dimanche 20 mars 2011

Je suis sortie gagnante de l'impasse

Je l’ai lu à petites doses, ce roman. Non pas que ce soit mal écrit, pas du tout, non que ce ne soit pas original, au contraire, très bonne idée jamais exploitée de cette façon à ma connaissance, mais les cinquante premières pages m’ont laissée froide. Je ne me sentais pas concernée, je me suis même passé la remarque : « je crois que les éditions De Mortagne publient surtout pour les 15-35 ans ».

Et puis tout à coup, sans prévenir, une peur s’est infiltrée. Peur d’une mort imminente qui rôdait. Et si ça m’arrivait? Si j’étais cette petite fille délaissée ou si je mourais moi aussi en une fraction de seconde? Ce livre était-il entre mes mains comme une prémonition, pour m’avertir d’un deuil à faire? L’émotion fut telle que j’ai fermé le livre. Comme pour éviter cette possible fatalité. Je voulais lire ce roman comme on regarde les nouvelles à la télé : avec compassion, une histoire vraie, triste, mais qui ne m’appartient pas. À reprendre quand je cesserai d’avoir peur.

Et quand je l’ai repris, je ne l’ai plus laissé. À la page 115, j’ai compris la raison du titre et j’ai cessé de lire en auteure ou en blogueuse qui savait qu’elle voulait écrire un billet sur le roman, j’ai lu en tant que lectrice.

Je sais pourquoi je dis souvent que je ne tiens pas à connaître l’auteur d’un roman, que c’est le roman qui m’intéresse. Une fois que je connais l’auteur, c’est comme si elle (dans ce cas-ci, c’est un « elle », je ne m’évertuerais donc pas à écrire il ou elle chaque fois) me regardait lire son histoire. Je me sens épiée. Je ne me sens pas libre d’aimer ou de ne pas aimer. Comme une adolescente qui lit un journal intime, je fais la gênée, la timide. Je serais prête à dire les pires niaiseries plutôt que d’avouer que J’ADORE son histoire. Que je me suis reconnue dans la petite Sarah avec son frère, dans la jeune Sarah avec ses amours. Mais pour tout l’or du monde, je ne l’avouerais pas à l’auteure. Ce serait dévoiler mes sentiments, montrer mon petit moi intérieur.

De plus son personnage ressemble un peu à ma Bridget de mon futur roman : guère jasante, ne révèle pas ses pensées, résiste à l’amour des autres.

Alors que si je ne connais pas l’auteure, je n’ai rien à lui avouer et ça se passe entre moi et les personnages des romans.

Pourquoi refuser un compliment à l’auteur? C’est comme avouer que je me suis fait avoir, et qui aime se faire avoir? Mais cette fois, tant pis pour mon ego, je me prouverai à moi-même que j’ai vieilli, que j’ai appris, que je peux donner, complimenter sans rien perdre. Donc, Sylvie Gaydos, je vous le dis : j’ai beaucoup aimé votre roman. Il m’a surpris, il m’a plu. Et tous les « mais » et les « même si » (comme la fin de Nathan que, personnellement, je n’aurais pas vue ainsi, puisqu'il était dans les « bons ») que j’ai pu me dire en cours de lecture, je les tairais parce qu’ils ne serviraient à rien. Et si votre roman m’aura appris que je peux survivre à une rencontre d’auteure ET à la lecture de son livre, rien que pour cette petite victoire, je vous dis merci.

11 commentaires:

  1. ClaudeL, la situation étant ce qu’elle est, je cède à l’effronterie et me permets le tutoiement. Si mon roman t’a donné quelques émotions fortes, la lecture de ton billet ne m’a pas épargnée, crois-moi. Que tu partages aussi généreusement ce qu’Impasse t’a fait vivre est pour moi un cadeau très touchant. Tu aurais pu te contenter d’un petit compte-rendu gentil (ce qui aurait été bien apprécié, c’est sûr). Non, tu t’es exposée… J’en suis toute chavirée, car d’après moi, il fallait que cela en vaille la peine. Je te dis sincèrement merci.
    Je suis convaincue que la lecture est une forme sous-estimée d’auto-micro-thérapie. On y puise beaucoup, souvent sans même s’en rendre compte. Par les commentaires que je reçois, à droite et à gauche, je suis à même de constater que chacun puise dans Impasse quelque chose de différent et ça, c’est incroyablement fascinant, pour moi.
    J'ai très hâte de lire Les têtes rousses. D’après le peu que je sais, je sens que je vais aimer. Ce sera alors mon tour de trouver dans tes mots un petit quelque chose qui me sera utile. Au plaisir. XX

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  2. Il est certain qu'un auteur qui parle d'amour, de famille et de mort ne pouvait pas faire autrement que de toucher une corde sensible. Dans mon cas, tu (le vouvoiement c'était comme une distance, j'aurais voulu parler des auteurs en général, pas vraiment réussi!) y es parvenue et c'est tout à ton honneur quand on pense que c'était ton premier roman.

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  3. Mais ne présume pas de ta lecture de mes Têtes rousses, je ne suis pas certaine du tout d'avoir eu l'art de faire monter certaines émotions comme tu as si bien réussi dans le tien. J'aimerais mieux que tu partes à zéro, sans aucune attente ou idée qui pourrait entraîner la déception.

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  4. Je tâcherai de partir de zéro, promis. Je ne sais pas à l'avance ce que je tirerai de ton roman, mais ce sera mon boulot d'y puiser quelque chose. Cela concerne l'effort que tout lecteur doit faire s'il veut profiter de ses lectures. Tu en es rendue où, dans les étapes prépublication ?

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  5. Je comprends très bien cette envie d'aimer quand on connais ne serait-ce qu'un peu l'auteure. Il y a quelque chose à vivre là et je vais le vivre aussitôt que j'aurais Impasse entre les mains. Je le vis quelques fois pour ne pas dire souvent et je ne suis pas encore arrivé à m'y habituer ! Je m'habitue pas à grand'chose faut dire. C'est un défaut en même temps qu'une qualité.

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  6. Un rare moment de dévoilement effectivement ClaudeL :)

    Merci

    Et je comprends tout à fait cette impression de se sentir épiée dans sa lecture. J'ai beaucoup de mal à parler des romans dont je connais trop les auteurs. J'apprends, tranquillement.

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  7. Ah! C'était donc ça, ce malaise que je ressens à parler des romans d'auteurs que je connais! :)

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  8. @Gen: comment ça "un rare moment de dévoilement"? Je ne me dévoile pas, moi? Me semble que la plupart de mes billets foisonnent de "je"! Des fois trop que je me dis.
    Et je vois bien que je ne suis pas seule à avoir de la difficulté à parler de roman quand je connais l'auteur. Même un tant soit peu.
    @Venise: d'ailleurs, je t'admire de pouvoir si bien arriver à parler de livres alors que tu as au moins parlé ou écouté la plupart des auteurs. Tu le fais très bien d'ailleurs, sans trop t'"exposer" comme dit Sylvie.

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  9. J'aurais dû rajouter "dévoilement émotif" ;)

    Et non, c'est pas toujours facile de parler des romans dont on connaît les auteurs.

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  10. @Gen: c'est pas mieux, hihi! si je comprends bien je me dévoile, mais je suis froide? je ne suis pas émotive dans mes dévoilements?!
    Bon, je vais tâcher... Un petite colère de temps à autre? Ou une larme. Attends que je lise ton livre, je m'épancherai. -:)

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  11. @ClaudeL : Oh oh, ça sonne comme une menace! :S

    Ce que je voulais dire, c'est que tu es assez rationnelle d'habitude dans tes commentaires (c'est pas un reproche : j'suis pas mieux). Là tu nous donnes l'impression de livrer de l'émotion pure.

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