dimanche 31 mai 2009

Souffrir pour écrire un roman

Déjà juin demain. Je voulais terminer la quatrième version de mon roman en juin.
Première version : un récit, cinq générations, trop de personnages selon un éditeur qui se montre intéressé et qui me demande de le changer en roman.
Deuxième version : deux générations; après quatre mois, l’éditeur le passe à une directrice littéraire qui m’encourage à retravailler la deuxième génération, qu’il n’y ait pas de coupure entre les deux.
Troisième version : la directrice littéraire prend huit mois pour me dire que finalement ce serait peut-être mieux de garder seulement le premier personnage, le plus fort, le plus attachant.

J’ai pris un peu de recul, j’ai failli tout envoyer promener : le roman, les éditeurs, les personnages et même l’écriture.

Puis, tête d’Irlandaise? je m’obstine. Y parviendrai-je? Au rythme où je patine, peaufine, en arrache, rature, note, barbouille, pitonne, réfléchit, invente, je ne sais pas, je ne sais plus.

La lecture du billet de Venise, dans Le passe-mot, me laisse songeuse : le romancier doit toucher, émouvoir, que les personnages soient attachants. Mieux encore, forts. Montée de la tension, climax. En y pensant bien, de tous les livres que j’ai écrits, aucun roman digne de ce nom. Par manque d’imagination (comme Clémence?), je préfère les récits, juste raconter une vie. J’aime les biographies et il faut écrire ce qu’on aime lire, paraît-il. Pendant deux ans, j’ai écrit des reportages pour le journal La Terre de chez nous, j’aimais beaucoup : j’écrivais des petits bouts de vie des agriculteurs, leur parcours, leurs difficultés. Après deux ans : non, fini, on refusait toutes mes suggestions. Je n’ai jamais vraiment su la raison. Pas assez de politique, de controverse peut-être?

Et si c’est difficile, si ça ne coule pas facilement, d’un jet, si c’est trop travaillé, quel résultat en fin de compte? Je regarde ma coblogueuse artiste, elle ne recommence pas quatre fois sa toile. Elle peut la retoucher ici et là, mais jamais tout reprendre depuis le début comme je dois le faire.

Bon, je radote, je procrastine, je "théorise", je voudrais que ce soit facile, ce ne l’est pas. Il me semble m’être engagée dans un chemin qui n’est pas le mien. Le mien ressemble à une petite route d’une longueur de quatre ou cinq pages, genre blogue ou reportage, article de journal ou chronique de revue. Une route belle et sans embûches où je n’ai qu’à raconter et non à imaginer. Je voudrais en finir pour passer à autre chose, mais je sais bien que ce sera toujours difficile dans mon cas. Janette Bertrand haït écrire, mais elle touche les lecteurs. Moi j’aime écrire, et je crois bien que je ne réussis qu’à m’émouvoir moi-même !

Alors, j’y retourne. Quand même. Pourtant, je n'aime pas souffrir à ce point! Ma Bridget irlandaise verra le jour, foi de descendante d’irlandais!

(photo: la carte de Montréal en 1879;
mes ancêtres irlandais sont arrivés dans le quartier des Tanneries avant 1855)

6 commentaires:

  1. Ouille Claude ! Ca s'appelle un directeur de collection...
    " Les cons, ça ose tout, c'est d'ailleurs à ça qu'on les reconnait..." Michel Audiard.

    Y'a rien de pire que les auteurs frustrés...( voir directeurs de collections.)
    Bonne chance pour la suite ton roman !

    Amitiés de
    Jack le Pirate.

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  2. Tout rejeter du revers de la main, c'est bon quand on a vingt ans ou qu'on est rebelle à vie. Aujourd'hui je préfère la persévérance, la coopération.
    Bon, bref, c'est pas si simple.

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  3. Bien sûr, tu fais bien de continuer !
    Mais tu vois le genre de problème que doit se supporter un auteur...

    Courage !

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  4. Persévérance et coopération, excellente philosophie.Je le dis souvent (sans aucun sens religieux) Les délais de Dieu ne sont pas des refus. Même si des fois.. on l'enverrait bien promener celui-là !

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  5. Chère Claude,
    Si ça peut vous consoler, je crois bien que 99,9% des auteurs souffrent quand ils écrivent. Et j'ai lu d'innombrables témoignages de grands auteurs publiés, primés et tout, qui se plaignaient des innombrables versions de leur livre qu'ils ont dû écrire. Donc, avec vos moult ré-écritures, vos doutes et hésitations, vous êtes sur la bonne voie... en plein dans le "vécu" de l'auteur... Ne reste plus maintenant qu'à ne pas lâcher... surtout, cultivez votre cÔté irlandais (lire têtu...), c'est une qualité précieuse quand on veut publier..
    Andrée

    Andrée

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  6. Merci de vos encouragements. Je ne vous oublierai pas quand vous aurez besoin des miens. Si les blogues ne servent qu'à ça, c'est déjà beaucoup. On se sent moins seul(e)(s), entre deux paragraphes.

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