mardi 7 mars 2017

Hâte que le rouge ne soit ni sang ni rage

Je ne fais pas d’épuisement professionnel. Je ne suis pas à proprement parler fatiguée. Ni exaspérée. Juste tannée. Mon éducation, mes valeurs, ma personnalité ne me feront pas choisir la colère ni glisser vers l’agressivité ou même vers l’indifférence. Plutôt la fuite. À défaut de pouvoir être ailleurs, regarder ailleurs.

Je suis tannée de l’engouement que les médias, les réalisateurs, les créateurs de livres, de films, de séries télévisées ont pour la violence. Pour le sang, le sexe, la scène politique, les meurtres, les guerres, les tueries. Sujets vendeurs, accrocheurs : manipulation, corruption, intimidation, discrimination, immigration. Comme si le reste — l’amour, la paix, le bien-être, le silence, la beauté, l’entente, la charité, l'art — n’était plus que sujet ennuyeux, sans intérêt, sans intrigue, sans secret, sans mystère à résoudre, sans surprise. Et donc invendable, inutile d’en parler. À moins qu’il y ait des héros, des vedettes.

Je suis tannée de n’entendre et de ne lire que les opinions, les commentaires qui n’apportent rien d’autre que d’autres réactions, d’autres actes qui vont dans le même sens, qui colportent les mêmes valeurs et qu’on attribue à l’ensemble de la société : la haine, l’intolérance, le racisme, l’individualisme. 

Des mots qui déteignent sur moi. Qui cachent les autres. Qui les ensablent. 
Des images qui s’infiltrent insidieusement, qui m’écorchent. Qui cachent les autres. Qui les immergent.

Alors, avant que la peur et l’insécurité m’atteignent, je fuis. Je ne lis ni n’écoute plus les nouvelles. Et je délaisse de plus en plus les séries télévisées, dont on dit qu’elles battent des records d’écoute. Dans les meilleures, il y a de plus en plus une trame policière. J’essaie de trouver des romans où l’intrigue est « ennuyeuse, sans intérêt, sans intrigue politique ou sociale, sans secret, sans trop grand mystère à résoudre, sans surprise ». 

Je me cache, je me terre pour retrouver mes repères, mes valeurs, mon identité. 
Pour être moi. 

Je ne dis pas que je n’ai pas évolué que je suis restée accrochée aux années soixante au temps où j’allais encore à la messe. Ou aux années soixante-dix, du « peace and love », de ce retour à la terre et à la vie communautaire. Je dis que je ne veux pas être ce qu’on montre, ce qu’on publie, ce qu’on filme, ce qu’on dénonce. Je dis que je cherche, comme L’Euguélionne de Louky Bersianik en 1976, « ma planète positive ». Je dis que je regarde ailleurs. Là où les caméras cupides ne filment pas. J’écoute autre chose que les cris des vendeurs. Je lis les histoires où les personnages n’ont pas besoin d’être des héros ou héroïnes pour exister. Je ne capitule pas, je choisis.

Alors, je vais, je veux retrouver celle que je veux être : une femme qui écrit des mots d’amour, des émotions qui font du bien. Qui parle de gens ordinaires, qui n'ont rien d'exceptionnel. Qui pose plus de questions qu’elle offre de réponses.
Et tant pis si je suis une femme qu’on ne lit pas.

En fait, j’ai hâte au printemps. Hâte de sentir poindre les fleurs à travers la rocaille et la terre boueuse. Que le rouge ne soit pas de sang ou de rage. Hâte de voir l’horizon dégagé. Hâte que ma vie ne se résume pas à cet intérieur limité.

Hâte de renaître. Dans un mois exactement, la sortie du ventre de ma mère, ma venue au monde. Un monde joyeux, aimant. Un temps où mes yeux ne voyaient ni laideur ni peur. Où mes oreilles n’entendaient ni cris, ni pleurs, ni insultes.

Hâte d’être le meilleur et le plus beau de moi-même. Pas un poupon innocent, mais sentir mon coeur plein d'espoir et d'optimisme. 

8 commentaires:

  1. Je regarde très peu de télé aussi... la vie est difficile pour toutes sortes de raisons et je me réfugie comme vous, ailleurs... là où je dois apprendre à cultiver un jardin qui me ressemble, aux couleurs de mes émotions... Cela m'a pris 43 ans pour le réaliser...

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  2. Je n'ai rien contre les séries violentes ou les trames policières, mais dernièrement, en cherchant quelque chose de différent à écouter, je me suis rendue compte à quel point il n'y avait RIEN D'AUTRE! O.o J'ai fini par écouter Call My Agent/ Dix pour cent, une série comique Française (de l'humour Français?!? y'a pas si longtemps, j'aurais préféré mourir que d'essayer ça). C'était mignon. Pas de sexe (enfin, si un peu, c'est des Français, hein, mais rien de graphique), pas de violence (au pire, ça gueule un peu, c'est des Français quoi!), des situations interpersonnelles cocasses, des fins heureuses. Et Paris en arrière-plan. Ça m'a fait du bien et je crois que tu aimerais aussi. :)

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    1. C'est ça le problème: je veux bien qu'on invente, qu'on crée, qu'on publie des nuits sombres, mais je voudrais aussi des jours lumineux.
      Merci pour Dix pour cent, peut-être que c'est le pourcentage de jours lumineux?

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    2. C'est la cote que prennent les agents d'artiste (la série se passe dans le milieu des acteurs et de leurs agents, avec le comique de situation que tu peux imaginer entre les vedettes qui font des caprices ;)

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  3. Merci Claude pour se beau texte , tu le sais, on en a déjà parlé , je suis un peu comme toi . Je n'écoute pas les nouvelles ni les séries policières d'ailleurs .
    J'avais une belle suggestion pour toi , un fille que j'ai vue au cinéma cette hiver
    Lion , un beau film inspirant

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    1. Merci Lucie pour ton passage et la suggestion de film. je prends note.

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  4. Claude, tu as exprimé ce que je ressens depuis longtemps. Ça fait des années que je n'écoute plus la télé, à part quelque occasionel spectacle ou émission sur la nature ou culturelle, le reste est trop négatif, pas besoin de ça dans ma vie. Comme toi, je préfère de loin les spectacles que la nature nous offre si généreusement.

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