lundi 17 juin 2013

N'est pas écrivain qui veut

Dans la vie, il y en a qui savent où ils vont, ils savent ce qu’ils veulent, ils n’y vont pas toujours comme ils l’auraient pensé, mais ils y vont. À vingt ans, au sortir des études, qui voulait être écrivain? Ce n’était pas au programme de bien des étudiants. Surtout pas au Québec. Et même s’il y avait eu une école, et même s’il y a des cours de création littéraire aujourd’hui… bref, qui se voyait écrivain à plein temps? Moi, à 26 ans. Je voulais, j’ai essayé. Deux ans de congé sans solde pour tenter ma chance. Toute seule dans un garde-robe réaménagé en bureau comme quand j’étais étudiante, j’écrivais à la main le matin et l’après-midi je tapais mes quelque cinq pages à la dactylo. Le lendemain matin, je relisais, je corrigeais et j’ajoutais. 

Au bout de deux ans, malgré deux livres adultes et deux romans-jeunesse, j’ai dû me rendre à l’évidence, ça ne fait pas vivre sa femme.

Depuis, beaucoup d’encre a coulé, l’ordinateur a remplacé la machine à écrire, mais jamais depuis je n’ai été aussi assidue à l’écriture. Pas plus de quatre heures dans une journée et pas plus de trois jours de suite. Pas assez seule, pas assez persévérante, pas assez convaincue, pas assez de publication, pas assez d’encouragement, même de ma part. 

Hier encore, je lisais La musique, exactement de Micheline Morisset et comme il m’arrive quelquefois devant un texte que j’adore, le genre qu’on aurait voulu écrire, j’ai noté quelques bouts de phrases, comme « un récit si bien ourdi » ou j’ai relu trois fois cette phrase qui disait tellement bien ce que j’ai vécu : « J’ai cru que j’avais mis des années à saisir ma mère, en revanche j’ai détesté longtemps la facilité que j’avais éprouvée à comprendre papa. »

Il y a quelques années, ce livre m’aurait jetée à terre, me laissant knockoutée et me garantissant une baisse d’estime de soi à ne plus pouvoir écrire pendant plusieurs semaines, mais aujourd’hui, je sais que je ne serai jamais de ce calibre, je n’ai pas à l’être et je peux admirer sans trop d'envie. Juste le bonheur de lire.

J’ai toujours ce besoin d’écrire, mais je ne crois plus que je vais faire un écrivain de mon moi-même. Je ne cours plus après le temps et au moins, j’ai fait la paix avec cette non-carrière. J’ai accepté de n’être pas ce que je croyais devenir. Je dois admettre qu’écrire, c’est maintenant un loisir, non dans le sens que je le pratique en amateure, mais dans le sens que je n'y passe pas toute la journée ou que je stresse avec la performance et le résultat, comme publier aux deux ans ou déclarer 10,000$ de revenus. Une passion, certes, mais pas un métier. Un peu d’expérience à partager, je me suis promenée dans les chemins de l’auto-édition, de l’édition, de la correction, du montage de livres, mais ma route restera un petit chemin où peu de gens m’auront vu marcher. Comme d'ailleurs des dizaines, voire des centaines d’auteurs québécois, à voir les noms sur les épines des livres dans une bibliothèque ou une librairie.

Une route qui m’a menée à accepter qui je suis, ni plus ni moins. À en être fière, sans ajouter « malgré tout ». Pas du tout celle que je croyais devenir, mais qui devient ce qu’il voulait devenir à 20 ans? J’espère bien me surprendre encore pendant quelques années.

Et vous, quelle route empruntez-vous?

(Illustration empruntée à l'éditeur Québec-Amérique)

12 commentaires:

  1. Comme je te comprends...
    Moi aussi je vis de grands questionnements face à l'écriture. Parfois avec sérénité, d'autres fois, plus de tumulte. Ça va, ça vient.
    À vingt ans, à dix... à huit. Moi, j'ai toujours voulu être écrivain. Je ne sais pas si j'y arrive.
    Mais je sais aussi, comme toi, apprécier le talent d'autres écrivains qui ont un don que je n'ai pas. Et j'arrive à trouver malgré tout le bonheur de continuer à écrire... Parce que ne pas écrire, c'est trop douloureux!

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  2. C'est bien vrai que ne pas écrire c'est trop douloureux.
    Je me questionne de moins en moins, je vais là où le vent me porte et j'accepte d'être qui je suis, avec le souffle plus court que j'aurais voulu.

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  3. Tu parles de ce processus qu'il faut tous vivre, un jour ou l'autre, celui de faire la paix avec les chemins qu'on aurait voulu emprunter mais qui ne se sont pas révélés.
    Et tu me fais réfléchir.
    La romancière en moi n'est pas vraiment en paix. Or, en te lisant, je comprends un peu mieux que ce n'est pas tout à fait avec l'acte d'écrire que je suis brouillée, mais avec l'édition. Parce que le monde de l'édition est déprimé, parce qu'il n'y a rien de moins sûr que l'éventualité d'être publiée une deuxième fois, etc, etc, je castre à grands coups de sabre mon envie d'écrire en me disant : À quoi bon...
    J'en suis même à intégrer dans mon identité que je serai la fille d'un seul roman (publié), qu'il faut m'en contenter et me dire : c'est déjà beau !
    Heureusement pour moi, pour le moment, ne pas écrire ne m'apporte pas la douleur dont parle Julie. Au moins ça de pris. :D
    Pour terminer, je suis tout à fait d'accord avec toi : N'est pas écrivain qui veut. ;)

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  4. Je crois que ça fait partie de l'écrivain, le questionnement. Lorsque je rencontre un auteur que je peux vraiment admirer, je suis aussi partagée entre l'envie et l'émerveillement, malheureusement je n'ai pas encore trouvé l'acceptation que tu décris. Peut-être un jour, si je finis par publier.

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  5. Sylvie, je comprends tout à fait. Imagine, moi qui ai eu le bonheur d'être publiée presque facilement lors de mes premiers essais et ensuite, quand j'ai voulu m'y remettre sérieusement, plus rien. refus sur refus. Heureusement dans mon cas, il y eut l'auto-édition, mais un jour, j'ai voulu aller voir... il est long le chemin en effet.
    C'est ça quand on a plusieurs cordes à notre arc.

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  6. Hélène, entre l'envie et l'émerveillement, il y a plusieurs nuances. Quand je sais que ça m'est vraiment inaccessible, je peux admirer sans limites, mais supposons que c'est un peu comme ce que j'aurais pu écrire, mais que moi je n'ai pas été choisie ou voir un livre qui ressemble aux miens et qui se vend à quelques milliers d'exemplaires, là, l'envie revient assez vite!
    Ça doit t'arriver aussi, cette dualité.

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  7. J'admire ta sérénité Claude... surtout quand on sait tout ce que la création apporte de doutes et d'angoisse et de constante remise en question...

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  8. Merci Andrée. Sérénité... peut-être aujourd'hui, demain, qui sait! Ça va, ça vient.

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  9. Comme Julie, j'ai toujours su que je voulais écrire.

    Mes pires doutes, je les ai vécus avant d'essayer réellement de publier, à l'époque où je me demandais si "j'avais ce qu'il fallait".

    Là je sais que je l'ai. Maintenant, me reste juste à être disciplinée, assidue... et à ne pas laisser les chiffres de vente me décourager. ;)

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  10. Gen, la vente de livres ne devrait pas faire partie du métier d'écrivain, comme la vente de billets pour le théâtre ou le cinéma ne devrait pas être dans la tête du comédien.
    Complexe le métier d'écrivain, hein? Lâche pas.

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  11. Le comédien se fiche des ventes au théâtre ou au cinéma : il a été payé avant.

    Par rapport à l'écrivain, il est comme un personnage! ;)

    Par contre, les chanteurs, les cinéastes, etc, doivent aussi se préoccuper de la vente de leur produit.

    C'est triste, mais c'est comme ça que ça marche. Et je dirais même : c'est comme ça que ça a toujours marché. Molière écrivait pour une troupe et tirait le diable par la queue!

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  12. Une fois le rêve réalisé (être publié), les refus n'ont plus le même sens. Et lorsque ça fonctionne, le rêve n'est plus là. Tu es "dedans". Suis-je un auteur? Bref, rien de simple. Sauf quand tu as répondu à la question: suis-je prêt à ne faire que cela? Écrire? Poser la question...

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