mercredi 19 mai 2010

De la bicyclette

À huit ans, mon frère m’a permis d’utiliser sa bicyclette qui n’avait plus les deux petites roues pour l’aider à garder l’équilibre. Il m’a poussé, le pneu avant a percuté le trottoir, je suis tombée, je me suis écorché le genou, j’ai pleuré, je n’ai rien dit à mes parents, je suis remontée et j’ai appris toute seule. L’été suivant, j’ai eu ma première bicyclette de fille. J’étais libre, je pouvais aller plus loin, plus vite.

À 18 ans, je faisais fabriquer le premier vélo dix vitesses, de fille. À Montréal chez un marchand italien. Je l’ai rapporté chez moi à Ville Saint-Laurent, j’apprenais à connaître les dangereuses rues de la ville. J’ai longé les routes vers Sorel, vers Saint-Jérôme, vers l’Outaouais. À 19 ans, lors d’une grève des autobus, j’ai préféré le vélo au pouce. Une heure pour me rendre à l’école normale. Mon épaule est entrée directement dans une portière ouverte, j’ai saigné, j’ai ravalé et j’ai appelé mes parents pour qu’ils viennent me chercher. Le lendemain, je remontais et retournais à l’école.

À 20 ans, j’ai traversé l’Irlande et le pays de Galles en vélo. Des vallées et des montagnes, des villages et des champs. Sans le moindre accroc sinon quelques broches à remplacer sur les roues et quelques égratignures aux mollets.

À 38 ans, une collègue professeure se promenait en fin d’après-midi, sur un accotement en gravier, son vélo a fait une embardée, elle est tombée, sa tête a heurté une roche. Quelques heures plus tard, elle fut débranchée. Je n’ai jamais oublié. De ce jour, j’ai toujours porté mon casque, j’ai toujours regardé les accotements avec crainte et nervosité. Encore aujourd’hui, j’hésite à me promener en dehors des pistes cyclables si rares.

Saura-t-on jamais les raisons qui font qu’une personne vit et l’autre meurt? Tout n’est pas inscrit dans la prudence ou la chance. Tout n’est peut-être pas inscrit nulle part.

Chose certaine s’il y a pétition pour paver les accotements de toute la province et même de toute l’Amérique, montrez-la-moi, je la signe tout de suite.

7 commentaires:

  1. Plutôt que de paver les accotements, faudrait plutôt apprendre la prudence et le civisme aux conducteurs.

    Coûterait moins cher en argent et en vie.

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  2. Ta réflexion me touche. Moi aussi j'ai fait pas mal de cyclisme, j'ai visité certains coins du Québec en vélo. Je roulais sur des routes sans accotements, avec des camions qui semblaient avoir comme défi de me renverser. L'accident de Rougemont m'a beaucoup touché. Pourquoi ça arrive à certains et pas à nous ? La seule chose que j'en comprends est la fragilité de cette vie.

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  3. @Gen, tu n'as pas tort bien sûr. Sur la 640,j'ai encore vu un motocycliste me dépasser et redépasser à droite. Je me disais: à lui est-ce qu'il arrivera quelque chose?
    Je suis de la génération qui a conduit plus qu'à son tour en état d'ébriété, sans ceintures et à des 130 à l'heure. D'où mes questions. On dirait que quoi qu'on fasse, il n'y a pas de réponses pour expliquer la mort de certains. Peut-être après tout que c'est inutile de se poser des questions. Peut-être vivre du mieux qu'on peut.

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  4. Moi aussi, tu me touches ce midi. Cette tragédie m'a secouée car je connais bien le cycliste qui roulait avec elle. Je peux te dire que, pour lui, cette épreuve s'ajoute à d'autres aussi cruelles. Ça fait réfléchir sur le sens de la vie, en effet. Je me demande souvent ce qui est déterminé et ce qui ne l'est pas, dans nos vies. Je perds peut-être mon temps, peut-être que non...

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  5. J'ajouterai deux choses: un s à elle ;)
    et ce commentaire: ces questions sont utiles si elles nous font prendre conscience qu'il faut profiter de la vie, pendant qu'on l'a.

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  6. J'avoue que l'on devrait trouver un moyen pour apprendre le civisme aux automobilistes. Mais pour répondre à ton interrogation à savoir pourquoi certains vivent et d'autres meurent ... le destin. C'est triste, mais on ne peut rien y faire.

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  7. Chaque fois que je pose les yeux sur mon fils, je «remercie le ciel» de l'avoir encore près de moi après tout ce que l'on a traversé. Il n'avait que 5% de chances de survie alors que je suis allée aux funérailles d'enfants qui en avait 95%... Y'a pas de réponses à ce genre d'interrogations... Mais il faut surtout apprécier ce que la vie nous donne! ;)

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