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vendredi 17 avril 2020

L'amitié en temps de confinement

Bientôt quatre semaines d’isolement et de confinement.
À suivre l’actualité, à suivre les règles. Au début, c’était facile, c’était dans l’urgence du retour de la Floride, dans le plaisir de redécouvrir son chez-soi où on se sent en sécurité. Encore du soleil dans le corps, encore des ami.e.s dans le cœur.
Puis, une fois les 14 jours passés, on respire un peu mieux, on se dit qu’on n’a pas attrapé ce mau... virus dans les hôtels ou stations-service. Et puis, arrivent les premières boites d’épicerie, et on ne se demande pas si c’est vrai ou faux, mais on nettoie chaque contenant. On communique avec la famille, les ami. e. s. On se remet à lire ou à jouer de la musique. Quand le mercure dépasse les 10 degrés, on va gratter le terrain.

Depuis quelques jours, ce qui me vient à l’esprit, c’est quelle place occupent les personnes dans ma vie?

En ces temps de confinement, quelles sont celles qui me manquent, à qui je voudrais parler, quelles sont celles que j’ai hâte de revoir en chair et en os. Et comme via Internet, je peux les voir ou leur parler, quels sont celles que j’ai hâte d’embrasser, de serrer dans mes bras? Et me confier? À qui se confie-t-on vraiment dans la vie? Et pleurer? Devant qui se permet-on de pleurer?

Je me souviens avoir fait une illustration de mon cercle relationnel lors de cours en relations humaines. Ça ressemblait un peu au diagramme de Jacob Levy Moreno (voir Wikipédia).
Et si j’avais à mettre des mots sur chaque grosseur de cercle ou un mot selon la distance du cercle par rapport au mien, j’aurais des mots comme : amoureux.se, ami. e intime, ami. e proche, copain-copine, camarade, compagnon-compagne, frère, belle-sœur, neveu-nièce, âme sœur, connaissance, vague relation d’affaires, ami. e d’un. e ami. e.

Et si aux questions citées plus haut, je répondais deux ou trois, quelle image aurais-je de moi? Je retarde la réponse pour ne pas être trop sévère avec moi-même. En fait, comme j’ai le temps de réfléchir, je cherche à comprendre à qui je tiens, et pourquoi ça me dérange moins que d’autres cet isolement? Peut-être simplement que certaines personnes ont besoin d’être avec quelqu’un et même plusieurs pour avoir le sentiment d’exister, d’être utiles, de se sentir matériellement en sécurité. C’est dans leur personnalité, certaines personnes sont plus autonomes que d’autres ou moins dépendantes affectivement. Bien sûr, je ne crois pas qu’on soit né pour vivre vraiment seul, on a besoin des autres. Mais à quel degré? Combien de temps par jour, par semaine? Certain. e. s élèves adorent être pensionnaires, d’autres ont détesté.
« Dès qu’il y a plus de trois personnes dans une pièce, je suis nerveuse […] Je rêvais d’aimer les groupes, les bandes […] si je suis ma nature profonde, la foule ne m’émeut que dans le olé d’une corrida […] c’est d’autant plus exaspérant que la plupart des gens sont passionnants, individuellement. Des romans, tous. »
Autobiographie de l’étranger, Marie-Ève Lacasse
Et puis il y en a avec qui on parlerait pendant trois heures, on ne serait jamais celle qui raccroche au téléphone (ou sur Messenger ces jours-ci) et d’autres avec qui on ne veut plus échanger un seul mot, il y en a qu’on évite parce qu’elles nous ont blessé. e. s. Il y en a qu’on délaisse avec un sentiment de culpabilité, sachant par instinct que c’est pourtant ce qu’il y a à faire, n’en retirant plus aucun plaisir ni douceur. Idéalise-t-on plus l’amitié autant que l’amour en croyant qu’un.e ami.e, c’est pour la vie? J’en reviens à mon illustration, tout dépend du degré d’attachement. On ne peut pas aimer tout le monde au même degré. Et les ami.e.s doivent le comprendre. Certain.e.s vivent le sentiment d'abandon ou de trahison plus violemment que d'autres. Moi y compris. Lire ou relire Lise Bourbeau >>>

J’ai eu 70 ans et je n’ai jamais vécu seule. Alors, comment savoir si je suis vraiment cette solitaire que je crois être? Vivre en groupe, ça s’apprend. Je le sais, je l’expérimente chaque hiver, dans un parc de snow-birds. Et je m'améliore!
Finalement, je crois que la réponse à ma question : pourquoi je vis mieux le confinement que d’autres serait multiple. Wikipédia y répond en partie :
« Le processus de socialisation débute dès la naissance et se déroule généralement dans la société à laquelle appartient l’enfant, mais il se poursuit tout au long de la vie pour s’achever à la mort. »
On s’en reparle dans quelques années!