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mardi 5 août 2025

Comme ces histoires dont on parlera plus tard avec légèreté



Été 2023 et été 2025

Premier hiver à l’Étoc (nom que mon intellectuel de père avait donné à la maison qu’il avait fait bâtir sur un... étoc, un rocher.) La froidure de janvier avait eu raison des tuyaux qui n'étaient pas vraiment à quatre pieds sous terre... à cause du roc. Bref, plus d’eau. Pendant trois mois. La neige dans le bain. Les gallons d’eau charriés de l’école, où mon père et moi enseignions, jusqu'à la maison -- en motoneige puisque le chemin n'était pas déneigé--  où la patience légendaire de ma mère fut mise à rude épreuve. Pas de voisins pour nous aider. En mars, je m'étais fait couper les cheveux pour qu’ils soient plus faciles à laver.

L’hiver suivant, j’étais déjà déménagée, les tuyaux gèlent à nouveau, mes parents emménagent à Saint-André-Avellin pour la fin de l’hiver.

52 ans plus tard, Notre-Dame-de-la-Paix, au sous-sol, après le lavage hebdomadaire de vêtements, la pompe ne s’arrête plus. Je l’arrête, la repars. Elle se désamorce, plus de pression, plus d’eau. Alors que les champs — de pommes de terre ou de blé ou de maïs ou de soya — qui m’entourent sont irrigués par de puissants jets d’eau ou le système Pivot... chez nous, le puits est à sec ou presque. Je sais, il n’y a pas de rapport, mais avouons que c’est un peu frustrant de voir tous ces jets d’eau et chez nous, rien. 

Je sais aussi, je traumatise à pas grand-chose. Comme un revenant d’il y a deux ans quand il a fallu refaire toute la « ligne » de la maison au puits. Et le souvenir revenu des hivers à l’Étoc. Autant mon père enjolivait les histoires dans ses romans (exemple ces hivers de 1972-1974 dans Les toqués du firmament), autant, j’ai une facilité à créer des amalgames et des associations d’idées. La nuit surtout. Peut-être juste pour le plaisir de raconter.
 
Il faudra être patiente, attendre qu’il pleuve.

Heureusement, contrairement à ma première année dans la région, c’est l’été. J'ai une piscine. J’ai des voisins, des ami.e.s, la municipalité qui me fournit l’eau. J’ai les cheveux courts!
Et nous avons connu tellement pire : le verglas, le derecho.

Je ne pensais pas, un jour, avoir hâte qu'il pleuve!

Comme j’aime bien les exergues, les citations. Voici celle du jour :
Il ne faut pas pleurer pour ce qui n'est plus mais être heureux pour ce qui a été. 
Marguerite Yourcenar

jeudi 24 août 2023

Ah!

Ah! quel bonheur ce fut!

Le bonheur de lire toute la journée.
Livre acheté à l’occasion de l’événement «le 12 août, j’achète un livre québécois». J’avais choisi trois carnets littéraires. Mon genre préféré.

Dans Mission : les possibles de Danielle Marcotte, dès la page 13 :
«Une rencontre avec un écrivain devrait toujours avoir lieu dans l’écrin intime de la lecture. Et en rester là.»
Tout comme elle, je ne sens pas le besoin d'attendre dans une file, demander une dédicace, ni même de jaser avec l'auteur.e. Le livre me comble. J'admets que quelques lignes dans un message privé... juste entre nous, ça je veux bien. 

Un livre miroir : c’était moi que je voyais, que je rencontrais. Moi qui écrivais.
« Je voudrais être “une”. Espoir d’en finir avec mes tiraillages. Je suis partagée entre ma famille, mes soucis maternels, mes obligations professionnelles, mes aspirations ma soif d’écrire Peur de devenir blasée avec l’âge, de découvrir que rien ne vaut vraiment la peine.»

Ah! Comme dans ah! ben!. En lisant «blasée avec l’âge», j’ai voulu savoir l’âge de l’auteure. Tablette, Google... tiens, tiens avril 1950! Comme moi.

«Qu’est-ce que j’attends de tous ces écrivains dont je lis les autobiographies, les journaux, les carnets? Une clé, peut-être, qui ouvrirait sur leur mystère, qui m’aiderait à comprendre le mien?»
Idem, idem et encore idem.

Comme dans tout bon carnet, l’auteure relate ses lectures, cite des passages. J’ai lu plusieurs des livres mentionnés... sauf Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar. Pas faute d’avoir essayé. Pas faute d’admirer la célèbre écrivaine... jusqu’à chercher (et trouver) sa maison La Petite-Plaisance à Northeast Harbor (je sais, je l'ai déjà écrit dans un de mes billets de blogue). Me donne le goût de réessayer, comme si nous nous ressemblons sur tellement de points («Je viens des livres. De Kamouraska d’Anne Hébert et de Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy »), pourquoi pas celui-là? Pourtant, elle écrit aussi : « tous les livres ne sont pas pour moi. Dans la lecture, je cherche une voix qui murmure, qui se confie, loin, bien loin de la démonstration ou de la mise en scène.»

Ah! comme dans Ah! la chanceuse! Camp littéraire Félix + Robert Lalonde = (en tout cas pour elle) publication de son carnet chez Lévesque éditeur. Contente pour elle, contente pour moi qui me délecte de ces carnets d’auteur.e.s. J’essaie très fort de ne pas prendre mon propre passage à ce camp/atelier d’écriture comme un échec puisque la semaine n’a pas abouti à un manuscrit qui, en le retravaillant, aurait enfin été accepté par un éditeur reconnu, raison pour laquelle j’y allais.

Ah! comme Ah! je n’en reviens pas: sa fille s’appelle Claude.

Comme j’ai eu l’impression de passer la journée avec Danielle Marcotte, et après avoir lu sa phrase : «[...] solitude de l’écrivain — qui n’obtient jamais (ou rarement) d’écho à son travail», je l’ai trouvée sur Facebook et je me suis permis de lui écrire sur Messenger : « Ne l’entendez-vous pas cet écho aujourd’hui?»

Ah! comme:  Miroir, miroir, merci d’avoir écrit qui je suis, qui nous sommes, nous qui avons ce besoin insatiable d’écrire.

Écrire, c’est peut-être comme l’amour: dévorant et inassouvissable. Mission impossible!

Ah! quelle belle journée ce fut!

jeudi 19 décembre 2019

Anne Hébert, écrire pour vivre

1966, 16 ans. Collège Basile-Moreau, Belles-lettres. Un petit bout de femme se plante devant les étudiantes. La plupart des élèves remarquent la jupe. Une jupe que les sœurs Sainte-Croix — encore vêtues de leur long costume noir et blanc—, doivent trouver bien courte. Je remarque plutôt les titres des deux livres : Salut Galarneau de Jacques Godbout et Les chambres de bois d’Anne Hébert.

Enfin des Québécois — peut-être disions-nous encore des Canadiens-français. Après Villon, Racine, Corneille, Musset, Lamartine, enfin le 20e siècle, enfin notre littérature.

Mon père ayant commencé à fréquenter les lancements, j’avais entendu parler de Nicole Brossard, Claire Martin, entre autres, et chez nous, nous avions des livres de Hubert Aquin, Gaston Miron, mais d’Anne Hébert, point de souvenirs.

C’est donc en classe que j’ai découvert, lu, analysé Les chambres de bois. Grâce à un professeur qui a osé.

Aussi un peu grâce à une professeure, Jeanne Lapointe, que les manuscrits de Anne Hébert se sont retrouvés dans les mains d’éditeurs. D’ailleurs la magnifique et richement documentée biographie de Marie-Andrée Lamontagne ne fait pas que le récit chronologique d’une vie, il y est aussi question du monde des éditions au Québec, en France.

La lecture de la biographie d’Anne Hébert a confirmé mon opinion qu’un écrivain devient soit populaire par le nombre de ses lecteurs soit littéraire par la foi d’un ou des éditeurs, et si en plus les critiques publient dans leurs revues, si les professeurs en parlent à leurs étudiants, si les prix affluent, c'est la consécration. J’en conclus qu’un auteur, même s’il est seul quand il écrit, même si son style est pauvre ou riche, original ou démodé, il faut des contacts, des personnes qui croient en lui, qui publient, qui promeuvent ses livres. Dès le départ, son père Maurice Hébert l’a encouragée. Elle a côtoyé son cousin Saint-Denys Garneau, Paul Flamand, Jean LeMoyne qui permettront la publication de ses premiers poèmes (Songes en équilibre). Elle a pu rencontrer Jean Cayrol des éditions du Seuil. Chaque fois les bonnes personnes, au bon moment.

Dès le départ, j’aime les biographies. Celles des écrivains encore plus : Gabrielle Roy, Colette, Marguerite Yourcenar, Virginia Woolf… alors c'est certain, j'ai tout aimé dans ce livre qui fait plus de 500 pages. : l’histoire de ses ancêtres et de sa famille, les lieux décrits que ce soit en France ou au Québec, la terrible tuberculose qui sévissait, qui menaçait à peu près tout le monde, le monde clos des éditions, des subventions. Apprendre un peu de sa vie sentimentale, son amour pour le Français Roger Mame, ses amitiés pour Monique Bosco, Jeanne Lapointe et quelques autres, fidèles, présentes jusqu’à la fin.

J’ai revu Paris, j’ai senti le froid humide de janvier, la chaleur des mois d’août. Marie-Andrée Lamontagne aurait pu écrire une thèse pour le Centre Anne-Hébert, pour notre plus grand bonheur, elle a écrit une biographie qui se lit comme un roman. On vit avec Anne Hébert, on souffre, on marche, on voyage, on angoisse. On admire, on est nostalgique d’un temps qui n’existe plus.

Et on a le goût de relire tous les écrits d’Anne Hébert, spécialement ses romans quant à moi. J’ai même été surprise de voir qu’elle était décédée en 2000. Très discrète, très réservée, fuyant les mondanités et surtout en vivant une bonne quarantaine d’années en France, étudiée en classe et associée à son cousin Saint-Denys Garneau mort en 1943, j’ai longtemps eu l’impression qu’elle avait vécue avant ma naissance ou en tout cas avant que je l’étudie en Belles-Lettres.

Bien sûr, j’ai revu ma vie d’auteure. Je me suis reconnue à quelques occasions.
« Je crois que les plus grandes contraintes sont celles qu’on s’impose à soi-même »
« C’est parfois dur d’être écrivain. C’est tellement exigeant. Et l’on n’a pas le droit de s’en faire accroire. Je veux être honnête avec moi-même et payer le prix de cette honnêteté indispensable. Mais je me demande (surtout lorsque ça ne va pas) si le prix n’est pas le silence [,si] tout du silence (ne plus écrire) n’est que l’appel de la lâcheté tout simplement. »
Je retiens  « le silence n’est que l’appel de la lâcheté. » Question : après la publication de mon dernier roman, Les têtes dures, j’ai senti comme la fin d’un long cycle d’écriture. Je n’avais plus rien à dire. Est-ce lâcheté? Ce serait mon genre. Qu’importe. L’heure n’est plus aux questions, même si la lecture de la biographie de Marie-Andrée Lamontagne m’en a soufflé quelques-unes, je n’ai plus envie de chercher des réponses.

En revanche, j’ai toujours plaisir à lire des biographies qui nous offrent des réponses à tout ce monde sur la création, l’écriture, la publication, la vie d’un écrivain, le monde des éditeurs, des prix littéraires. De surcroît si ce sont des Québécois.es.

Une semaine déjà que j’ai lu la dernière page (j’ai beaucoup aimé le dernier chapitre plus personnel de l’auteure) et encore profondément imprégnée de la vie d’Anne Hébert, je suis bien incapable de lire autre chose. Comme après une rencontre marquante, je repasse dans mon esprit tout ce que j’ai lu. Je savoure ce que j'ai goûté.

Les testaments de Margaret Atwood attendront encore un peu.

vendredi 21 septembre 2018

Assise face à la mer, je lirai

Haut: Dans la région de Kennebunkport. Bas: de Google street view, près de Prouts Neck

Je l’ai déjà dit, mais je le répète pour les nouveaux venus : je ne tiens pas un blogue littéraire. Et si je parle de livres, ce n’est ni pour en faire une critique ni même une recension. Juste dire ce qu’ils me font… à l’âme, au cœur, à l’esprit.

Avant Les villes de papier, j’ai lu La dame blanche de Christian Bobin. Même sujet : Emily Dickinson. Mais un peu trop de Bon Dieu. Bobin rédige des phrases courtes criantes de certitude. Comme un marteau qui enfonce un clou avec l’assurance qu’il sera droit.
« Les enfants savent tout du ciel jusqu’au jour où ils commencent à apprendre les choses. Les poètes sont des enfants ininterrompus, des regardeurs de ciel, impossibles à élever. »
« Le silence est l’épée des mères lunatiques »
« Personne n’a jamais eu de parents : quelqu’un dont la seule présence vous empêche de mourir, cela n’existe pas. »
« L’écriture est à elle-même sa propre récompense. »
Mais si je n’avais rien noté, j’aurais oublié, ce n’était qu’un hors-d’œuvre en attendant Les villes de papier.Dans un billet précédent, je racontais qu’à la lecture de certains livres, je deviens parfois le personnage, parfois l’auteur. e.
Ce matin, je parcours à nouveau Les villes de papier de Dominique Fortier, je deviens voyage, je deviens paysage.

Du Massachusetts, je connais surtout Cape Cod. Pour être encore dans l'été, encore dans le livre, encore dans les mots, je me promène autour d’Amherst.
« […] J’écume les sites où l’on voit des photos de Homestead, des Evergreens voisins, de la ville d’Amherst au temps des Dickinson. […] Depuis quand ai-je peur d’entrer dans un livre? »
Je remonte dans le Maine, que je connais mieux.
« Il y a Scarborough, au bord de l’océan Atlantique, un chemin parmi les plus beaux de toute la Nouvelle-Angleterre. Directement face à l’océan, les grandes demeures qui s’y élèvent sont lumineuses, recouvertes de bardeaux de cèdre, percées de fenêtres où se reflètent le ciel et la mer. »
Je prédis une affluence de voyageurs dans cette région, dans les rues Shell, Pearl. Ils iront jusqu’à Prouts Neck. J’irai sûrement, tout comme j’ai été voir Petite Plaisance à Northeast Harbor où a vécu Marguerite Yourcenar.

Les villages, les maisons, les jardins, la mer. J’aurais aimé savoir les livres d'Emily. À part la Bible.

Souvent, je dis que je ne tiens pas à rencontrer les auteurs, que leurs mots me suffisent. Je nuance : j’aime bien les connaitre, mais à travers une biographie, écrite par eux-mêmes ou par d’autres. Et il y a autant de sortes de romans que de genres de biographies. Certaines ressemblent plus à des essais, comme celle de François Ricard sur Gabrielle Roy, celles de Dominique Bona sont très agréables à lire.

Finalement, dans Les villes de papier, ce n’est pas tant Emily Dickinson que j’ai appris à connaitre, à aimer, c’est Dominique Fortier. Pas tellement les mots d'Emily Dickinson que j'ai envie de lire et relire, ce sont ceux de Dominique Fortier. Ce n'est pas à Amherst que j'irai, je retournerai dans le Maine. Assise face à la mer, je lirai.

mercredi 7 septembre 2016

Premières lectures de septembre

Après un voyage trépidant sur et près de la mer québécoise, après une fête familiale réussie, après une sortie culturelle pendant la fin de semaine de la fête du travail, ce qui m’a rappelé les quinze tournées endiablées des Créateurs de la Petite-Nation, je rentre dans mes terres. Retour à la tranquillité, à la normale, aux activités routinières, et donc à la lecture.

Avant la ruée vers les nouveautés, le difficile choix. Tout me tente. Comme une première année dans une nouvelle école où toutes les options sont possibles, toutes les avenues sont invitantes. 

Parce que la mer n’est jamais bien loin dans mon esprit et pour prolonger mon voyage d’août: Chroniques au long cours d’Isabelle Autissier. Des mots de mer, des voiles qui claquent, de folles sarabandes, le vent qui «chante, sifflote, gronde, grogne». Des images de vagues, d’îlots, de mouettes et de goélands. 

Et puis dans La Presse+, quelqu’un dit avoir aimé Le ravissement de Lol V Stein de Marguerite Duras. Une auteure qui m’intrigue. Quitte à passer pour complètement béotienne (j’exagère comme toujours, question de trouver entre deux extrêmes, une position mitoyenne), je confonds encore Marguerite Yourcenar et Marguerite Duras. Et comme j’ai été incapable de terminer la seule œuvre que j’ai lue de la première, Mémoires d’Hadrien, j’hésite, je dois me concentrer pour me souvenir que j’ai bien aimé la seule œuvre que j’ai lue de la deuxième, L’amant. Cette confusion n’a pas disparu même si j’ai lu des biographies de l’une et de l’autre. Mais chaque fois qu’on nomme un titre de l’une ou de l’autre, qu’on dit avoir aimé ou détesté, je me laisse à nouveau tenter. Au moins feuilleter. Ainsi, après avoir lu les premières pages, j’ai téléchargé la version numérique de Lol V. Stein. Et j’aime bien. Je reconnais cette écriture « nouveau roman », que j'ai vu aussi chez Annie Ernaux. «Une écriture brève, sans grammaire, une écriture de mots seuls. Des mots sans grammaire de soutien. Egarés. Là, écrits. Et quittés aussitôt.» comme l’écrit Duras elle-même.

Des phrases heureusement courtes parce qu’avec toutes les virgules et les incises, on pourrait s’y perdre facilement. Et je sais alors que c’est Duras et non Yourcenar à qui j’associe un style plus essayiste, plus distancié, plus recherché. Retiendrai-je cette fois que Duras se lit facilement et rapidement, d'autant que les « je » et les « dit » sont redondants?

Mais dans La Presse+ aussi, je lis la chronique cinéma. J’ai lu que Léa Pool est en train de faire un film avec le roman de Sophie Bienvenu, Et on pire on se mariera. J’ai donc relu quelques extraits pour me rafraîchir la mémoire. Me suis souvenu avoir lu, avoir aimé. Ouf, je peux passer au suivant! Dans le même journal, il était question du roman Réparer les vivants de Maylis de Kerangal. «Une splendeur» d’après Marc-André Lussier, le journaliste. Il ne m’en faut pas plus pour me précipiter, une fois de plus, vers la BANQ. Exemplaire disponible. Exemplaire téléchargé.

Tout le contraire de Marguerite Duras.

Cette fois, en deux pages, l’auteure a utilisé plus de mots — nouveaux pour moi —, des noms et des adjectifs surtout, que je n’utiliserai probablement jamais dans toute ma vie.
« Il se retourne vers la côte comme il aime toujours le faire avant de s’éloigner davantage : la terre est là, étirée, croûte noire dans des lueurs bleutées, et c’est un autre monde, un monde dont il s’est dissocié. La falaise dressée en coupe sagittale lui désigne les strates du temps, mais là où il se trouve le temps n’existe plus, il n’y a plus d’histoire, seul ce flot aléatoire qui le porte et tournoie. »
Mais j’aime aussi comme on peut aimer deux musiques fort différentes, opposées, une minimaliste, l’autre polyphonique. Chacune nous emmène dans des contrées plus ou moins étrangères. Je m’aperçois une fois de plus que je lis souvent plus pour le style que pour l’histoire. C’est l’écriture qui me décidera à poursuivre ou non. Rarement l’histoire, puisque de ce côté-là tout ou presque a déjà été abordé. Et tout ne m’intéresse pas, mais par le style, l’auteur peut ou non m’amener dans des zones où je n’irais pas spontanément.

Dans les résumés, il est écrit que Réparer les vivants, c’est l’histoire d’une transplantation cardiaque. Il suffit de lire les premières pages ou feuilleter et lire quelques extraits pour comprendre que c’est tellement plus, qu’on est loin d’une simplr salle de chirurgie. Le cœur devient un personnage avec son propre voyage, son propre questionnement. Et je le répète, pour qui aime les mots, une richesse de vocabulaire qui offre un style imagé comme j’en ai rarement vu-lu.
« Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps. Que subsistera-t-il, dans cet éclatement, de l’unité de son fils? Comment raccorder sa mémoire singulière à ce corps diffracté? Qu’en sera-t-il de sa présence, de son reflet sur Terre, de son fantôme? »
Si au début, j’alternais entre les trois romans, j’ai dû calmer mes ardeurs et mes envies. J’ai finalement délaissé les Chroniques au long cours dont la lecture n’était qu’un prolongement de mon voyage au bord de la mer. D’autres horizons se dessinaient. Un moment, il faut bien cesser de regarder les photos et quitter les plages de galets. Étant donné le style aéré, Le ravissement de Lol V Stein a vite coulé entre mes mains, et il me reste donc le plaisir jubilatoire d’une lecture lente du roman de Maylis de Kerangal. 

Tout juste le temps de le terminer avant le vent des nouveautés. 
Déjà Autopsie de l’enfance disloquée me tente, après avoir lu le billet de Dominique Blondeau.


mardi 8 mars 2016

Journée internationale des femmes:
« mes » écrivaines, mes modèles

Pourquoi soulignai-je la journée du 8 mars cette année?
Je ne l’ai jamais fait ni sur mon blogue ni ailleurs, j’ai vérifié. En fut-il plus question les derniers jours? En ai-je entendu plus parler et je veux y ajouter mon grain de sel? Qui sait et qu’importe. Prétexte? Sautons dessus. Pas pour débattre, oh! non, je laisse à d’autres ce soin, cette tâche ou ce plaisir, c’est selon!

« À ma manière » (pour parodier la ministre québécoise Lise Thériault), je souligne donc cette journée (entre vous et moi, c’est rendu une semaine, et ce sera bientôt un mois!) en dressant la liste des auteures que j’aime, que j’ai lu, que je lis.

Comme je n’ai pas toujours tout acheter, ou tout garder, j’ai cherché dans ma bibliothèque mais aussi sur Internet pour me rafraîchir la mémoire, ce qui m’a fait réaliser que… je ne suis plus jeune. Non, disons plutôt que j’en connais des écrivaines! Et si j’ai parlé à quelques-unes lors de Salon du livre, pour vrai, en chair et en os, je m’enorgueillis (d’autant que malgré tous mes efforts, justement parce que je l’ai connue, je ne parviens pas à comprendre ce qu’elle écrit) d’avoir connu et côtoyé… Nicole Brossard. C’était à l’autre siècle, je n’avais pas vingt ans! Tout de même.

D’entrée de jeu, je le mentionne : pas de nationalité, pas d’ordre d’importance, pas de catégorie-genre littéraire, pas de pétales de marguerites: un-peu-beaucoup-énormément. Seulement des auteures dont j’ai aimé les écrits. Pour certaines, je n'ai lu qu'un ou deux romans, pour d’autres : tous.

Donc, une ligne pour chaque auteure, chacune unique, chacune importante:

Simone de Beauvoir
Colette
Marie Cardinal
Benoîte Groult
Flora Groult
Mazo de la Roche
Charlotte Brontë
Emily Brontë
Daphné DuMaurier
Christine Rochefort
Annie Ernaux
Anaïs Nin
Hélène Ouvrard
Françoise Loranger
Claire Martin
Gabrielle Roy
Germaine Guèvremont
Anne Hébert
Denise Boucher
Nancy Huston
Madeleine Gagnon
Louky Bersianik
Simonne Monet-Chartrand
Francine Noël 
Madeleine Ouellette-Michalska
Arlette Cousture
Marie Laberge
Suzanne Aubry
Katherine Pancol
Louise Dupré
Lynda Dion
Hélène Dorion
Mylène Gilbert-Dumas
Lysette Brochu
Nicole Balvay-Haillot
Loïse Lavallée
Michèle Bourgon

Sans nécessairement avoir lu beaucoup de leurs œuvres, même vraiment très peu, j’ai aimé lire des biographies sur ces écrivaines :
Marguerite Yourcenar, 
Virginia Woolf
Marguerite Duras

J’aurais bien aimé, j’ai essayé plusieurs fois, je ne suis parvenu qu’à lire une vingtaine de pages de quelques-uns de leurs livres, donc admiration, mais j’assume :
Nicole Brossard
Marie-Claire Blais
Marguerite Yourcenar
Virginia Woolf
Marguerite Duras

En ai-je détesté? Non, aucune, pas plus que je ne déteste aucun écrivain. Seulement, plusieurs qui ne m’intéressent pas. Je ne les nommerai donc pas. Elles risquent simplement de se retrouver parmi celles que j’aurai oublié de nommer.

Je vous ai épargné des titres, mais je suis certaine que vous saurez en trouver, point n’est besoin aujourd’hui de se rendre dans une librairie ou une bibliothèque avec une liste, comme nous faisions à la rentrée scolaire au temps jadis. Google est là!

Et vous, quels sont vos auteures préférées?