vendredi 16 décembre 2016

Mes lectures : une route en lacets

Étudiante, je lisais avec un crayon, je soulignais, je notais dans la marge.
Vacancière, je lisais avachie sur un sofa, sur une chaise longue ou dans mon lit.
Avant Internet, je lisais parfois avec un cahier de notes. Et je frustrais de demeurer loin d'une bibliothèque.
Avant la tablette, je me levais souvent pour vérifier sur l'ordinateur qui était l’auteur-e, ce qu’il avait publié d’autre.
Depuis la tablette et la liseuse, je lis un texte dans un média (La Presse+ ou Le devoir ou Facebook ou un blogue) qui m’amène à un site qui m’amène à la BANQ ou Biblio Outaouais/Pretnumerique pour voir si le roman dont j’ai vu le titre est disponible. Je feuillette, et il est fort possible que je le télécharge. Je le lis sur tablette, et si ma batterie est presque à plat, je transfère sur ma liseuse. 


En ce moment, je lis Les fugueuses de Suzanne Jacob. Quand j’ai vu le livre au Village des valeurs, j’ai été attirée par le nom de l’auteure. J’ai tellement aimé son Laura Laur. Dès que je suis arrivée à la maison, j’ai vérifié les autres titres que j’avais d’elle dans ma propre bibliothèque. J’ai encore Laura Laur et La passion selon Galatée.

Confortablement dans mon fauteuil préféré, j'entame le premier chapitre des Fugueuses. Dense. Concentré. Fort. Des paragraphes qui durent des pages et des pages. Sans cadratin de dialogues. Le point de vue de Nathe, treize ans. Dans Fugueuses, il y a fugue aussi. La musique, les sons, les bruits.
La narratrice « écoute le temps » :
« Je me suis assise sur le bras du fauteuil en vachette vert pomme et j’ai écouté le temps passer dans la chambre, un temps étranger à celui qu’on regarde passer dans la rue, sur les Plaines ou sur le fleuve, un temps qui sentait la sauce brune et le peroxyde, l’élastique et le jaune d’œuf. »
Petite pause, je prends la tablette. Une autre route d'informations. Les fugueuses, roman publié en 2005. Après, il y eut des nouvelles, de la poésie, un essai. Sur le site de L’île (L’infocentre littéraire des écrivains québécois), je lis la notice biographique.

Je me surprends à aimer une auteure qu’on étudie à l’université. Sur qui on fait des thèses. Il suffit d’écrire « thèses Suzanne Jacob » dans Google pour les trouver. J’en lis de grands extraits. Je ne comprends pas grand-chose. Un langage bien hermétique pour moi.

Je retourne au roman. Deuxième chapitre. Autre point de vue, celui de la mère, Émilie.
Un roman qui me frappe aux yeux, parce que le texte est tout sauf aéré, et au cœur par la répétition des mots comme on martèle une porte de grands coups pour l’ouvrir. Trois fois le mot peur en trois lignes. Une peur que j’ai bien connue, qu’il m’arrive encore d’éprouver parfois, que toute femme doit connaitre, je dirais.
« La simple idée de la peur vient de t’enlever le gout de vivre, Émilie, de vivre! Tu as peur d’une idée obscure et glauque et gluante qui rend la place de ta vie, tu as peur, tout simplement, de te faire violer, Émilie. »

Et découvrir des secrets cachés derrière les portes.
Nouvelle pause. Retour à la tablette, sur le site de Boréal qui a publié ses romans. D’autres informations. Le titre La pratique du roman m’intrigue. Sur le site de prêt numérique, je feuillette l’extrait, je télécharge sur ma liseuse. Le sujet: le roman vu par huit romanciers, lecture très accessible (contrairement aux thèses). Je m’attarde à Dominique Fortier qui écrit au sujet de la hiérarchisation des titres  : 
« Qu’un livre porte l’étiquette de roman, de récit d’autobiographie, de "fiction" ou pas d’étiquette du tout (ça s’est déjà vu), l’important est qu’il réponde aux exigences qui lui sont propres, et qu’il emporte l’adhésion du lecteur. »
Ça me rassure sur mes propres écrits. Ça me réconforte de voir que je ne suis pas la seule à penser ainsi.

Plus tard, je lirai ce qu’en pense Suzanne Jacob. 
Plus tard encore, demain peut-être, je retournerai aux Fugueuses.
Lire, dans mon cas, c’est souvent parcourir une route en lacets. Découvrir le monde de l'auteur-e.
Et la route est souvent aussi intéressante que le point de départ.


Et vous, quelle route suivent vos lectures?

3 commentaires:

  1. Amusant. Je suis comme ça quand je regarde un film (ma télé est branchée sur un ordinateur, alors Internet est toujours accessible), mais j'interromps rarement ma lecture d'un livre. Probablement parce que je lis encore principalement sur papier.

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  2. Sur la photo, tu vois que je lis Les fugueuses sur papier. La seule fois où je ne fais que lire, c'est en auto. Côté passager bien sûr. Et encore, au besoin, j'ai un carnet de notes dans mon sac à main. Mais pas d'Internet en route.
    Quand je regarde un fil ou une série, tablette à la main pour savoir qui est qui et comment ça finit!

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  3. Vous aimeriez, sans aucun doute, la lecture de Écrire, comment et pourquoi, de Suzanne Jacob, publié aux Éditions Trois Pistoles en 2002. Je l'ai citée dans un billet que j'ai « publié » ici : https://fernancarriere.com/2014/09/20/lecriture-est-un-acte-physique/ .

    Je me souviens de lectures de poésie que Suzanne Jacob présentaient dans le petit café The Wasteland, au sous-sol de l'aumônerie de l'Université d'Ottawa, au début des années 70. J'en retiens même la mémoire visuelle, comme si j'en avais sauvegardé une prise de vue dans un repli de mon cerveau.

    ...

    Pour ma part, je suis incapable de lire un texte continu le moindrement long ( plus que trois, quatre ou cinq pages ) sur un écran. Aussi, je n'ai pas de liseuse - ce serait du gaspillage de ressources matérielles dans mon cas.

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