mercredi 22 janvier 2014

Comment dire...

Ce n’est pas la menace du cancer du poumon qui m’a fait arrêter de fumer dans la trentaine. À 30 ans on se croit invincible. 

Adolescente, je ne voulais pas gaspiller mon argent pour des cigarettes. Mes parents fumaient, m’en offraient de temps à autre, je n’avais pas besoin de résister, ça ne me disait rien. Ça tombait bien, mes amies ne fumaient pas non plus. Ne me demandez pas pourquoi, je ne saisis pas encore la logique, mais en voyage, nous étions cinq jeunes de vingt ans, on pédalait dans les vertes montagnes de l’Irlande et on a commencé à acheter des Turret. Au retour, j’ai continué à fumer… des Craven-A.

Jusqu’à 26 ans, quand j’ai pris deux ans de congé sans solde. Pour économiser d’abord, mais je me suis aperçue que, tranquille à la maison, je ne sentais pas le besoin d’en griller une aux heures. Mais dès que le téléphone sonnait ou qu’on frappait à la porte, avant même de répondre, j’en allumais une. Dès que je suis retournée enseigner, le matin même, j’achetais une cartouche.

Je ne me rappelle plus très bien en quelle année j’ai arrêté de nouveau, mais c’était autour de 1981 je dirais. J’ai joué à la ringuette, tout le monde prétendait que j’aurais bien meilleur souffle si j’arrêtais de fumer et si je perdais un peu de poids. J’ai donc cessé de fumer, mais j’ai pris quinze livres, malgré le sport.

Ça commençait à coûter cher, j’avais quitté l’enseignement, je n’avais plus le même salaire, je roulais mes cigarettes, c’était long et ennuyeux et pas aussi bon. Je montais un journal sur des tables inclinées. Les cafés et les cendres que j’ai échappés sur les journaux, je ne vous dis pas ! Et je ne fumais toujours pas à la maison, seulement en « société ». Des ami-e-s essayaient l’acupuncture, la gomme et tout ce qui s’offrait à nous. Certains en parlaient, d’autres se taisaient, d’autres fumaient en cachette croyant qu’on ne les voyait pas. 

J’ai eu l’idée d’essayer d’arrêter, tout en continuant à mettre de l’argent réservé à cet effet dans une petite boîte. L’argent fut donc ma motivation. J’ai réussi. Je n’ai jamais recommencé. Ou peut-être une fois, juste pour m’étouffer et détester le goût. Je ne me souviens plus ce que j’ai fait de l’argent économisé.

Pas de loi pour fumer à l’extérieur des bureaux à ce moment-là, donc au moins deux autres personnes fumaient dans le bureau où je travaillais. Ça m’a pris cinq ans avant de sentir l’odeur de la fumée, j’ai acheté un purificateur d’air et le soir en arrivant à la maison, il m’arrivait souvent d’accrocher mes vêtements à l’extérieur pour les aérer. Mais j’ai toujours respecté les fumeurs sachant combien il est difficile d’arrêter. Par contre, je fus bien contente quand les fumeurs ont commencé à aller à l’extérieur. 

Ce vendredi 24 janvier s’ouvrira un centre de services de la Société canadienne du cancer à Saint-André-Avellin. Je serai présente, en tant que survivante, pour témoigner de l’aide que cet organisme peut apporter aux personnes atteintes d’un cancer. Personnellement, c’est grâce à elle que j’ai obtenu une prothèse capillaire. Ce n’est pas beaucoup, mais c’est concret. Ce n’est pas la première chose à laquelle on pense quand on pense au cancer, mais quand ça vous arrive, ce n’est pas évident, pour une femme surtout, de se voir du jour au lendemain le crâne nu. L’orgueil en prend un coup. 

Déjà qu’il faut aller à Gatineau, à une bonne heure de route, pour les traitements, alors avoir des services près de chez nous, c’est bien. Pouvoir en parler, échanger, si on en sent le besoin.

(photo au temps où je portais ma prothèse capillaire, j'ai beaucoup moins de cheveux depuis!)

2 commentaires:

  1. Bravo Claude! Pour avoir arrêter de fumer et pour ton implication dans ce centre!

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  2. Merci. Fait plus de trente ans que j'ai arrêté de fumer, mais j'en suis encore fière, même si ce n'est pas la peur du cancer qui m'a fait arrêter.
    Implication est un bien grand mot, mais quand on me demande de dire un mot, je n'ai aucun problème à accepter. Je me demande bien pourquoi, hihihi!!!

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