samedi 9 février 2013

Ne viens pas me dire...

Une blogueuse et Facebookienne qui t’annonce que ton livre est bien en vue sur un présentoir des coups de cœur des employés d’une bibliothèque, tu lui poses d’abord quelques questions pour être bien certaine d’avoir compris.

— Tu veux dire dans le présentoir des auteurs de l’Outaouais ?
— Non, non, un autre présentoir, seulement des coups de cœur.
— Quand l’as-tu vu ? L’an dernier ?
— Non, non, cette semaine.

Tu es surprise, d’autant que ton livre est sorti en octobre 2011 et tu es en février 2013. Vraiment une bibliothèque, ce n’est pas une librairie, c’est bien mieux ! Ton livre a une plus longue vie.

Ça m’a fait plaisir, bien sûr. J’y ai pensé pendant toute l’heure du diner. Tout en mangeant, je me disais un coup de cœur qui devrait te donner un bon coup de pied au c… pour terminer la suite de ce roman. Qu’est-ce que tu attends ? Qu’est-ce qu’il te faut ? Allez, nomme-les les raisons qui te font procrastiner de la sorte, hein, dis, dis !

— Ne viens pas me dire que tu n’as plus envie d’écrire, je ne te croirai pas. 
— Écrire des billets de blogue, laisser des commentaires dans des forums ou sur Facebook, c’est facile. Oui, ça me tente encore d'écrire, mais écrire en vue de publication, c'est autre chose. Chercher, imaginer, pondre, penser au conflit à la montée dramatique, équilibrer les scènes, prendre trois heures pour accoucher de quatre ou cinq pages, les corriger ligne par ligne..
— Eh oui, et puis, ne viens pas me dire que tu n’as pas le temps, tu ne travailles pas à l’extérieur, tu n’as pas d’enfants à élever. Autres faux-fuyants?
— Envoyer le tout à des éditeurs, attendre. Ce fut tellement long pour le dernier. Des mois, des années, tout ça pour quelques dollars.
— Ne viens pas me dire que tu fais pas ça pour l’argent?
— Non, mais disons que ce serait une motivation supplémentaire.
— Trouve-moi de meilleures raisons de ne pas poursuivre.
— Bon, je vais te le dire, j’ai 62 ans, bientôt 63…
— Pas une raison, j’en connais qui commence à écrire à cet âge. Ne viens pas me dire que tu te crois une vieille finie?
— Certains jours, oui. Je ne sais pas ce qui est arrivé, en fait, laisse-moi finir, ce n’est pas facile de trouver les raisons profondes de ma démotivation. Encore moins de les avouer. Voilà, j’ai 62 ans et je commence à me dire qu’il m’en reste moins en avant qu’en arrière… non, ne dis rien, regarde ce matin, c’est tellement beau à l’extérieur, j’irais bien prendre quelques photos. Et puis j’ai envie de voyager. Il me reste quoi, une bonne dizaine d’années pour voyager en véhicule récréatif. Quand je pars dans la généalogie, ou quand je commence à lire des blogues sur les voyages... Lire aussi ça prend du temps. J'ai encore quelques clients en graphisme...
— Ne viens pas me dire...
— Je sais il me reste quand même du temps pour écrire. Le matin, par exemple, quand je me lève entre six et sept heures, tout est tranquille dans la maison, je pourrais prendre deux heures pour travailler ce cher manuscrit.
— Ben oui, le matin, qu’est-ce qui t’en empêche, tu l’as déjà fait.
— Je trouve que ça ne vaut plus la peine. Pas le moral à terre, mais pas envie. Je pense bien que je n’y crois plus.
— Écoute, je vais le dire à ta place. Je sais fort bien ce qui est arrivé la dernière année, tu as eu un cancer, tu as été profondément affectée par le fait que tu n’as pas pu aller aux Salons du livre comme tu l’avais espéré parce qu’il a fallu que tu suives des traitements. Tu avais perdu le contrôle de ta vie. Je gage que dans ton petit cerveau, avec ce qu'il te reste de raisonnement judéo-chrétien, à moins que ce ne soit du nouvel âge, tu t'es dit que si tu ne pouvais pas faire la promotion de ton livre, c'est que tu n'avais pas à publier. Ou quelque chose du genre. Tu as dû mettre projets et rêves en veilleuse. Tu as passé des semaines, des mois à n'avoir le goût de rien d'autre, juste passer au travers, juste attendre que ça aille mieux, mais c’est fini, là. Ta dernière mammographie est belle, tu as retrouvé toute ton énergie. Ne viens pas me dire que tout a changé, que tu n’es plus la même, je ne te croirai pas.
— Je suis la même, mais il y a comme une urgence de vivre, alors prendre tant de temps pour peut-être avoir la chance de voir mon livre publié et à combien d’exemplaires, pas sûre…
— Tous ces lecteurs et lectrices qui attendent la suite.
— Ça représente quoi : 300 lecteurs maximum.
— Ne viens pas me dire que tu écris pour péter des records de lecteurs ? Quand bien même ça ne serait qu’un, tu ne serais pas fière ? Et puis, rien que pour toi, ce serait bien.
— Un ou dix milles, tu as raison, quelle différence. Quand j’écris, je suis toute seule devant mon clavier.
— Au moins, finir ce que tu as commencé. Tu le dis toi-même, ce coup de cœur à la bibliothèque, ça te fait plaisir.
— Ben euh, justement, le « après » me fait plaisir, mais le « pendant » ? Si au moins, il était tout écrit ce roman et que je n’avais qu’à corriger. Et ensuite, le vendre, aaaahhh !! Ce que j’aime, moi, c’est corriger, le reste, je peux très bien m’en passer.
— Ben corrige au moins ce que tu as. Un jour à la fois, comme la dernière année pendant tes traitements. Ne vois pas plus loin. Alors, ça y est, tu es convaincue, après ce billet, tu ouvres ton fichier : Têtes rousses, tome 2, même si ce ne sera probablement pas le titre ?
— Ben euh…

Et vous, qu’est-ce qui fait que vous continuez ?

21 commentaires:

  1. C'est touchant, ce texte, et de plus d'une façon. Tu as vécu des épreuves difficiles, mais tu les as surmontées, du moins physiquement. Je serais très peinée d'apprendre que tu n'écris plus du tout, mais au final, ça doit être un plaisir n'est-ce pas? Le reste n'importe pas ou si peu. J'espère sincèrement que tu retrouveras cette joie en toi pour nous la partager.

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  2. Quand je m'y mets, ce n'est pas si déplaisant, c'est juste de persévérer, j'ai le souffle plus court qu'avant disons! Au bout d'une heure, autre chose m'attire.

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  3. Ah, ClaudeL... On se rejoint tellement! Actuellement, je suis à "finir ce que j'ai commencé". Au moins voir mon roman terminé. Mais je sais bien que la raison pour laquelle j'écris, c'est parce que je ne peux pas "ne pas écrire".

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  4. Ne viens pas me dire que tu veux tout abandonner... parce que là je vais te dire « Wô les moteurs »... (grosse voix fâchée, sourcils en accents circonflexes, mains sur les hanches, pied droit qui trépigne - Bon tu vois le portrait, là :)

    Tu es mon modèle ! C'est par tes encouragements et ton exemple que j'ai foncé en me disant que je n’étais pas la seule « tête grise) (teinte, quand même) qui se lançait dans cette merveilleuse aventure qu'est l'écriture ?

    Faut continuer à le faire pour la passion d'aligner les mots, de faire naitre des aventures, de mettre en vie notre imaginaire, de devenir l'instant de 300 et quelques pages, un magicien ! Parce que pour moi, écrire est vraiment magique ! Je trouve extraordinaire ce pouvoir qu'est le nôtre de faire vivre des gens, des événements, des histoires, des aventures ! Okay, je ne te dirais pas que je me prends pour Dieu le Père... mais tsé, créer un roman doit avoir la même satisfaction qu'il a eue, lui, avec sa Création ! :)

    Ton billet me donne aussi le coup de pied au c... que j'avais besoin. Moi aussi la procrastination est mon « diable » !

    Alors, on Go Go Go, chère Claude ! À ton clavier... (sourcils toujours en accent circonflexe, voix toujours aussi fâchée, bras tendu et index pointant vers l'ordinateur) :)

    Bon samedi !

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  5. Je te comprends trop bien. Peindre quand ça ne me tente pas ou qu'autre chose m'attire un peu plus, ça donne des résultats médiocres, et c'est pire quand je n'ai pas peint depuis un bout... Difficile de retrouver la motivation, mais elle finit par revenir si la passion y est toujours. Tu as peut-être besoin d'un peu plus de temps pour la retrouver?

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  6. L'urgence de vivre, c'est fort en titi. Elle me prend une fois ou deux par année. Je fais mes valises et je pars pour... n'importe où. Quand je reviens, je suis rassasiée et je peux enfin penser à mon roman. En prime, je rapporte de nouvelles expériences qui nourrissent mon écriture.

    As-tu déjà écouté Marguerite Yourcenar à ce sujet? Elle a enregistré trois capsules dans les années 80. Elle y dit (je paraphrase) que l'écrivain qui arrête de vivre pour écrire n'écrira jamais rien de bon parce que l'écriture se nourrit de la vie. Quelle inspiratrice! http://www.youtube.com/watch?v=ovp90NAgkTs

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  7. Pour le moment, j'ai des idées. À force de lire.
    Mais je ne passe pas à l'acte.
    Je suis dans ma période Quosse ça donne.
    Plein d'autres intérêts parasitent celui-là.
    Je suis sur la même longueur d'onde que toi.

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  8. À Marie-Claude: ah! si écrire un roman avant que d'avoir un résultat (je ne dis pas monétaire)prenait le même temps que de peindre, mais je sais que ce n'est qu'une excuse de plus pour ne pas m'y mettre.

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  9. Lucille: tête grise, je suis devenue, est-ce à dire que... Et mon imaginaire, il doit être stimulé en siouplait, mais tellement, tu ne peux pas t'imaginer, hihi!

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  10. Madame la doyenne: partir. Je pars à rien, dans les livres, les sites Internet, les photos des autres... Les mots pointent, c'est certain, mais ne durent que le temps de les penser.

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  11. Pour le moment, j'ai des idées. À force de lire.
    Mais je ne passe pas à l'acte.
    Je suis dans ma période Quosse ça donne.
    Plein d'autres intérêts parasitent celui-là.
    Je suis sur la même longueur d'onde que toi.

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  12. Aaah, la motivation, la motivation, la motivation... Quelle capricieuse, celle-là.
    Je suis comme Ginette et toi, Quosse ça donne, plein d'autres intérêts, l'urgence de vivre car, oui, il y a plus d'années derrière que devant... On pourrait partir le club des 'J'aimerais ça écrire mais...'. ;)
    Au fond, pourquoi en faire une histoire ? Écrire, ce n'est pas plus important qu'autre chose. Je revendique le droit de faire ce qui me tente, tiens ! hihi
    Et malgré que je trouve ton billet sa-vou-reux, malgré que j'en prendrais bien un tous les jours, je ne t'en réclamerai pas un autre. Je prendrai ce que tu nous donneras, quand tu le voudras, et c'est ben correct de même ! xx

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  13. Ben là, Sylvie, tu me fais douter. Tout le monde veut que je la termine cette fameuse suite et toi, non? Pas nécessairement.
    Qu'est-ce que je fais, moi? Je suis solidaire avec les "quossa donne" ou ... Je verrai demain matin. Au moins le finir, après on verra.

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  14. Billet très touchant où tu te révèles beaucoup. Pas facile, cette épreuve que tu as vécue... Normal que ça chamboule quelque peu ton équilibre.

    Ma recette à moi, c'est d'y aller avec ce qui me fait du bien. Si dans ton cas, c'est de toucher à tout, pourquoi ne pas butiner un peu? Un peu d'écriture, un peu de photo, un peu de voyages... Pour vivre pleinement et en profiter!

    Des fois, plus on veut s'obliger à écrire et moins ça nous tente. On peut se fixer des objectifs réalistes, voire même minimalistes (du genre : minimum 1/2 heure par jour obligé, et davantage si ça nous tente). En général, ça finit par donner de bons résultats de mon côté.

    Bref : bon courage et fais-toi plaisir! :D

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  15. Merci Isabelle. Tu as sûrement raison: butiner ici et là, se faire plaisir surtout. Ne pas tomber dans la culpabilité comme quand on était jeune et qu'on ne faisait pas ce que nos parents nous demandaient.

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  16. Qu'est-ce qui pousse à continuer?

    Tout simplement le fait qu'écrire fixe la saveur de la vie. Écrire fait vivre en double (ou en triple) toutes les expériences.

    Peut-être que le problème, c'est que ce ne sont pas les Têtes rousses que tu as vraiment envie d'écrire présentement.

    Peut-être que tu aurais besoin d'écrire autre chose. De digérer la dernière année dans un texte plus ou moins long. Pas nécessairement publiable, mais quelque chose qui t'aiderait à canalyser l'urgence de vivre.

    Pour te relancer ensuite dans les projets plus substanciels.

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  17. Gen, J'y ai pensé, j'ai écouté toutes mes petites voies et rien ne me vient, même pas Les têtes rousses, tu as raison. Le goût d'écrire, oui, de courts textes et pas nécessairement en vue de publication, sinon sur ce blogue. Plus le goût de me forcer. Juste vivre et laisser venir des choses plaisantes. Mais ce matin, quand même, j'ai relu un chapitre et je change les verbes du présent au passé en me réappropriant l'histoire... très tranquillement. Je regarde si les personnages me font un clin d'oeil d'approche.

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  18. Ben moi j'ai confiance et amoureuse comme tu es des mots, un jour tout ce brouhaha négatif va sacrer l'camp et cette envie de nous raconter ton imaginaire va te revenir.

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  19. À Suzanne: j'ai un imaginaire, moi? Un p'tit diable qui discute et argumente tout le temps avec mon petit ange, oui, ça je connais, mais mon imaginaire... bon, je vais le chercher, il n'est peut-être pas si loin après tout.

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  20. Oui Claudel tout le monde a un imaginaire et ce peu importe l'écrit; il a toujours sa petite place sirop de sirop. Ne viens pas me dire que tu en doutes; regardes bien j'suis certaine qu'il te fait signe. ;-)

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  21. Suzanne: en tout cas, tes mots me font sourire et me forcent à regarder mon petit ange et faire taire le ti-démon qui doute.

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