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mardi 9 octobre 2018

La brume tarde à se lever

« Comme tout auteur, je ne lis pas en toute innocence. Tel un prédateur, je cherche chez les autres ce qui me servira. Non pour copier leurs prouesses. Ce serait grotesque. De toute manière, l’habitude très tôt adoptée de ne fréquenter avec assiduité que les écrivains qui me nourrissent me plongerait plutôt dans l’admiration. »
Gilles Archambault, La pratique du roman
« Il semble que beaucoup de critiques sont bien trop occupés à dire aux écrivains et aux écrivaines — et surtout aux écrivaines — ce qu’ils et elles devraient faire, pour pouvoir s’intéresser à ce qu’ils et elles font vraiment. »
Louky Bersianik, La théorie , un dimanche
Je voudrais bien.
Je n’y parviens plus.
J’ai déjà pu philosopher, pérorer, cogiter, théoriser, disserter. Pas seulement le dimanche. Tout comme je jonglais avec les formules de trigonométrie, de géométrie, de chimie. Ou je zigzaguais et m’empêtrais dans les règles de grammaire.

Ai-je vraiment déjà eu une opinion sur tout et sur rien?
J'ai eu du mal à lire en entier La pratique du roman et La théorie, un dimanche. Deux essais. Un sur le roman, l'autre sur le féminisme ou l'écriture féministe. Pourtant deux sujets qui m'intéressent au plus haut point.
Mon cerveau racornit, se désintellectualise. Il ne s'enfonce pas, il ne sombre pas dans la brume. Il renonce tout au plus. Il n'a plus envie d’argumenter. Tout au plus nuancer.
À 18 ans, je lisais des essais, de la théorie. J'alimentais les feux. En 1976, j'avais les larmes aux yeux et la joie au cœur devant l’euphorie, la fierté, l’espoir d’avoir un pays.

Pourtant aujourd’hui, je suis beaucoup plus moi-même que je ne l’étais à 18 ans.
Aujourd’hui, je suis plus corps qu’esprit.
La tête panique, décroche, se recroqueville au moindre malaise physique, à la moindre blessure. Je refuse de penser quand toute mon énergie se concentre sur la guérison ou le seul bien-être du corps.
La peur s'est infiltrée ailleurs. Ce n’est plus celle d’être violée, non aimée, non désirée, d’échouer à un examen ou pire, manquer ma vie. La peur d’aujourd’hui, c’est celle de la maladie, de la dépendance, des appels téléphoniques qui annoncent les mauvaises nouvelles ou les rendez-vous médicaux. La peur des autres, la peur de la différence, la peur d’être dérangée. La peur du bruit des choses et des idées.

Mais si je lis, c’est que mon corps et le monde entier me laissent tranquille.
Quand je lis, je n’ai pas d’âge.
Je ne suis qu’esprit qui pense, qui pense la vie, non à la manière d'un essayiste mais comme un écrivain (ou devrais-je me définir comme « écrivante » ou personne qui écrit?). Comme dans les récits d'Hélène Dorion.

Quand j’écris, je n’ai pas d’âge, pas de corps qui réclame toute la place.
Je suis devant un feu, un jour d’automne, comme Monique Durand était devant le fleuve quand elle a écrit. « J’écrivais d’après nature, comme j’aurais peint. »
« Chacun a quelque part dans le monde son lieu de prédilection, d’épousailles avec lui-même, de confidences faites au vent et à quelques disparus chers, de rencontre avec les multitudes qui l’ont précédé. Ce lieu-là, le mien, se trouve à Gaspé. »
Monique Durand, Saint-Laurent, mon amour  
Les épousailles avec moi-même n’ont pas de lieu précis. Elles ont lieu partout où il y a le silence, un arbre ou une vague, un crayon et un cahier.
Elles ont lieu aujourd’hui, ici maintenant, dans un paysage brumeux, devant un feu.
Même si certains jours, la brume tarde à se lever.  

vendredi 28 septembre 2018

Entre forêt et mer, j'ai passé la journée


Le 12 août dernier, L.B. a acheté ce roman, parce qu’elle connaît l’auteure.
Le 12 septembre, à notre rencontre du Cercle de lecture, L.B nous en parlait… en bien.
Je connaissais le nom de Monique Durand pour avoir lu ses articles sur le fleuve, la basse Côte-Nord, le Bella Desgagnés (publiés dans Le Devoir l’été 2008).

J’ai pris le livre. Et trois autres. J’ai d’abord lu les autres. Mais comme je ne cessais d’ouvrir et refermer Ruban de Ito Ogawa, j’ai ouvert Le petit caillou de la mémoire.
Je n’allais plus le fermer de la journée.

Entre forêts profondes et mer de pêcheurs, par toutes les saisons, de la Bretagne à Terre-Neuve, d’Aimé à Étienne à William, ils ont vécu, aimé, bûché, pêché.

Ça commence avec le petit William qui a huit ans et qui tue son premier orignal, ça se termine avec William qui, à plus de 80 ans, tue son dernier.

Entre les deux, des étoiles, des flocons de neige, des gréements de pêche composés de poils de chevreuil et de plumes de perdrix. Des amours, des départs, des morts. Des hommes courageux qui ne savent pas parler d’amour. Des femmes maternelles qui laissent partir leurs enfants. Un petit caillou qui passe dans les mains de quatre générations. La transmission d’une « folle furieuse faim de vivre »

Dès que j'ai lu :
« Il leur décrira le lieu exact, la pierre précise, la position de la lune, leur dira le nom de chaque arbre. […] Il va ériger ses feux sur la pointe la plus extrême qui s’avance dans la mer, un peu en retrait du village. Il a l’impression d’être encore plus seul avec ses étoiles. Là, la nuit est encore plus noire, encore plus à lui. Avec le grand chaudron dessiné dans le ciel, qui verse une pluie de promesses sur sa jeune vie. »
je savais que j’aimerais ce roman.

Je ne saurai sans doute jamais pourquoi, mais je suis toujours attirée par les romans dans lesquels les personnages vivent près de la mer, alors Saint-Suliac en Bretagne, Port au Port à Terre-Neuve avaient tout pour me plaire. Et ça m’a plu. Beaucoup.

Le soleil blafard sur ma joue, la lumière caressante d'un matin d’automne, je suis là dans ces forêts, dans ces bateaux, avec ces hommes et ces femmes, des Français, des Montagnais, des Terre-Neuviens dans l’hiver et le froid, dans la misère et l’isolement. Je suis là aussi, en Bretagne, à Terre-Neuve. Là où j’ai vécu quelques jours, quelques heures.
J’aime qu’on me raconte nos parents, nos grands-parents. D’où ils viennent. Pourquoi ils sont partis. Que ce soit vrai ou pas, puisque de toute façon, même sa propre vie est une histoire quand on vieillit.
« Je crois qu’il faut avoir un peu vieilli pour s’intéresser à ce qui nous a précédés. »
Et puis à la page 85, je fus transportée dans la série Entre la terre et la mer. Une belle histoire de marins bretons partis pêcher près de Terre-Neuve.

J’ai d’autant mieux revu les vagues, les doris, la morue, le maquereau, les marins. J’ai réécouté la musique et les paroles de ces chansons un peu tristes qui parlent de l'eau salée qui coule dans les veines des pêcheurs marins.

À la fin, Nicolas, le petit-fils de William, lui, part à la recherche d’une chanson de Terre-Neuviens.
« J’en connais qui sont allés à Paimpol, juste pour la Paimpolaise. En Irlande, juste pour Danny Boy. À Natashquan, juste pour Jack Monoloy.» 
Il ne suffit quand même pas que des lieux pour qu’une lecture m’absorbe tout entière. Il faut y mettre la manière, le style, les mots. Monique Durand y réussit fort bien. Rien de linéaire. On passe d'une génération à l'autre, du père à l'épouse, du fils à la sœur. De 2006 à 1878. Et tout coule parfaitement bien.
« Pour lui, la beauté c’était ça : quand les champs tombent dans la mer, directement, sans transition, champs de blé noir, de patates, de tabac, vergers et brûlis, prés et guérets, autant de pièces d’un grand étendard déployé jusqu’aux premières vagues de la côte. Et que lui, Aimé, avance dans l’immensité des prairies et des après-midi où on a toute la vie devant soi. »
« Marie pouvait rester quatre ou cinq jours dans sa retraite d’arbres et de feuilles, le temps d’accorder son âme avec son corps. »
L’auteure a le sens du punch, surtout à la fin des chapitres.
« Parce qu’un homme, ça tient le coup sans rien dire. Ça endure. Et ça n’est jamais malade.
Sauf d’amour. »
Même si les derniers chapitres s’enchaînent rapidement comme si l’auteure était restreinte à 200 pages, j’ai fermé le livre au soleil couchant, à peine rassasiée de ma journée passée entre terre et mer. Je me reprendrai sûrement en lisant Saint-Laurent mon amour.


Monique Durand a reçu le Prix du CALQ – œuvre de l’année sur la Côte-Nord pour ce roman.
On peut visionner les six épisodes de Terre et mer sur Youtube >>>

mardi 18 septembre 2018

Je deviens elles

Eh oui, j’ai encore lu deux livres de front! Deux livres parus presque en même temps. Je dis livres parce que ce ne sont pas tout à fait des romans ni des essais. Ce sont des écritures, et ça me suffit. Je n’ai pas besoin qu’on me raconte une histoire, Juste me faire réfléchir ou m’émouvoir.

Dans Les villes de papier, Dominique Fortier nous présente Emily Dickinson, une poète américaine qui a vécu au 19e siècle. Petits chapitres, quelques lignes par page : j’adore la mise en page aérée qui laisse le temps de respirer, le temps d’admirer le paysage. Doucement, l’auteure s’invite dans le récit. Après avoir raconté la maison et le jardin d’Emily, après avoir présenté la famille, le besoin de réclusion, elle nous amène au bord de la mer, dans le Maine. Je repère les villes autant du personnage que celles de l’auteure sur Google maps, je cherche des photographies. Mais aucune n’est aussi belle que ses mots.

« Le jardin bruisse des murmures des fleurs. Une violette ne se remet pas d’être si fripée. Une autre se plaint de ce que les grands tournesols lui font de l’ombre. Une troisième lorgne les pétales de sa voisine. Deux pivoines complotent sur la façon d’éloigner les fourmis. Un lys long et pâle a froid aux pieds, la terre est trop humide. Les roses sont les pires, énervées par les abeilles, incommodées par la lumière trop vive, soûlées de leur propre parfum.

Seuls les pissenlits n’ont rien à dire, trop heureux d’être en vie. »

Et c’est comme ça du début à la fin. Pur ravissement. Je me suis laissée bercer comme si j’étais sur une mer calme un soir d’été.

Martine Delvaux aussi s’est insérée entre ses questions et ses réflexions. Avant de lire, j’ai revu Thelma et Louise, le film. J’étais tantôt Louise tantôt Thelma. Dans Thelma, Louise & moi, le livre, j’ai été l’auteure. Pourquoi, en 1991, lors du premier visionnement du film et quinze fois par la suite, pourquoi a-t-elle pleuré à la fin? Toute l’histoire des femmes y passe : nos peurs de filles, nos réactions, nos désirs, nos folies, nos envies, nos amours, nos questions, nos réponses, nos silences, nos choix et nos larmes. Disons que les rêves de l’auteure ne m’ont pas autant touchée que ses peurs et ses amours, mais le fait qu'elle explore son chemin, on se sent l'envie de regarder le nôtre.

Le film nous a marquées, le livre m’a appris pourquoi.

Mutation, métamorphose, me projeter. Je prends la couleur du roman que je lis. Je deviens l’autre. Je change de siècle ou d’année. Je change de pays. Souvent au bord de la mer, en Irlande, en Bretagne, au Maine, sur le bord du grand canyon. Souvent sur le bord d’une fenêtre. Dehors, c’est vert. Je change de vêtements, mais jamais trop chics: un t-shirt, une robe toute simple. En revanche, je garde le même environnement: la campagne, la nature, le grand air. La terre, l’eau, les oiseaux, les arbres. Quelques fleurs, je veux bien.

J’avais quinze ans. Mon père admirait, respectait, m'en parlait, me présentait : Pauline Julien, Pauline Marois, Geneviève Gillot, Claire Martin, Nicole Brossard. Ma mère m’a mis les livres de Simone de Beauvoir dans les mains. Plus tard, je lui ai mis L’Euguélionne dans les siennes. Nous étions quittes.
Je suis un peu d’elles toutes : les fortes, les courageuses, les victimes, les colériques, les amoureuses, les travailleuses, les écrivaines, les professeurs, les artistes. Et à chaque lecture, je me reconnais dans un des personnages, parfois même dans l’auteure. Et sinon, je ne lis pas.

Au fil des pages lues, je deviens le personnage. Je lis Villes de papier et je deviens une Emily Dickinson qui n’a qu’une envie : rester assise dans sa pièce préférée. Sans le blanc, sans le poème, sans le jardin, mais avec les livres comme seuls compagnons. Être là, à écouter les petits cris stridents des écureuils en souhaitant qu’ils ne fassent pas d’autres dégâts dans le moteur de mon automobile ou ne fassent pas leurs nids dans un coffre du VR.

Je lis Thelma, Louise & moi de Martine Delvaux, je me change en cowgirl. Je me vois très bien foncer sur les routes, essayer de comprendre les hommes, aider les femmes à devenir autonomes. Je revois aussi la jeune fille de 19 ans qui avait
« peur d’être suivie. Peur de faire confiance. Peur d’être aimée, peur de ne pas être aimée. Peur d’écrire. Peur d’avoir peur. Peur d’avoir peur d’écrire »
À la limite du transfert, je deviens l’auteure. Comme l’hypocondriaque qui devient le malade dans une émission du Docteur Grey.

Je suis Jo le personnage ou Louisa May Alcoot, l'auteure dans Les quatre filles du docteur March.
Je suis cette enfant solitaire qui aime lire et s’appliquer à bien tracer ses lettres, remplir des cahiers.
Je suis celle qui est parfaitement heureuse avec un livre entre les mains. Et rien d’autre.

Comme Martine Delvaux : 
« Je n’ai aucun désir d’aller écouter parler des femmes que j’ai lues et que j’admire. Je n’ai aucun besoin de les voir dans la réalité. Je n’ai pas le fantasme de les rencontrer. Elles existent à l’intérieur de moi, je vis avec leurs mots, ça me suffit. »
Dans Les villes de Papier, je me vois très bien dans cette femme solitaire qui préfère le silence au bruit des villes.
« […] comme la plupart des gens qui, en vieillissant, se raffermissent dans leurs habitudes et deviennent de plus en plus eux-mêmes, cède-t-elle [Emily Dickinson] à son penchant naturel la solitude, et à son corollaire, le silence. En vérité, cela ne me semble pas si difficile à concevoir — à la rigueur, on a plutôt du mal à comprendre pourquoi plus d’écrivains ne font pas le même choix. »
 Les villes de papier et Thelma, Louise & moi ont éclairé la fin de mon été.
« Le monde est noir et la chambre est blanche. Ce sont les poèmes qui l’éclairent »
Les villes de papier, Dominique Fortier

Ajout en complément: lire l'Aparté de Dominique Fortier au sujet des Villes de papier >>>

dimanche 29 juillet 2018

De mes lectures l'été

Le choix de mes lectures est-il différent selon les saisons? Non. La seule différence : le fauteuil et le breuvage! 
C’est l’été. Et quel été! La chaleur allège ma culpabilité de ne rien faire. Ou plutôt je me sens bien à l’aise de lire tous les après-midis.

La semaine dernière, j’en ai parlé à Karine Lessard d’Ici Première… à 6 h 25 le matin. (Oui, oui entrevue pré-enregistrée, quoique je suis souvent éveillée à cette heure).

Je résume et complète mes propos au sujet des lectures estivales.

Que lisez-vous l’été?

Même quand je travaillais à l’extérieur, même quand j’avais des vacances en été, je ne me suis jamais dit : tiens je vais lire ce livre cet été ou je vais garder ce livre pour l’été prochain ou pire, je ne lirai pas ce livre parce que c’est l’été.
Je crois que la lecture de livre, c’est plutôt selon l’âge ou selon nos besoins, nos expériences, nos passions. Aujourd’hui, je lis moins de polars, de thrillers. Presque plus d’essais. Je lis beaucoup plus de livres écrits par des femmes. Je lis évidemment plus de romans québécois que dans les années 70.

Un livre qui vous a grandement émue

Émue ou marquée? Ou remuée?
Lors de l’entrevue, j’ai fait la différence entre un livre qui m’a marquée et un roman qui m’a émue. Je l’ai dit souvent, j’ai été marquée à jamais par L’Euguélionne de Louky Bersianik publié en 1976. Pour ce qui est d’être émue, j’ai cherché dans ma mémoire et dans ma bibliothèque. J’ai pensé aux sœurs Groult, aux Filles de Caleb, à la trilogie de David Gaudreault et aussi à La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau Lavalette. Tous ces romans m’ont émue différemment, pour différentes raisons. Finalement j’ai choisi Fleurs de neige de Sara Lee parce que c’est une belle histoire d’amitié et hélas, comme souvent de trahison.

J’ai la jasette assez facile alors je n’ai pas eu le temps de raconter

Un souvenir lié à la lecture d’été

J’avais 15 ou 16 ans. Nous étions au chalet, au lac Simon. J’avais terminé depuis longtemps Les mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir et Rebecca de Daphné du Maurier, deux romans que ma mère avait glissés dans mes bagages. Mes parents jouaient au scrabble chez mon oncle et ma tante. J’aimais bien les regarder chercher, réfléchir, essayer de tricher, rire. Mais ça pouvait être long. Près d’un fauteuil, une petite bibliothèque. Deux bonnes rangées de livres. Tous des Maigret de Simenon. Je les ai tous lus. L'été suivant, j'ai apporté plus de livres, mais je savais que s'il m'en manquait, je pourrais toujours aller voir mon oncle.

La lecture au moment de l’entrevue

N’essuie jamais de larmes sans gants de Jonas Gardell.
Ce n’est pas tant le sujet du sida en Suède dans les années 1980 qui m’a vivement intéressée. D’ailleurs quand l’auteur passait au mode essai, je décrochais un peu. Ce qui m’a plu, c’est comment l’auteur raconte une histoire à travers des personnages très typés. Un témoin de Jehovah homosexuel est bien différent d’une « tantouse ». Le style de l'auteur m'a emballée, cette façon de répéter certaines phrases accentuait la narration.

Vos livres à lire plus tard

Quand plus tard? Je suis du genre tout de suite. Je choisis selon les suggestions de mon club de lecture, la revue les Libraires, Kobo, des amies.
Mais pour l’événement « le 12 août J’achète un livre québécois », je compte bien acheter ou commander: L’autre saison de Louise Simard, Les villes de papier de Dominique Fortier, Thelma, Louise et moi de Martine Delvaux.

Livres jeunesse

À la toute fin de l'entrevue, Karine Lessard m'a demandé une suggestion de livres pour les jeunes. Sans hésiter j'ai lancé le nom d'Andrée Poulin. Non pas qu'elle est de l'Outaouais... si, un peu, mais ses livres rejoignent plusieurs catégories d'âge, certains sont primés et puis parce que je la connais.

La lecture ces jours-ci

Une amie m’écrit qu’elle lit Les devins de Margaret Laurence. Wikipédia m’apprend que l'auteure est née le 18 juillet 1926 au Manitoba et décédée en 1987, Canada. Dans La presse du 6 janvier 1987, j’apprends que c’est un des écrivains canadiens les mieux connus dans le monde. Ah! oui? Sa saga de Manawaka (ville imaginaire) a été traduite par Claire Martin en 1976, introuvable aujourd’hui. Heureusement Alto l’a fait traduire à nouveau, par Sophie Bastide-Foltz et édité en… 2008.
Je décide donc de commencer par le début avec L’ange de pierre.
Comme j’aime beaucoup, j’enchainerai sûrement avec
Une divine plaisanterie
Ta maison est en feu
Un oiseau dans la maison
Les devins
.

L’été sera peut-être alors terminé. Mes lectures… jamais.

Lien vers La presse de 1987, page 12 >>>
Site des éditions Alto >>>
Émission Les matins d’ici du 26 juillet, 6h25 >>>
Site d'Andrée Poulin >>>

samedi 5 mai 2018

Carnet de roman (13)

Un an après le dernier billet de Carnet de roman, je viens encore de penser à un nouveau titre pour ce manuscrit-dont-aucun-éditeur-ne-veut. Le titre contient le mot « tête » cette fois. Si j’y repense, c’est bien sûr parce que je me suis inscrite au Camp littéraire Félix et que pour ce faire, j’ai envoyé la dernière version de mon manuscrit à l’animateur Yvon Paré, avec un titre provisoire. Mais c’est aussi parce que je lis Routes secondaires d’Andrée A. Michaud.

D’Andrée A. Michaud, oui, j’ai lu Bondrée, oui, j’avais aimé pour l’écriture, mais pas assez pour en parler parce que les polars et moi, on ne fait plus très ami-amie. Si aujourd’hui, alors que je n’ai même pas terminé la lecture de Routes secondaires, je sens le besoin d’en dire un mot, c’est non pas tant pour l’histoire un peu compliquée, ni même pour les riches descriptions de la nature, c’est parce que son idée géniale, originale, d’inviter le personnage chez elle m’a frappée. Auteure et personnage assises dans la même pièce. Présent et passé entortillés, réalité et fiction entremêlées.

« Nous devons, Heather et moi, aller au bout de cette reconnaissance silencieuse. […] ne comprenant pas mon acharnement à vouloir discerner mes traits dans ceux ombragés d’une femme que j’invente de toutes pièces, alors qu’elle est aussi vraie que l’histoire que je vis au fil de ces pages. »

Comme la majorité des auteurs, je marche souvent sur une route ou sur une plage en jasant avec mes personnages, mais de là à les inviter dans le roman même!

Depuis plus de dix mois, j’essaie soit d’oublier soit de trouver une nouvelle façon de présenter ce manuscrit-dont-aucun-éditeur-ne-veut (tout comme il y a eu dans les années 2009 la maison-d’édition-qui-n’avait-jamais-dit-non). Soit je l’améliore pour que Vents d’ouest qui a déjà publié les deux premiers tomes (même si le mot ne figure pas sur les couvertures) de la trilogie l’accepte enfin, soit je le réécris comme si les deux premiers n’existaient pas pour qu’un éditeur le trouve publiable. Dans le second cas, comment ne pas répéter ce qui a déjà été écrit?

Le roman d’Andrée A. Michaud me souffle l'idée. Et si je faisais de Dominique, un des deux personnages de mon histoire, une seconde Bridget Bushell, personnage principal du roman Les têtes rousses? Au fond, c’est ça que je veux depuis le début : que Dominique vive les mêmes expériences qu’a vécues Bridget. C'est ça que j'ai écrit, croyais-je. Montrer que c’est possible qu’on revive les mêmes émotions que nos arrière-arrière-grands-parents. Qui sait?

Andrée A. Michaud m’y a fait encore penser en écrivant :
« Le souvenir existe-t-il chez qui vient de naître? Qu’en est-il du passé, en effet, de ces personnages qui débarquent à la page 12 d’un roman alors qu’ils sont déjà trentenaires […] Est-il possible d’expliquer les personnages en fonction de leur hypothétique passé ou leur existence n’est-elle effective qu’à partir du moment où ils entrent en scène? »
On m’a dit souvent de faire confiance à l’intelligence du lecteur alors j’ai cru que les lecteurs verraient que les pas de mes personnages suivent les sillons creusés par son aïeule. Faut croire que ce n’était pas si clair ou si intéressant. Il faut plus. Il faut mieux. Il faut peut-être s’appeler Andrée A. Michaud et avoir publié Bondrée avant.

dimanche 15 avril 2018

Lire un extrait avant de choisir

revue Les libraires
Bien sûr, comme tout le monde qui vit au nord du 50e parallèle, j’ai hâte de pouvoir passer plus de quinze minutes sur une galerie ou sortir sans bottillon ou laver mon auto pour voir sa couleur réelle. Bref, j’ai hâte que la neige disparaisse, que le blanc et le brun sale laissent la place à toutes les nuances de vert.

Mais aurai-je autant de temps pour lire? Je délaisserai peut-être la lecture et l’écriture pour le voyage? Ou pour ramasser les aiguilles de pin, brûler les branches tombées cet hiver, et faire disparaître tout ce cailloutis laissé par les passages de la charrue.

Pour l'instant au lieu de craindre ce verglas tant annoncé, je me réjouis de l’abondance de romans que la dernière revue Les libraires offre à mon appétit insatiable. Est-ce moi ou il se publie beaucoup plus de livres qu’à mes vingt-trente ans?

Honneur également à Kobo : liseuse ou site. Six mois que j’ai ma liseuse, j’ai découvert depuis peu l’outil « trouvez votre prochaine lecture ». Probablement ajouté pour promouvoir l’achat de livre via un compte Kobo, mais moi, je l’utilise principalement pour lire des extraits. Merci à tous les auteurs qui, dans leur contrat d’édition, acceptent que des extraits soient publiés. Parfois de cinq pages, mais jusqu’à 30-40 pages. C’est appréciable, assez pour savoir si je veux me procurer le roman.

Donc, dès que je vois dans une revue, un journal, un blogue qu’on parle d’un roman, qu’on pique ma curiosité parce qu’on en dit du bien, qu’on lui décerne un prix, ou parfois parce que le sujet m’intéresse, je délaisse ma tablette pour ma liseuse.

Ainsi rien que cette semaine, j’ai lu des extraits de :
Royal de Jean-Philippe Baril Guérard
La femme de Valence d’Annie Perreault
Si tu passes la rivière de Geneviève Damas
Sentinelle de la pluie de Tatiana de Rosnay
Vous écrivez? Le roman de l’écriture de Jean-Philippe Arrou-Vignod

Frustration évidemment devant l’absence de Débâcle de Lize Spit publié chez Actes Sud. J’essaie de comprendre les raisons de ces quelques éditeurs, dont Actes sud et Lémac entre autres, à refuser de fournir (est-ce le bon verbe?) leurs livres numériques (parce qu’ils publient quand même en numérique) à pretnumerique.ca. Je me demande s’ils ont vérifié si ça vaut encore la peine? Si leurs raisons premières valent encore? Sont-ils moins piratés? Les auteurs sont-ils toujours d’accord? Est-ce moi qui deviens comme ces jeunes qui croient que tout livre, toute musique, toute œuvre d’art doit être accessible gratuitement au public? Pourtant non, j’espère que non. J’espère de tout mon cœur d’auteure que les auteurs dont les livres se retrouvent sur la plateforme pretnumerique sont payés à juste titre pour leurs romans numériques. J’ai hâte de voir une étude à ce sujet.

Encore heureux (non c’est faux) qu’on ne parle pas tant de livres dans les médias, je trouve que je ne lis pas le quart de ce qui m’intéresse. Comme pour toute nourriture, je dois choisir et je dois surtout apprendre à manger lentement, à manger moins et mieux. Surtout qu’avec la BANQ ou réseau Biblio Outaouais, mes deux approvisionneurs, je suis limitée à trois semaines pour lire. Je délaisse donc certaines lectures pour en privilégier d’autres. Les critères de sélection sont souvent aléatoires, souvent le nombre de pages, parfois le style.

Ainsi, entre Les loyautés de Delphine de Vigan et La bête creuse de Christophe Bernard c’est Delphine de Vigan qui a gagné. Entre La bête creuse (j’ai essayé à nouveau) et La promesse de l’aube de Roman Gary, c’est ce dernier qui a remporté parce que j’ai encore de la difficulté avec ce genre de phrases quand elles sont dans la narration : « quelques curés bénévoles quand il coachaient », « Faque tu te lèves », « ses frères jobaient à la scierie », « Labatt avait été obligée de clairer deux employés ». J’ai nettement préféré « si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine ». Oui, je sais, je suis vieux jeu. Pourtant je veux, j’essaie, j’accroche souvent. Je cherche surtout à comprendre, à me psychanalyser pour savoir si c’est de la jalousie, de l’envie, du snobisme, de la résistance. Et puis, je me dis qu’on peut bien préférer la framboise à la fraise sans nécessairement chercher à remonter à son enfance pour savoir pourquoi. Et je sais aussi qu’un jour prochain, je goûterai aussi à quelques fraises… à moins qu’une autre talle de framboises m’attire.

Faut-il dire que La promesse de l’aube de Roman Gary c’est joyeux, ça fait du bien : pas de meurtre, pas de conflit, pas de tare, même pas d’amour contrarié. Non, qu’un bel hommage d’un homme à sa mère. Comme un goût de printemps où tout sera beau et doux.

Devant tant d’abondance de publications, quels sont vos critères de choix?

jeudi 22 mars 2018

Un peu, beaucoup, intensément aimé

Vous le voyez sur l’image, il s’agit du roman La porte de Magda Szabó.

Découvert via le blogue de Madame lit où il était question surtout d’Abigaël d'une auteure hongroise que je ne connaissais pas. Mais comme Abigaël n’était pas libre à la BANQ, j’ai choisi La porte dont on dit également du bien à peu près partout.

Dès le premier chapitre, après avoir lu ceci :
« J’ai vécu avec courage, j’espère mourir de même, avec courage et sans mentir, mais pour cela, il faut que je vous dise : c’est moi qui ai tué Émérence. »
j’étais bien accrochée comme un poisson qui frayait tout de même dans une eau assez profonde si on considère les livres que j’ai commencés sans les terminer ces dernières semaines.

N’allez pas croire que c’est un polar. C’est le portrait d’une femme. Une femme de ménage, une sorte de concierge de tout un bloc de maisons. Elle n’est même pas attachante comme Anne Frank, ni méchante comme Tatie Danielle, ni fielleuse comme Nelly Arcan. Je n’aurais pas voulu la rencontrer dans la vie ni surtout devenir son amie ou sa proie. Elle aime donner sans jamais rien accepter en retour, elle engueule la romancière comme c’est pas permis. On continue de lire non pas tant pour voir qui va enfin la remettre à sa place, mais pour voir pourquoi elle cherche querelle à tout le monde et pourquoi elle n'ouvre pas cette satanée porte.

Les chapitres sont denses, les dialogues rares, en fait Émérence parle et la romancière écoute ou plutôt encaisse les rebuffades tout autant que le chien Viola qui pourtant veut toujours retourner vers la concierge.

J’emprunte à Naïm Kattan un meilleur résumé :
« Afin de pouvoir se consacrer librement à son écriture, la romancière, qui vit avec son mari, engage une aide-ménagère, Emerence, qui est le personnage central du roman. Femme aussi solide qu’insaisissable, aussi efficace que mystérieuse, elle agit comme concierge, balaie la neige et est entourée des voisins. Or, sa propre porte reste close et elle interdit l’entrée dans sa maison à tout le monde. Réservée, taciturne, elle fait le ménage chez les Szabo et s’occupe de leur chien Viola. »
Naïm Kattan, Le Devoir 6 décembre 2003
J’avais oublié combien j’aime les biographies. Les vraies ou les fictives. J’aime les portraits, les histoires à un seul personnage. Comme Le père Goriot de Balzac, comme Madame Bovary de Flaubert, comme Alexandre Chênevert de Gabrielle Roy. Si l’auteur tient absolument à me situer le personnage dans une époque et un lieu, je veux bien, comme ce roman qui se situe en Hongrie, dans les années 50 je dirais, mais ce n’est qu’un décor bien secondaire. Ça pourrait se passer ailleurs et en un autre temps. Donc le lecteur est bien concentré sur le personnage sur la relation entre la narratrice qui écrit au je et cette Émérence qui nous surprend par son intransigeance, son amour des animaux, et sa porte… fermée.
Et même si j’avais bien hâte de voir pourquoi la narratrice affirme l’avoir tuée, je n’ai pas passé une page, pas un mot.
 
J’ai intensément aimé.
J’attends Abigaël.
Entre-temps Les querelleurs de France Théoret.

Blogue littéraire de Madame lit >>> 

vendredi 16 février 2018

Petit bonheur matinal

Le bonheur est parfois si facile. Dans mon cas, il tient parfois, souvent à un livre.

Dans les médias, je surveille tout ce qui se rapporte à la littérature. Et dans l’ordre de mes intérêts, le cinéma n’est jamais bien loin. Aussi, ce matin, j’ai lu attentivement l’article sur le film qui sortira bientôt au Québec : Les gardiennes. Quand j’ai lu « un film de Xavier Beauvois, d’après le roman d’Ernest Pérochon », quel mot croyez-vous a retenu mon attention? Le mot « roman ». Que croyez-vous que j’ai fait?
film de Xavier Beauvois

Évidemment je me suis ruée sur Google, jamais bien loin, toujours un onglet ouvert sur ma tablette. J’ai cherché le nom de cet auteur que je ne connaissais pas. J’ai appris qu’il avait remporté le Prix Goncourt en 1920, pas pour ce roman, mais pour Nêné. Un auteur vite oublié devant le Goncourt de l’année suivante : Marcel Proust.

D’après l’article, les photos, la couverture de la nouvelle édition, l’histoire se déroule à la campagne. J’aime déjà. Il y aura plus de silence que de bruit, plus d'arbres que d'asphalte. Déjà aussi, je pressens l’atmosphère, l’odeur des champs, la lenteur de la vie. Que l’actrice principale soit Natalie Baye était secondaire pour moi tout en offrant une promesse de succès. Ce qui m’intéressait c’était le roman. J’ai vu qu’il avait été réédité au cours des ans, ce qui présupposait de sa notoriété. Je ne pouvais me réjouir de cette réédition pour l’auteur étant donné qu’il est décédé en 1942, donc probablement plus de droits d’auteurs à ses descendants, mais alors un bon coup pour l’éditeur.

Comme la BANQ n’a pas encore obtenu le roman en numérique, j’ai cherché sur ma liseuse. Grâce à ma Koko, j’ai pu obtenir l’extrait de plusieurs pages.

Sous le titre : terroirs classiques. Déjà, j’avais un petit faible.
« La plaine s’étend, monotone, à perte de vue; quelques haies d’épines y poussent et quelques noyers, trop rares pour arrêter le regard. »
« Un beau soir favorable à la besogne »
« Avez-vous entretenu le feu de nos maisons aimées? […] Servez-moi les fruits de mon verger et versez dans mon verre le vin de ma vigne. »
Un délice. Une chanson douce. Une lecture jouissive.
Un bonheur.

Et un vocabulaire du terroir qui ravive les années 1920, en France. Comme un retour dans une vie que j’aurais vécue, toute rude soit-elle. Des personnages que j’aurais envie de côtoyer, d’écouter me dire leurs silences et leurs misères. Des caractères bien campés que j’aimerais tellement créer.

C’est comme si je retournais voir mes grands-parents qui, pourtant, n’ont connu ni la campagne française, ni le dur labeur des champs, ni les maisons de pierres humides et encore moins la guerre de 1914.

Pourquoi j’aime autant… je ne saurai jamais. Ou je me connais mal. Ou je n'ose penser à la réincarnation.
Et si ce bonheur survient tôt le matin, je porte sur mon visage un grand sourire toute la journée.

Et vous, quel roman oublié avec-vous découvert parce qu’un réalisateur en a fait un film?

Si la bande annonce du film vous intéresse>>>

vendredi 2 février 2018

Le temps d'une lune



Il aura fallu le temps d’une lune pour me ramener sur terre.
Sur la terre québécoise, la terre enneigée, la terre des obligations.
De la Floride, après deux mois de vagabondages, de voisinage, de flânage, de bruit et de soleil, je suis partie un 2 janvier frisquet, je suis arrivée au Québec un soir très « frette », mais il aura fallu un bon mois pour que reviennent l’impatience et l’inquiétude en retrouvant le système de santé québécois.
Un bon mois pour retrouver amis, familles, routine quotidienne, repas à la mijoteuse et pelletage. Mais aussi un bon mois pour trouver un roman qui m’intéresserait suffisamment pour que je n’abandonne pas après deux chapitres.

Et je ne l’ai pas trouvé là où je m’y attendais. Loin de là.
Toute une surprise. On me l’aurait dit hier ou avant-hier, j’aurais dit : sûr que non.
Pas une autre traduction. Pas encore des mots d’argot français sur lesquels je bute et qui me dérangent dans la compréhension de l’histoire (J'ai abandonné C'est le coeur qui lâche en dernier de la canadienne Margaret Atwood pour cette raison: au Canada, on ne raque pas des clous et personne n'a pas de ratiches). De plus, pas une histoire de gars, de petits voyous qui fument et pas que des cigarettes, qui volent, qui donnent des coups de poing à la moindre provocation. Je suis plutôt histoires d’amour, relations à comprendre, de mère fille ou de femme compliquée. Des histoires québécoises, bien souvent. Européennes, sans problème, mais qui se passent aux États-Unis — paradoxalement, pour quelqu’un qui aime bien s’y rendre —, de moins en moins.

Mais voilà, ce qui m’a sortie de ma léthargie, ce qui m’a ramené dans la lecture que j’adore, plus vrai pour moi que celui de la quotidienneté, c’est, ai-je cru en lisant le nom de l’auteur, une histoire de gars de moto qui commence à Providence, États-Unis. En lisant un peu sur cet écrivain dont j’ignorais tout (pourtant il doit être assez connu puisque son nom sur la couverture est plus gros que le titre), j’ai compris que c’était un Français et donc, ce n’était pas une traduction.

Que s’est-il passé pour que j’accepte, que j’adhère, que j’embarque, que j’aime et que je m’abandonne complètement dans cette histoire?
Le saurai-je jamais?
Parce que le sujet de la liberté et de l’amitié ne suffit pas à expliquer mon engouement.
« Quand j’ai rejoint Freddy, Oscar et Alex, et qu’on a commencé à parler en fumant nos cigarettes, je ne saurais trop expliquer pourquoi, mais je ne me suis senti chez moi. Mieux que chez moi. Je me suis senti parmi les miens. »
Il faudrait que je creuse pour savoir pourquoi cette histoire m’a happée dès le début. Comme les histoires de chiens abandonnés, oubliés qui marchent des jours, des mois pour retrouver leur maître ou qui se laissent mourir quand ils ne l’ont plus.

C’est pas que l’histoire, pas que le titre, c’est aussi comment c’est écrit. Du dedans.
« Toutes ces phrases que j’écris, j’ai peur que ça s’efface, avec le temps. Le crayon, c’est comme l’amitié, ça tient pas toujours bien. De toute façon, je sais pas trop qui va bien lire tout ça, toute cette foutue histoire. Je sais pas pour qui je me prends, à m’imaginer comme ça que ma vie intéressera quelqu’un pour la lire. »


Ce livre d’une lune retrouvée, c’est Nous rêvions juste de liberté de Henri Lœvenbruck.

Et vous avez-vous déjà lu quelque chose que vous n’auriez jamais cru possible de lire?

dimanche 21 janvier 2018

Suis-je atteinte de tsundoku?

Deux semaines déjà que je suis revenue d’un séjour dans le sud et on dirait bien que je ne m’en remets pas. À quoi je le vois : mes rêves la nuit, mes pensées le jour.

Je suis parvenue à retrouver un rythme à peu près normal pour la plupart de mes activités.
Sauf pour la lecture.

Depuis mon retour, je n’ai pas attrapé de rhume, mais suis-je atteinte de tsundoku?
Un genre de bibliomanie. Accumuler des livres. Y toucher à peine. S’étourdir à feuilleter, à chercher le suivant. Distraite tout le temps. Trop dans ma vie pour m'intéresser à celle des autres?

Livres lus en décembre

En voyage, en décembre, une fois bien installée au « RV park », j’avais réussi à terminer six livres. Deux Musso qui, malgré mes préjugés tenaces, m’ont bien plu. Le dernier Ken Follet égal à lui-même, je n’ai passé que la partie de l’Espagne. Un premier Patrick Modiano pour moi, assez bien pour que j’en lise d’autres. Un Margaret Atwood dont je n’ai lu que la partie de Grace, trouvant que celle du docteur n’apportait rien à l’histoire et finalement un Tatiana de Rosnay parce que j’avais aimé la biographie qu’elle avait écrite sur Daphné du Maurier.







Mais depuis mon retour, rien. J’accumule, j’entasse, je télécharge, j’emprunte. Tout m’attire : les auteurs découverts récemment : Modiano, Claudie Gallay, les auteurs avec qui je renoue : Joyce Carol Oates, Margaret Atwood, les nouveautés, les parutions récentes. 

Rien n’y fait, je n’accroche pas. Je lis quelques pages, un chapitre, un extrait et je passe à autre chose. Quand je ne m’endors pas en bas de la page.
Livres commencés en janvier

Le lendemain, bien reposée, je me hasarde à aborder d’autres histoires que j’espère plus accrocheuses. Non. Même le long extrait du tome 4 de L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante ne me convainc pas de me le procurer sur le champ, ce qu’en d’autres temps, rien qu’à voir le titre, j’aurais fait sans me poser de questions. Il faut dire que le prix élevé du livre me freine.

Quel titre ou auteur réussira à tranquilliser mon esprit, à me faire reprendre un rythme coutumier?

La pile s’allonge.
La convalescence s'étire.

En êtes-vous atteint-e?

mardi 29 août 2017

Escarpins ou runnings?

Je suis bi. Comme dans amBIguité. Comme dans amBIvalente. Comme dans uBIquité.
Je peux en même temps aimer et détester. Être ravie et choquée. Être enthousiaste et déçue. Être ange ou démon.
Et depuis quelque temps on dirait que les livres que je choisis de lire me mettent devant cette plurivocité.

Ce fut La servante écarlate de Margaret Atwood et Putain de Nelly Arcand.
Ce fut Lettre de consolation à un ami écrivain de Jean-Michel Delacomtée et L’avalée des avalés de Rejean Ducharme.
Et maintenant c’est La langue affranchie et Le plongeur.

Un contredit l’autre, un est l’envers de l’autre. Comme un cours de littérature comparée. Affrontement assuré. Les gros mots contre les doux, les mots soignés contre les familiers, les anglais contre les français. 
Le noir et le blanc.
L'ange et le démon.
Les escarpins et les runnings.

Je ne veux pas juger, mais je compare. Je ne veux pas donner de notes, mais je compare. Je déteste jouer avec mes petites cellules cérébrales de la sorte. Mon cerveau joue au yoyo avec mes émotions. Je ne veux pas prendre parti, mais ni tergiverser. Évoluer, mais ne pas jeter à la poubelle tout ce que j’ai appris.

Qu’est-ce qui fait défaut chez moi? Quand L’avalée des avalés a été publié, j’avais 16 ans, je ne me suis pas identifiée à Bérénice. Je n’ai pas compris grand-chose. C’était en même temps que Une saison dans la vie d’Emmanuelle, c’était le début de la littérature québécoise — pour moi en tout cas — je n’étais pas prête, j’étais encore trop littérature française. Trop escarpins. Quand Putain est sorti, j’avais 50 ans, je n’ai pas aimé, j’ai cru que c’était vulgaire, je ne l’ai pas tout lu.

Et là, Le plongeur de Stéphane Larue que tout le monde encense, que tout le monde achète.
Oui, je lis, oui, je suis assez d’accord avec Yvon Paré qui trouve que le roman « envoûte dès les premières pages » (1). Même si je crois que ce sont surtout les hommes, les jeunes hommes ou ceux qui ont connu ce milieu qui apprécieront — moi, on le sait je suis plutôt fleur bleue —, ce que je remarque surtout c’est que personne ne parle des niveaux de langue. Et c’est là que mon petit démon n’a pas trouvé les runnings très confortables. Larue passe de :
« Sur une étagère crasseuse en métal haute et large s’entassaient des piles d’assiettes maculées, des chaudrons recouverts de sauce tomate cramée dans lesquels on avait laissé des louches tordues ou des pinces enduites de couches indifférenciées de jus, des récipients au fond desquels croupissaient des légumes en juliennes molasses ou des restes visqueux de marinade, des plaques de cuisson couvertes de gras et de lambeaux de peau de poulet calcinée. »
... à  l’emploi de : Staff, shift, doormans, close, drinks, piasses, pawnshops, bad luck, bushgirls, cooks, cheap. Pour ne nommer que ceux-là. Sans les mettre en italique. Et pas que dans les dialogues, mais dans la narration, au beau milieu d'une belle phrase au style recherché. 

Je me croyais prête. L’insolente linguiste Anne-Marie Beaudoin-Bégin m’avait préparée.
« Cessons de critiquer. Cessons de condamner. Rabaisser la langue des autres, ça n’a jamais donné de bons résultats. Jamais. Rabaisser les autres tout court, ça n’a jamais donné de bons résultats »
« Les critères pour savoir si telle forme appartient à du «bon» ou à du «mauvais» français sont en fait des critères sociaux. Importants, primordiaux, essentiels. Mais sociaux. Il y a, certes, des formes qui sont plus valorisées que d’autres, plus adéquates dans les contextes formels. Mais cela ne veut pas dire que ces formes sont, en soi, supérieures ou «plus françaises». Cela veut seulement dire qu’il y a un consensus voulant que ces formes soient les symboles d’un décorum social nécessaire dans certaines situations. Comme la cravate ou les escarpins. »
Delacomtée ne jure que par la cravate et les escarpins et il m’a fait ch… Alors, je devrais aimer Larue qui ose, qui passe d’un code à l’autre, d’un langage soigné au familier sans que personne (jusqu’à maintenant) ne trouve à y redire. Tant mieux, devrais-je penser. Oui, mon ange le pense et il veut bien essayer de nouveaux souliers! Et laisser lecteurs, auteurs et éditeurs libres de leur choix. Mon démon se rebiffe pourtant encore un peu. Il s’accroche dans ses vieux escarpins! Il est plus à l'aise en suivant des règles et en se soumettant à une autorité. Il se demande où chercher la définition d'un mot si celui-ci n'est pas dans un dictionnaire français. Il doit de plus en plus chercher dans le Harrap's! Mon ange a la réplique toute trouvée: cherche sur Internet, sur les réseaux sociaux. Évidemment. Facebook et Twitter chaussent des runnings, c'est bien connu!

À défaut de les conforter, il me reste donc à les confronter, ces petites bêtes, à les forcer à se parler, à se regarder bien en face, à faire des compromis, à évoluer. 
Qu'ils me trouvent une paire de souliers qui me conviennent.

(1) billet d'Yvon Paré>>>

vendredi 30 juin 2017

Je suis nordique

Catherine Poulain, roman qui se passe en Alaska
Je suis nordique. Je m’en doutais, mais, malgré le choix de mes destinations, je n’avais pas vraiment réalisé. Qu’il s’agisse de voyages ou de lectures, ce qui m’attire c’est le nord. Plus précisément tout ce qui se situe au nord du 35e parallèle. 

Entre les palmiers et les sapins, je choisis les sapins.
Entre le sable trop chaud, et la mer froide, je choisis la mer.

Par contre je n’aime pas les extrêmes. Je ne veux n’avoir ni trop chaud ni trop froid. Et de connaitre la vie de ceux qui subissent ces extrêmes, j’avoue que ça ne m’intéresse pas trop. Si donc il m’arrive d’aller en Floride ou en Andalousie, ce sera pendant les mois de mon hiver québécois. Leurs 40 degrés, très peu pour moi. Quand j’ai été en Alaska, ce fut en août, leurs moins 40 ne m’intéressent pas non plus. 

Entre : 
«Les terres afghanes ne sont que des champs de bataille, arènes et cimetières. Les prières s’émiettent dans la furie des mitrailles, les loups hurlent chaque soir à la mort, et le vent, lorsqu’il se lève, livre la complainte des mendiants au croassement des corbeaux.» 
et 
«Il fait très beau a Anchorage. J’attends derrière la vitre. Un indien me tourne autour. Je suis arrivée au bout du monde. J’ai peur. Et je réembarque dans un tout petit avion. L’hôtesse nous donne un café et un cookie et puis on s’enfonce dans la brume, on disparaît dans le blanc et l’aveugle, tu l’as voulu ma fille, ton bout du monde. L’île apparaît entre deux échappées de brouillard – Kodiak. Des forêts sombres, et puis la terre brune et sale qui parait sous la neige fondue. J’ai envie de pleurer. Il faut aller pêcher maintenant.»
je n’ai pas trop longtemps hésité.

J’aurais voulu choisir le style plus classique, le français plus soigné. J’ai oscillé entre le nom Yasmina Khadra plus connu et celui, tout nouveau, de Catherine Poulain. Que leurs romans aient remporté des prix n’a pas compté dans mon choix, mais je dois avouer que j’ai un petit faible pour un prix qui s’appelle prix Henri-Queffelec, qui pour moi signifie la Bretagne, la mer. 

Entre le désert et la mer, je choisis la mer. 
Entre les champs de bataille et les tempêtes de neige, je choisis la neige.
Entre un tigre et un ours, je choisis l’ours.

Je sais, je n’ai pas à choisir, je peux très bien lire les deux. Je lirai probablement les deux. Mais depuis deux mois que j’ai le tout petit à la couverture bleue, et cinq fois je l’ai ouvert, cinq fois, j’ai lu trois-quatre pages alors que l’autre, là, même en numérique, je n’ai pas hésité une seconde. Dès la première phrase : « Il faudrait toujours être en route pour l’Alaska », je savais que j’allais être infidèle et lâche. 
Je me suis précipitée. J’ai dévoré goulûment. 

Je reviendrai sûrement à l’autre roman, à la couverture de ruines et de femmes voilées. Par curiosité, pour voir ce que les lectrices de mon cercle de lecture lui trouvent tant. Mais moi, réussirai-je à vendre ma pêcheuse en Alaska? À des caravaniers qui, comme moi, ont visité Homer, ont vu les flétans, ont vu les grizzlys. Qui comme moi, sont plus nordiques. Sûrement. Et qui, comme moi, peuvent être en colère contre les humains qui tuent des humains, mais qui pleurent quand ils frappent un chevreuil ou qui seraient prêts à adopter un ourson abandonné. 
Oui, à ces voyageurs, mais aux lectrices et lecteurs qui me lisent ou m’écoutent, je n’essaierai même pas. Je ne suis pas bonne vendeuse, je peux juste dire qu’entre Les hirondelles de Kaboul et Le grand marin, j’ai choisi la pêcheuse de l’Alaska.

Parce que je m'y voyais. Ou plutôt m'y revoyais.
Parce que je suis nordique. Et j’assume.

site de mon voyage au Yukon-Alaska>>>

dimanche 25 juin 2017

Crustacés, mer et romans

Lectures de Claude Lamarche
Après la mer et le homard du Maine, j’ai longé les rives qui mènent au Nouveau-Brunswick. 

Dans mon site de voyages et d’escapades (lien à la fin de ce billet), que je suis en train de modifier pour le rendre plus au goût du jour, ce qui peut prendre un peu de temps étant donné les quelque 80 pages à reprendre, je donne des informations pratiques, je raconte ce qui peut intéresser des voyageurs, des caravaniers. Ici, dans un blogue qui ne se limite pas aux voyages, je note plutôt des impressions, j’ajoute d’autres détails. Comme si je m’adressais à un lectorat plus large. À qui veut bien lire en fait.

Donc, ces douze jours au bord du fleuve, des rivières et des baies, ça ressemblait plutôt à des vacances. Mais pas de celles qu’on prend quand on travaille toute l’année. Plutôt comme celles qu’on prend quand on a le temps, mais sans vouloir aller loin, aller vite. Découvrir un peu de nouveau, oui, mais aussi retrouver nos endroits préférés. Comme si on allait prendre des nouvelles de la parenté. Ne sachant pas trop quand on les reverrait la prochaine fois, non parce qu’eux disparaissent, mais parce que nous, nous n’avons plus les mêmes envies. De moins en moins envie d’aller ailleurs. On est bien chez nous. Par contre, disons qu’en juin, cette année surtout, avec toutes les mouches noires qui, gourmandes et voraces, nous assaillaient, le petit vent du large nous a fait le plus grand bien. 

Et puis en juin, malgré que certaines activités ne sont pas offertes, comme le Pays de la Sagouine, il demeure plus agréable de voyager qu’en juillet ou août : moins de monde sur les routes, plus de places dans les campings, et surtout moins chaud. À un ressenti de 30 degrés et plus, je préfère ma piscine. Il a fait relativement beau, seuls les deux derniers jours, les nuages crachaient leur pluie forte pendant dix minutes et s’en allaient ensuite déverser leur colère dans la région voisine.

J’ai pu manger du poisson (comprendre frais) et des fruits de mer à mon goût. J’ai lu aussi. J’ai terminé Celle qui fuit et celle qui reste, le tome 3 de L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante. Malgré mon peu d’intérêt pour les batailles ouvrières de l’Italie des années soixante, j’ai beaucoup aimé suivre l’évolution des deux amies, différentes et semblables à la fois, qui s’aiment et s’haïssent, qui s’évitent tout en pensant toujours à l’autre. 

J’ai beaucoup souri et même un peu pleuré en lisant Demain, j’arrête, de Legardinier. L’auteur est un homme, mais il a très bien réussi à dépeindre toutes les petites pensées d’une femme amoureuse. Et ce n’est pas son seul talent. 

Et une autre histoire de couple, Le mec de la tombe d’à côté. L’auteure Katarina Mazetti a utilisé une technique que j’admire : donner la voix à chacun des personnages pour le même événement. Un chapitre elle, un chapitre, lui. Contrairement au livre précédent, le couple ne résistera pas à leurs différences.

Le retour fut d’autant plus facile que les nuages noirs ont mis leur menace à exécution. Finalement, après le blanc des vagues, le brun des plages sablonneuses ou rocailleuses, le rouge des crustacés succulents, je reviens aux verts de chez nous. Pour tout l’été.

Pour l’album photo au complet, voir le site de voyages >>>

dimanche 7 mai 2017

Le chœur des femmes a conquis mon cœur

Si je tenais un blogue d’actualité, je parlerais des inondations. De la rivière Petite-Nation et de la rivière des Outaouais.
Si j’étais très politisée, je parlerais des élections présidentielles de la France, je dirais que j’hésite à partir aux États-Unis pour punir Trump, pour exprimer mon désaccord avec ses décisions.
Mais voilà, il pleut donc je lis. J’hésite à voyager, donc je lis.

Choix entre :
Pieds nus dans l’aube, Félix Leclerc 
Le bal des absentes, Julie Boulanger et Amélie Paquet
Celle qui reste, celle qui fuit (tome 3 de L’amie prodigieuse), Elena Ferrante
Violette Leduc, Carlo Jansiti
Le chœur des femmes, Martin Winckler
Les hirondelles de Kaboul, Yasmina Khadra
Le vieux qui lisait des romans d’amour, Luis Sepúlveda

Mais cette liste, établie comme un devoir de méthodologie, aussi ennuyante qu’une commande à un libraire ne dit rien, ne révèle rien, ne vend rien, n’inspire rien. 
Vient le temps de choisir lequel je lirai aujourd’hui, là maintenant, dans l’état d’esprit dans lequel je suis alors que la pluie tombe, légère, mais ininterrompue, alors que j’ai encore à l’esprit tous les livres vus, toutes les phrases entendues il y a une semaine déjà.
Je feuillette un peu. Je lis les premières pages ou la quatrième couverture. Pas de critiques qui pourraient m’influencer.

Les quatre premiers m’attirent :
Pieds nus dans l’aube parce que je veux relire (comprendre que j’ai tout oublié) avant la sortie du film produit par le fils de l’auteur.

Le bal des absentes parce que j’aime bien le blogue de ces deux professeurs de cégep qui voudraient bien qu’il y ait plus de livres écrits par des femmes dans les cours offerts au collégial. Mais comme c’est un livre qui donne envie de lire d’autres livres, je vais retarder un peu. Je vais commencer par lire ceux de cette liste.

Quant au roman d’Elena Ferrante, comme il m’appartient j’ai tout le temps de le lire et je veux retarder le moment de déguster comme on le fait pour un dessert rare… et cher

Tout ce qui tourne autour de Simone de Beauvoir m'a toujours intéressée depuis que j'ai lu Les mémoires d'une jeune fille rangée, à quinze ans. Alors la biographie de Violette Leduc, auteure de La bâtarde, lu également à l'adolescence, devrait me plaire. Comme la majorité des biographies.

Les trois derniers ne me disent rien. Ni Kaboul ni l’Amazonie ne m’attirent, ne m’ont jamais attirée. Il fallait tout le talent d’une ou deux membres de mon cercle de lecture pour me convaincre de tenter l’aventure. Je suis une irréductible Nordique. Une incorrigible romantique qui préfère les histoires d’amour, les relations humaines plutôt que les descriptions de la nature ou les conflits raciaux.

Donc, j’ai opté pour Le chœur des femmes. J’ai plongé. Je n’en suis ressortie qu’hier. Lu le matin au déjeuner, une bonne partie de l’avant-midi, délaissant les tâches ménagères. J’ai lu le soir alors qu’il n’y avait rien d’intéressant à la télévision. J’ai lu certains après-midis puisque de toute façon je ne pouvais aller me promener en bicyclette ni semer de gazon. 
De toute façon, je n’avais pas eu besoin d'autre raison que de vouloir poursuivre parce que j'aimais, point. 

C’est l’histoire toute simple du gentil docteur qui soigne et non pas qui diagnostique et du stagiaire qui ne cesse de râler. Un roman français, avec quelques clins d’œil au Québec, une parlure argotique que j’adore. Une apparence d’opéra où les choristes chantent chacun leur tour soit andante ou largo ou lento. On s’en fout. Surtout divers points de vue sur le monde médical (l’auteur est médecin lui-même). Un secret révélé à petites doses, à la limite du vraisemblable, mais qu’est-ce que j’en sais moi de la science médicale. Bien sûr, selon mes bonnes habitudes, j’ai passé plusieurs pages, des cas vécus et détaillés qui n’apportent rien à l’histoire, mais jamais, je n’ai voulu lâcher. Et suprême habitude qui confère à l’ouvrage son quatre étoiles et demi — si j’avais à lui en attribuer une —, même après avoir été voir la fin, je suis revenue tout lire dans l’ordre. Et mieux encore, la lecture m’a insufflé quelques idées — en tout cas quelques paragraphes — pour mon roman toujours en cours de correction.

Alors, bien sûr, je veux que la pluie cesse, que les rivières reprennent leur cours… mais je trouverai bien d’autres prétextes pour entamer le prochain : Le bal des absentes.

mardi 25 avril 2017

Festin de livres et plus encore

Les trois événements n'ont de rapport entre eux que le seul fait qu'ils se suivent sur mon calendrier. Le seul lien est le livre, ma passion, mon obsession, mon bonheur.

J’aime l’objet : le toucher, le sentir, l’ouvrir, le découvrir. 
J’aime le geste : tenir un crayon, un stylo. Ouvrir un cahier neuf et laisser glisser la plume. Ouvrir un livre neuf, le cœur battant. Feuilleter un livre que quelqu’un a déjà lu. Imaginer ce qu’il a pu en penser. Fut-il déçu pour le laisser aller? 
J’aime lire, j’aime écrire. 
Je serai choyée : cinq jours consacrés au livre.

Jeudi matin, 27 avril: une entrevue vidéo avec l’Association des auteurs de l’Outaouais où je parlerai de l’auteure que je suis, de mon rapport avec les lecteurs, de l’importance d’une association. Et d’un objet qui inspire mon œuvre. Qui saura deviner lequel? 

Jeudi après-midi et vendredi: bénévolat à trier des livres d’occasion, à préparer la salle pour le premier Festin de livres organisé par le Centre d’action culturelle de la MRC Papineau

Samedi, dimanche 29-30 avril: rencontre des visiteurs, des lecteurs, des amoureux, comme moi, des livres. À écouter conférenciers, animateurs, auteurs. À feuilleter des livres neufs ou d'occasion. À se régaler littéralement, littérairement. À parler de romans ou de patrimoine ou d’histoire ou de généalogie ou des produits du terroir. 
Ou du beau temps, du printemps. 

C’est le premier Festin de livres, je veux, je veux tellement que ce soit un succès. Je veux tellement que tous les efforts que le comité organisateur a fournis soient récompensés. Je sais qu’il sera beau, qu’il sera joyeux, vivant, intéressant. Que les tables mises seront abondantes, que les amateurs de scrabble seront bien desservis, que les enfants auront leur place. 
À nous tous, à vous tous de faire qu’il devienne un grand événement.

Lundi, 1er mai: autre lieu, autre groupe, mais toujours autour du livre. Des miens seuls, cette fois. 
Le jeudi matin, on m'aura demandé quel rapport avec mes lecteurs, qui sont-ils? Eh bien, si lundi je vais rencontrer l’Atelier de lecture de Vaudreuil-Soulanges, à la bibliothèque de Vaudreuil-Dorion, c’est grâce à un couple rencontré... dans un camping. D’ailleurs je crois bien que mon lectorat, en dehors de ma région, provient principalement des liens que j’ai tissés avec des caravaniers sur un forum de camping. 

Donc la lectrice-campeuse connue au bord de la mer a beaucoup aimé Les têtes rousses. Comme elle fait partie d’un cercle de lecture, elle a pensé à m’inviter. Son groupe a accepté, et moi aussi. Ce sera lundi 1er mai. 

Hâte. Comment ne pas avoir hâte de parler de mon sujet favori : l’écriture, la lecture? 

Je lis pour connaître, apprendre. 
J’écris pour mieux comprendre. 
Le monde, la vie. 
Et j’aime écouter ceux qui, comme moi, aiment les livres.
Ah! oui, j’oubliais, mercredi soir, je serai à « mon » cercle de lecture où je parlerai du dernier roman d’une auteure de l’Outaouais, déjà publiée chez Vents d’Ouest, maintenant à Paris. Comme quoi, il y a de l‘espoir! Il s’agit d’Ève Lacasse qui a écrit Peggy dans les phares.

Je serai donc choyée. 

Bienvenue à tous et toutes. Entrée gratuite.

dimanche 19 mars 2017

Trois livres : une entrée substantielle, un plat principal indigeste, et un dessert exquis, café en sus

Trois livres, trois styles différents, trois auteurs de nationalité différente : un Japonais, un Américain et une Française. Trois impressions.

Le premier livre m’a été suggéré par une lectrice qui connait la littérature et le Japon : La femme des sables de Kôbo Abé. Un auteur japonais que je ne connaissais pas. Donc pas d’idées préconçues. Le livre a gagné des prix, mais en général, j’essaie que ça n’ait pas d’influence sur ma décision de lire ou non. J'essaie!

Un entomologiste échoue dans un village qui ressemble à une sablonnière. Et le voilà prisonnier au fond d’une dune. Toute l’histoire ne tient qu’à ça : prisonnier du sable. En compagnie, disons à côté, d’une femme qui passe ses grandes journées à rejeter le sable qui entre par toutes les fissures et les murs de la maisonnette. 

Comme pour chaque nouvelle lecture, qu’importe ce qui a attiré mon attention pour le choisir, l’ouvrir, le feuilleter, c’est toujours le style qui arrête mon élan ou qui, au contraire, me séduit suffisamment pour poursuivre au-delà des trente premières pages.

Jugez par vous-mêmes du genre de phrases :
« Car enfin, se jugea-t-il en lui-même, qu’ai-je fait jusqu’ici, sinon de m’exciter jusqu’à perdre la tête, sinon de répandre sur elle mes vociférations? Et quoi de surprenant, dès lors, dans ce beau résultat qu’elle en est arrivée à rester bouche obstinément cousue? Et puis, peut-être… — comment ne l’ai-je pas vu? — cette autre raison de son mutisme : de s’être par négligence, laissé surprendre nue; de n’avoir, par impudence, rien caché de ses formes endormies et de cela seulement éprouver de la honte, peut-être. Ce tout simple sentiment, et, s’il se trouve, rien d’autre, rien de plus… absolument rien. »
De multiples incises qui apportent d’innombrables nuances à la pensée du personnage. De trop nombreux deux-points qui, selon moi n’apportent rien, mais auxquels nos yeux finissent pas s’habituer. Mais surtout un rythme qui peut être déroutant quand on ne connait pas la façon de penser japonaise, mais qui m’a enchantée plus qu’il m’a irritée. Je me suis laissée bercer, je me suis mise en mode ouverture et disponibilité. Et la magie a opéré : j’ai lentement, mais complètement, entré dans la maison de sable, j’ai observé cet homme et cette femme qui, on le sentait bien allaient s'unir d'une quelconque façon. J’ai aimé que l'homme me dise à quoi il pensait, comment il réagissait. Et je n’en suis pas revenue que l’histoire ne soit que ça : travailler toute la journée à rejeter le sable. Et la fin ne ressemble en rien au prisonnier d’Alcatraz qui réussit à s’évader!

Pour alléger la tension de mon esprit, j’ai enchaîné avec un livre reçu à la bibliothèque : Les corrections de Jonathan Franzen. Un livre que j’avais commandé après avoir lu la quatrième couverture. Un roman qui a gagné un prix, lui aussi.
« Et si les enfants ne naissaient que pour corriger les erreurs de leurs parents? […] toutes nos contradictions : le patriarcat et la révolte des fils, la libération des femmes et la culpabilité de tous. »
Comme je suis, encore, en train de parfaire le dernier tome de ma saga irlandaise, dans lequel, justement, il est question de l’héritage des générations précédentes, ce sujet m’intéresse. Je croyais y trouver une solution au problème (problème pour l’éditeur, semble-t-il et non pour moi) à cette intrigue qui n’est pas assez enlevante. 

Le 700 pages ne me rebutaient pas. Au contraire, les briques m’attirent comme un repas sept services.
Mais bien avant la page 97, j’étais repue. Ce paragraphe provoqua l’indigestion.
«Je vous écris au nom d’Axon Corporation, 24 East Industrial Serpentine, Schwenksville, Pennsylvanie, pour vous proposer le paiement d’une somme forfaitaire et définitive de cinq mille dollars (5000 $) en échange de la jouissance entière, exclusive et irrévocable de l’US. Patent no 4.934.417 (ÉLECTROPOLYMÉRISATION D’UN GEL DE FERROACETATE THÉRAPEUTIQUE), dont vous êtes le titulaire original et unique.»
C’est un roman, mais on dirait un annuaire d’entreprises américaines. Des milliers de détails, jusqu’au prix des légumes. Un hyperréalisme qui ne laisse pas de place à l’émotion. Pas le temps de penser, de sentir. Jeux agaçants de typographie : italique, petites majuscules, caractères plus petits, d’autres plus gros et en gras. Au début surtout. Même quelques illustrations, tout pour déranger l’œil et qui, selon moi, n’apporte rien à l’histoire. 

Après avoir lu quelques critiques sur Babelio :
Voilà, ça c’est ce que j’appelle de la Littérature. Un écrit qui a du souffle, de l’ambition, de l’intelligence, de l’imagination, du vocabulaire, du style. Qui engendre toute une gamme de sensations : émotion, agacement, rire, malaise, admiration et même suspense.
viou1108
Ou encore :
L’analyse de la famille dysfonctionnelle, sujet battu et rebattu, trouve dans Les corrections les voies de l’excellence.
palamede
J’ai persisté. J'ai sauté quelques pages, lu les trente dernières.
Mais finalement, trop, c’est trop. À défaut d’entrer dans le cœur d’un personnage, j’aime bien essayer de comprendre ce qui se passe dans sa tête. Non, que du dehors. Pas de la superficialité, mais du vide. Tout nous est donné, je n’ai rien ressenti qu’une écœurantite de détails. Je n’ai pas réussi à passer par-dessus pour essayer de voir l’essentiel invisible.

Dans le livre précédent, le détail était pertinent. On entrait dans l’esprit et l’âme du personnage. Ici, le détail était superfétatoire.

J’ai donc délaissé Les corrections sans remords. D’autant qu’entre temps, en cherchant à savoir qui était cette Sylvia Plath dont je voyais de plus en plus souvent le nom, j’ai trouvé ce livre en numérique : 7 femmes de Lydie Salvayre

Dès les premières pages, mon cœur accéléra comme lors d’une partie de ringuette quand mon équipe était en avance. Mes yeux ne lisaient pas assez rapidement tellement j’étais emballée et gourmande. 
Sept imprudentes pour qui écrire ne consiste pas à faire une petite promenade touristique du côté de la littérature et puis, hop, retour à la vraie vie, comme on l’appelle.
Pour qui l’œuvre n’est pas un supplément d’existence.
Pour qui l’œuvre est l’existence. Ni plus ni moins.
Et qui se jettent dans leur passion sans attendre que e contexte dans lequel elles vivent leur soient moins adverse.
Sept folles, je vous dis. 
Ce n’est pas un roman, c’est un hommage. De courtes biographies sur Emily Brönte, Colette, Virginia Woolf, Djuna Barnes, Marina Tsvetaeva, Ingeborg Bachmann et Sylvia Plath. Comme j’en aime déjà trois sur sept, j’étais curieuse de connaitre les quatre autres. 

Sans savoir que le livre datait de 1970, le style — toujours lui — m’a frappé, m’a plu, m’a fait prendre carnet et plume pour noter. Des phrases courtes. Des paragraphes d’une ligne, un peu comme le Charlotte de David Foekinos, ce qui m’a fait croire que c’était un livre récent. Et qui a causé mon délicieux abandon (abandon de toute retenue et non abandon du livre, bien sûr).

Au sujet de Djuna Barnes :
Elle y mit de sa vie ce qu’il fallait.
Elle y mit Paris, la place Saint-Sulpice et le Café de la Mairie.
Elle y mit son ami le baroquissime et désespéré Dan Mahoney qui devint dans le livre le Dr O’Connor.
Au sujet de Colette :
Une matérialiste, vous dis-je. Doublée d’une païenne.
Une bête goulue, comme elle se désigne elle-même.
Une brute entêtée de plaisir et, qui plus est, s’en flatte.
On le lui a reproché.
Et je me suis tellement reconnue quand l’auteure écrit, en parlant du roman Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë :
Heathcliff intransigeant, comme moi me dis-je. Solitaire, comme moi me dis-je. Dur à la douleur, comme moi. Orgueilleux, comme moi. D’une sensibilité si vive qu’elle peut sembler une arrogance. Comme moi, comme moi.
Heatcliff c’est moi. Sa nature est la mienne. Révélation.
Du coup je me coiffe à la diable.
Je fais la gueule.
Trois livres qui ne m’ont pas donné envie de lire Sylvia Plath ou d’autres romans de Jonathan Franzen, et je ne suis pas certaine de risquer un autre Kôbô Abé, mais sûrement de lire un autre Lydie Salvayre. Peut-être pas son prix Goncourt 2014 parce que moi et la révolution de 1936! mais j’ai déjà réservé La méthode Mila
… car un auteur aimé vous amène vers ses livres aimés, lesquels vous amènent vers d’autres livres aimés, et ainsi infiniment jusqu’à la fin des jours, formant ce livre immense, inépuisable, toujours inachevé, qui est en nous comme un cœur vivant, immatériel, mais vivant.

samedi 18 février 2017

Carnet du roman (11)

Au lever du soleil dans un ciel enfin bleu qui rosit la montagne, j’ai eu une idée. Si elle persiste plus de vingt-quatre heures, ce ne sera pas pour autant l’idée du siècle, mais peut-être apaisera-t-elle le moi-auteure qui cherche toujours à faire sa place… au soleil.

Une idée sérieuse, comme si je fréquentais l’université alors que je n’ai qu’un vieux baccalauréat en pédagogie qui émanait d’une université dans laquelle je n’ai jamais mis les pieds (bon, d'accord, pour les curieux ou les personnes nées avant 1970, les écoles normales étaient affiliées aux universités, mais n'étaient pas situées dans les mêmes bâtiments). Une idée comme si j’avais appris le grec et le latin alors que j’ai même échoué à la reprise de l’examen de latin en Belles-Lettres. Une idée qui demande encore des lectures, qui demande du temps de bibliothèque, du temps de monastère, du temps de qualité et, évidemment, de solitude. Mais quel roman n’en demande pas!

Cette idée m’est venue toute seule, pour autant qu’on ne sache pas vraiment comment nous viennent les idées, mais disons que je l’ai nourrie, entretenue, développée en lisant un essai.

Un essai sérieux. Ce que je lis rarement. Qui me rappelle ces cours de philosophie quand il fallait se concentrer pour comprendre ce que notre esprit, lui, avait déjà saisi intuitivement. Peut-être est-ce cet essai sérieux qui rend mon idée sérieuse? D’une auteure que j’admire et que je lis depuis longtemps. Sans jamais avoir compris tout à fait ses romans. Mais cet essai que je lis lentement comme si je suivais un cours… d’université justement m’a permis de retrouver non pas l’histoire de mon roman refusé puisqu’elle est déjà écrite, mais une narratrice crédible, intéressante. En tout cas, moi, elle m’intéresse, elle me parle, elle a beaucoup à dire.
« Écrire, c’est peut-être aussi décider d’en finir avec une histoire obsédante. Choisir son obsession et inventer l’oreille dormante qui aura raison d’elle, qui parviendra à lui donner un début, une durée, une fin. Et lire, c’est encore choisir d’entrer dans l’obsession d’une autre histoire pour exercer l’oreille dormante à trouver les issues de sa propre obsession. » 
Histoires de s’entendre, Suzanne Jacob
Rien qu’en lisant cette phrase, mon cœur s’est mis à battre plus fort, ma respiration est devenue haletante. Signes d’une émotion intense que j’espère pas trop éphémère.

Reste à savoir aussi si elles, l’idée et l’émotion, me procurent un nouveau début, m’offrira-t-elle la durée? Pour le savoir, je vais « exercer mon oreille dormante » et reprendre le roman qui m’obsède.

jeudi 1 décembre 2016

Carnet du roman(8)

En juillet dernier, je terminais la rédaction d’une première version de mon prochain roman.
Le 3 octobre dernier, on me remettait mon manuscrit annoté.
Ont suivi deux mois intenses. Presque chaque jour. Souvent plus de cinq heures. À étoffer, ajouter, biffer, couper, choisir, chercher, améliorer, accepter, refuser, expliquer, justifier. Taper sur le clavier, écrire en rouge sur le papier, lire sur l’écran, relire sur le papier, lire à voix chuchotée, lire debout, assise dans mon bureau, dans le salon, dans la cuisine. Retranscrire, biffer encore, ajouter encore. Pleurer, douter.

Avant-hier, 29 novembre, je remettais une nouvelle version de ce roman qui, en cours de doute et de route changera peut-être de titre. Parce que mes personnages n’ont pas la tête si dure finalement. Parce que celle de l’auteure non plus ne l’est pas tellement.

Et puis entre-temps, rendre visite, fêter, et au moins deux fois, pelleter.
Et puis entre-temps aussi, lire. Quelques livres, numériques et papier, empruntés à la bibliothèque, d’autres sur tablette empruntés à pretnumerique.ca

Dont Le journal secret de Charlotte Brontë de Syrie James.

Il y a des écrivains comme ça auxquels je ne sais pas résister. Il y en a pour qui c’est Jane Austen ou Albert Camus, ou plus près de nous dans le temps et l’espace, disons Michel Tremblay ou Marie Laberge, mais moi, c’est Brontë. Charlotte ou Emily surtout.

J’aurais été portée à être un peu discrète sur le fait qu’à mon âge, j’aime encore lire sur les sœurs Brontë, il me semble que ça fait un peu ado. Un peu nostalgique, un peu romantique. Mais il faut croire que je ne suis pas la seule. Syrie James a eu la brillante idée d’exploiter ce filon : écrire à la manière de…, faire comme si c’était le journal ou le manuscrit de… Cette auteure américaine l’a fait pour Jane Austen également. 

Deuxième exemple, sous la forme de blogue cette fois, une Québécoise, Louise Sansfaçon, qui a été jusqu’à visiter le village de Haworth en Angleterre, a rassemblé moult informations, et superbes illustrations, sur les sœurs Brontë.

Si je mentionne mon intérêt ici, dans un billet qui commence par parler de mon manuscrit, c’est que je vois bien qu’au moins un de mes personnages est imprégné de ce romantisme que certains pourraient juger démodé. Une influence des lectures du personnage ou des miennes? Un alter ego? 

Heureusement (tendance à justifier mes choix), j’ai situé l’adolescence du personnage dans les années 63-70. Aujourd’hui, les adolescentes lisent-elles encore les sœurs Brontë? Relisent-elles de vieilles lettres d’un amoureux? Souffrent-elles pendant des mois, voire des années d’un amour non partagé? Vivent-elles ce romantisme mystique dont parle Louise Sanfaçon dans son blogue?
« Le romantisme mystique s’exprime avec une telle force qu’il ne peut laisser personne indifférent. L’omniprésence de la nature et du paysage, rudes et primitifs, tourmentés par les vents, y devient une puissante métaphore de l’événement intérieur et des tourments de l’âme des personnages. »
J’en doute.
Quoique finalement les thèmes abordés par les jeunes auteur-e-s tournent encore autour du « je », encore un mélange d’autobiographie et de fiction. Mais la violence n’est plus dans la nature, dans les paysages, mais plus physique, plus corporelle, dans la sexualité plus… directe, disons.

Ça ne veut pas dire que je n’aime pas lire les romans d’aujourd’hui.
Ça veut seulement dire que je suis mémoire et traces.