mardi 28 décembre 2010

Du droit de ne rien faire

Ai-je le droit de perdre mon temps?
À ne pas écrire sérieusement? À ne pas faire avancer un roman? À écrire sur des forums ou commenter des blogues ou répondre sur Facebook au lieu de travailler de vrais textes?
Ai-je le droit de perdre mon temps à lire? Quoique souvent lire me porte vers l’écriture. Ai-je le droit, à mon âge, de ne rien faire alors que tant de jeunes courent après le temps.

Qu’est-ce que je fais des phrases qui me trottent dans la tête, comme « les enfants ne peuvent jamais remplacer les parents que leurs parents n’ont pas eus ». Quelle responsabilité ai-je envers moi-même? Des phrases de curés et de religieuses me reviennent en tête : « tu ne dois pas gaspiller ton talent » Mais quel talent? « Qu’as-tu fait de ta vie? demandera Saint-Pierre à votre arrivée au ciel ». Mon père, qui n’est pourtant pas de la génération qui a étudié Sartre et l’existentialisme, répétait souvent « tu es ce que tu fais », alors que je suis plutôt du genre « être plutôt qu’avoir ». Même si l’un ne contredit pas vraiment l’autre.

Ai-je le droit de vivre en retraitée rien que parce que j’en ai l’âge? Et qui dit que les retraités ne font rien? Qu’est-ce qu’être productif, qu’est-ce qu’être utile? Je ne garde pas de petits-enfants, je ne fais pas de bénévolat auprès des personnes âgées ou malades, je ne fais pas partie d’aucun comité culturel ou communautaire.

Je fous rien.
Je blogue, je forume, je facebooke, je cherche des lignées de Lauzon, de Beaulieu, je joue aux cartes et à la dame de pique, je regarde la télé, je fais le lavage, la vaisselle, je fais de la raquette, je vais à la piscine. De temps à autre, je monte un dépliant, je corrige les textes des autres. Je monte un site que je ferai paraître en même temps que mon roman.
Est-ce bien utile? À quoi se mesure l’utilité d’une vie?

À soixante ans, je me pose les mêmes questions existentielles qu’à seize : pourquoi on vit?
Sauf peut-être qu’à soixante, ça ne me fout pas le moral à terre, pas même de nostalgie des années de philosophie, je ne me lance pas sur L’Étre et le néant (je me demande bien si je pourrais le relire en entier, celui-là?)
Non, juste me demander ce que ça donne d’écrire pareil billet. Peut-être est-ce un bilan de fin d'année? Me déculpabiliser de ne rien faire.

15 commentaires:

  1. Chère Claude,
    Ça doit être le temps de l'année... moi aussi je me sens coupable de flâner ces jours-ci.
    Cependant.
    Cependant.
    On ne perd jamais, JAMAIS son temps à lire.
    Et quand on veut écrire, c'est parfois utile de perdre son temps à rêvasser, pour ensuite mieux créer.

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  2. Qui a dit qu'il fallait être productif à chaque instant de notre vie?

    Oui, on a le droit de ne rien faire. Le droit de souffler. De relaxer. De lire des jolies sur des blogues ou des forums. D'admirer la neige qui fond sur les branches du pommetier. De boire son café en regardant dans le vide parce que, ce matin, ça ne nous tente pas de lire.

    Et si tu ne prends pas ce droit-là à 60 ans, ClaudeL, quand est-ce que tu vas te sentir le droit de regarder la vie passer, un petit instant, avant de t'y replonger?

    Pourquoi on vit? Aucune idée! Mais il semblerait que ça dure pas, alors vivons à notre goût!

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  3. Bien sûr je connais les réponses à mes questions, mais c'est quand même réconfortant de penser que d'autres vivent la même chose que soi.
    Je suis née vite et il faut toujours que je vive vite et que je sois toujours occupée.
    D'ailleurs, je n'ai pas arrêté de la journée!

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  4. TU AS LE DROIT!
    Bon, ceci étant réglé (hihi), explique à ta culpabilité que savoir flâner fait partie des outils nécessaires à l'esprit humain. Bien dosé, c'est un comportement utile, productif et rentable. Et puis, dis lui que 'bien dosé' ne veut pas dire 'une fois l'an'. Juste au cas! :P

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  5. Je suis bonne pour flâner. Trop bonne. En même temps, je décide parfois de le faire et ne m'en sens pas coupable. Parce que parfois, il faut bien reposer l'esprit et le corps. Disons juste qu'il faut savoir doser... Et que je cherche la bonne dose !

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  6. @Karuna: j'aime bien que tu m'apprennes à me parler comme si j'étais une autre.
    @L'impulsive: Flâner, ça ressemble un peu trop à paresser. Faudrait que ça veuille plutôt dire reposer comme tu dis.

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  7. Savoir s'arrêter, c'est aussi important que se tenir occuper : s'arrêter est à l'occupation ce que le ying est au yang.

    Ouf!!! Ça parait que j'ai été arreté toute la journée quand j'arrive à pondre des phrases songées comme ça.

    Parlant de s'arrêter, il ne faut pas attendre que ton corps et ta tête te disent qu'il fau s'arrêter pour le faire. Comme il ne faut pas attendre d'avoir soif pour boire d'ailleurs.

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  8. En tout cas, on ne peut pas dire que tu sois une chômeuse de la question !

    Tes réponses, ce sont des choix au jour le jour. Sans se sentir coupable, j'espère !

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  9. Hon ça me fait tout drôle de lire qu'une auteure perd son temps à lire!!!!
    Je comprends que certaine bouquins nous portent à cette réflexion mais ça surprend tout de même! ;-)

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  10. @Suzanne: tu as bien raison, je me demande encore comment j'ai pu ajouter ce "lire" dans la liste de "perdre mon temps". Parce que je lis un policier ces jours-ci, hihi? C'était une impression globale d'avoir l'impression de ne pas avancer dans mes projets d'écriture, une impression de ne pas faire ce que j'aurais voulu faire.
    Peut-être aussi des fois ne suis-je que lectrice et non pas une auteure qui lit: nuance. Comme s'il fallait que chaque geste rapporte et ce jour-là, je visais à côté de tout.

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  11. 60 ans?!?! Je ne l'aurais jamais cru! Vous êtes définitivement à l'affût du monde, chère Claude! Et c'est tout en votre honneur.

    Je crois qu'il y a un blues généralisé chez les auteurs à chaque temps des Fêtes. Il s'agit d'une période aucunement inspirante. Si nous ne sommes pas sollicités de toutes parts (comme c'est le cas actuellement de mon côté), nous ressentons la pression de faire mille et un truc chouettes avec sa famille et ses amis (comme ce fut le cas pour moi l'année dernière).

    J'ai sondé quelques proches durant les deux dernières semaines. Ils se sentaient soient débordés, soient seuls. Dans les deux cas, disons que ça ne favorise ni l'écriture, ni l'émancipation personnelle.

    Et n'oubliez pas que malgré la dimension simpliste d'un tel raisonnement... la TEMPÉRATURE n'aide pas votre moral.

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  12. @l'auteur de ce blog: je passerai sous silence cette idée qu'à 60 ans, c'est si exceptionnel d'être à l'affût du monde, on s'en reparlera dans 30 ans... et je dirai plutôt que depuis hier où je disais que je ne foutais rien, j'ai monté une maquette de livre, j'ai commencé un carton pour une exposition et j'ai poursuivi ma lecture de "Mémoire infidèle" d'Elisabeth George. Entre autres.

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  13. Loin de moi l'idée de vous insulter, seulement, les sexagénaires qui m'entourent, et dieu qu'ils sont nombreux, sont plutôt... éteints. Vos préoccupations et vos angoisses, elles, me touchent profondément. J'ajouterais également qu'il n'y a pas beaucoup de babyboomers parmi les blogueurs. Ce qui est tout en votre honneur.

    Honnêtement, j'ai cru que vous aviez vingt-cinq ans jusqu'à aujourd'hui. D'où ma surprise!

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  14. @L'auteure de ce blog: je ne me suis pas sentie insultée du tout. Je me suis dit simplement: oh! boy quelle impression a-t-il des "bébéboomers", mais je comprends que, comme tout le monde, moi y compris, vous vous faites une idée selon les personnes de votre entourage.
    En ce qui concerne des blogueurs de ma génération, en effet, je les cherche encore, ils ne sont pas nombreux.

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