vendredi 2 février 2018

Le temps d'une lune



Il aura fallu le temps d’une lune pour me ramener sur terre.
Sur la terre québécoise, la terre enneigée, la terre des obligations.
De la Floride, après deux mois de vagabondages, de voisinage, de flânage, de bruit et de soleil, je suis partie un 2 janvier frisquet, je suis arrivée au Québec un soir très « frette », mais il aura fallu un bon mois pour que reviennent l’impatience et l’inquiétude en retrouvant le système de santé québécois.
Un bon mois pour retrouver amis, familles, routine quotidienne, repas à la mijoteuse et pelletage. Mais aussi un bon mois pour trouver un roman qui m’intéresserait suffisamment pour que je n’abandonne pas après deux chapitres.

Et je ne l’ai pas trouvé là où je m’y attendais. Loin de là.
Toute une surprise. On me l’aurait dit hier ou avant-hier, j’aurais dit : sûr que non.
Pas une autre traduction. Pas encore des mots d’argot français sur lesquels je bute et qui me dérangent dans la compréhension de l’histoire (J'ai abandonné C'est le coeur qui lâche en dernier de la canadienne Margaret Atwood pour cette raison: au Canada, on ne raque pas des clous et personne n'a pas de ratiches). De plus, pas une histoire de gars, de petits voyous qui fument et pas que des cigarettes, qui volent, qui donnent des coups de poing à la moindre provocation. Je suis plutôt histoires d’amour, relations à comprendre, de mère fille ou de femme compliquée. Des histoires québécoises, bien souvent. Européennes, sans problème, mais qui se passent aux États-Unis — paradoxalement, pour quelqu’un qui aime bien s’y rendre —, de moins en moins.

Mais voilà, ce qui m’a sortie de ma léthargie, ce qui m’a ramené dans la lecture que j’adore, plus vrai pour moi que celui de la quotidienneté, c’est, ai-je cru en lisant le nom de l’auteur, une histoire de gars de moto qui commence à Providence, États-Unis. En lisant un peu sur cet écrivain dont j’ignorais tout (pourtant il doit être assez connu puisque son nom sur la couverture est plus gros que le titre), j’ai compris que c’était un Français et donc, ce n’était pas une traduction.

Que s’est-il passé pour que j’accepte, que j’adhère, que j’embarque, que j’aime et que je m’abandonne complètement dans cette histoire?
Le saurai-je jamais?
Parce que le sujet de la liberté et de l’amitié ne suffit pas à expliquer mon engouement.
« Quand j’ai rejoint Freddy, Oscar et Alex, et qu’on a commencé à parler en fumant nos cigarettes, je ne saurais trop expliquer pourquoi, mais je ne me suis senti chez moi. Mieux que chez moi. Je me suis senti parmi les miens. »
Il faudrait que je creuse pour savoir pourquoi cette histoire m’a happée dès le début. Comme les histoires de chiens abandonnés, oubliés qui marchent des jours, des mois pour retrouver leur maître ou qui se laissent mourir quand ils ne l’ont plus.

C’est pas que l’histoire, pas que le titre, c’est aussi comment c’est écrit. Du dedans.
« Toutes ces phrases que j’écris, j’ai peur que ça s’efface, avec le temps. Le crayon, c’est comme l’amitié, ça tient pas toujours bien. De toute façon, je sais pas trop qui va bien lire tout ça, toute cette foutue histoire. Je sais pas pour qui je me prends, à m’imaginer comme ça que ma vie intéressera quelqu’un pour la lire. »


Ce livre d’une lune retrouvée, c’est Nous rêvions juste de liberté de Henri Lœvenbruck.

Et vous avez-vous déjà lu quelque chose que vous n’auriez jamais cru possible de lire?

5 commentaires:

  1. Désolée de mon silence des derniers mois: j'ai un peu délaissé les réseaux sociaux... Bref..
    Je chercherai ce livre. J'ai confiance en mes choix. J'ai repris Soifs de M-C Blais. Je l'avais laissé de côté alors que j'étais occupée à nourrir et éduquer mes 3 ados. Plaisir retrouvé. et là je cherche en numérique les autres titres... ils n'existent pas. En fait un ou deux sur les 10 de la série. À la BanQ, on me donne des raisons bidons... tout en reconnaissant qu'elle est majeure dans notre littérature. Ahhh le mon de l'édition. Je te trouve bien courageuse. Cela dit: vais essayer de trouver ce titre dont tu parles. Quant à Margaret Atwood, je n'aime pas tous ses livres... ses récents en particulier.

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    1. Pourtant Boréal a plusieurs titres chez BANQ contrairement à Lémeac. Il faut l'accord de l'éditeur mais aussi de l'auteur pour le numérique.

      Marie-Claire Blais... à me voir aller, pas certaine que j'ai l'esprit et le souffle d'embarquer dans son style.
      Il y a vraiment un temps, un lieu, un esprit pour chaque oeuvre à voir ou lire.

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  2. Margaret Atwood, en anglais c'est du bonbon. Mais je viens d'essayer une traduction, prêtée par une amie, et... ahhhhhh! Comment peut-on dénaturer un texte à ce point!?!? En partant, il devrait être interdit de laisser des Français traduire les Nord-Américains. Quand on sait pas c'est quoi un "screen door" (une poste-moustiquaire! ou "porte de scrine" comme disait ma grand-mère), on pose la question. On écrit pas "porte-écran" comme un navet!

    Ok, je me calme.

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    1. Faut croire qu'il n'y a pas un éditeur québécois qui peut rivaliser (ou faire équipe) avec un éditeur français. Un accord libre-échange dans le monde de l'édition et post synchronisation ... ça presse et depuis longtemps.

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  3. Que cette lecture semble belle, poignante, empreinte d’une vérité. Je suis contente d’apprendre que cette dernière vous ait touchée... Les citations ouvrent une porte libre... Au plaisir!

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