Est-ce le corps qui décide?
Un corps malade
Un corps vieillissant.
« l’idée m’est venue que mon corps, ce fidèle compagnon, cet ami plus sûr, mieux connu de moi que mon âme, n’est qu’un monstre sournois qui finira par dévorer son maître » (Hadrien de Yourcenar)Les questions, les mêmes qu’à vingt ans
quand j’attendais l’amour
quand je croyais le vivre ce grand amour.
Passage
Les mêmes questions qu’à trois ans
Quand je demandais pourquoi
Que j’ai posées toute ma vie.
Voir défiler sa vie.
Vite.
Soixante-seize ans en un jour.
Pour une mammographie
Pour un glaucome à 45
Quel avenir?
Que reste-t-il à venir?
Passage à vide.
Enfant
J’ai joué, j’ai appris, j’ai vécu.
Dire non, demander pourquoi.
La scarlatine.
Passage
Déménagements, loin
de nouvelles maisons, de nouvelles écoles, de nouvelles amies.
Adolescente, j’ai espéré, j’ai été choisie, j’ai appris, j’ai vécu.
Faire plaisir, dire oui pour être aimée
Les seins qui poussent
Les autres qui regardent
Les menstruations, le mal de ventre, la peur au ventre.
Apprendre à dire non.
C’est à moi qu’on a dit non.
pour un non, on oublie les dizaines de oui.
Jeune, j’ai voyagé, je suis partie, je suis revenue, j’ai cherché.
J’ai cru aimer, j’ai cru être aimée.
J’ai choisi le lieu, le travail.
J’ai choisi de partir.
J’ai choisi le lac, les oiseaux, les étoiles.
Le canoë, le vélo.
Passage.
Le corps docile.
Quoique l’appendicite.
Le travail, le stress, les élèves, les enseignants, les directeurs,
Dire oui à tout.
La piscine, les otites, les laryngites.
Pendant huit ans.
L’amour tout de même
Avec des doutes et des hésitations
Rêver écrire. Essayer.
Passage
La trentaine, la belle vie, les voyages
Le corps qui prend du poids
Qui prépare les repas, qui mange, qui aime.
Qui travaille, qui nage, qui pédale, qui stresse.
Insouciance
Enfin la vie d’adulte
La vie libre
Les choix. Les bons comme les mauvais. Assume.
La maison, les achats.
Pour soi. Pour l’autre.
Encore dire oui.
Encore des ami.e.s
Aller ailleurs.
Découvrir chez soi.
Se faire un chez soi
Se créer une voix
Se frayer un chemin
Laisser des traces.
Écrire, lire
Adolescente, j’ai espéré, j’ai été choisie, j’ai appris, j’ai vécu.
Faire plaisir, dire oui pour être aimée
Les seins qui poussent
Les autres qui regardent
Les menstruations, le mal de ventre, la peur au ventre.
Apprendre à dire non.
C’est à moi qu’on a dit non.
pour un non, on oublie les dizaines de oui.
Jeune, j’ai voyagé, je suis partie, je suis revenue, j’ai cherché.
J’ai cru aimer, j’ai cru être aimée.
J’ai choisi le lieu, le travail.
J’ai choisi de partir.
J’ai choisi le lac, les oiseaux, les étoiles.
Le canoë, le vélo.
Passage.
Le corps docile.
Quoique l’appendicite.
Le travail, le stress, les élèves, les enseignants, les directeurs,
Dire oui à tout.
La piscine, les otites, les laryngites.
Pendant huit ans.
L’amour tout de même
Avec des doutes et des hésitations
Rêver écrire. Essayer.
Passage
La trentaine, la belle vie, les voyages
Le corps qui prend du poids
Qui prépare les repas, qui mange, qui aime.
Qui travaille, qui nage, qui pédale, qui stresse.
Insouciance
Enfin la vie d’adulte
La vie libre
Les choix. Les bons comme les mauvais. Assume.
La maison, les achats.
Pour soi. Pour l’autre.
Encore dire oui.
Encore des ami.e.s
Aller ailleurs.
Découvrir chez soi.
Se faire un chez soi
Se créer une voix
Se frayer un chemin
Laisser des traces.
Écrire, lire
Un autre travail
D'autres émotions
Stresser
La ménopause, les cataractes
Stresser
La ménopause, les cataractes
Le corps qui flanche
Jusqu'au cancer.
Un rein en moins
Un rein en moins
Se reposer
Apprendre à dire non.
À choisir.
À décider.
Passage
Penser à soi. Faire plaisir à soi d’abord.
Écrire.
Voyager
Moins loin, moins vite.
Marcher, pédaler, travailler sur un autre chemin.
Et puis les morts, des parents, des ami.e.s, de sa génération.
D’autres questions, des hésitations, des appréhensions.
Voir ses livres publiés.
Sans pouvoir les promouvoir.
Sans les lancements, sans les salons.
Un autre cancer.
Apprendre à dire non.
À choisir.
À décider.
Passage
Penser à soi. Faire plaisir à soi d’abord.
Écrire.
Voyager
Moins loin, moins vite.
Marcher, pédaler, travailler sur un autre chemin.
Et puis les morts, des parents, des ami.e.s, de sa génération.
D’autres questions, des hésitations, des appréhensions.
Voir ses livres publiés.
Sans pouvoir les promouvoir.
Sans les lancements, sans les salons.
Un autre cancer.
Au sein.
Des traitements
Pendant plus d’un an.
Ralentir, lâcher prise, ne pas penser, être docile, faire confiance
À la vie.
Passage
Espérer dix ans. Plus longtemps. Le plus possible. Ne pas compter.
À ne plus rien décider.
À se laisser aimer.
À laisser faire.
Pédaler, plaisir renouvelable, immuable.
Camper du nord au sud.
Cinq ans.
La Covid est passée.
Je l’ai attrapée.
Passage indésirable.
Jouer à la cachette avec les ami.e.s, avec la famille, avec les principes.
Avec la vie.
Je ne sais toujours pas dire non.
Et puis les autres, et puis l’autre.
Je ne vis pas seule.
Ne l’ai jamais été finalement.
À l’autre aussi j’ai dit oui, un jour d’octobre.
Depuis plus de cinquante ans.
Pour tout le temps.
Avec et malgré son arthrite.
Et maintenant son glaucome, les greffes de cornée.
Elle ne pédale plus, ne pagaie plus, ne conduit plus.
Déséquilibrée, elle marche peu.
Ne voit plus très bien.
Je deviens proche aidante.
J’ai toujours aimé faire plaisir.
Dire oui.
Mais pour dire oui à une, il faut dire non à d’autres.
Le plus difficile.
Comment le dire, comment ne pas s’en rendre malade?
Passage
À soixante-seize ans
Moi d’abord.
Moi et l’autre
Juste nous deux.
Chez nous.
À écrire les questions
Puisque les réponses, il y en a mille
Ce n’est qu’un passage de plus.
Il y en aura d’autres encore.
Ne prendront fin
Qu’avec la fin.
Passage ultime
Mais pas maintenant.
Pardonnez-moi de vous dire non
Aujourd'hui
Des traitements
Pendant plus d’un an.
Ralentir, lâcher prise, ne pas penser, être docile, faire confiance
À la vie.
Passage
Espérer dix ans. Plus longtemps. Le plus possible. Ne pas compter.
À ne plus rien décider.
À se laisser aimer.
À laisser faire.
Pédaler, plaisir renouvelable, immuable.
Camper du nord au sud.
Cinq ans.
La Covid est passée.
Je l’ai attrapée.
Passage indésirable.
Jouer à la cachette avec les ami.e.s, avec la famille, avec les principes.
Avec la vie.
Je ne sais toujours pas dire non.
Et puis les autres, et puis l’autre.
Je ne vis pas seule.
Ne l’ai jamais été finalement.
À l’autre aussi j’ai dit oui, un jour d’octobre.
Depuis plus de cinquante ans.
Pour tout le temps.
Avec et malgré son arthrite.
Et maintenant son glaucome, les greffes de cornée.
Elle ne pédale plus, ne pagaie plus, ne conduit plus.
Déséquilibrée, elle marche peu.
Ne voit plus très bien.
Je deviens proche aidante.
J’ai toujours aimé faire plaisir.
Dire oui.
Mais pour dire oui à une, il faut dire non à d’autres.
Le plus difficile.
Comment le dire, comment ne pas s’en rendre malade?
Passage
À soixante-seize ans
Moi d’abord.
Moi et l’autre
Juste nous deux.
Chez nous.
À écrire les questions
Puisque les réponses, il y en a mille
Ce n’est qu’un passage de plus.
Il y en aura d’autres encore.
Ne prendront fin
Qu’avec la fin.
Passage ultime
Mais pas maintenant.
Pardonnez-moi de vous dire non
Aujourd'hui
c'est à moi que je dis oui.


Tu es une soie, chère Claude. Un texte magnifique, bouleversant ! Merci ! Encore !
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