samedi 12 février 2011

De la difficulté de résumer un roman

Depuis que la blogueuse de La plume et le poing a parlé du résumé en trente secondes et résumé version deux minutes de son roman, je n'arrête pas de faire des phrases. En essuyant la vaisselle, j’ai commencé à penser à ce que je dirais si on me demande: "De quoi parle ton roman Les têtes rousses?" Au bout de trente secondes, je n’avais résumé que les cinquante premières pages. Et plus j’y pensais, plus je recommençais, plus je m’emberlificotais dans les chiffres : en quelle année ça s’est passé, quel âge avaient mes personnages, combien de temps durait la traversée. On s’en fout, et après qu’est-ce qui arrive?

Ma co-blogueuse arrive (pas pour essuyer la vaisselle, non, elle, c’est le balayage!) et, montre en main, me résume mon manuscrit (qu’elle a lu bien sûr). Sauf que ça ne dit rien, ça ne donne pas le goût au lecteur de le lire, ça ne le « vend pas ». Parce qu’en plus de résumer, faut donner envie au lecteur de l’acheter.

Je recommence. Sans vaisselle, sans montre.

C’est l’histoire de Bridget Bushell, une Irlandaise chassée de son pays lors de la famine de 1847. Elle, son frère et sa sœur traversent l’Atlantique, côtoient des malades du typhus, jettent des morts par-dessus bord et passent plus de quarante jours à Grosse-Île. Une fois à Montréal, ils habitent le quartier des tanneries, trouvent leurs premiers emplois…
Non, mais c’est platte en tipépère. D’autant que c’est plus que ça. Ils vivent des rejets, des deuils, ils deviennent amoureux. Le conflit, la quête, est-ce qu’on en parle dans un résumé? J’aurais tellement aimé que le directeur littéraire rédige la quatrième couverture, mais il a accepté tel quel le texte que je lui ai soumis. Même à ça, une quatrième couverture écrite n’est pas nécessairement un bon résumé oral, au mieux ça fait leçon apprise par cœur.
Je recommence.

Chassés de l’Irlande lors de la famine de 1847, Bridget Bushell, son frère et sa sœur traversent l'Atlantique. Avant d'arriver à Saint-Henri des Tanneries, à Montréal, ils affrontent le typhus, ils attendent à Grosse-Île.

Très catholique et assez rigide, Bridget connaît des amours difficiles. Denis Lynch est trop jeune pour elle, mais il finit par l'épouser. Ils auront cinq enfants, mais Denis meurt tragiquement, Bridget élève ses enfants toute seule.

Une histoire inspirée de mes ancêtres irlandais, ce sont les vrais noms, les vraies dates, mais tout le reste est inventé. À partir de quelques lignes que ma grand-tante a écrites dans un cahier de généalogie, j'ai essayé d'imaginer ce qu'avait pu être la vie de cette Bridget Bushell et de son mari Denis Lynch.
Je devrais peut-être me contenter du dernier paragraphe. Je sais bien que je ne dirais pas ça de cette façon. Rien que pour l’écrire, j’ai effacé, réécrit, j'ai choisi de dire ceci et de taire cela. Comment résumer tout en donnant le goût de lire et en ne dévoilant pas tout? Au fond, c’est l’histoire banale de la vie d’une immigrante, mais comment dire l’abandon, comment dire la difficulté d’être veuve et  mère?

C’est pire que d’écrire le roman, ma foi!
C'est surtout moins long de laver de la vaisselle!

(L'illustration provient de Print Master)

10 commentaires:

  1. Je suis tellement d'accord, résumer un roman en 30 secondes est impossible pour moi ! Après 2 ans, je suis toujours incapable de résumer mes romans ! La 4e de couverture, c'est autre chose, j'adore les écrire ! En tout cas, tes résumés me plaisent bien !

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  2. Comme je suis d'accord avec toi ! J'ai aussi cette terrible difficulté à résumer mes histoires.

    Avec mes lectures sur l'écriture, j'ai compris que c'était parce que je ne m'étais pas posée la bonne question, que je n'avais pas cerné le « lead » de mes récits. Leur but, leur idée globale, ce qu'ils racontent véritablement. Plusieurs auteurs que j'ai lus disent que nous devrions toujours être capable de résumer notre histoire en une seule phrase. Ouch ! Dans mon cas, c'est archi difficile, car mes romans parlent de tellement de choses...

    Je te suggère la technique donnée par Mary Carroll More sur son blogue, qui consiste à poser des questions à ton histoire, du genre « Que veux-tu réellement me dire sur toi-même ? Que désires-tu le plus raconter ? Quel genre es-tu ? À quel lectorat tu t'adresses et comment peut-il avoir accès à toi ? Qu'est-ce qui t'effraie le plus à raconter ? ... » Elle continue en nous suggérant d'imaginer notre livre nous répondre - peu importe si cela semble bizarre, stupide ou impertinent. Le but de cet exercice est de nous surprendre. Elle termine avec cette phrase : « Vous toucherez les parties cachées de vous-même comme écrivain, les parties que, souvent, nous censurons. Vous pouvez trouver de l'or - si vous maîtrisez l'attitude de la non-hypothèse, tout peut arriver ! »

    La cause de la difficulté à résumer une histoire est que souvent nous n'avons pas saisi ce qu'elle racontait vraiment.

    Qu'est-ce qui est au coeur de ton roman ?
    Qu'est-ce qui se cache que tu n'as pas encore trouvée ?

    En espérant t'avoir aidée un peu...

    Bonnes trouvailles !

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  3. @Audrey: merci. La différence, c'est que pour l'instant, le roman n'étant pas encore paru, j'ai le temps d'y travailler!

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  4. @Annie: bonnes suggestions. À un atelier d'écriture à l'École d'été de Mont-Laurier, j'ai fait un genre d'exercice qui ressemblait à ça. Genre une phrase par chapitre, genre titre.
    Beaucoup de questions: pas certaine que je peux y répondre en trente secondes ni même deux minutes.

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  5. J'ai très hâte de vous lire. Ça semble vraiment, vraiment intéressant!
    La quatrième de couverture...Mouais...pas facile de créer l'intérêt...
    Qu'il s'agisse de vos ancêtres ou pas, ce n'est pas important pour le lecteur ( ce le sera une fois qu'ils auront lu et qu'ils auront aimé ).
    C'est juste un avis et je ne possède malheureusement pas la vérité :0)

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  6. @Anonyme-que-je-sais-qui-c'est: Ah! bon. Pourtant, je connais bien des lecteurs et des spectateurs qui deviennent les yeux ronds d'intérêt quand c'est écrit: "histoire vraie". Ce qui n'est pas mon cas. Encore quelques versions à trouver donc, quoique déjà votre intérêt est éveillé. Faut dire que vous me connaissez, ça ne compte pas, hihi!

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  7. Après m'être royalement plantée et y avoir réfléchi, je te dirais que l'important, surtout pour le 30 secondes, c'est peut-être d'axer sur les thèmes.

    Mon roman jeunesse, c'est l'histoire d'un frère et d'une soeur qui sont forcés de devenir adultes plus vite que prévu et de trouver leur place dans un monde féroce, celui du Japon médiéval.

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  8. @Gen: tu t'arranges pour je te copie, là. Moi qui commençais à me trouver amateure et je cherchais comment trouver un spécialiste de l'annonce!

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  9. @Gen, très bonne phrase d'accroche!

    Pour ce qui est de ces résumés-éclair, j'ai lu quelque part qu'il fallait commencer par ça, avanmt même d'écrire, pour donner une direction claire au récit... Facile à dire, mais bon, ça s'essaye...

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  10. Résumer est un art. Ce n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît, ça c'est sûr. Je suis moi aussi à me creuser le coco sur comment résumer mon histoire en quelques phrases. Je vais bientôt en avoir besoin. Tous ceux qui l'ont lue ont de la difficulté à la résumer, mais ce n'est pas une excuse pour l'auteure qui doit le faire... ;)
    Je trouve l'exemple de Gen parfaitement réussi. Je vais m'en inspirer. hihi

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