mardi 28 juillet 2015

Matisiwin n'est pas que l'histoire des Atikamekw

Je laisse à d’autres, plus spécialistes que moi, le soin d’en parler, de résumer, de présenter (voir les liens à la fin de ce billet). Pour ma part, quand je lis un livre, ce n’est jamais dans le but d’en parler sur mon blogue. Pas comme le font si bien d’autres critiques, chroniqueurs ou blogueurs. Bien sûr, si je parle des livres, c’est que je les aime. Je ne commente que rarement les livres que je n’ai pas terminés ou qui ne m’ont pas touchée. Mon point de vue est plus personnel, ne vise pas un public de possibles lecteurs (en fait je ne sais trop quel lectorat rejoint mon blogue éclectique), mais j’écris donc pour le besoin de dire ce qui m’a frappée dans telle ou telle lecture. Les cordes touchées, les marques laissées, les pas franchis, le rappel de mes propres expériences. Et ce besoin d'en parler comme d’autres ont besoin de marcher. Besoin d’être, de vivre. Seule, loin des regards, des reproches ou des jugements. Chaque livre m’apprend à être moi. Une intimité rassurante. Matsiwin est comme un Paolo Coelho québécois. 

« Tu l’entends dans le vent qui soupire et dans les épinettes qui dansent. Dans le chant du traîneau porté par le tambourinement feutré des raquettes. Dans le son-silence des flocons qui se déposent tout autour de toi.
Je te parle de ce que tu es. Je te parle de ce qui se trouve sous la neige, et de ce que tu es venue chercher. Je suis ta mémoire. »

Matisiwin m’a raconté des histoires, comme des contes. L’histoire du porc-épic, celle du serpent. Des histoires d’animaux symboles. Des leçons de vie qui arrivent aux Atikamekw, mais elles pourraient arriver à n’importe qui, à vous, à moi. Selon nos propres expériences de vie, tel chapitre nous rejoint aujourd'hui, tel autre nous rappelle ce par quoi nous sommes passés, hier encore.

L’auteure a parlé tellement plus que des femmes ou des enfants du peuple de la Haute-Mauricie ou du Moteskano, le Chemin tracé des Ancêtres. Elle a parlé de la relation avec nos mères, nos pères. Du temps. Du suicide. De la douleur. Du pardon. De la vie.

La fin de chaque chapitre — très court — frappe l’imaginaire. Parfois une ligne isolée, parfois un seul mot, attendu. Qui vous va droit au cœur ou à la raison, ce qui m'a obligée à prendre une pause, à souffler, à réfléchir. 

« Cette marche te sauve la vie pour l’instant. Mais elle ne va pas te guérir. Ta guérison, elle t’appartient. »

« Nous rions parce que nous sommes fragiles. Nous rions pour faire tenir ensemble les morceaux du monde. »

Un roman dur pour certains parce qu’il raconte une réalité difficile, mais un roman puissant par son style efficace. Personnellement, c’est le style de Marie-Christine Bernard que j’aime, qui me parle, qui m’emporte. L’histoire s’efface peu à peu avec les jours, mais les mots, l’agencement des mots flottent dans mon esprit comme un parfum sucré que je veux respirer encore quelques jours.

J’ai une nouvelle à remettre au mois d’août et je sais, j’espère qu’elle sera teintée de ce parfum puissant.

Liens vers d'autres billets:

10 commentaires:

  1. Quel beau billet Claude. Tu me voies ravie que tu l'aies lu. Il en vaut la peine vraiment. Un gros coup de coeur pour moi.

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  2. Superbe texte pour un superbe livre. Matisiwin: Une histoire qui s'imprime, à travers les mots parfois simples, parfois percutants de Marie Christine Bernard, directement sur le coeur. Merci de lui faire un si bel hommage.

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  3. Suzanne, c'est vrai, je me souviens avoir vu ton billet à ce sujet. J'ai donc ajouté le lien vers ton blogue.
    On aime pas mal les mêmes livres, même si on n'en parle pas de la même façon.

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  4. Louve (Jo), bien contente de votre passage ici. J'adore votre avatar. J'ai été vous visiter et après un rapide coup d'oeil, j'ai ajouté votre blogue à mon agrégateur.

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  5. Merci Claude, c'est gentil.

    À propos, je peux prendre copie du ''bouton'' (12 août) que tu as mis sur ta page pour que je le dépose aussi sur mon blogue?

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  6. Comme une main si gentiment tendue mérite qu'on la serre en retour, j'ai également ajouté le vôtre à mes liens amis. Merci et au plaisir de se revoir ici ou là. (sourire)

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  7. Suzanne: bien sûr. Je crois bien avoir pris l'illustration chez Venise, dans Voir.
    http://voir.ca/venise-landry/files/2014/08/12-ao%C3%BBt-3.jpg

    Je viens d'ajouter le lien vers la page Facebook.
    https://www.facebook.com/events/1692653024290212/

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  8. Merci m'dame. Je fais ça au courant de la journée.
    À très vite.

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  9. Quel hommage, quelle déclaration d'amour que voilà !

    L'auteure sera remplie de joie. On sait tous que c'est le principal "salaire" des auteurs.

    Merci pour le lien vers le Passe-Mot, j'en suis honorée.

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  10. Venise: tu es un incontournable pour qui veut avoir un avis sur les romans québécois.

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