mercredi 11 mars 2009

Lire un crayon à la main

Je ne sais pas parler des livres des autres. Probablement pas non plus des miens. Je ne sais pas faire un résumé, rassembler mes idées. Je le sais parce que j'ai déjà essayé en écrivant pour un forum, très intéressant par ailleurs. Heureusement, avec Internet, on peut copier, en donnant la source. Ce que je n'ai pas le goût de faire non plus, perte de temps, tout le monde n'a qu'à écrire dans Google.

Et même écrire ce que j'en pense, j'ai peur, je n'ose pas, je ne veux pas critiquer, je ne veux pas en dire du mal et je ne veux pas non plus en dire du bien, tout à coup c'est trop? Je voudrais pourtant donner aux autres le goût de le lire -- ou pas, c'est selon. Probablement n'est-ce qu'un exercice? Une habitude. Un peu de réchauffement chaque jour, une phrase d'abord, puis un paragraphe, de la concentration. Prendre des notes en lisant? Non, je n'irais pas jusqu'au pensum. Pourtant, vous dirais-je ce qui fait souvent que j'aime un livre? Si j'ai un crayon à la main et qu'à chaque dix lignes de lecture, je vais écrire une ou deux phrases dans un cahier. Pour moi c'est preuve qu'il m'allume comme disent les jeunes. Il est vrai que mon esprit ne cesse de faire des phrases: la nuit quand je ne dors pas et ma foi, même dans mes rêves. Je peux repasser dix fois ce que j'ai dit ou pas dit, ce que j'aurais dû dire, ce que l'autre a répondu. Je déteste le téléphone parce que je ne peux pas me reprendre.
Livres, ah oui. Il me semble qu'il faut donner le contexte de la lecture. Par exemple, je suis en train de lire L'araigne de Henri Troyat (et j'ai une vieille version en livre de poche, image différente de celle que je joins). Dire pourquoi j'ai choisi ce livre sur les rayons de la bouquinerie. Parce que quelqu'un... c'est souvent quelqu'un dans une conversation ou un journal ou un blogue qui, lui ou elle, a réussi à m'intéresser à lire tel livre. Cette fois-ci une connaissance qui lit un peu de tout, comme moi. Je voudrais en faire autant, à mon tour. Mais peut-on jamais? C'est comme quand une cousine m'a parlé de telle ville à visiter, elle était à ce point enthousiaste que je m'y suis rendue. J'ai aimé aussi. Pas nécessairement les mêmes endroits, mais j'ai découvert mes coins à moi. Quand je suis venue pour en parler à une de mes amies, comme on partage un secret, elle s'y est rendue, elle a vu, et depuis ce temps, elle ne réussit qu'à m'en dire du mal. Ça me tente encore de révéler mes coups de coeur!!!

Livres donc. Troyat. Pourtant, je savais que je retournais au début du siècle dernier. Dans cette France d'une autre époque, avec d'autres moeurs que ceux de la littérature plus contemporaine. Je me suis laissée aller à la découverte, comme si c'était nouveau. Je ne voulais pas que ça fasse trop scolaire, du temps où j'étudiais Camus, Sartre et compagnie.

Je peux au moins dire que, comme la ville de ma cousine, j'ai aimé. J'ai apprécié être transportée dans ce temps qui n'existe plus, et connaître des personnages qui, probablement eux, existent encore, mais ne sont nullement décrits avec autant de détails, d'adjectifs et ne sont pas entourés de vieux livres entassés dans une bibliothèque que l'on époussette, mais à laquelle on ne réussira plus jamais à enlever l'odeur de cigarette et de pages jaunies. Bref une atmosphère, une odeur, un ton. Un conflit bien sûr mais subtil, pas trop évident comme à l'américaine, comme une recette. Le personnage principal bien campé, le frère possessif, un enquiquineur qui veut gérer la vie de tout le monde. Aujourd'hui, on dirait le manipulateur par excellence. Ses soeurs et sa mère, portraits de femmes qui ont l'air dépendantes, mais, qui heureusement surmontent le handicap de leur époque et des attributs... qu'on (le fils et frère surtout) leur attribue justement.

Ce qui m'a agréablement surpris de Troyat c'est qu'il écrit assez moderne pour les années trente : petites phrases courtes, parfois même sans verbe. Je n'ai su qu'après que L'araigne était le prix Goncourt 1938. L'aurais-je acheté dans la bouquinerie si j'avais su? J'aurais hésité, en tout cas. Contente, je crois que c'est le deuxième prix Goncourt que je lis avec plaisir. C'est fou, finalement j'aime un peu de tout, pourvu que ça me mène à l'écriture.

1 commentaire:

  1. En ce qui regarde Troyat, vous avez parfaitement raison. C'est un écrivain remarquable et moderne. J'ai lu la grosse saga russe Tant que durera la Terre. Fabuleux. Voilà un auteur qui risque d'être injustement oublié, peut-être parce qu'il a vécu trop vieux et que le meilleur de son oeuvre date du mitan du XXe siècle.

    Pour ce qui est de la critique, vous avez fait celle de Troyat, voilà, c'est merveilleux, je trouve. En tous cas, moi, ça m'a rappelé de bons souvenirs, ceux du plaisir pris à lire un grand roman (en fait une série de grands et gros romans, M. Troyat ne réchignait pas à l'effort, je ne vous dis que ça). Merci. Les commentaires de livres sur les blogues, c'est du nananne pour moi. Grâce à Mathieu, Pierre H., Pat, Guillaume, j'ai pu écarter un peu mes œillères.

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