l’histoire de Mona, la petite fille de 10 ans qui perd la vue,
la description de chacune des 52 œuvres,
l’échange entre le grand-père et Mona sur l’œuvre.
De tous les livres lus dans le cadre du groupe de lecture dont je fais partie depuis septembre 2025. Les yeux de Mona est celui qui me touche le plus de près. Celui qui me tient éveillée tard le soir parce que je me demande bien ce que je vais en dire. Celui pourtant que j’ai le moins aimé. Comment un livre que j’ai lu en diagonale, que j’ai lu comme un pensum, que je n’aurais pas lu, n’eût été le club de lecture, pourquoi ce livre peut-il m’obséder autant?
Lors de notre rencontre, nous parlerons des yeux de Mona. Vais-je parler des yeux de Louise-l'artiste-qui-ne-peint-plus? Vais-je parler de ses quatre greffes de cornée? De son œil gauche qui, après six ans d'opérations, ne voit plus grand-chose sinon un peu de lumière?
Nous parlerons sûrement de quelques-unes des 52 œuvres ou au moins de nos préférées (voir à la fin de ce billet). Vais-je parler de celles que j’ai sous les yeux depuis plus de 50 ans? De celles des artistes peintres que j’ai côtoyés pendant une bonne vingtaine d’années?
Vais-je digresser? Vais-je tout ramener à moi? Vais-je rester objective? M’en tenir au livre?
Oui, sûrement, en bonne participante, je vais m’en tenir au livre. Je répondrai aux questions de l’animatrice. Mais certainement pas en bonne lectrice objective. L’est-on jamais? De toute façon, ce n’est pas un cours universitaire, c’est une rencontre entre personnes qui aiment lire.
Je donnerai une note de 3. Trop difficile à lire, pas le genre qui m’intéresse. Les descriptions en général ne m’intéressent pas. Je les trouve froides, neutres : ce qu’on voit, point final. Au temps de mes études, j’ai détesté Alain Robbe-Grillet quand il a commencé à décrire une tomate.
Pourtant il en faut du vocabulaire pour décrire ce qu’on voit. Thomas Schlesser n’en manque pas. Ce livre — que l’aime ou non — me renvoie ma difficulté en tant qu’auteure à trouver les bons mots pour réussir une description. Un livre pour érudits ou pour étudiants en histoire de l’art ou même en littérature. Ou pour malvoyants, ce que je ne suis pas et Louise, pas encore.
J’ai bien aimé regarder les 52 œuvres, même si ce ne sont que des photos, ce qui, assurément, fausse notre jugement. J’en ai reconnu plusieurs pour les avoir vues en vrai quand j’avais 12 ans et que mes parents m’ont amenée en Europe. D’autres en me rappelant les diapositives projetées par notre professeur d’art plastique en 11e année à Regina Mundi. D’autres encore, plus récentes justement parce que Louise-l'artiste m’a entrainée dans les galeries et les symposiums.
Quant aux explications du grand-père, cette analyse détaillée, les symboles, les leçons... la CLÉ DE LECTURE... oui, le fait que ce soit comme un dialogue entre le grand-père et Mona, c’était plus facile à lire (et c’est dans cet échange qu’il y avait un peu d’émotion même si elle était plus décrite que montrée) et ça m’a au moins appris qu’en effet, ce qu’il me manque parfois c’est la « clé de lecture » pour ressentir quelque chose d’autre que dire : j’aime ou pas. En fait, c’est la même chose devant toute œuvre créatrice : livre, film, chanson, tableau. Pour aimer ou non, il faut une émotion.
C’est devant La Joconde que le grand-père dira :
« jusqu’à la fameuse salle du palais, vers laquelle convergeaient tant de touristes hagards, en quête d’une émotion que, généralement, ils ne trouvaient pas, faute d’une clé de lecture vraiment efficace ».Dans la vie comme dans les livres, j’aime les biographies, j’aime qu’on me raconte la vie de quelqu’un. Aussi, j’ai bien aimé les quelques paragraphes qui donnaient les dates qui nous situaient dans le temps, mais surtout quelques indices pour expliquer parfois le parcours, les obstacles, les embûches dans les choix des artistes.
Les soucis des parents restent bien secondaires et presque sans intérêt.
Quant à la partie cécité de Mona. J’aurais bien voulu trouver une réponse au glaucome de Louise. Comme apprendre à le guérir et ne pas devenir aveugle. Comment ai-je pu espérer trouver le remède dans un roman alors que les ophtalmologistes-scientifiques n’y parviennent pas? Après avoir cherché si cette histoire de choc post-traumatique à propos d’une phrase dite par la grand-mère de Mona (« Oublie le négatif ma chérie : garde sans cesse la lumière en toi ») était réaliste, je n’ai pas trouvé de réelle réponse dans l’interview de l’auteur accordée à Denis Guérin du Centre de transmission et d’édition en braille. J’ai cessé de chercher puisque de toute façon c’est un livre, un roman et non un article scientifique de l’Institut Nazareth ou d'une université quelconque. Concrètement, nous essayons d’obtenir de l’aide du Centre La Ressource de Gatineau: des services de soutien à domicile, des accessoires pour mieux voir ou apprendre la perte et développer les compétences.
Mes œuvres aimées :
Stries rouge, jaune et noir de Georgia O’Keeffe pour les courbes et les couleurs. Je préfère les courbes aux lignes droites, le mouvement voire le désordre.
L’Arbre aux corbeaux de Caspar David Friedrich pour la forme. Je me revois à Terre-Neuve, les tuckamores, ces arbres profilés par le vent, arbres tourmentés, arbres sauvages. Comme moi!
Paysage avec une rivière et une baie dans le lointain ou Confluent de la Severn et de la Wye de Joseph Mallord William Turner pour la douceur des couleurs, le romantisme, la nature brumeuse, le silence de l’aube, comme les tableaux de Nathalie Frenière. Comme les petits matins rosés à Myrtle Beach.
Les phrases que j’ai retenues :
« c’est d’ailleurs cela, l’apprentissage de l’enfance : la perte [...] Grandir, c’est perdre. Vivre sa vie, c’est accepter de la perdre. Vivre sa vie, c’est savoir lui dire au revoir à chaque seconde »Et avec les yeux de Louise, c’est ça que je vis : on dit au revoir au temps où elle peignait, où j’écrivais, où on voyageait. Des deuils. Mais on s’adapte, on est dans une autre étape de nos vies et on réussit à trouver de la joie, un plaisir par jour.
« Oublie le négatif : garde sans cesse la lumière en toi. »En effet, à partir de quand est-ce une œuvre d’art? Depuis longtemps, j'ai appris à moins juger et demeurer ouverte à tout genre de création.
« Ce sont les regardeurs qui font les tableaux ».
« On croit que la création ne tend qu’à élaborer de belles choses »
En conclusion : même si ce n’est pas le genre de livre que j’aime lire, comme je l’ai lu entre quatre rendez-vous à la Clinique Bellevue suite à une nième opération dans l’œil gauche de Louise, il m’aura permis de mieux accepter notre situation parce que tant qu’il y a de la lumière en nous, il y a de la vie et vivre sa vie, c’est lui dire au revoir chaque seconde et il n’est pas dit que nous lui disons au revoir dans la tristesse ou le regret. Nous avons accumulé bien des souvenirs que l’on peut revoir avec notre cœur et notre esprit. Et devant nous, encore beaucoup de positif.
Lien vers les photos et présentation des œuvres >>>
https://biblio.blainville.ca/les-yeux-de-mona
Lien vers une entrevue avec l’auteur >>>
https://www.cteb.fr/interview-de-thomas-schlesser-par-les-yeux-de-mona/




