jeudi 25 mai 2017

Nommer les Filles du Roy: conférence d'Irène Belleau

Les nommer

Anne Hébert, en 1988, écrivait dans son roman Le Premier Jardin
«Il faudrait les nommer toutes, à haute voix, les appeler par leur nom, face au fleuve, d’où elles sont sorties au 17e siècle pour nous mettre au monde et tout le pays avec nous.»
Quand Irène Belleau a pris sa retraite de l’enseignement, elle s’est intéressée à l’arbre généalogie des Belleau dit Larose. Et en cherchant à se documenter sur Hélène Calais qui avait épousé son ancêtre, elle découvrit que c’était une Fille du Roy, mais pas du tout le genre de « fille de mauvaise vie » comme les livres d’histoire le laissaient entendre depuis trop longtemps.

Elle a juré de réhabiliter les Filles du Roy. Et de les nommer.
Voilà pourquoi elle a fondé la Société d’histoire des Filles du Roy.
Voilà pourquoi elle donne des conférences.
Voilà pourquoi, depuis 2013 et jusqu’en 2023, elle organise le « jumelage » avec les Filles du Roy. Ce qui fait que chaque année une trentaine de Québécoises se promènent dans la province, dans les fêtes, dans des lieux d’animation et nomment fièrement les Filles du Roy. 

Comme « ma » Fille du Roy, Marie-Rose-Colin, originaire d’Espinay en Bourgogne est arrivée en 1670, elle sera « nommée » en 2020.

Conférence

La conférence à laquelle j’ai eu grand plaisir à assister grâce à l’AREQ Petite-Nation a pour but d’expliquer qui sont les Filles du Roy, pourquoi elles sont venues et qu’en reste-t-il?

L’historien Yves Landry, le grand spécialiste de la question les a répertoriées. Sur les 763 Filles du Roy, venues en dix ans, la majorité était des orphelines et vivait à la Salpêtrière de Paris. Elles étaient protégées par le roi et c’est lui qui, pour peupler la Nouvelle-France, décida de les faire venir en Nouvelle-France, de couvrir les frais de transport et « pourvoir, sous forme de dot, à la première année d’intégration ».

Pour monter à bord du bateau et aspirer à fonder une famille en Nouvelle-France, il leur fallait un certificat de bonne conduite signé par le curé de leur paroisse, qu’elles soient en âge d’enfanter et de nature assez robuste pour résister aux hivers canadiens et aux durs labeurs de la terre.

Aussitôt arrivées, aussitôt mariées. Avant que le bateau ne reparte pour une autre année. Mais plusieurs ont refusé le prétendant qu’on leur présentait. D’autres, comme Marie-Rose Colin, ont annulé le contrat signé et ont choisi un autre mari. 

Comme « ma » Fille du Roy a épousé le soldat de Carignan François Deguire, contrairement à mon autre ancêtre Jean Bricault dit Lamarche qui a plutôt choisi une fille née à Québec, je savais bien que toutes les Filles du Roy n’épousaient pas un soldat, mais j’ai quand même été surprise d’apprendre que seulement 179 d'entre elles ont été mariées à un soldat de Carignan. 

Comme les couples avaient dix, douze, quinze enfants, en 1683, la population a triplé au plus grand bonheur du roi qui souhaitait peupler la colonie. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous dit Irène Belleau, « sans pourtant minimiser l’apport des religieuses et les premières épouses des colons, on peut dire que les Filles du Roy sont les mères de la nation ».

Livres

À la fin de la conférence où elle nous a fait rire et sourire, et avant de répondre à nos nombreuses questions, madame Belleau nous présente divers documents, et nous remet une longue liste d'ouvrages de référence, qui prouvent que le sujet intéresse de plus en plus d'écrivains. En bonne amoureuse des livres, j’en ai reconnu quelques-uns : Catherine de Baillon de Raymond Ouimet, Marie Major de Sergine Desjardins, Eugénie, Fille du Roy de René Forget que j’ai connu lors de la rencontre des descendants Deguire, Larose et Desrosiers et aussi, Pierre et Renée que je suis justement en train de lire et où je m’amuse à transposer Pierre en François et Renée en Marie-Rose.

Les livres d’Yves Landry ont vitement trouvés preneurs. La Société d’histoire des Filles du Roy a aussi publié quelques livres et brochures, mais ils portent surtout sur les pionnières de Montréal ou de Québec. Comme la mienne s’est établie à Saint-Ours, j’ai surtout hâte de me procurer le livre Le pays des filles du Roy… au confluent du Saint-Laurent et de la Richelieu publié par la Société d’histoire Pierre-de-Saurel.

Malheureusement, je ne pourrai pas être présente lors du passage des « jumelées » à Sorel Tracy le 11 juin prochain. Ce sera certainement une belle occasion pour comprendre une fois de plus qui étaient réellement ces pionnières de la Nation. La mienne, sera-t-elle nommée même si elle est arrivée en 1670? 

Madame Belleau, vous êtes une inspiration. Je vous promets de faire mon arbre matrilinéaire, et je suis déjà certaine d’y trouver d’autres Filles du Roy. 


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