vendredi 7 septembre 2012

Les lancements : affaire d’auteurs maintenant


Bientôt la rentrée littéraire, bientôt des centaines de titres nouveaux sur le marché. Sur Facebook, sur les blogues, je vois de plus en plus d’auteurs organiser, présenter, promouvoir leur lancement de livre. Je ne m’y habitue pas. C’était tellement le travail de l’éditeur. Je peux comprendre pour les livres en auto-édition où l’auteur s’occupe de tout : écrire, trouver un monteur en pages, dénicher un imprimeur, vendre et… organiser un lancement et c’est tout à leur honneur de voir à tout et ils en retirent, s’ils sont chanceux et ont un bon (voire un excellent) réseau, tout le mérite en plus de tous les revenus. Mais pour les livres publiés chez un éditeur reconnu? Quand est- ce arrivé? Petit à petit probablement. Je n’ai rien vu venir. Il reste certains irréductibles convaincus que c’est encore à l’éditeur que revient cette tâche puisqu’il croit que la promotion lui sera profitable autant sinon plus qu’à l’auteur (il n’y a pas un peu trop de « que » dans cette phrase?). 

Autre question : je me demande si l’argent recueilli lors d’un lancement organisé par l’auteur lui revient en entier. Le pire, c’est que je crois bien que l’auteur a dû, en plus des 20-25 livres reçus à la parution, acheter les exemplaires qu’il offrira au public qui daignera assister à son lancement. Achat à 40%. La marge de profit est minime. Le plaisir d’accueillir de futurs lecteurs, d’entendre des éloges sur sa petite personne, et de se voir reconnu en tant qu’auteur : sa seule récompense. 



Je me rappelle— sans plaisir parce que je n’aimais pas comment mon père en revenait —, quand ce père, un auteur en devenir à cette époque, se rendait tel jour aux lancements des Éditions du Jour, le lendemain, à ceux de Fides et le jeudi chez Stanké. D’ailleurs, je me demande ce que sont devenus les auteurs des années 1960-1970 : les Gérard Bessette, Rock Carrier, Michèle Lalonde. J’entends parler parfois de Nicole Brossard que j’ai connue, je sais qu’Hélène Ouvrard, dont L’herbe et le varech m’a tant touchée, est décédée ainsi que quelques autres écrivains de cette époque. Je me demande si un Michel Tremblay organise son lancement. Sûrement pas. Jacques Poulin non plus. Alors pourquoi les nouveaux espoirs? Les éditeurs ne croient pas suffisamment en eux, ces auteurs qu’ils ont pourtant judicieusement choisis, pour utiliser encore cet outil de promotion? Ou peut-être ne croient-ils plus en cette façon de faire? 

Dommage. Et bravo (et bon courage) aux auteurs qui s’improvisent lanceurs de livres!

(Je retrouve la forme, moi: trois billets dans la même semaine!)

(illustration capturée sur le site des éditions Le jour)

17 commentaires:

  1. Billet très approprié, je suis justement en pleine préparation de mon lancement!
    Pourquoi le travail en revient-il à l'auteur? Je pense que la réponse est simple: parce que les médias ne couvrent aucun lancements. Résultat, les éditeurs trouvent que c'est de l'argent gaspillé.
    Pourquoi moi j'en organise un? Pour voir mes amis, pour faire la fête, pour souligner le saut de carrière que je fais avec ce livre! La vente de livre (achetés à 50%, mais payable après l'évènement)devrait à peine couvrir mes frais pour la location de la salle.

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  2. Je suis à préparer mon "premier" lancement de livre à vie ! Et je dois t'avouer que ça me plait de faire partie intégrante du processus. J'ai des idées plein la tête afin de faire cet événement quelque chose de spécial...

    Le premier lancement, j'imagine que c'est comme le premier mariage : On veut que ce soit mémorable ;)

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  3. En effet, je trouve ça un peu injuste, de laisser les auteurs à eux-mêmes pour organiser leur propre lancement... Mais ça semble être une pratique de plus en plus répandue, malheureusement...

    C'est bon ça, 3 billets dans la même semaine, tu es en feu! :)

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  4. Annie et Lucille: je suis certaine que vous réussirez à faire de cet événement une réussite à votre image, mais je pense à tous ces auteurs qui aiment bien écrire en solitaire, mais n'ont pas le talent d'organisateur-trice, n'ont pas le goût d'appeler les medias, d'envoyer des communiqués de presse, de louer une salle. Et vive la famille qu'on met à contribution! Un peu comme les agriculteurs qui peuvent être très bons sur leurs tracteurs, mais de là à être de bons vendeurs de leurs produits!

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  5. Isabelle: je suis bien contente d'avoir retrouvé le feu. En espérant que ce ne soit pas un feu de paille!

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  6. Alors, nous lecteurs, sommes les soufflets qui veillent sur la braise qui emmitoufle toute la chaleur et la couleur de ton feu de joie.

    J'ai la réplique métaphorique à matin :) Faut croire qu'un samedi matin pluvieux en cet été 2012, ca porte ses effets ;)

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  7. Dans mon patelin, le lancement se fera à la Bibliothèque municipale et ce sont eux qui se chargent des invitations (je fournis la liste), l'invitation des médias (et oui, ils viennent parce que des fois, ça aide à remplir l'espace dans le journal), et paye même le vin ! La salle est prêtée gratuitement et le tout se fait dans un atmosphère festif et amical.

    Reste à faire la promotion, par la suite... et avec les médias sociaux (et les ami(e)s) on peut facilement être sur l'avant scène un petit bout ;)

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  8. Pierre: c'est toi qui es en feu! J'ai dû relire trois fois pour bien comprendre!

    Lucille: En région, je pense que les municipalités ou centres culturels participent un peu plus que dans les grandes villes. Il est vrai également que les medias aiment bien parler culture régionale (ben chez nous en tout cas). Et un réseau scolaire, c'est bien aussi.

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  9. Il y a deux formules présentement pour les lancements : avec éditeur présent ou sans éditeur présent.

    Avec l'éditeur présent, l'argent des ventes ne revient pas à l'auteur. (Mais avec un peu de chance, on a demandé à l'éditeur d'allonger quelques dollars)

    Sans éditeur présent, on touche notre 40 à 50% du prix de vente. Comme dit Annie, des fois ça couvre le prix de location de la salle.

    Maintenant, pourquoi est-ce qu'on organise quand même un lancement? Pour voir la famille, les amis, célébrer la sortie du livre. Bref, "jouer à l'auteur" un peu. ;) Cela dit, j'ai pas encore réussi à y traîner un journaliste! ;)

    Et certaines maisons d'édition organisent elles-mêmes des lancements (souvent collectifs par contre).

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  10. Mis à part dans les salons du livre, il n'y a pas de lancement de livres jeunesse/ado organisé par les éditeurs, j'imagine qu'ils figurent que le public cible ne se déplacera pas en début de soirée.

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  11. Richard, être un éditeur jeunesse, je serais imaginatif et je lancerais (ou j'aurais lancé, si, comme tu dis, il n'y en a plus) les livres dans une bibliothèque, section jeunesse ou un centre culturel. En après-midi.
    Ou même dans les Salons, mais ce serait l'éditeur qui l'organiserait, pas les auteurs, mais je suppose que je suis de la vieille garde!

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  12. Ce qu'on m'a expliqué (et ce que plusieurs copains confirment), c'est qu'un lancement n'est pas rentable pour l'éditeur, point. Les maisons d'édition préfèrent mettre les sous ailleurs (ou simplement les garder !). Il ne faut pas leur en vouloir, ce sont des gens d'affaire après tout et, inutile de se mettre la tête dans le sable, plusieurs éditeurs sont actuellement en grosses difficultés financières.
    Les temps sont durs, pour la littérature. Je n'entends aucun auteur se réjouir de ses ventes. Tout le monde semble déçu.
    Pourtant, même si c'est triste ou injuste, y'a pas que ça dans la vie. Il y a aussi des copines qui vont mieux, dont la flamme se ravive et qui nous gâtent avec plus de présence. xx

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  13. Hé! ma bonne Sylvie qui a toujours le bon mot! Ouais, j'ai peut-être tendance à juger négativement ce qui change au lieu de me réjouir de ce qui arrive de bien, comme les auteurs qui continuent à écrire, à publier malgré le vent qui vierevolte.
    Et puis c'est moi, ça, la copine dont la flamme se ravive?! Avec des remarques pareilles, je sens qu'après les belles photos, viendront sûrement le regard plus positif sur les choses de la vie, littéraire ou autre. Merci, ma bonne copine Sylvie, de me dire dans quelle direction regarder.

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  14. Ah, toi... v'là qui mouille dans mes yeux. J'suis trop sensible. ;)

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  15. Sylvie: trop sensible, c'est comme dire trop souvent "je t'aime", ça?
    "y mouille dans mes yeux" tu devrais mettre cette phrase dans un roman: petit coeur qui bat, assuré.

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  16. Parlons-en des lancements !

    Cas particulier : J'ai eu à vivre ça pour mon conjoint qui ne voulait pas du tout s'en occuper. Pourtant, ça chantait le mot "fête" dans ma tête. J'en voulais un, bon. Finalement, nous en avons eu trois. Le premier, on pourrait parler du "officiel", il fut à la librairie Monet. C'est moi qui ai demandé aux éditeurs et ils ont accepté. Par contre, c'est moi qui me suis occupé des invitations. Le vin fut servi par la maison d'édition. Marsi a passé 3 heures sans pause-pipi, en dessinant et dessinant et en a même emporté à la maison puisque la dédicace d'un bédéiste est un dessin, il n'a donc pas réussi à dédicacer les 60 albums achetés. Nous n'avons rien touché, outre le 10% de droit d'auteur en temps et lieu mais nous avons touchée à la joie de se réjouir ensemble entre amis et connaissances.

    Le deuxième avait pour but de rejoindre les personnes qui avaient manqué le premier et pour desservir les gens de l'Estrie. Cette fois-ci, c'est la librairie GGC qui nous l'a proposé dans le cadre des Journées de la culture. Ce fut en PM, ils ont offert le vin, c'est principalement nous qui avons "fourni" les invités, peut-être un 5% de leur part. Le troisième lancement fut collectif avec l'association des auteurs de l'Estrie. Ce fut ... euh, collectif.

    C'était un premier livre, et paraitrait-il que nous avons été chanceux d'en avoir un ! Au moins, une chose que nous avons apprise pour le prochain, il y a moyen (détourné) de se procurer une caisse de livres pour ainsi faire un 30% puisque dans notre cas, la maison d'édition ne nous en vend pas, mais nous en donne 40 exemplaires cependant.

    * * *
    Général.

    Je pense qu'on oublie un peu trop souvent que les petites maisons d'édition ne sont pas ceux qui font vraiment de l'argent dans cette histoire (on a majoritairement de petites maisons d'édition au Québec). Plusieurs maisons d'édition tirent le diable par la queue. Facile à voir. Ils font 30% du prix du livre mais un 13% ou 17% vont dans les frais d'impression. On peut pas dire qu'il en reste tant que ça avec tous les frais inhérents (administration, employés, déplacements etc). La maison de distribution qui en fait 30% s'enrichit beaucoup plus à mon avis. Les librairies font le même montant qu'un mercerie : 40% ... quand ils ne mettent pas le best-sellers en rabais.

    Évidemment que c'est rentable de faire un lancement pour Michel Tremblay ou Michel Rabagliati car les éditeurs leur doivent bien ça, à ces auteurs qui sont nettement rentables. Tandis qu'en bas de 1,000 albums vendus, la maison d'édition ne fait pas un sou. Heureusement, il y a les subventions. Pour les romans, on m'a dit que c'est environ 300 livres vendus (c'est moins cher à imprimer) pour commencer à faire un sou de profit, certaines maisons m'ont dit 500 exemplaires, peut-être cela dépend-il de l'importance des subventions.

    Je pense que l'on est très bien servi par soi-même et ses proches !

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  17. Merci Venise de nous avoir parlé de ton expérience. La conclusion demeure la même: ce n'est pas pour l'argent que les auteurs font un lancement. N'empêche qu'ils en font un parce que c'est comme une tradition, parce qu'il fut un temps où c'était la norme, tout comme un vernissage pour les artistes peintres. C'est pour dire au monde qu'on vient d'écrire un livre.

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