mardi 26 avril 2016

Deux romans d'Elena Ferrante

Je fais partie d’un club de lecture, mais rien de bien structuré. Nous ne discutons pas intellectuellement « de la construction du roman, de la manière dont le sujet est traité, de la qualité de l’écriture, de la qualité et l’originalité de la narration et finalement, du caractère novateur du texte et la promesse littéraire que pourrait représenter l’auteur. e » (en référence au billet de Gabrielle Doré, voir le lien à la fin du billet). Nous échangeons sur nos lectures, nous proposons aux autres les romans que nous avons lus. Nous nous prêtons nos livres. D'âges et de nationalités différentes, nos goûts diffèrent. Parfois une aime, l’autre pas ou moins. Certaines lisent polars, d'autres, dont moi, lisent surtout québécois. Aussi, j’espère les surprendre un peu en leur proposant les deux romans de l’Italienne Elena Ferrante : L’amie prodigieuse et Le nouveau nom, suite du premier. Le 1er avril dernier, j’ai écrit un billet sur la lecture du premier tome, j’avais hâte de lire le second. C’est fait. Je peux prêter les deux romans.

Ce qui fait que j’aime ou non un livre tient souvent dans le style, l’écriture, mais aussi dans l’identification à un ou deux personnages. Même si l’histoire se passe à Naples, en Italie, dans un quartier ouvrier, ce qui n’est pas du tout mon cas, j’ai reconnu dans la relation entre les deux amies, surtout quand elles étaient à l’école, ce que j’ai vécu dans ma propre adolescence: ce rapport d’admiration pour une première de classe, ce sentiment de n’être pas aussi bonne qu’elle et de ne jamais la rejoindre, de l’aimer plus qu’elle pouvait m’aimer. 

Une fois bien accrochée à l’histoire, l’auteure peut m’amener dans des avenues que je n’ai jamais connues et ce n’est plus l’élève que j’ai été qui a lu la suite, mais une lectrice qui est intéressée par l’histoire qu’on me raconte, par la relation entre Lila et Elena. Le titre est bien L’amie prodigieuse, mais c’aurait pu être Les deux amies parce qu’on s’intéresse autant à l’une qu’à l’autre. 

Les hommes, frères ou pères, se battent beaucoup dans cette Italie des années 50, et on menace de tuer tout autant. On se protège en gardant ses secrets et en prétendant toujours le contraire de ce qu’on pense vraiment. Ainsi Lila n’ira pas à l’école aussi longtemps que son amie, mais, sans le dire à personne, elle empruntera des livres de latin, de grec pour apprendre et en savoir autant qu’Elena qui, elle, étudiera plus longtemps que ses parents et que tous ses ami-e-s du quartier. Quant à Elena, non, non elle n’aime pas Nino, s’en défend énergiquement, mais passe des nuits à l’imaginer dans ses bras. On garde secret qui on aime, on jalouse ceux qui ont de l’argent.
Et puis, pour qui ne connait pas Naples, on a droit à un tour de ville et même au bord de la mer, à Ischia.

Dans Le nouveau nom, Elena se pose vraiment beaucoup de questions, c’est peut-être là que j’aurais coupé un peu, mais le procédé est efficace puisque l’histoire avance quand même en profondeur.

Dans le deuxième tome, la fin m’a rejoint encore puisque Elena publiera un roman en 1968. Mais à la hollywoodienne, le rêve de tout écrivain : du genre premier jet écrit à la main, aussitôt accepté par l’éditeur et la jeune auteure inconnue reçoit même une avance (200,000 lires, ce qui a l’air d’équivaloir à 300 $ CAN). 

Bref j’ai beaucoup aimé parce que l’auteure a vraiment bien décrit les relations entre les amies, mais aussi celles des amoureux, celles avec la fratrie et celles avec les parents. 

Un seul oubli, qui est probablement délibéré : en prologue Lila disparait. On ne saura jamais où, même si on devine pourquoi.

Vous ai-je convaincu de les lire? Convaincrai-je les membres de mon club de lecture?
Pour les curieux et curieuses: je suis encore amie avec cette première de classe de mon adolescence mais je n'ai plus ce sentiment d'infériorité! 

Billet de Gabrielle Doré dans le blogue Le fil rouge >>>
Premier billet au sujet de L’amie prodigieuse>>>

3 commentaires:

  1. Je t'ai vue plus élogieuse. Je ne m'attends donc pas à l'oeuvre qui bouleversera ma vie de lectrice. Mais je lirai quand même, sans trop d'attentes. merci Claude.

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  2. Pas assez élogieuse? Pourtant, j'ai vraiment beaucoup aimé, j'ai lu toutes les pages du premier et presque toutes celles du second. J'ai sauté quelques questions dans les 50 dernières pages parce que j'avais hâte de connaître la fin. Tout lire dans mon cas, c'est signe de bon roman. Je les ai achetés, autre signe que je les aimais avant même de commencer et je n'ai pas été déçue.
    Je les mettrais tout de suite après Une histoire vraie de Delphine de Vigan.
    Que puis-je te dire d'autre?
    L'oeuvre qui bouleversera ma vie... je la cherche encore ou j'ai oublié celle qui y est parvenu sauf peut-être le livre bleu Donner ou le journal d'Anne-Marie quand j'avais 14-15 ans!

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  3. Ah? Ici tu l'es plus. Attention, j'ai dit bouleverser ma vie de «lectrice». Comme quand je découvre un auteur et que je veux tout lire le lui ou d'elle. Comme ça a été le cas pour Anne Hébert, Saramago, Laurent Gaudé... Mais je vais lire cette italienne, quand même, tu m'as assez titillée. :-))

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