Ce livre fut lancé dans le cadre, des « grandes célébrations » entourant le 350e anniversaire de la Seigneurie de la Petite-Nation. Un événement qui ne passe pas inaperçu dans les réseaux sociaux. (Il le faut bien, il n’y a plus de journaux régionaux, Le Droit n’est qu’en numérique et on ne peut plus partager). Pour tout savoir sur ce grand évévement qui risque d'être mémorable, je vous invite à consulter les liens en bas de ce billet.

Personnellement, je veux juste dire pourquoi cet anniversaire me touche. En fait, je ne sais pas trop. Comme quelque part dans mon cœur, mon esprit, mon sang, mon ADN, ce lieu indéfini où se bataillent autant les souvenirs que les émotions. Je ne suis pas née dans la Petite-Nation, mais j'y suis venue à partir de 1956, l’été surtout et... je l’ai choisie en 1970. Je l’ai raconté dans Ma Petite-Nation (texte disponible dans la colonne latérale).

Pour vous dire que « tout est dans tout », expression qui ne date pas d’hier, je note tout ce qui roule dans ce lieu bizarre qu’est mon cerveau dès qu’on parle de Petite-Nation :
Saint-André-Avellin : ma première année d’enseignement, j’ai travaillé 20 ans au journal La Petite-Nation, mes parents y ont habité, mon frère (qui s’occupe du site Web du Musée des Pionniers), ma belle-sœur, une de mes nièces y demeurent toujours. Mon père a travaillé avec Benoît, Raymond et Thérèse Whissell, il nous en parlait souvent. D’ailleurs ce qui m’a ému dans cette collaboration pour le livre de l’Ange, c’est comme si on rendait hommage à nos pères : Benoît Whissell et Jacques Lamarche. On poursuit ce qu’ils ont commencé.

En tant que... un mélange de graphiste, amoureuse des mots et de l’histoire, auteure par-ci par-là ou tout simplement par un concours de « tout est dans tout », dans le sens, comme l’a expliqué Arthur Koestler (1906-1983):
 « toute personne fait partie d’une unité (l’organisation sociale) qui l’englobe. Toute personne s’ouvre à des unités (des personnes) qui l’englobent »,
je me suis retrouvée à m’occuper des bulletins L’Écho des montagnes du Comité du patrimoine de Ripon. Je ne sais même plus le début, est-ce à partir de Jean-Pierre DeLaplace, conjoint de la sœur de ma belle-sœur, ou de Marthe Lemery, tous de Ripon en 2018? Toujours est-il que depuis cinq ans, comme graphiste, je suis dans le décor de Ripon. Ripon pour moi, c’est aussi les Larose. Des Deguire dit Larose, patronyme de ma mère. Me sens donc un peu parente! Autre souvenir de Ripon : ma descente de la rivière de la Petite Nation en canoë, à 19 ans. Nous étions cinq, nous voulions nous rendre à Ottawa! Certes au pont Neveu et aux chutes du Diable, nous avons fait du portage, mais téméraires furent mes deux compagnons qui, eux, ont bravé quelques rapides... nous nous sommes arrêtés au Portage de la Petite-Nation, faute de résine pour colmater une brèche dans leur canoë.
 
J’ai des souvenirs de toutes les municipalités, mais je vais m’en tenir à celles-là pour aujourd’hui puisque le 18 mai, à Montebello, c’est le Salon des exposants et que je me tiendrai surtout aux kiosques du Comité du patrimoine de Ripon pour expliquer les archives, et c’est certain que j’irai faire un tour à celui de la Société historique de Saint-André-Avellin où sera Thérèse Whissell pour vous parler de son livre. Pendant ce temps, au Musée des Pionniers, d’autres bénévoles présenteront les dernières publications de la Société historique et quelques savoir-faire traditionnels.

Ah! oui, permettez que j’ajoute un mot sur Notre-Dame-de-la-Paix où je demeure. C’est quand même le fait que le sol où je pose les pieds depuis 1972 faisait parti — sans avoir encore de nom— de la Seigneurie de la Petite-Nation en 1674, et comme on en fête le 350e anniversaire, ça m’a inspirée. Je la nomme dans un texte publié aussi dans la colonne latérale. Le lien rapide ici >>>

Bon 350e anniversaire!










mardi 30 avril 2024

Balloune de trois jours

J’étais (encore) partie sur une balloune. Pas au sens de m’enivrer (quoique m’enivrer de mots peut-être ou d’espoirs) mais dans le sens « Avoir une lubie soudaine ».

Élément déclencheur : un message de Carole (nom fictif) :
Qu’as-tu pensé de mon dernier livre? Est-ce que j’ai un certain talent ou non? Est-ce que mes sujets intéressent les lecteurs.

J’ai réfléchi à ma réponse quelques heures, je lui ai répondu. Une dizaine de lignes.
Ça mijotait dans ma petite tête. Comme à mon habitude, les phrases ont continué de virevolter. Mon cerveau ressemble à ce hamster qui court sur sa roue : il n’arrête pas.

Donc le lendemain matin, me vint l’idée d’une réponse longue pour lui dire quelle n’était pas la seule à se poser des questions, à douter. Une sorte de Lettre à une jeune auteure (quoique jeune... elle a dans la soixantaine). Du haut de ma longue expérience!!! 
Enthousiaste, sans aucune prétention, avec tout le plaisir que je prends à monter des livres, je commençai à rassembler tous les billets de mon blogue dont le titre était : Carnet de roman. Billets écrits après Les têtes rousses et Les têtes bouclées publiés chez Vents d’Ouest. Donc de 2015 à 2024.

J’ai copié collé, illustrations comprises. Une page par date. Puis, j’ai cherché à combler les trous, les entre-deux. Ce qui n’a pas été écrit sur Blogger. J'ai sorti mes vieux cahiers de notes. J’ai hésité, avec le recul devrais-je nommer les maisons d’édition, les directeurs littéraires. Non, seulement le senti, la déception, les efforts, les espoirs, l'atelier, la réécriture encore et encore, qui, je l'espérais allait mener à la publication, par un "vrai éditeur" du troisième tome.

Trois jours de plaisir. La graphiste en moi se sentait fourmi. La lectrice en moi se voyait déjà à feuilleter le livre dans la collection Hamac-carnets comme s’il était d’une autre. Ça fait longtemps que je me vois chez Hamac. Depuis 2012 quand je lisais le blogue de Julie Gravel-Richard. Il faut se voir, paraît-il. Je me suis vue chez tellement d'éditeurs! 

Après trois jours, 82 pages, 18 586 mots... la balloune est dessoufflée!

Pourquoi, à quoi bon, tant de livres déjà, ça pleut des livres. Des édités, des autoédités, des numériques.
Tout est déjà sur mon blogue, pourquoi en faire un livre? Pour qui?

Pas parce que moi je lis les carnets des autres, que...
Alors si un éditeur veut de mon carnet de roman, qu’il le dise!
D’autant que chat échaudé... c’est déjà arrivé.
En février 2022
« Nous sommes intéressés à publier votre roman. »
En février 2023
« Nous sommes prêts à procéder à l’évaluation du travail éditorial sur vos manuscrits. »
Avril 2024
Je suppose que quand une directrice littéraire ne dit plus rien, ne répond plus à tes courriels, c’est qu’elle ne pense plus à toi.

Je me tais aussi.
Quoique, comme a écrit Camille Readman Prud’homme... Quand je ne dis rien je pense encore.

mercredi 3 avril 2024

350e anniversaire de la Seigneurie de la Petite-Nation

En novembre dernier, je dirais, un dénommé Martin Parent (inconnu des dieux pour moi à ce moment-là) m’appelle et me demande qui avait fait les armoires de plusieurs municipalités de la région. Réponse: mon père, Jacques Lamarche, Louise Drouin, puis Louise Falstrault et moi. Pourquoi voulez-vous savoir? Dans le cadre de... j’ai retenu: Fédération d’histoire, Seigneurie de la Petite-Nation, Montebello, mois de mai.

Puis, en décembre, je vais chercher le livre Le moulin disparu à Papineauville. Il est encore question de ce 350e anniversaire. J’apprends que la Fédération Histoire Québec (FHQ) tiendra son 58e Congrès au Château Montebello... dans le cadre du 350e anniversaire de la Seigneurie de la Petite-Nation.
En effet, c'est en mai 1674 que cette seigneurie a été concédée à monseigneur de Laval par la compagnie des Indes Occidentales.

Après, ça n’arrête plus, j’en entends parler au Musée des pionniers à Saint-André-Avellin qui prépare un livre sur l’ange de la rivière. Sur le site de Tourisme en Petite Nation, je lis que plusieurs municipalités de la MRC Papineau ont organisé un événement. Le groupe Le diable à cinq, connu bien au-delà de son Ripon original, donnera un spectacle en mai. J’ai vu les très belles vidéos dans lesquelles Marie-France Bertrand de la MRC Papineau ou Peter Levick présente les activités entourant cet événement. Dans la revue Histoire Québec, j’ai lu l’article que Martin Parent a écrit sur le Château. Je pense à mon père qui a tant écrit sur le Château, sur le Manoir, sur la région. De nouveaux livres, de nouveaux noms, il y a de la relève, l’histoire se réécrit.

Et le plus beau, Notre-Dame-de-la-Paix n’a pas été oubliée.
Quand on dit Seigneurie de la Petite-Nation, on pense Montebello, Papineauville, Saint-André-Avellin, Plaisance, mais on oublie souvent Fassett, Notre-Dame-de-Bonsecours et Notre-Dame-de-la-Paix. Parce qu’on ne sait pas, parce que moins connues, moins touristiques. On ne s’arrête pas à Notre-Dame-de-la-Paix... quoique le vendredi soir à la station-service, en route vers Tremblant...
En tout cas, dans les vidéos, on la nomme, c'est déjà ça, parce qu'en effet, le territoire faisait partie de la seigneurie.

À mon tour, je veux la nommer cette municipalité où je vis depuis plus de 52 ans.
Texte déposé dans la colonne latérale.
Je le publierai directement dans ce blogue, le 16 mai, puisque c'est le 16 mai 1674 que Monseigneur Laval devint propriétaire de la Seigneurie de la Petite-Nation.

mercredi 6 mars 2024

Extimité

Nouveau mot pour moi : extimité.

Lu dans le livre Ports d’attache, Osons révolutionner nos amitiés
« L’extimité est le fait de rendre visible et accessible à tous·tes, en ligne, des parties de soi considérées comme relevant du domaine de l’intime. Il s’agit avant tout d’un exercice de communication de soi : s’exposer pour se construire. »
J’ai ensuite lu dans Wikipédia que ce n’était pas vraiment un nouveau mot même si Word ni Antidote ne le reconnaissent. Voici ce qu’en dit Serge Tisseron :
« Je propose d’appeler “extimité” le mouvement qui pousse chacun à mettre en avant une partie de sa vie intime, autant physique que psychique. [...] Il consiste dans le désir de communiquer sur son monde intérieur. »
Je pense bien que j’en suis atteinte et depuis longtemps. Pas au point de m’exhiber par des selfie sur les réseaux sociaux, mais pour avoir ce besoin d’écrire,et surtout de laisser des traces. Que mes écrits, mes pensées plus ou moins intimes soient rendus visibles. Je ne pensais pas que j’avais besoin de « m‘exposer » pour me construire.
Et besoin vite, besoin fort, besoin tout de suite... ça c’est mon ti-bélier je crois bien.
Exemple, j’ai écrit un texte sur..., j’ai fait un petit montage photos et texte. J’ai hâte de le montrer, je résiste, je me retiens de le publier. Non pas que je le considère parfait ou fini — ils ne le sont jamais tout à fait —, mais ce n’est pas vraiment le temps. Il conviendrait mieux en mai lors des célébrations entourant le 350e anniversaire de la Seigneurie de la Petite-Nation. 
En mai, dans trois mois. Une éternité!

Extimité donc. Il me semble qu’à mon âge, je n’ai plus besoin de m’exposer ni de me construire. Mais bon, je regarde Robert Lalonde et Gilles Archambault, plus vieux que moi qui ont encore besoin de raconter, de dire, d’écrire, de publier. Pas dans un blogue ni sur les réseaux sociaux il est vrai, via un éditeur.

Je ne crois pas que je révolutionnerai mes amitiés, mais je continuerai à m’«extimiter»! Et puis je parle surtout de livres et d’écriture... Parlant ami·es, j’ai rejoint le club, toutes mes ami·es en ont... alors résisterai-je à vous parler de Mika?


mardi 20 février 2024

Petits bonheurs d'une curieuse

Petits bonheurs des derniers jours.

Mon dernier billet de blogue où il était question du Livre bleu m’a apporté de belles nouvelles, petits bonheurs non négligeables.
Premier : quelques heures seulement après la publication du billet, ma cousine de Jonquière (j’en ai déjà parlé dans un billet, voir le lien à la fin), m’a écrit et m’a demandé la version numérisée du Livre bleu.

Donc, elle me lit. Toujours un plaisir de voir qu’on me lit. Et qu’elle veuille voir ce que notre grand-tante commune a écrit en 1917... m’émeut. Je lui avais montré le livre un jour qu’elle était venue me rendre visite, mais une heure pour regarder les photos surtout, c’est court pour connaître toutes ces vies racontées dans un livre de généalogie.
Je lui ai donc fait parvenir les fichiers PDF du livre comme tel et des feuillets qui étaient insérés dans le cahier.
Échange bien plaisant de courriels et de Messenger.

Deuxième : en réunissant les fichiers PDF, je me suis attardée aux documents sur les religieuses de la famille. Dans le livre bleu, j’avais des documents de quatre sœurs Sainte-Croix. Je cherche leurs noms, je me souviens facilement de trois, mais rarement du quatrième, parce qu’il n’en est pas vraiment question dans le Livre bleu. Et me voilà à chercher. Non pas seulement le nom de la petite-nièce d’Esther Leduc, mais aussi de ces deux autres qui ont été postulantes, dès 1847 quand le Père Basile-Moreau a fondé la congrégation des Sœurs de Sainte-Croix à ville Saint-Laurent.

J’y ai passé une bonne partie de la soirée et de la matinée.

Premier extrait trouvé dans Le livre bleu,
deuxième extrait provient des Annales des Soeurs de Sainte-Croix


Dans les feuillets, j’avais bien lu que les trois postulantes étaient parentes, mais sans plus. Et dans les années 2000, quand j’ai entré des noms dans ma base de données, je ne me suis attardée qu’à Esther Leduc dont ma grand-tante religieuse avait fait grand cas dans le Livre bleu.
C’est hier que j'ai poussé plus loin. Dans ma base de données, pas de Marie Gohier ni d’Émilie Fortier. Et des célibataires, ce n’est pas évident de les trouver en généalogie. Beaucoup plus facile de trouver des mariés.
J’ai été lire ce document dont j’ai parlé dans mon billet : Annales de la Congrégation des Sœurs de Sainte-Croix et des Sept-Douleurs, et dans la chronologie, page 334, j’ai lu, noir sur blanc ou plutôt noir sur jaune : «toutes trois cousines».

J’avais la confirmation, il ne me restait qu’à trouver.
Ma curiosité légendaire a fait de moi une chercheuse infatigable. Encore faut-il savoir où chercher. Sur mon ordinateur, j’ai ouvert mon logiciel de généalogie (Family Maker 2014); sur Internet, une fenêtre pour le PDRH (répertoire de tous les actes de baptême, mariage et sépulture catholiques enregistrés au Québec entre 1621 et 1861) et une autre pour Le Lafrance qui couvre une période plus longue.
J’ai d’abord cherché la date de naissance d’Esther Leduc, la seule sur qui j’ai quelques informations de source sûre : 1826. Comme des cousines normalement, c’est né dans les mêmes années, j’ai ratissé entre 1820 et 1830.

J’aurais dû commencer par Émilie Fortier parce que des Marie... toutes les filles s’appelaient Marie. Et Gohier s’écrit aussi Goyer. Enfin bref, après des Marie Anne, Marie Rosalie, Marie Rose, je tombe sur une Marie Pélagie. Pour chacune, je cherche les parents, je trouve la famille entière, je guette les filles non mariées, et qui ne sont pas décédées en bas âge, elles sont nombreuses. Et puis dans les unions, je vois le nom de Philippe Leduc. Je vérifie... oui, oui, dans ma base de données Philippe Leduc est le père d’Esther Leduc.

De Philippe Leduc à son épouse Marie Julie Judith Crevier Saint-Jean, il n’y avait qu’un pas que j’ai franchi. Le PDRH m’a indiqué le chemin. Je trouve que le couple Louis Gabriel Crevier /Marie Julie Boyer ont eu 16 enfants, dont trois filles : une a épousé Philippe Leduc, une, Casimir Fortier et une Gilbert Gohier. Que les patronymes Leduc, Fortier, et Gohier se retrouve dans la même famille, des bonnes chances que ce soit la bonne famille.

Les mères des postulantes cousines étaient donc trois sœurs Crevier :
Marie Judith, mère d’Esther Leduc (1826)
Marie-Anne, mère d’Émilie Fortier (1822)
Marie-Pélagie, mère de Marie Gohier (1828)

Avec ce que j’ai découvert, il va falloir que je réécrive mon roman Les têtes bouclées! Ce n’est pas une des trois premières postulantes qui est dans ma « famille », mais bel et bien les trois. Bon, ce sont des arrière arrière arrière grand-tante ou très petite petite-cousine, mais quand même!

En 1847, elles ont été les trois premières postulantes canadiennes de la nouvelle « Communauté des Sœurs de Sainte-Croix ». Et moi, je suis demeurée plusieurs années à ville Saint-Laurent, ma mère nous parlait quelquefois de ses deux tantes Deguire (Annie et Évelyne) devenues religieuses au couvent de Saint-Laurent, j’ai eu des sœurs Sainte-Croix comme enseignantes, mes préférées. J’ai été à Regina Mundi, j’ai été au collège Basile-Moreau. J’ai même fait ma dernière année d’École normale dans ce bâtiment, qui, l’année suivante, devenait le cégep Vanier. Comme si la boucle était bouclée.
Mes grand-tantes Annie et Evelyne Deguire et leurs arrière petites-cousines ou arrière grand-tante ont sans doute connu le couvent Notre-Dame-des-Anges du haut et moi, j'ai plutôt fréquenté le collège Basile-Moreau (le bâtiment de gauche).

Je ne sais pas vraiment pourquoi ça m’impressionne, pourquoi j’aime chercher et trouver des liens, mais c’est ainsi.

C’est le genre de petit bonheur qui comble bien plus la chercheuse curieuse que la généalogiste amateure ou la romancière-blogueuse.

Source des photos du couvent >>> 
Lien vers ma cousine >>>







dimanche 18 février 2024

20 ans plus tard
ou du détachement des objets.

J’aime bien les titres ou les incipits qui frappent, qui soulèvent la curiosité.

Donc, 20 ans plus tard, je me décide. En 2004, dans le journal du futur roman Les têtes rousses (lien vers ce journal >>>), j’écrivais : « Je me souvenais qu’elle [ma mère] m’avait remis un livre bleu dans lequel sa tante religieuse avait consigné des tas de dates, de notes où il était question aussi bien des Deguire que des Lynch et d’une certaine Bridget Bushell. Je ressortis ce livre bleu, et j’y lus matière à histoires. »
LE livre bleu.

Il date de 1917. Les pages sont jaunies, recollées. L’écriture pâlie. Les photographies détachées. Ma mère en avait hérité de son père, elle l’a lu, annoté. Mon père s’en est servi pour dresser un premier arbre généalogique à la main puis à la machine à écrire. Objet de ma curiosité depuis que je suis toute petite. Je ne me souviens pas quand j’en ai pris possession. Probablement quand mes parents ont déménagé pour la nième fois. En tout cas, en 2004, je l’avais.

En vingt ans, je l’ai tellement feuilleté, tellement lu et relu, scruté à la loupe, noté les erreurs de dates.
Il a été mon point de départ pour la recherche de mes ancêtres irlandais. Il a été mon inspiration pour l’écriture de trois romans.

Depuis la parution de mon dernier tome de la trilogie des Têtes rousses, en 2019, je n’en ai plus besoin. Mais pas pour autant que je me décidais pas à m’en départir.

Est-ce le premier pas vers le détachement de mes livres, de mes écrits?
Je ne sais pas quoi faire avec mes centaines de livres, mes dizaines de cahiers et mes milliers de feuilles imprimées. Certains datent de 50 ans. Autour de 1974. Je commençais ma vie d’adulte-qui-est-partie-de-chez-ses-parents, je commençais ma vie professionnelle avec de l’argent. Je pouvais acheter des livres. Je ne m’en privais pas. Mais là, cinquante ans plus tard, à la veille peut-être bientôt, peut être pas, qu’est-ce que j’en sais, mais peut-être déménagerai-je dans un 4 et demi? Que faire de tous ces livres? Les vendre, les donner? Qui veut lire Han Suyin, Hervé Bazin, Maurice Druon, les prix Nobel? Et les écrits, les journaux, les lettres, les manuscrits d'une parfaite inconnue?


C’est tout un processus le détachement des biens matériels. Surtout ceux qui, croit-on, nous représentent, disent qui nous sommes. Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es. À quel âge on commence à pouvoir les laisser aller? Et même pourquoi? Simplement parce que je n’en ai plus besoin? Simplement au cas où je doive partir de la maison? Simplement pour ne pas donner de problèmes à ma succession? Pourtant quand mon père est mort, oui ça m’a pris six mois pour faire le tri de tous ses livres et documents, mais bon, j’ai bien aimé. J’ai vendu un peu, jeté un peu, conservé un peu, mais beaucoup donné.

Ma vie tourne beaucoup autour des livres, des écrits, des mots, alors m’en défaire, c’est un peu comme jeter ma vie. Pas lui enlever de la valeur, mais la mettre déjà au passé. Ces écrits, s’ils devenaient des archives au lieu d’être jetés, attesteraient de mon existence? Suis-je cette éternelle jeune fille qui voudrait qu’Hollywood la découvre, qu’un éditeur la publie? Non, il me semble que ce stade est passé.

Une étape à la fois. D’abord l’acceptation. De vieillir. D’être fatiguée plus vite. D’avoir moins le goût de voyager, de voir le bout du monde. D’aimer rester à la maison. D’aimer me promener au Québec, près de chez nous. Hier encore, j’ai été à Duhamel, j’ai vu cinq chevreuils. J’ai acheté des pâtés et une baguette. Souper agréable. J’ai lu un extrait du livre Ports d’attache: osons révolutionner nos amitiés de Karine Côté-Andreetti (un livre qui commence par l'incipit:  « Même dans l'amour, il y a de la solitude »... je l'ai dit, j'aime les incipits qui invitent à poursuivre). J’emprunte des livres à la bibliothèque maintenant. Plus facile de s’en détacher.

Revenons au livre bleu que je suis prête à laisser aller. Première étape avant de trouver à qui donner tout le reste. De me décider surtout à jeter les écrits de ma vie : journaux, lettes et manuscrits.

L’an dernier, ce livre généalogique, je l’ai offert à mes neveu et nièces. Avec mon frère, on a numérisé chaque page. Je l’ai remonté en PDF : 130 pages, 250Mo. Personne n’en veut, mais au moins j’aurai une copie numérisée.

J’ai hésité entre envoyer le livre aux Sœurs de Sainte-Croix parce que quelques fascicules de la vie de quatre religieuses — Esther Leduc, Annie Deguire, Evelyne Deguire, Marie-Louise Bourdon —, ont été glissés dans ce « Livre de généalogie », mais quand j’ai lu un livre sur les Annales de la congrégation des Sœurs Sainte-Croix et des Sept douleurs, publié en 1930 (très intéressant pour qui a connu les soeurs de Sainte-Croix, Saint-Laurent, Regina Mundi et Basile-Moreau), je me suis dit que MON livre bleu ne leur apprendrait pas grand-chose qu’elles ne sachent déjà, et puis, les archives n’avaient pas l’air aussi bien organisées que celles de la Société généalogique canadienne-française.

La coordonnatrice de la Société généalogique canadienne-française, Dominique Ritchot a été intéressée. C’est elle qui nous a trouvé l’ancêtre Falstrault, en 2003. J’ai confiance que le livre sera bien conservé. Le livre bleu ira rejoindre La monographie des Lynch (prix Percy-W. Foy, 1989) rédigé par John Lynch un descendant, comme moi, de Denis Lynch et de Bridget Bushell.

Aujourd’hui, préparer le paquet. Demain, la poste.
Alea jacta est.

Lien vers le livres Les Annales de la congrégation des Sœurs Sainte-Croix >>>


vendredi 9 février 2024

Ce qui devait, ce qui sera - 2

Hiver doux s’il en est un. Sans s’éreinter sur la souffleuse ou la pelle. Sans ce froid qui vous gèle les os.

Je suis rarement partie en février. Trois fois quand même :
en 2008, en véhicule récréatif, classe B, 58 jours dans un parc régional en Georgie;
en 2009, même véhicule récréatif, 59 jours, à Fort De Soto en premier et retour au Blythe regional Park, en Georgie;
et finalement, en 2014, avec un nouveau classe B, en Floride cette fois, 57 jours dont 43 à Okeechobee landings.

Cette année, ce devait être une cinquantaine de jours aussi, mais dans un resort, à Myrtle Beach.
Ce n’est ni le regret ni la tristesse, encore moins la colère contre le vieillissement et la maladie qui m’ont fait regarder la liste de mes voyages et visionner quelques photos de mer ce matin. Non, juste des associations d’idées : d’un février à l’autre. Des associations d’activités : d’un site à l’autre, mettre à jour les sites Internet dont je m’occupe. Des couchers de soleil devant moi versus les levers de soleil de Myrtle Beach que j’ai déjà vus, et tant aimés.

Et qui dit février, dit Salon du livre de l’Outaouais. Je le vois sur ma page Facebook. Et comme chaque jour, je regarde les nouvelles parutions chez les éditeurs, chez les libraires, aux deux bibliothèques auxquelles je suis abonnée, je me demande si cette année, je n’irai pas feuilleter avec plus d’attention ces livres dont je lis les extraits chaque matin.

Voilà, c’est tout.
Ce sont mes joies quotidiennes, mes plaisirs du jour. Entre les repas que j’aime préparer, les silences que j’aime entendre, les marches dans le chemin/droit de passage pour le voisin qui ne vient pas souvent, à moins que je n’entende pas sa voiture électrique! Entre le café du matin et le verre de vin de fin d’après-midi. 
Oh! la la! j’ai oublié le linge dans la sécheuse, excusez-moi, à la prochaine!

samedi 27 janvier 2024

26-17

Ce qui devait être, ce qui sera


J’aurais dû être en train de préparer le dernier souper.
Le frigo devrait être quasi vide.
Les bagages déjà dans l’auto.
Le vélo accroché sur son support.
La glacière prête à être remplie.

Je devrais être en train de regarder les conditions routières de l’autoroute 81 : Watertown, Syracuse surtout, Wilkes-Barre. Le cœur battant, hésiter à partir demain. On annonce plus beau lundi.
Je devrais être train de préparer des phrases en anglais pour le dounier de Lansdowne, en Ontario, mais aussi voir plus loin, voir notre arrivée à Myrtle Beach. Voir notre hôtel et surtout le balcon.

Un balcon avec vue sur la mer.
Un balcon où je lirais mon cadeau de Noël : Inventer le désir de Camille Laurens.

Oui, jusqu’à mardi dernier, c’était ça : passer deux mois à Myrtle Beach, à marcher sur la plage, pédaler sur le boardwalk, manger des fruits de mer, photographier les oiseaux des mers et les aussi fabuleux que célèbres levers de soleil, et... bien sûr, lire sur le balcon.

Je suis plutôt à attendre que le cassoulet soit cuit à point.
À voir le ciel gris et brumeux, les arbres un peu givrés.
À croire que le grand champ blanc vaut bien la longue plage de sable blond.
À chercher comme un chien ou un chat le meilleur coin où faire mon nid, faire ma couche pour les deux prochains mois et à le lire ce fameux livre de Camille Laurens.

Et surtout... à être heureuse, tellement heureuse d’être ici, de rester chez nous.
De penser à demain où, au lieu de stresser en pensant à la douane, j’écrirai un texte qui raconte mon village. Ce village qui, il y a 350 ans, lors de la naissance de la seigneurie de la Petite-Nation, n’avait pas encore de nom. Oui, je veux en parler de ce village où j'habite depuis plus de 50 ans, qu’il soit nommé, qu’il ne soit pas oublié. Mieux encore, qu’il soit aimé.

Mardi dernier, jour semblable au 19 novembre 2019, quand je titrais le billet de blogue : 42-32. Cette fois, je pourrais écrire 26-17. Je vis toujours avec cette personne dont le glaucome joue au yoyo. Cette fois, l’œil gauche. À 26, c’était trop instable pour une greffe de cornée. À 17, ça pourra aller, faut croire. Mardi dernier donc, l’ophtalmologiste l’a inscrite en priorité pour une greffe de cornée. Sa troisième. Deux pour l’œil droit et cette fois, l’œil gauche.

Le choix n’était pas difficile : on ne part plus. Les yeux d’abord.
Soulagement. Autant en 2019, c’était l’enthousiasme d’enfin partir après deux mois d’opérations, de suivis, autant cette fois, c’est le soulagement de rester.

Et puis, quatre ans plus tard, ce n’est plus le même emballement. Depuis qu’on voyage, on a vu Myrtle Beach huit fois, la Floride sept fois. On n’a plus de véhicule récréatif. Le vélo... bof! Le fleuve de mai à octobre, c’est très bien aussi. Et puis, j’aime bien l’hiver, moi! Bref, les deux mois prochains, je surveillerai les conditions routières des autoroutes québécoises pour conduire Louise à ses rendez-vous médicaux... et c’est dans une chaise berceuse, bien au chaud, que je lirai Camille Laurens.