vendredi 18 avril 2014

Un Vendredi saint de doutes

Je veux et ne veux pas, dans la même minute. Je dis oui et non en même temps. 

Je suis moi et pas une autre. Je ne devrais pas lire Katherine Pancol qui intègre si bien les phrases dites sans guillemets ni tirets, et encore moins Sonia Marmen qui détaille si bien les scènes. Ne pas lire les autres pour me garder vierge à mon propre style. Même si je ne crois pas en avoir encore un bien à moi. 

J’ai dit oui à l’éditeur, je réécrirai le manuscrit, oui, j’ajouterai du socio-historique, même si je trouve qu’il y en a déjà suffisamment comme ça. Comme une bonne élève, pour avoir la note de passage — de publication dans le cas présent — je ne suivrai pas mon penchant naturel pour le romantisme, la sentimentalité et je me pencherai sur le contexte, l’environnement, l’époque tout comme on ajoute de la description pour situer les personnages dans un lieu. J’enrichirai les événements déjà présents, mais parfois à peine effleurés. En souhaitant que ça suffise pour améliorer la montée dramatique qui, elle, je le sais bien, fait cruellement défaut. Ça aurait pu être un récit, mais l’éditeur veut un roman, une forme narrative et non un simple album qu’on feuillette. Je n’ai guère d’espace et encore moins de nom connu pour négocier. Je dis non et je vais voir ailleurs ou je dis oui, je cesse de résister et je me mets au travail.

Mais avant d’obéir, permettez que je lutte, permettez que je défende un peu mon manuscrit. Je sais déjà que je m’appliquerai, mais pas après avoir combattu et laisser parole et temps à celle qui a le goût d’arrêter là, de ne pas aller plus loin. Après tout, je n’ai pas besoin d’argent et même si j’en avais besoin, ce n’est pas la publication d’un roman qui m’en apporterait. Après tout, je pourrais simplement jouir de la vie, voyager, prendre des photos, me plonger dans la généalogie ou mieux encore, lire ces autres auteurs dont j’admire la persévérance, et que j’ose appeler parfois mes consoeurs, mes confrères, mes pairs. La tentation est forte d'envoyer tout promener. Je me donne trois jours de résistance, de réflexion.

Je sais pourtant déjà que, comme Jésus, après ce Vendredi saint de doutes et de questionnement, après des célébrations pascales ensoleillées, je sais que je mettrai mes habits de résurrection, je forcerai mon inclination à la facilité et je monterai vers un ciel qui, espérons-le, me sera clément pour trouver les mots, le ton de ce roman qui veut voir le jour.

(Illustration: après Les têtes rousses, le prochain roman qui voudrait bien voir le jour)

6 commentaires:

  1. Ah! C'est pour ça que je fais du contemporain, parce que je veux rester dans la zone de sentimentalité!
    Mais oui, plonge, je suis sûre que tu vas aimer ton texte une fois qu'il sera réécrit. Mais n'oublie pas de garder l'essentiel!

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  2. Même dans le roman contemporain, un éditeur peut bien vouloir du sociohistorique, comme d'autres insistent sur la description physique.
    Je plongerai, bien sûr, mais sans plaisir dans cette zone bien loin de mon confort. Comme un pensum. Comme ces dissertations avec lesquelles je n'étais pas à l'aise.

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  3. Moi je te dirais : commence et tu verras. C'est loin de ta zone de confort, oui, mais peut-être que finalement tu y prendras plaisir.

    Après tout, quand tu pars en voyage aussi tu t'éloignes de ton confort quotidien! ;)

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  4. Prendre plaisir comme un jeu difficile? Tu as sûrement raison. Tu as les bons exemples: me parler de voyage, tu as le tour avec moi!

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  5. Si tu ne le fais pas, tu le regretteras. Je le sais.

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  6. Y'a ça! pas l'habitude de laisser les choses en suspens. À moins d'y être forcée.

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