vendredi 25 février 2011

Auteur de l'Outaouais: Claude Bolduc

Un quatrième auteur de l’Outaouais en quatre jours. Ce matin, Claude Bolduc. Chacun se considérant d’abord et souvent seulement auteur et non auteur de l’Outaouais, j’ai l’air fine avec mon titre : auteur de l’Outaouais. Il est certain que chacun aspire se faire connaître sans limites géographiques. Je dirais que Claude Bolduc y réussit parce qu’il fait partie de la grande (ou petite selon le point de vue) famille de science-fiction/fantasy/horreur. Pas tout à fait mon genre de lecture, mais, pour ces billets, je m’intéresse surtout à l’auteur. Et Claude Bolduc est assez fascinant.
1- Quel genre de livres écrivez-vous ?
De l'épouvante, de l'insolite. Et essentiellement sous forme de nouvelles, une centaine environ, que ce soit dans des livres ou dans des périodiques. Il y a quelques années, j'ai cosigné un roman satirique et un peu trash avec la française Serena Gentilhomme, intitulé Prime Time. Sur une période d'une douzaine d'années, j'ai aussi publié quelques romans relevant du fantastique pour le public adolescent.

2- Quand avez-vous débuté votre carrière d’écrivain?
J'ai eu une petite période de création à la jeune adolescence, mais elle n'a pas eu de suite. Quant à la vieille adolescence, disons simplement que je n'étais plus capable de comprendre quelque chose de plus compliqué que le Journal de Québec! Les premières fois où j'ai songé à formuler au moyen d'un crayon des pensées qui parfois me faisaient rire tout seul, c'est lors d'une période de choc: arrivée subite en Outaouais, retour tout aussi subit aux études après sept ans de galère afin de commencer mon cégep. Bref, nouvelle vie. C'est dans ma relative solitude, dans un cégep où j'avais moins de cours que les autres et où j'étais plus vieux que tous les autres, que j'ai gribouillé mes premières réflexions ainsi que mes premières histoires qui ne valaient pas cher la livre. Mais c'est le point de départ, d'autant plus que mon prof de cinéma, ce cher Stéphane-Albert Boulais, avait eu de bons mots pour ce que je lui avais montré et m'avait encouragé à persévérer.

3- Où vous installez-vous pour écrire?
Toujours au même endroit. Faut dire que la maison est loin d'être grande. Disons que mon bureau se trouve à l'angle du L formé par le salon et la cuisine. Je spécifie que je n'ai pas d'ordinateur portable. Ça ne me serait pas très utile, car je ne me souviens pas d'avoir écrit ailleurs que chez moi.

4- Quel est votre rituel ?
Je n'ai évidemment plus le même rituel qu'à l'époque où j'étais livreur de pizza. À cette époque, j'avais presque toutes mes journées devant moi pour écrire puisque je travaillais de la fin de l'après-midi au début de la nuit. Comme je n'avais pas trop besoin de mon cerveau au travail, j'ai produit un grand nombre de nouvelles en relativement peu de temps. Malheureusement, ce n'était pas très bon!
Maintenant, après le travail, je ne me laisse pas refroidir. J'allume le vieux Mac, je fais un seau de café, le cendrier déborde, je contemple l'écran – et ce qui s'y affiche! La fin de semaine, c'est parfois le bonheur total. Je ne sors pas, je ne réponds pas au téléphone, j'oublie de manger, mais je m'amuse. Pas nécessairement en écrivant tout le temps, mais aussi en ruminant toutes sortes de choses reliées à la littérature ou à ce que moi j'écris.

5- Vous considérez-vous comme un auteur de l’Outaouais ou un auteur tout court ?
Je dirais d'abord un auteur tout court. Bien que je me sois mis à l'écriture après mon arrivée en Outaouais, ce brusque changement de vie, je ne crois pas qu'il y ait une véritable résonnance outaouaise dans mes histoires. Si la nature et le cadre avaient une plus grande importance à mes débuts, il ne faut pas s'y tromper: j'ai passé mon premier quart de siècle sur la Côte-de-Beaupré, avec devant moi des montagnes usées par le temps et derrière moi, juste après un mince boisé, le fleuve mystérieux, et ça s'est imprimé dans mon petit moi. Depuis plusieurs années, je crois que les lieux sont rarement nommés dans mes histoires. Ce n'est pas nécessaire, car ce que j'y raconte se passe toujours près de chez vous.
Il y a au moins une exception de taille: «Entre les bras des amants réunis» se passe clairement en Outaouais, mais cela n'a aucune incidence sur l'histoire. C'est une histoire de maison. Les maisons, c'est un peu mon thème-fétiche.
Ceci dit, mis à part le milieu culturel proprement dit, je suis plutôt inconnu en Outaouais. Ailleurs, j'ai de petits publics çà et là.

6- Chez quel(s) éditeur(s) sont publiés vos livres ?
Les livres les plus importants, mes trois recueils de nouvelles d'épouvante, ont paru aux Éditions Vents d'Ouest, de même que l'anthologie Petites danses de Macabré que j'ai dirigée en 2002. Deux romans pour la jeunesse ont paru aux éditions Médiaspaul, le roman Prime Time a paru chez Interkeltia éditeur, un petit éditeur spécialisé en France. Si on inclut les anthologies où certaines nouvelles ont paru, on peut ajouter Alire et Beauchemin au Québec, Edge Publishing à Calgary. En Europe, j'ai eu le plaisir de figurer dans une grosse anthologie au Fleuve Noir, mais aussi chez plusieurs petits éditeurs spécialisés en littérature fantastique.

7- Avez-vous essuyé plusieurs refus d’éditeurs et comment avez-vous réagi ? Avez-vous déjà pensé publier en auto-édition ?
Si je m'en tiens aux manuscrits de livres, bien sûr, c'est déjà arrivé. Mon tout premier roman pour ados avait été refusé à sa première destination. C'était la grosse maison à l'époque, et je ne savais évidemment pas, dans ce temps-là, qu'ils ne lisaient même plus les manuscrits qui n'étaient pas de leurs auteurs. Vents d'Ouest m'en a refusé quelques-uns également au fil des ans. Bref, il faut pas dramatiser, ça fait partie du métier. Cela n'a parfois rien à voir avec la qualité du texte; il se peut que ce soit simplement un type d'histoires qui n'intéresse pas cette maison d'édition. Il faut être conscient qu'on n'envoie pas n'importe quoi à n'importe quel éditeur. Il faut apprendre à viser, dans une certaine mesure. C'est d'ailleurs la même chose pour qui veut publier dans des revues ou des magazines.

Ah, comment j'ai réagi? À une certaine époque, j'ai écrit ce qu'on pourrait appeler Les petites aventures de Klaus Bundoc, un écrivain plus ou moins raté et ses démêlés avec d'impitoyables directeurs littéraires. Les histoires se passaient dans un milieu où tout le monde se connaît, et j'y déformais des noms connus pour amuser les copains. Pour vous donner un exemple, le redoutable directeur littéraire Noël Champollion faisait immanquablement penser à quelqu'un de bien connu!

8- Si vous aviez un million, continueriez-vous à écrire ?
Je crois que oui. Je ne suis pas sûr de savoir faire autre chose de façon efficace. Avoir un million? Qui sait si mon coeur ne péterait pas sur-le-champ?
Ou alors, bedon rose et distendu, brandy nose patatu, l'oeil rouge comme un symbole «tilt!», je prendrais racine devant l'écran et il ne se passerait plus rien.
Bref, on ne peut pas savoir. J'attends donc le million, et on verra bien.

9- Si vous aviez un million, continueriez-vous à publier ?
C'est la même chose pour moi. Si j'écris quelque chose, c'est sûr que je vais voir si c'est publiable. Et comme un livre ne pèse pas grand-chose dans la balance des finances, alors million ou non, ça n'entre pas en ligne de compte.

10- Quelle question aimeriez-vous qu’on vous pose, à laquelle vous vous amusez parfois à répondre ?
Et que répondez-vous à cette question ?
La question cauchemar pour moi, c'est «où prenez-vous vos idées». Parce qu'on la pose tout le temps, depuis toujours. J'ai eu toutes sortes de réponses plus ou moins vaseuses au fil des ans. Les idées arrivaient parfois au moment où je prenais ma douche, ce qui compliquait la prise de notes (une période où j'écrivais beaucoup; je devais donc avoir les cheveux plus gras à ce moment). Parfois, face à un problème dans un bout de texte, je peux astiquer un robinet de cuisine pendant quinze minutes, laisser toute le reste sale et retourner à mon histoire. Dans une nouvelle quelque peu grotesque que j'ai écrite, à la question du journaliste qui lui demandait où il prenait ses idées, le brave écrivain répondit «Dans cette entrevue, monsieur.»

3 commentaires:

  1. Claude,
    Je n'ai pas encore tout lu de tes entrevues.(Je suis allée voir l'empereur de Chine)
    Je vais le faire car je vois que tu as fait beaucoup de travail.
    Je me rends compte que j'ai encore beaucoup d'auteurs à connaître.

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  2. @Ginette, ce ne sont pas de vraies entrevues. J'aurais bien voulu, mais pas le temps. J'ai fait parvenir un petit questionnaire à quelques auteurs que je connais personnellement et ce sont leurs réponses que je publie après une petite introduction de mon cru.

    Et l'empereur, c'était bien?

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  3. Oui c'était bien.

    Dire qu'on a surtout étudié l'histoire des Grecs et des Romains. C'est presque honteux d'avoir acheté jadis des petits chinois. Ils ont une histoire très riche.

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