dimanche 1 août 2010

Un petit cours de psychologie avec ça?

N’empêche que les jurys de tout acabit devraient suivre des cours de psychologie, des cours de relations humaines. Apprendre à dire les choses. Apprendre à rédiger des lettres de refus. Dans le monde des arts visuels, les artistes peintres vivent les mêmes joies, les mêmes affres que les auteurs dans le monde merveilleux de l’écriture.

Quand il y a refus, un refus sans aucune autre explication que « nous avons le regret de vous informer que vous n’avez pas été acceptée ». L’artiste peintre se pose des questions, passe par toute la gamme des émotions: le doute, le "c'est pas grave" et, avant de se retrousser les manches et de passer à autre chose, dort mal, vit mal. Pendant des heures. Pendant des jours.

Et suivent les litanies habituelles :
Je ne suis pas un bon peintre
Ça vaut pas de la ma…. ce que je fais
Pourtant mon portfolio était excellent
Est-ce le portfolio ou les tableaux?
Pourtant…Pourtant... j'avais tel contact
Pourquoi?
Qu’ils aillent tous au diable, je ne sors plus, je ne m’inscris plus nulle part.

Il aurait fallu tellement peu. Un peu plus qu’une lettre type, banale, la même pour tout le monde. Il aurait fallu une lettre personnalisée, signée par un ou tous les membres du jury. Une lettre qui laisse de l’espoir : nous gardons votre candidature pour l’année prochaine ou vous êtes refusée pour ceci ou cela, vous pourriez améliorer ceci ou cela, il a fallu choisir entre plusieurs très bons artistes. Des vraies raisons qui tiennent qui n'entraînent pas de mini-déprime mais qui permet d'avancer. Parce que l’artiste n’est pas folle, elle verra qui a été accepté et elle se comparera. Ne comprendra pas pourquoi un tel et pas elle. Elle se jugera encore plus sévèrement que ne l'a probablement fait le jury. Et grommellera pendant des jours.

Il aurait fallu si peu. Un peu de psychologie. Se mettre à la place de l'autre. Qu'est-ce que vous aimeriez lire, vous? Une lettre de refus pourrait être constructive, apporter des solutions, un espoir pour l’année suivante. Sinon comment savoir ce qu’il lui faut corriger pour la prochaine fois?

Et puis un beau matin, un appel téléphonique, une lettre, un courriel. Telle galerie veut exposer ses œuvres. Un visiteur a remarqué l’artiste, il vient acheter un tableau. Ils aiment, eux? Ça vaut donc quelque chose ce qu'elle peint? Et puis elle se remet à peindre, parce qu’elle est bien incapable d’arrêter de toute façon et elle aime ce qu’elle fait, elle retrouve l’état de grâce, elle flotte, elle est contente de sa journée. Et de son tableau.

Elle oublie… jusqu’à la prochaine exposition : s’inscrira-t-elle?

(photo d'une oeuvre de Louise Falstrault)

4 commentaires:

  1. Certaines maisons d'édition utilisent des lettres pratiquement identiques, mais construites selon la méthode du "plus moins plus". Du genre : Malgré une écriture maîtrisée et agréable (plus), nous avons décidé de ne pas publier votre texte (moins), mais nous serions intéressés à lire autre chose de vous (plus).

    C'est pas tellement moins impersonnel, mais ça passe mieux.

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  2. Je n'ai jamais eu droit à la dernière phrase. J'ai eu le droit à des appels téléphoniques par contre et quelques contrats.
    En arts visuels, plus laconique encore, mais je vais vérifier ton "plus-moins-plus".
    Quand même, je serais curieuse de savoir si ça s'apprend le "comment-répondre-sans-créer-un-sentiment-de-nullité".
    Ou bien s'il existe un gilet pare-lettre-de-refus!

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  3. @ClaudeL : Ça doit s'apprendre "l'art de répondre sans pousser au suicide", mais j'suis pas sûre que tout le monde a envie de l'apprendre :p

    Et non, j'ai pas trouvé de gilet pare-refus. Ah si : ça s'appelle un autre contrat ;)

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  4. @Gen: :)
    C'est fou un contrat, ça pourrait être écrit très impersonnel et sans frioriture, je le prendrais bien.
    Les artistes peintres eux fonctionnent plutôt en terme de chèque puisque leurs oeuvres sont en dépôt dans les galeries. Rares sont les galeries qui achètent les tableaux aujourd'hui.

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