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samedi 18 février 2017

Carnet du roman (11)

Au lever du soleil dans un ciel enfin bleu qui rosit la montagne, j’ai eu une idée. Si elle persiste plus de vingt-quatre heures, ce ne sera pas pour autant l’idée du siècle, mais peut-être apaisera-t-elle le moi-auteure qui cherche toujours à faire sa place… au soleil.

Une idée sérieuse, comme si je fréquentais l’université alors que je n’ai qu’un vieux baccalauréat en pédagogie qui émanait d’une université dans laquelle je n’ai jamais mis les pieds (bon, d'accord, pour les curieux ou les personnes nées avant 1970, les écoles normales étaient affiliées aux universités, mais n'étaient pas situées dans les mêmes bâtiments). Une idée comme si j’avais appris le grec et le latin alors que j’ai même échoué à la reprise de l’examen de latin en Belles-Lettres. Une idée qui demande encore des lectures, qui demande du temps de bibliothèque, du temps de monastère, du temps de qualité et, évidemment, de solitude. Mais quel roman n’en demande pas!

Cette idée m’est venue toute seule, pour autant qu’on ne sache pas vraiment comment nous viennent les idées, mais disons que je l’ai nourrie, entretenue, développée en lisant un essai.

Un essai sérieux. Ce que je lis rarement. Qui me rappelle ces cours de philosophie quand il fallait se concentrer pour comprendre ce que notre esprit, lui, avait déjà saisi intuitivement. Peut-être est-ce cet essai sérieux qui rend mon idée sérieuse? D’une auteure que j’admire et que je lis depuis longtemps. Sans jamais avoir compris tout à fait ses romans. Mais cet essai que je lis lentement comme si je suivais un cours… d’université justement m’a permis de retrouver non pas l’histoire de mon roman refusé puisqu’elle est déjà écrite, mais une narratrice crédible, intéressante. En tout cas, moi, elle m’intéresse, elle me parle, elle a beaucoup à dire.
« Écrire, c’est peut-être aussi décider d’en finir avec une histoire obsédante. Choisir son obsession et inventer l’oreille dormante qui aura raison d’elle, qui parviendra à lui donner un début, une durée, une fin. Et lire, c’est encore choisir d’entrer dans l’obsession d’une autre histoire pour exercer l’oreille dormante à trouver les issues de sa propre obsession. » 
Histoires de s’entendre, Suzanne Jacob
Rien qu’en lisant cette phrase, mon cœur s’est mis à battre plus fort, ma respiration est devenue haletante. Signes d’une émotion intense que j’espère pas trop éphémère.

Reste à savoir aussi si elles, l’idée et l’émotion, me procurent un nouveau début, m’offrira-t-elle la durée? Pour le savoir, je vais « exercer mon oreille dormante » et reprendre le roman qui m’obsède.

jeudi 1 décembre 2016

Carnet du roman(8)

En juillet dernier, je terminais la rédaction d’une première version de mon prochain roman.
Le 3 octobre dernier, on me remettait mon manuscrit annoté.
Ont suivi deux mois intenses. Presque chaque jour. Souvent plus de cinq heures. À étoffer, ajouter, biffer, couper, choisir, chercher, améliorer, accepter, refuser, expliquer, justifier. Taper sur le clavier, écrire en rouge sur le papier, lire sur l’écran, relire sur le papier, lire à voix chuchotée, lire debout, assise dans mon bureau, dans le salon, dans la cuisine. Retranscrire, biffer encore, ajouter encore. Pleurer, douter.

Avant-hier, 29 novembre, je remettais une nouvelle version de ce roman qui, en cours de doute et de route changera peut-être de titre. Parce que mes personnages n’ont pas la tête si dure finalement. Parce que celle de l’auteure non plus ne l’est pas tellement.

Et puis entre-temps, rendre visite, fêter, et au moins deux fois, pelleter.
Et puis entre-temps aussi, lire. Quelques livres, numériques et papier, empruntés à la bibliothèque, d’autres sur tablette empruntés à pretnumerique.ca

Dont Le journal secret de Charlotte Brontë de Syrie James.

Il y a des écrivains comme ça auxquels je ne sais pas résister. Il y en a pour qui c’est Jane Austen ou Albert Camus, ou plus près de nous dans le temps et l’espace, disons Michel Tremblay ou Marie Laberge, mais moi, c’est Brontë. Charlotte ou Emily surtout.

J’aurais été portée à être un peu discrète sur le fait qu’à mon âge, j’aime encore lire sur les sœurs Brontë, il me semble que ça fait un peu ado. Un peu nostalgique, un peu romantique. Mais il faut croire que je ne suis pas la seule. Syrie James a eu la brillante idée d’exploiter ce filon : écrire à la manière de…, faire comme si c’était le journal ou le manuscrit de… Cette auteure américaine l’a fait pour Jane Austen également. 

Deuxième exemple, sous la forme de blogue cette fois, une Québécoise, Louise Sansfaçon, qui a été jusqu’à visiter le village de Haworth en Angleterre, a rassemblé moult informations, et superbes illustrations, sur les sœurs Brontë.

Si je mentionne mon intérêt ici, dans un billet qui commence par parler de mon manuscrit, c’est que je vois bien qu’au moins un de mes personnages est imprégné de ce romantisme que certains pourraient juger démodé. Une influence des lectures du personnage ou des miennes? Un alter ego? 

Heureusement (tendance à justifier mes choix), j’ai situé l’adolescence du personnage dans les années 63-70. Aujourd’hui, les adolescentes lisent-elles encore les sœurs Brontë? Relisent-elles de vieilles lettres d’un amoureux? Souffrent-elles pendant des mois, voire des années d’un amour non partagé? Vivent-elles ce romantisme mystique dont parle Louise Sanfaçon dans son blogue?
« Le romantisme mystique s’exprime avec une telle force qu’il ne peut laisser personne indifférent. L’omniprésence de la nature et du paysage, rudes et primitifs, tourmentés par les vents, y devient une puissante métaphore de l’événement intérieur et des tourments de l’âme des personnages. »
J’en doute.
Quoique finalement les thèmes abordés par les jeunes auteur-e-s tournent encore autour du « je », encore un mélange d’autobiographie et de fiction. Mais la violence n’est plus dans la nature, dans les paysages, mais plus physique, plus corporelle, dans la sexualité plus… directe, disons.

Ça ne veut pas dire que je n’aime pas lire les romans d’aujourd’hui.
Ça veut seulement dire que je suis mémoire et traces.


mercredi 14 septembre 2016

À la manière de...

Dans mon salon, il y a des œuvres d’artistes peintres de la région. Des tableaux précieux, qui ont chacun leur histoire, leur raison d’être là. Ils ne sont pas à vendre. Il y en a deux qui sont encore moins à vendre parce que ce sont des « à la manière de ». Parfois, rarement, mais à l’occasion, à ses débuts surtout, l’artiste peintre de la maison, quand elle explorait, quand elle regardait ce qu’elle aimait, il lui arrivait de s’inspirer de tableaux d’autres artistes. Pas pour les sujets ou la composition, toujours pour les couleurs. Pour se faire plaisir, pour essayer, pour s’améliorer. Ce fut le cas pour ces oiseaux à la manière de Louise Lefebvre. C'est bien indiqué derrière les tableaux, pour qu'il n'y ait pas de confusion.

J’aimerais écrire à la manière de. 

Comme les jeunes auteurs qui écrivent comme ils parlent, comme ils pensent.
Comme ça vient. Ce n’est pas très littérature académique, mais ça punche, ça va direct à l’émotion. Comme j’aime.
Comme dans Chaque automne j’ai envie de mourir de Véronique Côté. Entre autres.
Je le fais déjà dans ces billets. Je crois. Un peu.

Aujourd’hui, il serait question de discipline.
Ce serait le mot du jour. Le mot du mois. Pour moi en tout cas. Discipline comme dans c’est le mois de septembre, le mois qui signifie la fin de l’été, les vacances sont finies, même si je suis plus ou moins en vacances à l’année. Je pense que mes années d’école ont laissé une empreinte chronobiologique sur mon comportement. L’esprit follet en moi sent le besoin d’être dompté. Ramasser mes jouets d’été. Revenir aux tâches domestiques délaissées les derniers mois.

À la manière du personnage de l’Euguélionne de Louky Bersianik, j’écrirais :
La lunde, tu époussettes, tu passes l’aspirateur, tu laves les planchers.
La marde, tu tonds le gazon, tu ramasses les aiguilles de pin.
La mercrède, tu fermes la piscine, tu sors la poubelle bleue.
La jeude, tu vas chercher les légumes d’Équiterre et la viande à l’épicerie.
La vendrède, tu nettoies le four de la cuisinière et tu sors à l’extérieur pendant deux ou trois heures pour ne pas respirer l’odeur désagréable. Tu pars la hotte et le ventilateur parce qu’infailliblement le détecteur de fumée va te casser les oreilles.
La samède, tu budgètes et tu laves les vêtements.
La démanche, tu prends congé après avoir sorti la poubelle verte.

Discipline aussi dans mes lectures. Me restreindre à un livre à la fois, finir un avant d’entamer un autre, comme il fallait finir notre assiette avant le dessert. Moins courir après les nouveaux titres. Au besoin, délaisser les réseaux sociaux et les médias pour ne pas se laisser tenter. Surtout en septembre quand la manne est abondante.
Faire mes devoirs. Noter mes impressions sur les livres lus (ou plutôt ouverts, feuilletés, parfois délaissés) les six dernières semaines. 
Pour le club de lecture de ce soir, me restreindre à un ou deux : Le ravissement de Lol V. Stein de Marguerite Duras et L’araigne de Henri Troyat. Ou peut-être Le mystère Henri Pick de David Foenkinos. Pas seulement improviser et me limiter à quelques impressions. Penser à résumer et en parler de façon positive. À la manière de Nathalie Gagnon, blogueuse de Madame lit. Elle sait si bien rendre ses lectures intéressantes.

Oui, à la manière de.

mercredi 7 septembre 2016

Premières lectures de septembre

Après un voyage trépidant sur et près de la mer québécoise, après une fête familiale réussie, après une sortie culturelle pendant la fin de semaine de la fête du travail, ce qui m’a rappelé les quinze tournées endiablées des Créateurs de la Petite-Nation, je rentre dans mes terres. Retour à la tranquillité, à la normale, aux activités routinières, et donc à la lecture.

Avant la ruée vers les nouveautés, le difficile choix. Tout me tente. Comme une première année dans une nouvelle école où toutes les options sont possibles, toutes les avenues sont invitantes. 

Parce que la mer n’est jamais bien loin dans mon esprit et pour prolonger mon voyage d’août: Chroniques au long cours d’Isabelle Autissier. Des mots de mer, des voiles qui claquent, de folles sarabandes, le vent qui «chante, sifflote, gronde, grogne». Des images de vagues, d’îlots, de mouettes et de goélands. 

Et puis dans La Presse+, quelqu’un dit avoir aimé Le ravissement de Lol V Stein de Marguerite Duras. Une auteure qui m’intrigue. Quitte à passer pour complètement béotienne (j’exagère comme toujours, question de trouver entre deux extrêmes, une position mitoyenne), je confonds encore Marguerite Yourcenar et Marguerite Duras. Et comme j’ai été incapable de terminer la seule œuvre que j’ai lue de la première, Mémoires d’Hadrien, j’hésite, je dois me concentrer pour me souvenir que j’ai bien aimé la seule œuvre que j’ai lue de la deuxième, L’amant. Cette confusion n’a pas disparu même si j’ai lu des biographies de l’une et de l’autre. Mais chaque fois qu’on nomme un titre de l’une ou de l’autre, qu’on dit avoir aimé ou détesté, je me laisse à nouveau tenter. Au moins feuilleter. Ainsi, après avoir lu les premières pages, j’ai téléchargé la version numérique de Lol V. Stein. Et j’aime bien. Je reconnais cette écriture « nouveau roman », que j'ai vu aussi chez Annie Ernaux. «Une écriture brève, sans grammaire, une écriture de mots seuls. Des mots sans grammaire de soutien. Egarés. Là, écrits. Et quittés aussitôt.» comme l’écrit Duras elle-même.

Des phrases heureusement courtes parce qu’avec toutes les virgules et les incises, on pourrait s’y perdre facilement. Et je sais alors que c’est Duras et non Yourcenar à qui j’associe un style plus essayiste, plus distancié, plus recherché. Retiendrai-je cette fois que Duras se lit facilement et rapidement, d'autant que les « je » et les « dit » sont redondants?

Mais dans La Presse+ aussi, je lis la chronique cinéma. J’ai lu que Léa Pool est en train de faire un film avec le roman de Sophie Bienvenu, Et on pire on se mariera. J’ai donc relu quelques extraits pour me rafraîchir la mémoire. Me suis souvenu avoir lu, avoir aimé. Ouf, je peux passer au suivant! Dans le même journal, il était question du roman Réparer les vivants de Maylis de Kerangal. «Une splendeur» d’après Marc-André Lussier, le journaliste. Il ne m’en faut pas plus pour me précipiter, une fois de plus, vers la BANQ. Exemplaire disponible. Exemplaire téléchargé.

Tout le contraire de Marguerite Duras.

Cette fois, en deux pages, l’auteure a utilisé plus de mots — nouveaux pour moi —, des noms et des adjectifs surtout, que je n’utiliserai probablement jamais dans toute ma vie.
« Il se retourne vers la côte comme il aime toujours le faire avant de s’éloigner davantage : la terre est là, étirée, croûte noire dans des lueurs bleutées, et c’est un autre monde, un monde dont il s’est dissocié. La falaise dressée en coupe sagittale lui désigne les strates du temps, mais là où il se trouve le temps n’existe plus, il n’y a plus d’histoire, seul ce flot aléatoire qui le porte et tournoie. »
Mais j’aime aussi comme on peut aimer deux musiques fort différentes, opposées, une minimaliste, l’autre polyphonique. Chacune nous emmène dans des contrées plus ou moins étrangères. Je m’aperçois une fois de plus que je lis souvent plus pour le style que pour l’histoire. C’est l’écriture qui me décidera à poursuivre ou non. Rarement l’histoire, puisque de ce côté-là tout ou presque a déjà été abordé. Et tout ne m’intéresse pas, mais par le style, l’auteur peut ou non m’amener dans des zones où je n’irais pas spontanément.

Dans les résumés, il est écrit que Réparer les vivants, c’est l’histoire d’une transplantation cardiaque. Il suffit de lire les premières pages ou feuilleter et lire quelques extraits pour comprendre que c’est tellement plus, qu’on est loin d’une simplr salle de chirurgie. Le cœur devient un personnage avec son propre voyage, son propre questionnement. Et je le répète, pour qui aime les mots, une richesse de vocabulaire qui offre un style imagé comme j’en ai rarement vu-lu.
« Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps. Que subsistera-t-il, dans cet éclatement, de l’unité de son fils? Comment raccorder sa mémoire singulière à ce corps diffracté? Qu’en sera-t-il de sa présence, de son reflet sur Terre, de son fantôme? »
Si au début, j’alternais entre les trois romans, j’ai dû calmer mes ardeurs et mes envies. J’ai finalement délaissé les Chroniques au long cours dont la lecture n’était qu’un prolongement de mon voyage au bord de la mer. D’autres horizons se dessinaient. Un moment, il faut bien cesser de regarder les photos et quitter les plages de galets. Étant donné le style aéré, Le ravissement de Lol V Stein a vite coulé entre mes mains, et il me reste donc le plaisir jubilatoire d’une lecture lente du roman de Maylis de Kerangal. 

Tout juste le temps de le terminer avant le vent des nouveautés. 
Déjà Autopsie de l’enfance disloquée me tente, après avoir lu le billet de Dominique Blondeau.


vendredi 24 juin 2016

« Rapaillage »

Comme à chaque retour de voyage, je veux tout. La même journée si possible.

Comme retrouver la parole écrite. Tout dire ce que j’ai tu, ce que j’ai gardé pour moi. Libérer les pensées retenues. J'ai beaucoup « rapaillé » ces dernières semaines. 

Je veux:
Trier les photos du voyage, les redimensionner, les ajuster, publier les meilleures. Raconter le fleuve, la mer, le lac, dire le contentement, l’émerveillement. Le plaisir. 

Envoyer un courriel à ses amies et à sa famille pour dire que je suis de retour.
Lire quelques blogues.

Laver les vêtements.
Ranger le matériel de voyage.
Tondre le gazon, arroser les plantes qui ont manqué d’eau.
Ramasser toutes les branches tombées, il a venté fort, personne n’a besoin de me le dire, ça se voit.

Dépouiller le courrier.
Acheter lait et bananes, aller chercher le panier hebdomadaire de légumes bio.


Vérifier si j’ai bien Les vaisseaux du cœur de Benoîte Groult, décédée pendant mon mini-voyage, répondre à Madame lit qui en a parlé sur son blogue. Oui, je l’ai, cadeau reçu en 1988, feuilleter les premières pages. Être désolée de ne se souvenir de rien sinon que j’avais aimé comme j’ai tout aimé de Benoîte Groult. Avoir hâte de relire. 

Commencer la lecture de l’Album Anne Hébert acheté à Trois-Rivières, raconter l’anecdote entourant l’achat. Essayer de comprendre pourquoi j’ai du mal avec l’écriture de cette auteure : en voyage, j’ai essayé de (re) lire Les fous de Bassan. Sans grande conviction. Déçue de mon moi intellectuel qui peine à la tâche.

Réagir au billet d’Audrey Whilhelmy où il est question de la relation entre lire et écrire.

Terminer la lecture du livre La langue rapaillée d’Anne-Marie Beaudoin-Bégin qui m’a fait réagir fortement. Rapailler mes idées pour en parler ultérieurement.

Constater que je ne réussis pas à lire, écrire et voyager en même temps. Bref, ai peu lu en voyage. Ai contemplé. Le lac Champlain à Burlington, la mer à Sainte-Flavie, le fleuve à Cap-de-la-Madeleine. 

Tout ça d’égale importance pour moi.

Calmer mon impulsivité. Prendre le temps. Une heure à la fois. Me discipliner. Ne pas sautiller comme la petite fille énervée qui retrouve ses amies après les vacances d’été. 

Vous dire d’abord bonjour comment allez-vous, et vous, comment se sont passés ces dix derniers jours?
Respirer.
Souhaiter une bonne fête nationale à tous et à toutes.

Lien vers le blogue Madame Lit>>>

samedi 28 mai 2016

Complètement accro

Du meilleur, du plus important, du plus cher à mon cœur, je n’ose pas dire. Je n’ose pas exposer au grand jour. Non par peur du jugement, ou du regard, mais pour le garder intact, privé, beau pour moi-même. Ne pas exposer à la critique. Garder dans le silence et dans l’ombre, comme un joyau précieux. Ce n’est pas sujet de bavardages futiles. Ni excès de snobisme intellectuel, n’allez pas croire, mais pour moi c’est du sérieux et il ne faut pas tout prendre à la légère. 

Et pourtant ce plaisir, je voudrais le présenter maintenant, non pas pour l’exhiber ou même le promouvoir. Seulement en parler parce que j’en suis fière. Mais encore là, je laisse venir tout doucement la manière, les mots. Sur la pointe des pieds, sur le bout de la langue. Ouvrir la porte en petits gestes retenus. 

Le groupe existait déjà quand j’en ai entendu parler au hasard d’une conversation entre deux membres. Dès lors, ma curiosité fut piquée, excitée. Un tel groupe existait? Enfin je pourrais parler de mon sujet favori (et favori est un euphémisme dans mon cas, c’est LE sujet, bien haut sur la liste de mes envies), de ce sujet dont il est rarement question même avec mes meilleures amies dont les intérêts sont tout autre.

Le livre.
La lecture.

J’étais prête à toutes les bassesses pour faire partie du groupe dont il avait été question dans cette conversation. Ai-je supplié? Me suis-je mise à genoux? Ai-je bien expliqué les raisons pour lesquelles je le voulais à ce point? Et quand j’ai entendu le « oui », fut-il fort ou hésitant? Qu’importe, j’ai embrassé, j’ai remercié et je déborde encore de gratitude envers ces deux femmes qui m’ont fait une petite place au sein de leur bande.

Nous sommes donc une douzaine de ferventes (permettez que j’utilise le féminin, il n’y a qu’un homme!), mais rarement les douze en même temps.

Pour l’instant, nom temporaire : Cercle de lecture.
Opinion émise qui n’est pas de moi, mais qui résume tout : 
«Quelle richesse de personnes, de cultures, de points de vue, de découvertes et d’échanges».
Des trentenaires, des soixantenaires. Des Québécoises, des Belges. Une malvoyante qui lit en braille et écoute des livres audio. Certaines aiment les polars, d’autres lisent en anglais. On apporte nos livres, à tour de rôle, on en parle, on les prête ou on les recommande.

Des découvertes comme réaliser n’avoir jamais lu Amélie Nothomb. En profiter pour parler du vedettariat. Faire connaitre des auteurs québécois comme Louky Bersianik et son célèbre L’Euguélionne (qui n'avait l'air célèbre que pour moi), et ne réussir tout au plus qu’à piquer la curiosité. En profiter pour digresser sur le féminisme.

La saison dernière, avoir lu, toutes, le même livre : La peste d’Albert Camus. En discuter. Trouver que le climat social n’a pas tellement changé.

Voir passer les deux heures fixées trop rapidement. Céder au plaisir de rester encore un peu. Bavarder, sympathiser, s’embrasser.
Avoir hâte au mois prochain. 
Le lendemain, échanger des courriels pour ajouter quelques commentaires complémentaires aux discussions de la veille. Où on partage encore notre plaisir de lire.

Ivresse dans mon cas. Complètement accro.

mardi 26 avril 2016

Deux romans d'Elena Ferrante

Je fais partie d’un club de lecture, mais rien de bien structuré. Nous ne discutons pas intellectuellement « de la construction du roman, de la manière dont le sujet est traité, de la qualité de l’écriture, de la qualité et l’originalité de la narration et finalement, du caractère novateur du texte et la promesse littéraire que pourrait représenter l’auteur. e » (en référence au billet de Gabrielle Doré, voir le lien à la fin du billet). Nous échangeons sur nos lectures, nous proposons aux autres les romans que nous avons lus. Nous nous prêtons nos livres. D'âges et de nationalités différentes, nos goûts diffèrent. Parfois une aime, l’autre pas ou moins. Certaines lisent polars, d'autres, dont moi, lisent surtout québécois. Aussi, j’espère les surprendre un peu en leur proposant les deux romans de l’Italienne Elena Ferrante : L’amie prodigieuse et Le nouveau nom, suite du premier. Le 1er avril dernier, j’ai écrit un billet sur la lecture du premier tome, j’avais hâte de lire le second. C’est fait. Je peux prêter les deux romans.

Ce qui fait que j’aime ou non un livre tient souvent dans le style, l’écriture, mais aussi dans l’identification à un ou deux personnages. Même si l’histoire se passe à Naples, en Italie, dans un quartier ouvrier, ce qui n’est pas du tout mon cas, j’ai reconnu dans la relation entre les deux amies, surtout quand elles étaient à l’école, ce que j’ai vécu dans ma propre adolescence: ce rapport d’admiration pour une première de classe, ce sentiment de n’être pas aussi bonne qu’elle et de ne jamais la rejoindre, de l’aimer plus qu’elle pouvait m’aimer. 

Une fois bien accrochée à l’histoire, l’auteure peut m’amener dans des avenues que je n’ai jamais connues et ce n’est plus l’élève que j’ai été qui a lu la suite, mais une lectrice qui est intéressée par l’histoire qu’on me raconte, par la relation entre Lila et Elena. Le titre est bien L’amie prodigieuse, mais c’aurait pu être Les deux amies parce qu’on s’intéresse autant à l’une qu’à l’autre. 

Les hommes, frères ou pères, se battent beaucoup dans cette Italie des années 50, et on menace de tuer tout autant. On se protège en gardant ses secrets et en prétendant toujours le contraire de ce qu’on pense vraiment. Ainsi Lila n’ira pas à l’école aussi longtemps que son amie, mais, sans le dire à personne, elle empruntera des livres de latin, de grec pour apprendre et en savoir autant qu’Elena qui, elle, étudiera plus longtemps que ses parents et que tous ses ami-e-s du quartier. Quant à Elena, non, non elle n’aime pas Nino, s’en défend énergiquement, mais passe des nuits à l’imaginer dans ses bras. On garde secret qui on aime, on jalouse ceux qui ont de l’argent.
Et puis, pour qui ne connait pas Naples, on a droit à un tour de ville et même au bord de la mer, à Ischia.

Dans Le nouveau nom, Elena se pose vraiment beaucoup de questions, c’est peut-être là que j’aurais coupé un peu, mais le procédé est efficace puisque l’histoire avance quand même en profondeur.

Dans le deuxième tome, la fin m’a rejoint encore puisque Elena publiera un roman en 1968. Mais à la hollywoodienne, le rêve de tout écrivain : du genre premier jet écrit à la main, aussitôt accepté par l’éditeur et la jeune auteure inconnue reçoit même une avance (200,000 lires, ce qui a l’air d’équivaloir à 300 $ CAN). 

Bref j’ai beaucoup aimé parce que l’auteure a vraiment bien décrit les relations entre les amies, mais aussi celles des amoureux, celles avec la fratrie et celles avec les parents. 

Un seul oubli, qui est probablement délibéré : en prologue Lila disparait. On ne saura jamais où, même si on devine pourquoi.

Vous ai-je convaincu de les lire? Convaincrai-je les membres de mon club de lecture?
Pour les curieux et curieuses: je suis encore amie avec cette première de classe de mon adolescence mais je n'ai plus ce sentiment d'infériorité! 

Billet de Gabrielle Doré dans le blogue Le fil rouge >>>
Premier billet au sujet de L’amie prodigieuse>>>

vendredi 1 avril 2016

Jour de pluie, qu'ai-je donc lu?


Jour de pluie. Jour idéal pour lire ou pour parler de lecture.

Il est des livres que je retarde de lire, que je retarde de finir également. Pour étirer le plaisir. 

C’en fut un. Parce que j’attendais de me procurer la suite pour les lire un après l’autre. Je n'ai pas pu résister.

Je l’avais commencé en numérique, mais d’autres travaux ont retardé la lecture, j’ai dû remettre le fichier à la BANQ avant d’avoir dépassé les trente premières pages. Après avoir relu un extrait, je décidai de l’acheter. Ainsi, j’aurai tout le temps pour le lire. À mon rythme.

Comment en ai-je entendu parler? J’ai oublié. L’important, c’est qu’il s’imposait. Il insistait. Il se représentait régulièrement devant mes yeux. 

Je ne connaissais pas Elena Ferrante. Elle m’intrigua un peu, mais pas autant que ce roman. Pressée de me rendre plus loin dans le roman, je me suis contentée de lire un article dans Bibliobs (lien à la fin du billet).

Le prologue à lui seul suffit à piquer la curiosité : une personne, une amie qui disparaît sans laisser de traces. Moi qui veux tant en laisser, paradoxalement. Intrigant. La narratrice, une certaine Elena Greco, sent le besoin de raconter la vie de cette amie, de raconter leur amitié. Leur enfance et leur adolescence. Ce qu’elles ont vécu, partagé: les poupées, les jeux, l'école, les garçons. 

Si je n’ai pas senti le besoin de savoir si c’était la vie réelle de l’auteure, j’ai tout de même ressenti une grande affinité avec ma propre expérience de l’amitié. Et c’est ce qui m’a rendu le roman très intéressant, en ce qui me concerne. 

L’histoire se passe à Naples, dans un quartier pauvre où les études ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Mais ç’aurait pu être dans une paroisse de Montréal ou de Québec, quoique dans les années cinquante, la guerre est encore un peu en arrière-plan et, dans ce cas, les Italiens n’ont pas les mêmes références que les Québécois. En fait, le lieu, l’époque sont bien là où ils sont. Bien présentés et je m’en satisfis grandement.

Tout l’intérêt de l’histoire tient surtout dans la façon dont l’auteure raconte en détail l’enfance et l’adolescence de ces deux fillettes. On les voit grandir dans leurs familles respectives, dans leur école, dans leur quartier. On sent bien l’évolution de l’une et de l’autre. Elles vivent ce que tous les enfants vivent : la jalousie, la violence, le rejet, le doute, la compétition, l’admiration, la recherche de la liberté, de l’autonomie, la volonté d’améliorer son sort.

Si je n’ai rien vécu de ce que les deux enfants ont vécu socialement, j’ai vécu tous ces sentiments si bien décrits. 

Et si Lina a l’air d’être l’héroïne du roman, comme si elle était le personnage le plus intéressant, personnellement, j’ai préféré la narratrice qui doute, qui se questionne, fine observatrice qui sait si bien expliquer ce qu’elle ressent. En fait, le titre aurait pu être : les deux amies prodigieuses.

J’ai donc hâte à la suite. Et mieux encore, je lirai avec plaisir d'autres romans d'Elena Ferrante.
Et je n’attendrai probablement pas un jour de pluie pour le faire.
Et vous, lisez-vous les jours de pluie?

samedi 5 décembre 2015

Coup de poing. Coup au cœur. Coup de maître.

« La fiction, c’est terminé pour vous [les romanciers]. Les séries offrent un romanesque un territoire autrement plus fécond et un public infiniment plus large. […] Laissez aux scénaristes ce qu’ils savent mieux faire que vous. Les écrivains doivent revenir à ce qui les distingue, retrouver le nerf de la guerre. […]Pourquoi crois-tu que les lecteurs et les critiques se posent la question de l’autobiographie dans l’œuvre littéraire? Parce que c’est aujourd’hui sa seule raison d’être : rendre compte du réel, dire la vérité. […] L’écrivain doit questionner (1) sans relâche sa manière d’être au monde, son éducation, ses valeurs, il doit remettre sans cesse en question la façon dont il pratique la langue qui lui vient de ses parents […]. Tes livres ne doivent jamais cesser d’interroger tes souvenirs, tes croyances, tes méfiances, ta peur, ta relation à ceux qui t’entourent. C’est à cette seule condition qu’ils feront mouche, qu’ils trouveront un écho. »
Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie

Coup de poing. Coup au cœur. Coup de maître. Je suis abasourdie, estomaquée, hébétée, interloquée, médusée, sidérée. Nommez toutes les nuances de « complètement envahie » par la lecture de ce roman. 

Comme je suis en cours d’écriture, j’avais arrêté de suivre l’activité littéraire, je ne voulais pas être tentée. Ma curiosité fut plus forte. Ce livre m’intriguait, je me demandais pourquoi il était si bien accueilli. Et puis, en voyant qu’il remportait le prix Prix Renaudot et le Goncourt des lycéens 2015, contrairement à mes habitudes en ce qui concerne les prix dont je me méfie, j’ai succombé. J’ai été voir s’il était disponible sur Numilog. Il l’était. Signe que je devais en profiter. J’ai laissé l’écriture, le ménage, la promenade du jour et j’ai plongé. 

Faut-il dire que je ne suis plus polar ni thriller depuis des années. Ce que le roman n'est pas malgré l'impression d'enquête. Belle lurette que je recherche beaucoup plus l’émotion, l’intimité que les sensations fortes. Et pourtant dans ma façon de lire, on aurait dit que j’étais entraînée dans un tourbillon aussi frénétique qu’efficace. Il faut dire aussi qu’en lisant ce genre de phrase : « La relation à l’Autre ne m’intéresse qu’à partir d’un certain degré d’intimité » j’étais conquise. Je me sentais dans le bon livre. Je m’identifiais en partie à ce « je » qui parlait de L. alors je sentais, malgré les intrigues et les mystères, que ce serait plus le livre d’une relation, ce qui n’était pas pour me déplaire.

Espérons seulement que ma rencontre avec ce roman ne me hantera pas au point de m’empêcher de poursuivre l’écriture de mon histoire. Que mon immense admiration pour la réussite de ce tour de force ne me « fasse taire à jamais » ni même quelques semaines comme L. a rendu impuissante la narratrice du roman de Delphine de Vigan.

Espérons que la citation au début de ce billet (et il y aurait bien eu une dizaine d’autres paragraphes que j’aurais pu citer), qui m’a fait si forte impression, me propulse vers un meilleur livre et non pas un jugement dévalorisant sur mon écriture. Je ne vise même pas d’arriver à la cheville de l’auteure, mais au moins au meilleur de moi-même.

(1) L’écrivain doit questionner : ça m’a fait du bien de voir qu’un prix Renaudot pouvait contenir un calque : il aurait fallu lire « s’interroger sur ».

vendredi 20 novembre 2015

De la lecture à l'écriture

Tu sais qu’il est temps de retourner à l’écriture quand tes lectures ne te satisfont plus. Que tu passes d’un roman à l’autre à la recherche d’un tu-ne-sais-pas-trop-quoi. Comme si tu ramassais des framboises et que tu cherchais toujours si la talle voisine ne serait pas plus abondante ou de meilleure qualité.

Quand tu lis un livre après l’autre, de style aussi différent que Six degrés de liberté de Nicolas Dickner et La vie des elfes de Muriel Barbery. Qu’il n’y a entre les deux qu’un seul point commun et encore c’est en cherchant bien : les chapitres alternent entre divers personnages. Que tu trouves que le premier est tout plein de détails qui t’agacent, comme dans une peinture hyperréaliste, jusqu’à écrire les chiffres entre parenthèses « deux (2) ans, trois (3) mois et dix-sept (17) jours » ou divulguer le mot de passe « 5+e’@> » 0~#8vcP », ce dont tu te fous complètement. Mais où l'auteur veut-il en venir? L’histoire va-t-elle enfin commencer, mais bon laissons-nous aller, on verra bien. Quant à l’autre roman, les phrases, en comparaison, deviennent absconses, surtout si on les sort de leur contexte, comme « La vraie foi, on le sait, se soucie peu des chapelles, elle croit en la collusion des mystères et broie de son syncrétisme candide les tentations trop sectaires »...

Quand il y eut avant la lecture de Madame Victoria de Catherine Leroux lu en entier avec admiration pour l’idée originale, mais que tu as abandonné Au péril de la mer de Dominique Fortier  faute de ne trouver dans la description du mont Saint-Michel que très peu d’intérêt. Ce qui fait appel à ma raison seule, ce qui ne me touche pas, même si le style atteint des sommets dignes d’un prix littéraire ne suffit pas à la poursuite de ma lecture.

Pas ces temps-ci.

Tous ces signaux et sauts d'un livre à l'autre, comme si c'était une course, indiquent qu’il est temps de délaisser la lecture et de me mettre plutôt à l’écriture. À trouver mes histoires, à plonger dans mes phrases. Visiblement, celles des autres — les phrases comme les histoires — commencent à me lasser. À regarder les autres courir, à juger leur performance, je vois bien que mes pieds trépignent d’impatience. Je ne ferai sûrement pas mieux, je peinerai, je travaillerai, je bifferai, je corrigerai, je délaisserai, je reprendrai, mais je n’aurai plus cet air niais du chien vagabond qui cherche dans les cours des voisins la pitance qu’il pourrait trouver chez lui s’il cessait de la chercher ailleurs. 

Comme le yin et yang, la lecture et l’écriture sont complémentaires chez moi. Encore faut-il que je cherche l’équilibre et ne me vautre pas seulement dans la lecture en croyant que mon écriture s’améliorera par le miracle des vases communicants ou celui de l’Esprit saint.

Bref, finies les lectures étourdissantes, toutes grisantes soient-elles, je passe à la phase suivante. Des têtes rousses et bouclées m’attendent.

Peut-être qu’ainsi, un jour, je me sentirai à la hauteur pour m’asseoir derrière une table au Salon du livre de Montréal!

lundi 12 octobre 2015

Rendons grâce et rentrons

Le week-end de l’Action de grâce, c’est un peu comme celui de la Fête du travail : la fin de quelque chose dans le temps et le début d’une saison nouvelle. 

Fini le temps des récoltes, fini le temps du dehors. Et quelle fin! 23 degrés, ciel ultramarine, paysage coloré. Tout le monde à l’extérieur à s’extasier, à en profiter.

Dans mon cas, après deux semaines de hauts euphoriques parce que lancement réussi des Têtes bouclées, et des petites déceptions en voyant que, malgré tous les envois de communiqués de presse, tous les livres donnés, distribués, peu de visibilité médiatique, ce qui de nos jours est source de ventes, je dois me motiver pour trouver une raison de poursuivre le tome trois. 

Mais la peur (qui sait d’où elle vient celle-là : de mes ancêtres chassés d’Irlande, de mon enfance pourtant très heureuse mais très ballottée de ville en ville?) de ne pas être choisie, de ne pas être lue, et à peine vue s’estompe de fois en fois. Je crois bien qu’il y a amélioration. La preuve : j’ai commencé à lire Madame Victoria de Catherine Leroux et même si je lui donne un 10 (sur 10 bien sûr) pour la richesse des mots, l’ingéniosité des allégories, le style qui coule comme une rivière au soleil, j’ai su garder mon calme, je n’ai pas pris de « débarque » en bas de mon fauteuil de lecture. Je ne me suis pas sentie nulle. Je ne rabaissais même pas mes propres écrits. Pas de paralysie. Juste de l’admiration, du plaisir à lire. 

Et surtout, je ne suis pas tombée dans le mérite : «elle mérite son succès», comme si moi, je «méritais» mon peu de visibilité. Je ne connais pas toutes les clés du succès, mais je sais qu'il ne vient pas avec le mérite. De toutes façons, je ne vis pas pour le succès ou la réussite. Je vis, point.

Assise sur une table à pique-nique, dans le parc de Plaisance, j’ai goûté aux couleurs automnales, j’ai écouté les cris des outardes et des goélands qui, eux aussi, devaient en être aux dernières heures de leur séjour au bord de la rivière des Outaouais.

Et comme au temps de mon adolescence quand on rentrait à la maison après quelques jours au chalet, comme en septembre, quand on retournait à l’école, je suis rentrée chez nous... pour écrire. C’est encore ce que je sais le mieux faire quand je laisse tomber les doutes et que je les pousse du pied comme on fait avec les feuilles mortes.

(photo de l'auteure: Parc de Plaisance, côté camping qui fermait aujourd'hui)

mardi 28 juillet 2015

Matisiwin n'est pas que l'histoire des Atikamekw

Je laisse à d’autres, plus spécialistes que moi, le soin d’en parler, de résumer, de présenter (voir les liens à la fin de ce billet). Pour ma part, quand je lis un livre, ce n’est jamais dans le but d’en parler sur mon blogue. Pas comme le font si bien d’autres critiques, chroniqueurs ou blogueurs. Bien sûr, si je parle des livres, c’est que je les aime. Je ne commente que rarement les livres que je n’ai pas terminés ou qui ne m’ont pas touchée. Mon point de vue est plus personnel, ne vise pas un public de possibles lecteurs (en fait je ne sais trop quel lectorat rejoint mon blogue éclectique), mais j’écris donc pour le besoin de dire ce qui m’a frappée dans telle ou telle lecture. Les cordes touchées, les marques laissées, les pas franchis, le rappel de mes propres expériences. Et ce besoin d'en parler comme d’autres ont besoin de marcher. Besoin d’être, de vivre. Seule, loin des regards, des reproches ou des jugements. Chaque livre m’apprend à être moi. Une intimité rassurante. Matsiwin est comme un Paolo Coelho québécois. 

« Tu l’entends dans le vent qui soupire et dans les épinettes qui dansent. Dans le chant du traîneau porté par le tambourinement feutré des raquettes. Dans le son-silence des flocons qui se déposent tout autour de toi.
Je te parle de ce que tu es. Je te parle de ce qui se trouve sous la neige, et de ce que tu es venue chercher. Je suis ta mémoire. »

Matisiwin m’a raconté des histoires, comme des contes. L’histoire du porc-épic, celle du serpent. Des histoires d’animaux symboles. Des leçons de vie qui arrivent aux Atikamekw, mais elles pourraient arriver à n’importe qui, à vous, à moi. Selon nos propres expériences de vie, tel chapitre nous rejoint aujourd'hui, tel autre nous rappelle ce par quoi nous sommes passés, hier encore.

L’auteure a parlé tellement plus que des femmes ou des enfants du peuple de la Haute-Mauricie ou du Moteskano, le Chemin tracé des Ancêtres. Elle a parlé de la relation avec nos mères, nos pères. Du temps. Du suicide. De la douleur. Du pardon. De la vie.

La fin de chaque chapitre — très court — frappe l’imaginaire. Parfois une ligne isolée, parfois un seul mot, attendu. Qui vous va droit au cœur ou à la raison, ce qui m'a obligée à prendre une pause, à souffler, à réfléchir. 

« Cette marche te sauve la vie pour l’instant. Mais elle ne va pas te guérir. Ta guérison, elle t’appartient. »

« Nous rions parce que nous sommes fragiles. Nous rions pour faire tenir ensemble les morceaux du monde. »

Un roman dur pour certains parce qu’il raconte une réalité difficile, mais un roman puissant par son style efficace. Personnellement, c’est le style de Marie-Christine Bernard que j’aime, qui me parle, qui m’emporte. L’histoire s’efface peu à peu avec les jours, mais les mots, l’agencement des mots flottent dans mon esprit comme un parfum sucré que je veux respirer encore quelques jours.

J’ai une nouvelle à remettre au mois d’août et je sais, j’espère qu’elle sera teintée de ce parfum puissant.

Liens vers d'autres billets:

samedi 4 avril 2015

Écrire pour ne pas vieillir
ou il ne faut pas enterrer les vieux mots

De la neige et du vent pendant la nuit. Un peu choquée contre cet avril qui hésite entre l’hiver et le printemps. Le temps de déjeuner et le soleil se pointe. Meilleure humeur.

Si l’hiver québécois est un temps pour rester à l’intérieur de la maison et de soi, à lire à écrire, à rêver, le printemps pour moi qui suis née en avril, c’est une naissance, un nouvel élan vers le dehors, vers la sortie, vers le nouveau. Vers l’agir.

« Aurai-je plus lu que vécu, plus écrit qu’agit » Yvon Paré se le demande dans le collectif Comme une seule voix. Je me le demande aussi. Depuis au moins quarante ans. Déjà au temps de la lecture de Mathieu de François Loranger (à voir combien de fois je le cite, je vois bien quelle profonde marque il a laissée), j’avais plus d’hivers que d’étés. Je m’introspectais plus que je n'étudiais. Dans ma tête plus que dans mon corps. Je pensais ma vie plutôt que de la vivre. Après Mathieu, je n’avais pas cessé de lire, mais j’avais jeté mes cahiers d’écriture pour ne plus vivre dans le passé, pour sortir, pour vivre le présent. Je ne sais toujours pas si je lis trop, si j’écris trop au lieu d’écouter la mésange qui crie après moi pour avoir ses graines du jour, ou regarder la neige fondre, ou agrandir la rigole pour éviter que l’eau n’entre dans la cave. Pourtant, je ne sais comment faire autrement. Alors, même si j’étais observatrice, si j’étais sur une plage, si je pédalais sur un sentier, je voudrais encore écrire ce que je vois, ce que je ressens à voir ce que je vois, à entendre ce que j’entends.

Tout autre activité que de lire ou écrire m’apparait tellement vaine, tellement perte de temps. 

Je veux tant, je veux temps. 

Bientôt 65 ans. Où sont-ils tous ces écrits que je me promettais de livrer en pâture, quand j’avais 26 ans? Ils étaient jeunes, fringants, ces mots pas pressés de se montrer aux fauves. Ils avaient toute la vie devant eux. Le temps ne criait pas après eux. Ils ne savaient pas qu’ils pouvaient mourir le lendemain. Aujourd’hui, quarante ans plus tard, ils savent, ils sont plus pressés, plus exigeants. Ils veulent sortir de sous la neige et se faire dorer au soleil.

Même mes vieux mots que je ne relis plus, comme si je n’en voulais que des neufs. Ceux des autres, bien souvent. Comme « dégoisait les dents serrées », « une méduse de flammes », « un remugle d’algues pourries » et des « giboulées coléreuses » de Robert Lalonde dans À l’état sauvage

Je n’en ai jamais assez, gourmande de mots. Une faim sans fin. En voici d’autres de Marie-Christine Bernard, dans un article de sa page Facebook: 
Meurs avec moi. L’heure avance. J’ai passé toute cette journée avec toi, j’ai regardé la mort faire son petit chemin de vide à travers les cellules de ton corps, j’ai essuyé ta bave et ramassé ton dentier. Tu ne vas pas attendre que je sois partie pour mourir. J’ai fait tout ce chemin pour être avec toi quand tu mourrais. Meurs avec moi.
Je mourrai peut-être avec les mots des autres au bout des doigts. Et pourquoi pas, la vie d’écriture n’est pas un concours à qui en aurait le plus, les meilleurs, les plus beaux ou les plus publiés.

dimanche 15 mars 2015

Traces fraîches

Où ai-je donc laissé des traces ces derniers jours? Comme je porte plusieurs chapeaux, que plusieurs passions m’animent, petit tour d’horizon.
Photographie : Comme je trouvais que mes photos n’étaient pas aussi belles ou claires ou lumineuses que celles d’il y a quelques années, je voulais nettoyer le capteur. Juste avant de faire une bêtise, j’ai eu la bonne idée de demander à un photographe professionnel comment procéder. Sa réponse rapide et précise :
— Tu ne touches pas à ça.
— Mais vous alors, vous pouvez me le nettoyer?
— Je confie ça à des spécialistes.
Fin du nettoyage, mes photos resteront ce qu’elles sont.

Généalogie : Le 19 avril prochain, j’assisterai à une conférence et visiterai l’exposition consacrée aux soldats de Carignan, dans le cadre du 350e anniversaire de leur arrivée (en savoir plus >>>). En tant que descendante de deux soldats de Carignan : Du côté de ma mère : François Deguire dit Larose, compagnie de Saurel et du côté paternel : Jean Lamarche dit Bricault, compagnie de Dugué. Si les Lamarche n’ont pas de regroupement, les Deguire en ont un et c’est avec lui que j’irai. Si ça vous intéresse, consultez la page Facebook  (voir>>>) créée pour les descendants de François Deguire dit Larose.
D’ailleurs, bientôt, j’aurai une petite surprise à ce sujet. Bien hâte de vous montrer.

Voyage : Je devais partir en Floride, le camping était réservé, le motorisé déneigé, les bagages commencés et voilà que le doute et les questions se sont faufilés dans mes nuits. Ça ne me tentait plus : de surveiller la météo pour m’assurer de la chaussée sèche les deux premiers jours, de rouler onze heures d’affilée pour atteindre la chaleur le plus vite possible, de laisser les travaux de la maison en plan, de chercher des campings lors du retour, de devoir réserver parce que tout est plein en janvier-février-mars, de rester plantée au même endroit, tout ensoleillé soit-il, pendant cinq-six semaines, simplement à attendre que l’hiver finisse. Voyager pour moi, c’est voir des paysages différents, être dans la nature, camper sur le bord d’un cours d’eau, marcher, pédaler, faire un feu le soir. Pas me dépêcher, pas voir du monde, entendre de la musique. Pas tous les jours en tout cas.
Donc, je suis restée. Et je ne le regrette pas.

Lecture : J’ai lu avec un grand plaisir Papillons d’Annie Loiselle (éditions Stanké).
Un style très à la mode depuis quelques années : parfois un mot pour une phrase, parfois une ligne pour un paragraphe, parfois une page pour un chapitre. De très rares dialogues. Même David Foenkinos dans sa Charlotte (Prix Renaudot 2014) a succombé à la tentation de ce style vif et incisif. Une musicalité et un rythme différents. Papillons, donc, l’histoire de quatre femmes : la mère et ses trois filles à la mort du mari-père. Leurs amours, leurs relations, leurs pensées, leurs présents et leurs chemins.
Deuxième lecture : Monstera delicisosa de Lynda Dion. Un roman court, vraiment court qui aurait pu être une longue nouvelle suivie de quelques autres. Je n’ai pas compris l’illustration de la couverture, pourquoi pas cette plante envahissante, ce faux philodendron qui sert de propos au roman? Mais comme j’avais aimé La maîtresse et dévoré… La dévorante, j’étais devenue une inconditionnelle. Le suis toujours malgré ma déception : j’en aurais voulu plus. Encore. L’auteure cultive elle aussi le style un mot - une phrase - une page. Ce qui donne vraiment du « punch » au texte. Un dynamisme, une énergie qui va droit au but, qui va direct au cœur.

Écriture maintenant, que je gardais pour la fin parce que c’est ce qui m’a procuré le plus de plaisir ces dernières semaines : la révision de mon roman Les têtes bouclées. Pour la première fois, la correction ne m’a pas menée sur le chemin du doute sur mon talent, de la mésestime de moi. Au contraire, comme un escalier dans lequel je montais, vers un grand ciel bleu, vers du meilleur. Grâce à ma réviseure, je dois le dire. Par ses remarques, ses suggestions, elle a su me montrer le chemin de l’amélioration, du peaufinage. Une route joyeuse, sans embûches. Que du plaisir.
De plus, en allant au Salon du livre de l’Outaouais, j’ai pu discuter avec le responsable du montage et nous avons convenu des dates à venir. Donc, du concret, du réel, du cette année, du bientôt.


Voilà donc les traces laissées ces derniers jours. 

dimanche 15 février 2015

Le désert mauve de Nicole Brossard

Un dimanche sans raquettes. Trop froid. Surtout trop venteux. Alors, écrire, corriger. Et pendant les pauses, question de prendre du recul, lire Le désert mauve de Nicole Brossard.

Je m’améliore : je suis capable de lire, d’admirer, d’aimer, sans être ravagée d’envie, sans tomber dans la mésestime de l’auteure que j’essaie d’être. Je sais, chaque fois, je me dis que je ne devrais pas lire pendant l’écriture , ni la réécriture, ni la révision. Mais voilà, une journée sans sortir m’offre d’autres possibilités durant mes pauses. Et aujourd'hui, c'est tout beau, question lecture. Plus que beau.

Le désert mauve, un livre écrit en 1987. En 1987 ! Il y a vingt-huit ans. Et déjà des phrases comme :

« Pourtant la nuit. » Oui, il y a bien un point, donc c’est une phrase.
« Le désert boit tout. La ferveur, la solitude. » 
« La nuit ! Oui, j’ai vu l’aube. Souvent. »

J’aurais dit une écriture du 21e siècle, pas de 1987. Alors avant-gardiste, précurseure, madame Brossard.

Des phrases courtes, qui, parfois, ne semblent avoir aucun lien. Pourtant, comme une chaîne aux maillons entrelacés. Un noir, un blanc, un bleu, un vert et on répète et on insiste. Les chaînes s'enchaînent. Exemple ? « Un homme vient s’asseoir près d’elles. Il entame la conversation en français. L’homme est mince. […] Je ne comprends pas ce qu’il dit. Elles rient. Il se lève et se dirige vers le bar. La lumière est vive. »

Un livre comme je les aime : sans histoire évidente, sans dialogues, presque sans intrigue. Où je n’ai absolument pas le besoin d’aller voir la fin parce qu’il n’y a ni questions ni réponses. Le bonheur est dans la lecture de chaque phrase, de chaque chapitre. Pour la musique. Que du bonheur du mot présent.

Sous prétexte de préface, aux allures d’étude universitaire, les dix-neuf premières pages de l’édition Typo rend hommage à ce livre, l’explique, le décortique, le résume. J’avais trop hâte de lire le livre, alors j’ai lu en diagonale. De toute façon, même étudiante, je n’ai jamais disserté de la sorte et je ne lis jamais avec ma tête qui cherche à circonscrire un sujet, quel qu’il soit. Je lis avec mon vécu émotif.

Et pour Le désert mauve, je me laisse bercer par le rythme. Et je jouis de lire pareil texte. Fascination pour cette auteure. Pourtant à cent lieues de mon univers littéraire, parce que je ne suis pas friande de poésie à laquelle elle est identifiée. Ne m’y sens pas à l’aise, ne m’attire pas. Comme la musique contemporaine de Jean Papineau-Couture ou les tableaux de Marcel Barbeau. Même si, à l’occasion, j’aime bien un Jean-Pierre Lafrance.

L’œuvre et la vie de Nicole Brossard m’attirent… depuis quarante-six ans, simplement parce qu’un certain été, nous avons partagé une baie, un lac. Et c’est à elle, à elle seulement, que j’ai osé montrer mon premier roman. Peut-être a-t-elle oublié, elle a sûrement oublié. Mais moi, pas.

samedi 3 janvier 2015

Trois auteures pour une lectrice

Parce que je lis, parce que j’écris, parce que j’ai marché une heure — même si j’aurais bien aimé que ce soit en raquettes, au moins en forêt, ma forêt — parce que le silence est revenu après les chansons et les rires, je suis bien. Plus que bien, heureuse, de belle humeur. Plus que « Bonheur du jour », je voudrais trouver un titre plus révélateur de mon état. Une métaphore. Comme Lynda Dion dans son tout nouveau blogue. D’ailleurs cette écrivaine québécoise, c’est ma cerise sur le sundae, l’étoile en haut du sapin de Noël, mon sourire large et reconnaissant.

Le début de ce bonheur-du-jour a commencé fin novembre, dans une librairie. À l’achat de Bad girl de Nancy Huston. Voir billet du 28 >>>. Sauf qu’à la moitié du livre, j’ai dû me faire violence pour arrêter, pour lire des livres de bibliothèque — papier et numérique— délai de trois semaines oblige. J’ai repris le Huston après Noël, l’ai terminé, satisfaite, vaincue. En me pressant un peu parce que je savais — j’espérais— qu’au jour de l’An, Écrire la vie d’Annie Ernaux m’attendrait. Vaincue oui, parce qu’entre le livre et moi, entre la lectrice et l’écrivaine que j’essaie d’être, c’est souvent la bataille. Laquelle gagnerait, laquelle s’avouerait vaincue, laquelle reconnaîtrait que l’auteure n’aurait jamais pu écrire ce que la lectrice est en train de lire, même si elle aurait bien aimé tellement elle se sentit proche de cette écriture, proche du vécu du personnage. Que la lectrice fut tenue en haleine, émue bien souvent, et a réduit l’auteure au silence et à l’admiration. Sans juger, sans critiquer, sans chercher la petite bête noire. Sans non plus se sentir complètement nulle, sans non plus qu’elle soit tellement vaincue qu’elle renonce à jamais à écrire elle-même. Donc, j’ai fini de lire Bad girl, et j’ai même pardonné à Nancy Huston (et/ou son éditeur) ce titre anglais alors que « La mal-aimée » aurait très bien fait l’affaire, selon moi. C’est la seule petite voix qui s’est fait entendre, mais une fois le livre ouvert, pendant qu’elle tournait les pages, qu’elle était ravie de la mise en pages et bien concentrée dans l’histoire de Doritt (bizarrement, j’ai écouté la série La petite Dorrit de Charles Dickens à Radio-Canada entre Noël et le jour de l’An), la petite voix s’est tue, n’a plus rien dit. Conquise.

Alors, quand arrivèrent les mille pages d’Annie Ernaux, la vaisselle, le lavage, le budget furent rapidement expédiés, les émissions de télévision oubliées et la lectrice déjà bouche bée, les mains ouvertes, le cœur prêt à l’abandon se cala dans son fauteuil et partit à la découverte de cette auteure dont elle n’avait lu qu’Une femme et dont elle n'avait gardé — comme il arrive bien trop souvent — qu’un vague souvenir… d’avoir aimé ça.

La lectrice que je suis en était là de son plaisir encore ce matin, après la lecture du chapitre photojournal, après sa marche quotidienne quand sur Facebook, elle vit le nom d’une écrivaine québécoise dont elle a tant aimé les romans. Cherche vainement quand j’en ai parlé. Il est impossible que je n’en ai point dit un mot sur mon blogue. J’ai tellement aimé, me suis identifiée. Grâce à Louise Falstrault, artiste peintre, j’ai connu son père artiste peintre aussi, Eddy Dion. Ingrate. J’ai pourtant parlé d’Hélène Dorion, de Louise Dupré et elle, que j’ai lue à la même époque, au soleil, me semble-t-il, point de traces ? Je me reprends donc: sur Facebook, Lynda Dion, puisque tel est son nom, annonce qu'elle a créé son site et intégré un blogue. Depuis le temps que je cherche des blogues d’auteurs, féminins en plus, et Québécoises. Il y en a peu. Je me précipite, je dévore, je cherche les mots que j’ai aimés dans La maitresse et La dévorante. Je trouve. Différents, mais tout aussi personnels. 

Est-ce moi qui les cherche, est-ce moi qui les réunis, mais dans les mots de Huston, d’Ernaux et de Lynda Dion, le même "je", le même intime, le même personnel. Je ne dirai pas autofiction ni autobiographie, c’est au-delà. N’a plus d’importance de limite, de frontière et encore moins d’étiquette, de classe, de catégorie.

Trois auteures qui me parlent d’elles. Et moi, je suis devant un miroir qui me renvoie ma propre image, devant une plage où je vois mes traces, devant des pages où je me reconnais, devant un calepin où se mêleront des notes de lectures, des mots à écrire, à retenir, à publier peut-être. 

Alors Huston au revoir, au prochain, Annie Ernaux ma joie pour l’hiver et Lynda Dion, chaque fois qu’elle le voudra bien, je vous suis toute reconnaissance de me montrer qui vous êtes pour apprendre qui je suis.

lundi 10 novembre 2014

Bonheur du jour(3)

Bientôt six ans de blogue, mais j’avoue que les anniversaires qui me concernent personnellement, peu importe ce qu’ils rappellent, sont rarement soulignés encore moins fêtés. À peine évoqués, bien souvent oubliés. Tout de même une petite fierté que ce blogue qui n’a plus la prétention de ses débuts. Un fouillis plus ou moins ordonné, juste pour mon plaisir personnel, quoique je ne refuse jamais les commentaires écrits ou glissés à mon oreille un soir de bavardage, signe que mes billets sont lus, ce qui me motive un brin à poursuivre.

Tout de même, certains bonheurs du jour (puisque c’est le titre de ce billet) sont plus jouissifs que bien des anniversaires. Occasionnent une petite ou une grande émotion. Un large sourire parfois. Une paix au cœur bien souvent.

Comme ce courriel reçu la semaine dernière qui confirmait qu’un lecteur trouvait mon manuscrit soumis suffisamment amélioré pour le passer à un autre. Petit bonheur que ce presque oui auquel je n’ai pas ajouté de « mais » ou de « même si ». En tout cas, ce n’est pas un non définitif. 

Comme mes petits déjeuners. Un rituel bien rodé. Un plaisir chaque matin répété, qui s’étire le temps que je veux. Table du matin devant une fenêtre exposée au sud. Lumière bienfaisante surtout en ce mois de novembre parfois maussade. Sittelles, mésanges, geais bleus et même pic sont conviés. Des rôties, un fruit, un café (à elle seule, la première gorgée peut s’avérer le bonheur du jour) et bien sûr l’indispensable lecture. Parfois revue de voyage ou La Presse+, mais plus souvent roman. Le matin, je fuis les prises de conscience, les questionnements, les analyses socio-politiques. Donc que des romans. Ce matin, version papier, Douze coups de théâtre de Michel Tremblay. Autant je l'ai boudé pendant des années, autant c'est un bonheur assuré de le lire ou relire aujourd'hui.

Entre deux gorgées, il est possible que je me lève pour aller chercher papier et crayon pour noter une idée, venue à la suite d’une émotion à la lecture du roman.

Que du bonheur.
Et vous, comment sont vos petits-déjeuners?

mardi 7 octobre 2014

Le bonheur du jour (2)

Rituel du matin. Depuis que je ne suis plus obligée de me lever à heure fixe, d’avaler un déjeuner en vitesse, de m’accoutrer en travailleuse-qui-va-voir-du-monde dans la journée, le matin, je prends mon temps. 

Depuis mon acquisition de tablette, le matin, je lis.

La Presse+ avant de me lever, oui, oui, dans mon lit. Un coup d’œil sur mes courriels, sur Netvibes et trois forums de camping. Je me réserve Facebook pour le déjeuner.

Le vrai bonheur du jour, c’est en déjeunant. Ou plutôt en lisant tout en déjeunant. Parfois, rien de bien enlevant. Je saute par-dessus les nouvelles, les mauvaises ou les inintéressantes. Pour moi s’entend.

Rencontre en Alaska: anciens et nouveaux propriétaires d'un véhicule récréatif
Le vrai bonheur du jour, en ce matin du 7 octobre 2014, un jour pluvieux, un jour gris qui pourrait me renvoyer dans ma grotte d’ourse forcée de s’enfermer pour l’hiver, ce fut deux lectures : d’abord le récit-video-photos de LESCcargOt publié sur une page Facebook >>>

Une jeune famille qui voyage pendant un an dans les Amériques, qui compte se rendre en Argentine. Déjà trois mois. Ce qu’elle a de spécial, cette famille? C’est qu’elle voyage avec notre ex-véhicule récréatif, ce classe B dont je n’aimais pas la couleur jusqu’à ce que je le baptise Pruneau. Vendu il y a deux ans. Racheté, rénové, aimé et rebaptisé LESCargOt (le monsieur se nomme LESCO). Jeune famille que nous avons rencontrée cet été en Alaska. Quel hasard. Alors bien sûr, maintenant, je lis ses aventures avec cette impression que je voyage un peu avec elle, par véhicule interposé. 

Deuxième lecture : Duras, l’impossible de Danielle Laurin. Un livre publié en 2006, mais dont je viens juste de prendre connaissance. En cherchant le livre de sa sœur, Coupée au montage, j’ai découvert le Duras… La lecture me renvoie à cette université que je n’ai pas fréquentée, à ces années d’études littéraires que je n’ai pas commencées, à ces auteurs que je n’ai réussi à lire que brièvement, malgré mes efforts. Non pas un regret, à peine une nostalgie, juste un miroir embué, un monde que j’ai regardé de loin, avec envie, mais inaccessible, incompréhensible. De toute façon, d’autres auteurs m’interpelaient déjà, des Québécois en particulier.

Le style de Danielle Laurin me convient très bien : phrases ramassées presque lapidaires, un « je » auquel je peux m’identifier, des chapitres courts et efficaces. Sans ces phrases alambiquées d’essayiste ou d’universitaire, l’auteure nous décrit un univers, celui de Duras, sous un éclairage personnel, sensible. Comme on raconte un voyage, avec passion. Qui ravive la mienne, cette passion des livres.

Lire donc les aventures des autres, un bonheur du jour que je prolongerai encore quelques matins.

dimanche 7 septembre 2014

Le bonheur du jour

Saviez-vous que le-bonheur-du-jour était un meuble? Pour écrire et pour les dames! Un restaurant aussi, quelques blogues et deux ou trois titres de romans. Peut-être me laisserai-je tenter par un roman de José Canabis.

En voyage, dans mon cahier de bord, à la fin de la journée, j’aime bien noter le plaisir du jour. Aujourd’hui, à défaut d’écrire un long billet, j’aimerais bien commencer une série « bonheur du jour ». Je me connais, je sais bien que je ne tiendrai pas longtemps, je n’aime pas les contraintes. 

Au moins aujourd’hui : une photo et quelques lignes.

Aujourd’hui, donc, le bonheur du jour ne fut ressenti, comme un tremblement de terre, que vers 17 heures trente. Avant, c'était plutôt couci-couça, l'humeur étant à la rébellion à toutes les activités manuelles qui ne me tentaient guère. 

Devant un feu, un verre de vin, un italien banal somme toute. Moi qui aime bien un vin en apéritif, il faudrait peut-être que je commence à me documenter sur les vins qui se servent sans accompagnement alimentaire. On ferme la parenthèse. 

Et lecture. Un roman de Louise Dupré. Émotion parce que j’ai aussi eu une tante qui fut « internée ». Si identification dans le sujet, pendant quelques pages, surtout admiration pour le style que je n’aurai jamais. même en me forçant. D'autant meilleur.

Voilà, c’est tout. 

La ruée vers l’or, émission qui se passait au Yukon en 2012, m'attend. Question de faire durer le plaisir. Deux semaines déjà que je suis revenue de cette lointaine région que j'ai beaucoup aimée, et je ne veux pas trop revenir à la normale, aux « il faut » trop rapidement.

dimanche 27 juillet 2014

Jusques à quand?

En parallèle, je lis Oser écrire de Madeleine Chapsal et La liste de mes envies de Grégoire Delacourt. Quelques pages de l’un, quelques pages de l’autre. Comme si j’alternais entre un verre de vin blanc et un de rouge. Ou plutôt un shiraz et un bordeaux. J’aime les deux, je me délecte des deux. M'inspirent. Envie d’écrire, envie de copier. Le sujet du premier, le rythme du second. Je compare, évidemment, ma vie avec celle de la première et mon style avec le roman du second. Je ne serai jamais la première, je n’aurai jamais (peut-être que si, un peu) le style du second.

Et puis j’y retourne, sans comparer cette fois, juste pour faire plaisir à la lectrice, siamoise de l’auteure, que je suis, juste pour aimer sans jalousie, pour admirer sans me dire que je suis un écrivain raté. Peut-être moyen, mais pas raté. J’aurai au moins essayé, et réussi en partie. Comme à l’école, j’aurai eu la moyenne. Pas sur le podium des grands succès, mais pas la cancre qui aura décroché. J’ai toujours dit que le système d’évaluation à l’école ne favorisait pas l’estime de soi. Vous classe à vie. Vous stigmatise à vie. Laisse des traces comme une blessure narcissique.

Chose certaine, en commençant ce blogue, je croyais poursuivre sur la lancée du guide touristique produit pendant treize ans : parler des événements de ma région, des artistes, des créateurs de l'Outaouais en général et de la Petite-Nation en particulier. Je savais que je parlerais des livres, que je ne pourrais m’en empêcher, mais si je pensais écrire le résumé, donner mon avis sur le sujet, j’ai dévié. Trop pensum, trop dissertation. Comme bien d’autres, et très facilement, très plaisant, je suis tombée dans le subjectif, dans le « je ». Une fois que j’ai lu un livre, ou que je suis en train de lire, pas vraiment le goût du compte rendu. Seulement parler de l’empreinte laissée. En soulignant trois fois le fait qu’une personne qui essaie d’écrire, qui veut écrire et qui écrit ne lit pas comme les autres, on ne me fera jamais croire le contraire. Deux jumelles inséparables. C’est se regarder dans un miroir. Pas pour tomber amoureuse comme Narcisse, mais pour apprendre, pour évoluer, pour s’améliorer. Bref, comme l’évaluation devrait être dans les classes : une note par rapport à nos propres progrès, pas de moyenne, pas de percentile, pas de podium.

Se remet-on jamais de nos notes scolaires, de ce jugement sans appel qui nous marque à vie? Qui revient nous hanter — me hanter —  dès que je prends un crayon?
Et comme toute cicatrice, peut-on l’oublier, la circonstancier et finalement, en revenir et passer à autre chose? Ou s’évaluer autrement? Ou être fière de ce qu’on est même si on n’est pas la première, ou la plus, ou la plus comme?

L’autre côté de la médaille qui me réconforte : les «grands» écrivains mentionnent rarement leurs résultats scolaires. Et l’on disait que les meilleurs professeurs n’étaient pas forcément les premiers de classe puisqu’ils auront de la difficulté à comprendre que les étudiants ne comprennent pas aussi rapidement qu’eux. Reste à savoir si les bons professeurs font de bons écrivains!

Jusques à quand me tourmenteras-tu, chère adolescence? (J’ai toujours aimé — et abusé?— de Cicéron)