mardi 16 octobre 2018

De l’utilisation du mot « De »
délicieusement suranné
dans un flot d’images très modernes.

Pendant que les feuilles tombent, des larmes sur les nervures
Pendant que les souris cherchent chaleur et nourriture dans nos maisons
Pendant que les écureuils façonnent leurs nids sur nos moteurs de véhicules
Pendant que la lumière du jour grisonne et s'affaiblit
Pendant qu’on range les vêtements d’été et qu'on enfile chandails et pantalons...

Entre le café du matin et le thé Tchai du soir, mon esprit vacille encore entre les mots et les images que Karoline Georges a créées avec tant de sensibilité dans son livre dont on dit qu’il est inclassable, De synthèse.

Je l’avais commencé malgré la couverture qui ne m’attirait pas, malgré tous les prix littéraires qui s’accumulaient
Parce que je n’ai aucun penchant pour les jeux vidéos du genre Second Life
Parce que je n'avais pas compris que la couverture était un avatar et quand bien même
Parce que je croyais que l’histoire flirtait avec la science-fiction.

Puis, une blogeuse facebookienne en parle. En général, nous aimons les mêmes livres.

J’ai donc repris De synthèse. J’ai lu ceci :
« Très tôt, j’ai compris que la vraie vie se jouait là, à l’écran. Ou entre les pages d’un livre. Le reste était une corvée à vite expédier pour fréquenter le plus souvent possible des univers improbables captés par une antenne ou imprimés sur papier. »
En ce qui me concerne, pas autant qu’elle pour l’écran, mais entre les pages d’un livre, oh! que oui.
Alors, je ne l’ai plus laissé.

Oui, il y est beaucoup question de l’image parfaite, du corps mince, du monde virtuel, mais personnellement ce qui m’a émue, ce pour quoi j’ai poursuivi ma lecture, c’est la filiation.
Comment on peut aimer sa mère, même si on s'en défend.
Comment le mot divorce et un seul coup de feu tiré peuvent changer une vie.
Comment la télévision, les vedettes dans l’écran peuvent modeler un enfant.
Comment les silences peuvent faire aussi mal que les cris.
Comment l’anxiété peut mener à la solitude.

Ses chapitres sont originaux, ses phrases percutantes, ses mots technos si on veut les voir ainsi, et pourtant bien simples à la fois. Elle a tricoté chaque maille dans un désordre fort bien construit avec des allers retour entre l’enfance, sa vie de mannequin, celle de recluse misanthrope, asociale et son retour vers ses parents.

J’adore l’utilisation du « De » dans les titres de ses chapitres. Suranné, mais efficace.

J’ai été voir Le radeau de la Méduse de Géricault sur Internet. La narratrice y a vu sa famille, ses ancêtres. Elle a frissonné.
« Un groupe à la dérive, en décomposition. Mais qui avance, encore. Sans destination. J’ai senti monter les larmes. Je venais d’éprouver mon premier choc esthétique. Ou poétique. Ou philosophique, peut-être.
J’arrivais de tellement loin. »
Ses frissons viennent des images, les miens viennent des mots.
Pas les mots des journalistes, pas les mots des éditorialistes. De certains chanteurs quand on comprend les paroles qu’ils prononcent, oui. Mais surtout des mots des écrivains.

Cette semaine, ce fut ceux de Karoline Georges.
Les vôtres, quels sont-ils?

6 commentaires:

  1. Cette semaine, ce sont les mots de Mathieu Simard dans LES ÉCRIVEMENTS... Karoline Georges était au dernier Salon du livre de l’Outaouais, il me semble bien.

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  2. Si tu m'avais demandé, je t'aurais confirmé que De Synthèse, c'est magnifique... et c'est pas de la SF. Ou si peu. Moi aussi, l'aspect filiation m'a frappée davantage que le reste.

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    1. Je me demande même comment j'ai pu le penser. J'ai dû associer le mot "virtuel" à SF. Je me méfierai à l'avenir... et te le demanderai, hihi!

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  3. Voici ce que dit CNRTL (section étymologie) à propos de l'utilisation de "de" en français dans le sens de "au sujet de".

    E. Rapport, propos 1. 2emoitié Xième siècle. de sant Lethgier « au sujet de » (St Léger, 6); 2. de introduisant un compl. de propos ca 1050 d'un son filz voil parler (Alexis, 15); 3. de + subst. tour exclamatif ca 1050 Filz Alexis, de ta dolenta medra! (Alexis, 396).

    Passion de Saint Léger (manuscrit dixième siècle) :
    langue romane: Quae nos cantumps de sant Lethgier
    français: Que nous chantions de saint Léger

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    1. Merci M. Labonté. Je ne connaissais pas ce Centre.
      Il y a des termes qui ont a vie longue.

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