dimanche 3 janvier 2016

De ma fenêtre

Premier billet de l’année 2016. Le silence revenu dans la chaumière n’est pas nécessairement signe de calme dans ma tête. Celui, indispensable, qui me permettrait le retour à l’écriture. Il me semble que je passe plus de temps à « me remettre à l’écriture » qu’à écrire. Comme si c’était une saison à part, hors du temps, qu’il fallait tout arrêter pour se concentrer sur cette seule activité. Au temps où je « travaillais », je n’avais pas à arrêter de vivre pour être fonctionnelle. Je me levais, je m’habillais, je déjeunais, je partais (en janvier, souvent je devais pelleter un brin afin de pouvoir sortir de la cour) et une fois rendue devant mon bureau, après un rapide bonjour aux collègues, ça y était je me mettais au travail. Pas besoin de réchauffement, pas de procrastination, pas de détour, pas de grandes questions existentielles. Parce que j’étais sur l’automatique? Parce que j’étais préparée et que je n’avais pas de doute? Parce que ce que je faisais était important, utile, rentable? Ça devait être fait, j’avais été employée pour un travail et je le faisais. Tandis qu’écrire? Sans échéance précise…

Pourquoi ce n’est plus du tout le cas? Parce que je n’ai pas de patron, pas de paie à gagner, pas de preuves à faire, pas de travaux à remettre? Pourtant, je ne suis pas devant une page blanche. J’ai des feuilles imprimées devant moi. Je n’ai qu’à relire, à améliorer, à corriger, à ajouter, à voir à ce que la scène soit plausible.

Ce matin, regard vers la fenêtre. Petite neige qui tombe. Les branches des arbres sont abondamment recouvertes, chargées sans être lourdes. Tout est noir et blanc. Féerie silencieuse. Distraction, perspective de promenade dans la forêt. En raquettes, enfin. 

Distraction aussi à repenser aux dernières journées : aux fêtes de famille. Quelques nouvelles réjouissantes pour les uns, des difficultés pour les autres. Des histoires d’enfants, des histoires de lutins. Des cadeaux et de la boustifaille. Du champagne de France et du Pinot noir de Suisse, et de joyeuses conversations. Du « racontage » de souvenirs. Beaucoup de bavardage. De quoi entretenir une grippe qui traîne depuis Noël. Qui me fait des nuits où je dors assise plutôt que couchée. Qui me fait des yeux lourds. Mais aussi se reposer en lisant Paul dans le Nord, se divertir en regardant un film datant de 1967, Loin de la foule déchaînée (trouver que le titre ne convient pas vraiment), voir dans le personnage de Julie Christie une vague ressemblance avec la Scarlett O’hara si orgueilleuse. 

Et donc l’esprit bien loin de mon roman.

Pourtant, il ne s’écrira pas tout seul ce roman. Comment font les écrivains qui écrivent en trois mois et même douze? Ont-ils des employés qui pellettent, qui préparent les repas, qui font le lavage, qui font l’épicerie? Probablement qu’ils ne bloguent pas! Ni ne regardent par la fenêtre.

Alors, laissons la rêverie, détournons la tête de la fenêtre, fermons la porte du bureau et, le cœur content des fêtes passées en famille, le corps heureux de sa promenade en raquettes... allons écouter ce que Mireille Deguire veut nous raconter aujourd’hui.

Eh! oh! Mireille, es-tu là, es-tu prête? M'attendais-tu? Me voici.

7 commentaires:

  1. Je t'ai écrit un petit mot sur ta page FB mais je réitère ici en te disant de prendre ton temps. Bien qu'il me tarde de lire toujours mes auteur(es) préféré(es). (oui, oui tu en es); je préfère que tu prennes le temps de savourer ces beaux moments que la vie te réserve. Le roman, les histoires, le clavier peuvent attendre et se faire patients. Profites bien et bonne journée.

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  2. Idéalement, j'aimerais n'écrire que lorsque ça me tente, une petite heure et ne pas perdre le fil d'une fois à l'autre. Et au bout d'un an, le manuscrit serait présentable.
    Mais voilà, dans mon cas, ça ne fonctionne pas comme ça.

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  3. Non mais la retraite c'est ça! Pouvoir prendre son temps! Et nous sommes tous différents!

    J'avoue que j'ai une certaine envie pour les gens que je connais qui ne se laissent distraire par rien! Continus d'être axés sur la tâche même à la retraite! Sont jamais à la dernière minute, sont même toujours en avant de leur temps en toute occasion! Ce qui n'est vraiment pas notre cas!

    Mais je me dis que les gens qui se laissent distraire (comme nous!), qui se permettent de changer de projets à la dernière minute (comme nous!) et bien, ils profitent plus de la vie!

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  4. Pour changer de projets, je crois bien que je suis assez championne en la matière, mais si je veux terminer mon roman.. et je le veux... Il faut que je cesse de regarder par la fenêtre... De temps en temps.

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  5. Quel beau texte, Claude ! Il me fait du bien de te lire. Ta plume s'affine, ta voix s'entend. Merci. Je reviendrai, encore et encore... :-)

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  6. Très beau texte ... Le temps de l'écriture est un temps hors de la vie, il est difficile à trouver. Tu me régales de tes mots, de la vue depuis ta fenêtre. Merci, belle continuation.

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