mardi 17 mai 2022

Lire François Blais

Je lis (ou je relis puisque la couverture me dit quelque chose?) Sam de François Blais. Parce qu’il est mort avant-hier. Parce que la curiosité me mène chaque jour dans des dédales parfois tortueux, où je trouve plus de questions que de réponses. Je me rends compte que je peux simplement énumérer lesdites questions parce que je ne connais, et à l’âge que j’ai, je ne connaîtrai sans doute jamais le fonctionnement du cerveau, encore moins toutes les ramifications qui mènent aux choix que nous faisons dans la vie.

Et de plus en plus souvent, cette réflexion sous-jacente :
« Ce n’est que ça la vie? ».

Pour ne pas m’embourber dans des interrogations, disons moins philosophiques, je bifurque vers Google. Donc, dès les premières pages de Sam, je cherche si Marie Bashkirtseff a vraiment existé. Réponse oui. Elle n’a vécu que 25 ans et elle est dans Wikipedia. Je ne comprendrai jamais ce qui fait qu’un·e tel·le soit connu·e du monde entier (façon de parler puisque je ne la connaissais pas), alors que tant de monde, dont moi ou en tout cas (est-ce que ça se chiffre la notoriété?), n’aura jamais leur nom imprimé où que ce soit.

Je cherche aussi de quoi a l’air un cahier Quo Vadis ligné Duo Habana Smooth bleu. Oui, il existe, oui, j’en ai eu comme celui-là ou des semblables. Je m’identifie. Écrire son journal. Sam se demande bien pourquoi:
« Hier encore, je me disais à quoi bon, hein à quoi bon, ma petite S***, consacrer chaque jour deux de tes seize heures d’éveil à raconter les quatorze autres? ». 
Si j’ai cessé d’écrire mon journal sous une forme classique, je n’ai jamais cessé d’écrire dans des cahiers ou même dans des fichiers Word. Des petits bouts. Parfois une page, parfois plus. Pas comme un agenda pour me souvenir des dates et des rendez-vous. Et puis il y a eu mon blogue que j’ai tenu pendant plus de dix ans. Mais ce n’est pas comme un journal.

Et me voilà à écrire comme François Blais, en digressant, en parenthétisant.

En arrêtant surtout de lire Sam comme on interrompt quelqu’un qui parle. Sans même m’excuser de ne pas laisser François Blais finir sa phrase, les miennes s’imposant. Comme si je voulais crier plus fort que lui qui vient de se taire. Je viens à peine de le découvrir que déjà, je l’empêche de me raconter, à travers ses écrits, ce qu’il avait à dire. Comme si ce que j’ai à dire, moi, presse tant. Ou plus important. Et avant de me demander encore : quel intérêt d’écrire mes pensées? À quel besoin réponds-je? Bref, pourquoi? Tu as publié dix livres, tu as écrit 821 billets sur ton blogue. Qu’as-tu encore tant à dire? Et surtout, laisse au moins les autres parler. Et aujourd’hui, écoute François Blais. Lis François Bais. Cherche dans la vie des autres, toute fictive soit-elle, des raisons de poursuivre la tienne le plus sereinement possible.

vendredi 22 avril 2022

C'est à cause de Guy Lafleur...


Guy Lafleur est mort ce matin.

Tous ceux et celles qui l’ont connu racontent des anecdotes, apportent leur témoignage. Et pas que les gens du hockey. Ceux de l’Outaouais, ceux de la Petite-Nation, ceux de Thurso.

Et même moi, ce matin, en apprenant la nouvelle, ma première pensée fut :
« Si je demeure dans la Petite-Nation depuis cinquante ans, c’est à cause de Guy Lafleur. »

Septembre 1970, j'ai vingt ans, je suis au lac Simon (j’y viens l’été depuis 1956), je me prépare à entrer à ville Saint-Laurent où j’habiterai avec mon frère, puisque nos parents ont décidé de s’installer définitivement dans la baie de l’Ours. Armés d’un baccalauréat en pédagogie, nous décidons tous deux de poursuivre nos études à la nouvelle Université du Québec.

Mon père revient de Saint-André-Avellin où il a commencé à enseigner et nous donne des nouvelles de ses nouveaux collègues. Il se désole du départ de l’un deux, un professeur de français.

École à Saint-André-Avellin
Toute la nuit, je réfléchis à mon avenir et le matin, je décide de tenter ma chance. J’accompagne mon père à l’école, je rencontre le directeur Fernand Lauzon. Devant mon brevet A, il semble rassuré, il m’enjoint de me présenter à Buckingham où sont les bureaux de la commission scolaire régionale Papineau (ancien nom de Centre de services scolaire au Cœur-des-Vallées).

Je signe mon contrat l’après-midi même.

Je rencontre celui que je remplace, je dirais plutôt celui dont je prends la suite: Normand Chouinard. Devant mon inexpérience, il a la gentillesse de m’offrir tous ses documents, sa «préparation de classe» pour plusieurs mois.

Tout juste le temps d’apprendre qu’il part et devient l’agent de... Guy Lafleur.

En tout cas, c’est le mot que mon souvenir a retenu. Mais j’ai beau chercher, Normand Chouinard ne semble pas avoir été son agent, mais son professeur privé. Celui qui lui a dit : « un jour, tu ne t’appartiendras plus, tu appartiendras au public. »

Qu’importe, c’est ainsi qu’à cause de Guy Lafleur, je demeure dans la Petite-Nation, depuis 1970.

jeudi 17 mars 2022

Le 17 mars, pour moi, c'est...


C'était en 2005, au pied du Mémorial-des-Irlandais,
à Grosse-Île. J'avais les cheveux teints en roux
pendant que j'écrivais Les têtes rousses.
Le 17 mars, c’est la fête de Saint-Patrick. Petite, ma mère en parlait parfois. À 21 ans, pour moi, l’Irlande fut la Guinness, le vélo, l’amitié.
Cette année, pas de défilé dans les rues. Les bars viennent de rouvrir, on pourra déguster une Irish Stout. Ou rêver ou même préparer un voyage en Irlande.

Quant à moi qui lis moins mais qui lis encore, je cherche les romans québécois où il est question d’Irlande.

J’ai déjà lu tous les Fanette de Suzanne Aubry, Les Foley d’Annie-Claude Thériault.

J’ai feuilleté le James Joyce de Victor Lévy Beaulieu (vous savez le genre de livre que vous n’avez pas réussi à lire en entier).

Je me rappelle vaguement avoir lu L’Été de l’île de Grâce de Madeleine Ouellette Michalska et Le salut de l’Irlande de Jacques Ferron.

Je crois bien que je vais lire Les orphelins irlandais de Micheline Dalpé, décédée en avril dernier.

J'irai jeter un coup d'oeil sur Les Irlandais de Grosse île de Christiane Duquette, Mary l’Irlandaise de Mary Rouy et La chance des Irlandais de Frederic Latreille.

Donc, pour moi, me souvenir des Irlandais, ce ne sera pas qu’aujourd’hui, mais bien un bon mois!

Tout en lisant, me reviendra l’air de When Irisn eyes are smiling que ma mère fredonnait — plus que chantait — en repassant la quinzaine de chemises de ses deux hommes.

Me reviendront aussi quelques images quand, en 1971, j’ai sillonné l’Irlande en vélo. J’étais jeune, j’étais amoureuse, j’avais cinquante livres en moins!

Pendant que je lirai, ressurgira tout ce qui m’a permis d’écrire sur mes ancêtres Bridget Bushell et Denis Lynch et leurs descendants : le plaisir des recherches en généalogie, l’escapade à Grosse-Île, les entretiens avec ma mère qui m’a raconté son enfance et sa jeunesse. Ma vie.

Et vous, le 17 mars signifie-t-il quelque chose pour vous?

Et si vous ne connaissez pas encore ma trilogie, c'est par là >>>

dimanche 23 janvier 2022

Réminiscence

« Il y a des phrases qu'on entend un jour pour ce qu'elles sont. Vraiment. Elles sont restées au fond de notre mémoire, intactes. On les a prononcées un jour, sans bien savoir.

Elles attendaient.

Comme si notre propre parole nous attendait toujours.

Une phrase lancée en l'air, pas entendue vraiment. Remisée dans ces limbes étranges où flottent les paroles gelées. Un jour, on ne sait pas pourquoi, elles reprennent vie. De toute leur force. Elles atteignent notre attention profonde, celle qu'on ignore la plupart du temps, et c'est le bon moment.
[...] Il fallait juste attendre d'avoir la force de les entendre. »

Extrait de La patience des traces, Jeanne Benameur


Il est des phrases qui résonnent en écho. Un écho qui ne cesse de se répéter. Ne cessera sans doute que lorsque je n'aurai plus « la force de les entendre ». Un écho entre deux silences. Ce que je crois être des silences. Seulement une accalmie entre deux vagues.

J’entends de moins en moins l’écho. La vague est de moins en moins agitée. Forcément puisque je lis moins!

Bientôt, je me résoudrai à jeter tous les mots écrits depuis cinquante ans. À quoi bon les garder? Les archives sont pleines de mots que personne ne réclame ou ne réclamera.

J’attends de ne plus ressentir cette impression de jeter ma vie. Déjà, il y a deux ans, je m’y préparais (billet Les vieux papiers de juin 2019 >>>).

Et depuis deux ans aussi, rien de nouveau à dire. Pourtant de nouvelles expériences, mais qui font surgir les mêmes réactions. Aux nouvelles personnes rencontrées, après quelques mois d’enthousiasme, je me lasse moi-même de répéter les mêmes histoires.

Certains soirs d’hiver, je me persuade que je ne suis pas blasée ni en hibernation, juste en paix, le cœur tranquille. Enfin.

Jusqu’à ce que les mots des autres réveillent en moi un refrain déjà entendu, mais accrocheur. Et me montre... la patience des traces.

Et vous, quel écho retentit en vous aujourd'hui?