samedi 10 juillet 2010

De la voix narrative

« Elle avait besoin de pleurer. Elle ne savait pas pourquoi. Elle avait trop de bonnes raisons. Celle-là ferait l’affaire. Elle chercha des yeux un torchon, s’en empara et l’appliqua en garrot sur la blessure. Je vais devenir fontaine, fontaine de larmes, fontaine de sang, fontaine de soupirs, je vais me laisser mourir. »
Katherine Pancol, Les yeux jaunes des crocodiles,
Albin Michel, poche, page 11

Je ne veux pas écrire comme Katherine Pancol, je veux écrire comme moi. Mais, en ce qui concerne ce passage entre le « elle » et le « je », entre le narrateur et le personnage, je lui tire mon chapeau et là, pour cette glissade technique, c’est certain, je veux la copier, être comme elle, penser comme elle. Réussir ce tour de force d’avoir dans le même paragraphe deux voix narratives cohérentes, sans changer de ton, sans avoir le langage littéraire d’un côté et le langage parlé familier de l’autre. Ça coule. Me faudra-t-il, comme une patineuse de fantaisie, des années et des années d’exercices pour en venir à cette apparente facilité? Ce ne serait pas tant de le réussir pendant un paragraphe ou deux, mais de tenir pendant 300 pages. Et peu importe les personnages.

Est-ce que ça paraît que je reviens d’un atelier d’écriture? Il m’en faudrait plus d’un pour maîtriser cette fichue voix narrative.

10 commentaires:

  1. Tiens, ce livre fait partie de mes lectures d'été à venir !

    Personnellement, je pense qu'on écrit mieux quand on développe son propre style à partir de ses propres forces.

    RépondreEffacer
  2. Oui, c'est certain qu'on écrit mieux dans son propre style, mais il faut quand même une certaine technique et j'ai de la difficulté avec le "point de vue". Le narrateur doit rester narrateur et ne peut se substituer au personnage ou vice-versa.

    Bref, j'ai besoin d'étudier la chose et pour ce faire, faute de retourner à l'université, si tant est qu'on y apprend cette notion, je cherche chez les auteurs.

    RépondreEffacer
  3. Ah, mais c'est que tu as ce qu'Élisabeth Vonarburg appellerait un narrateur en il aligné DANS le personnage. C'est à dire que ton narrateur parle du personnage au il, mais en fait le narrateur regarde par les yeux du personnage, sent ce qu'il sent, vit ce qu'il vit... et dans ton exemple, entend même ses pensées ou pense avec lui.

    Il faut que tu vois les types de narrateur comme un zoom de cinéma. Narrateur omniscient : il est loin et il voit tout, tous les personnages. Narrateur en il aligné SUR un personnage : il est assis sur l'épaule de ton personnage, mais en voit un peu plus que lui. Narrateur en il aligné DANS le personnage : ben c'est ça : il est dedans. Il ne peut pas être plus proche, sinon il devient un je.

    Je pense pas que tu vas apprendre ça à l'université. C'est vraiment un truc d'atelier littéraire.

    ... d'ailleurs ça parais-tu que j'en reviens aussi? lol!

    RépondreEffacer
  4. Gen, est-ce que le narrateur aligné DANS le personnage peut avoir le même ton, le même vocabulaire que le personnage? Je suppose que oui. Comme dans l'extrait de Katerine Pancol.

    À écouter mon prof, la narration (quelque soit le genre) doit être littéraire et le dialogue ou monologue ou pensée intime ou jugement peuvent être exprimés dans un langage plus familier. Alors que je ne voudrais qu'un seul ton, hybride, valable pour les deux.

    Et si tu as des références bibliographiques, j'aimerais bien...

    RépondreEffacer
  5. Va voir sur ce lien de wikipédia: http://fr.wikipedia.org/wiki/Narratologie
    Ce sont les termes utilisés à l'université par les profs et les étudiants.

    Pas toujours évident d'être à l'aise avec un nouveau type de narrateur. Il s'agit d'expérimenter.

    RépondreEffacer
  6. Merci beaucoup Colombe. C'est vrai que vous suivez des cours, vous pouvez m'aider.
    Expérimenter, je veux bien, mais faut toujours finir par se brancher et surtout, être cohérent, c'est à dire que ce soit clair pour le lecteur.

    Merci pour le lien, j'avais lu en diagonale, un peu théorique. J'aime bien des exemples concrets, comme quelques pages de Katherine Pancol. De toutes mes lectures, on dirait que Madame Bovary remporte la palme pour bien maîtriser la narration/point devue, mais est-ce à dire que depuis 1857, on n'a pas innové un peu???!! En tout cas, j'ai retenu qu'on est loin de la simplicication: la narration = style littéraire et dialogues = style parlé-familier des personnages.

    RépondreEffacer
  7. @ClaudeL : Qui dit narration ne dit pas nécessaire langage littéraire. Justement, un narrateur aligné dans un personnage peu parler comme lui. Ou alors tu peux avoir un faux narrateur omniscient, qui a un parlé particulier (je me souviens d'une nouvelle, je crois que c'était de Maupassant, qui était narrée par la girouette de l'église du village).

    Cela dit, Élisabeth Vonarburg insiste beaucoup sur l'importance de choisir consciemment le niveau de langage. Quand il se relâche, cela doit être significatif.

    RépondreEffacer
  8. Merci, Gen, ça confirme mon idée première. Notre animatrice nous a tellement martelé que la narration (elle ne parlait pas vraiment du narrateur) devait être d'un style de langage recherché, littéraire... Et quand elle corrigeait mon texte, elle a beaucoup insisté pour qu'on sache qui parle (j'étais d'accord) et pour cela, il fallait que les niveaux de langage soient bien différents (là, je n'étais pas vraiment d'accord, sans avoir d'exemples précis à lui apporter).
    J'aime bien qu'on compare des informations concrètes. Go, je m'en vais corriger.

    RépondreEffacer
  9. @ClaudeL : Chaque animatrice, chaque auteur, a ses idées. Mais je ne suis pas d'accord : le narrateur ne doit pas nécessaire être très recherché et les personnages peuvent parler avec un bon niveau. Tout dépend de l'histoire, du ton, du style du récit, etc...

    RépondreEffacer
  10. @Gen, je crois aussi. Mais quand une auteure plus expérimentée a l'air tellement sûre d'elle en affirmant telle ou telle chose, je dois faire des recherches en titi pour donner raison à ma petite voix qui me dit autre chose, un peu plus nuancé ou en tout cas qui me convient mieux.
    Mais là, ça va, je me suis convaincue!:-)

    RépondreEffacer