mardi 21 mai 2013

Il y a toujours un après

Il y a des dates qu’on entoure sur le calendrier pour ne pas les oublier. D’autres s’installent à tout jamais dans notre mémoire : la date de notre naissance et celle de nos enfants, celle de la mort de notre mère et de notre père, celle de notre mariage. D’autres dont on ne parle jamais. Quelques fois, au jour dit, on fête ou on pleure. On se souvient, on se revoit. Souvent, on voudrait oublier. On ne peut pas.

Je me rappelle très bien la journée du 7 octobre 2011. L’après-midi où un radiologiste plantait une longue aiguille dans ma chair pour effectuer une biopsie sur mon sein droit.

De cette journée et de tout ce qui en a découlé, je n’en ai parlé qu’à un très petit nombre de personnes. Pour ne pas me faire poser de questions, pour ne pas avoir à chercher de réponses. Pour éviter les phrases ou les regards inutiles, même ceux de compassion. Pour couper aux longues explications.

Le 7 juin 2013, je serai capable d’en parler. 
Le 7 juin, je participerai à Relais pour la vie.
Je marcherai, je témoignerai, en tant que survivante.

Je suis mal à l’aise avec ce mot "survivante", qui dit pourtant ce que j’ai vécu. Peut-être parce que ça suggère qu’il y a un après. La dernière année, ma phrase préférée était justement « on finit toujours par être après ». Après la biopsie, après l’opération, après le rendez-vous avec l’oncologue, après le premier traitement, après le deuxième, après chacun, après les piqûres qu’on s’administre, après la nausée, après la perte de cheveux, après la repousse, après la curiethérapie, après la mammographie. Après la fatigue, après les deuils à accepter, après les déceptions, après les petits espoirs, après la dépendance.
Après l'avoir dit à sa mère.

Pour espérer cet après, j’ai vécu tous les maintenant que j’ai pu. Je les vis encore.
Le 7 juin 2013 ne me fera pas oublier le 7 octobre 2011, mais je serai heureuse d’y être, debout, et pouvoir dire que c’est vrai, je suis ici, en vie et j’espère vivre plus de MAINTENANT plutôt qu'attendre les après.

11 commentaires:

  1. Mon Dieu que ton billet est touchant. Et oui, il y a toujours un après. Et quel après!

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  2. Merci de ton passage. Bien contente de ne pas toujours avoir à les attendre, par contre. Quand on est rendu à attendre les après, c'est qu'on n'est pas très bien dans les maintenant.

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  3. C'est juste, mais je songe à ma tante qui a eu un cancer, puis une crise cardiaque et un transplantation. Chaque fois, c'est au après qu'elle songeait pour passer au travers. Il faut ça.

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  4. Billet touchant, ClaudeL, qui justement, nous invite à se centrer sur notre présent. Je t'admire. Tu sais qu'il y a des survivants qui n'accèdent pas vraiment à l'après ? Ils restent bloqués sur le passé, sur l'épreuve, et vivent dans la peur...
    Au contraire, ce que je vois ici c'est une femme qui continue son chemin avec détermination. Bravo. xx

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  5. Comme dans la chanson de Jacqueline Barette que Dominique Michel chantait: "J'avance". Un pas à la fois. Dans la réalité de la vie. Dans ma réalité.
    De mon côté admiration pour ton style, pour ton jeu avec les mots.

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  6. Tu as bien mérité ton titre de survivante.

    Il y a un après, c'est maintenant. :)

    Savoure-le, tu l'as bien mérité!

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  7. Je suis dans la phase contraire à l'an dernier: j'essaie d'étirer un peu les maintenant, parce que je suis bien.

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  8. Formidable de savoir que tu vas bien! Et bravo pour ta participation au Relais pour la vie. Je le ferai aussi, en juin, à Hull. Une belle occasion de solidarité...

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  9. Le tour des survivants est toujours un moment touchant et inspirant... Un instant de victoire face à la maladie, où tu seras entourée d'autres personnes qui, comme toi, ont gagné leur combat.

    Bon relais, je vais avoir une pensée pour toi!

    Et... savoure bien ce maintenant et tout ce qu'il a de beau à t'offrir! :D

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  10. Merci Isabelle, c'est d'apprendre aussi qu'un tel ou une telle l'a eu elle aussi et n'en a pas parlé et là... accepte d'en témoigner.

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