Parce que je lis Se perdre une boussole sur le cœur de Julie Bosman qui écrit sur sa mère, je revois la mienne. Dans sa maison quand elle a été veuve pendant trois ans, au CHSLD pendant trois ans. Pas vraiment malade, mais pas vraiment autonome.
Dans un « récit protéiforme, Julie Bosman revient sur les conditions de la mort de sa mère et tente de retracer les contours fuyants de sa vie. »
Protéiforme : adjectif – Qui peut prendre diverses formes. Visuellement, en feuilletant les pages, on voit tout de suite : fragments, paragraphes courts, dialogues, courriels, quelques lignes. Presque de la prose poétique. Bref, j’adore. Convient bien à ma façon de penser. Le texte respire et entre chaque phrase, on a le temps de réagir.
Presque toutes les phrases de l’écrivaine réveillent des souvenirs, des émotions. Elle emprunte à d’autres auteur.e.s des phrases pour écrire ce qu’elle ressent. Des mots venus de pas mal les mêmes livres que je lis : Martine Delvaux, Élise Turcotte, Sylvie Drapeau, Catherine Mavrikakis, Hélène Dorion, Christine Angot. Une bibliographie de huit pages qu’elle désigne du joli mot : «accompagnements».
Un livre miroir.
Elle se pose des questions. Les miennes surgissent.
Elle se souvient. Je me rappelle.
Elle revoit les derniers jours. J’entends les dernières paroles.
Elle écrit. Cette nuit, entre deux somnolences, des mots, des phrases tournoyaient dans mon esprit.
Je ne souligne plus, ni ne surligne les phrases significatives et note moins que dans les années où j’écrivais des romans, où je devais analyser et non seulement ressentir. Mais pour celui-ci, je serais tentée. Presque à chaque page.
Souligner des phrases qui nous touchent à divers degrés, à divers moments de la journée, de l’année. Selon nos propres états d’âme, nos culpabilités, nos hontes, nos questions. Selon notre propre vécu.
Écrire sur notre mère, sur notre père, c’est vouloir comprendre notre propre vie.
Et page 181, grand sourire. L’auteure ne sait pas quelle lectrice je suis! Le fait d’avoir crypté quelques mots dans une coupure de journal m’a rendue encore plus curieuse... et bien sûr, j’ai trouvé.
C’est pas que le livre sur sa mère! Un livre sur toute la société des années de silence.
Sur les filles-mères
Sur le viol
Sur la violence
Sur les enfants adoptés
Sur les enfants abandonnés
Sur les secrets
Sur les non-dits, ce qui ne se disait pas, ce dont on ne parlait pas.
On ne disait pas je t’aime
Aujourd’hui on le dit trop? À tout le monde. Sans nuances, sans établir le degré. C'est pas vrai qu'on aime tout le monde au même degré. Pourquoi la langue française n'imite-t-elle pas les variations des Vietnamiens. Un mot différent selon les personnes. Il faudrait aussi un mot différent selon les années.
Pour Julie Bosman, ce n’est pas une
Un livre qui me ramène aux miens, mes mots.
La mienne, ma mère.
Je suis contente et encore très fière d’avoir pu l’interroger, la faire écrire les réponses à mes questions, me raconter encore et encore la vie de ses tantes, de son père, de ces orphelins Deguire, de cette grand-mère qui se disait Irlandaise du seul fait que ses parents soient nés en Irlande.
J’ai pu à mon tour raconter, romancer après avoir cherché, documenté. Par écrit cette fois. Dans trois romans.
Elle a eu le temps de lire le premier : en 2011.
Un livre miroir.
Elle se pose des questions. Les miennes surgissent.
Elle se souvient. Je me rappelle.
Elle revoit les derniers jours. J’entends les dernières paroles.
Elle écrit. Cette nuit, entre deux somnolences, des mots, des phrases tournoyaient dans mon esprit.
Je ne souligne plus, ni ne surligne les phrases significatives et note moins que dans les années où j’écrivais des romans, où je devais analyser et non seulement ressentir. Mais pour celui-ci, je serais tentée. Presque à chaque page.
Souligner des phrases qui nous touchent à divers degrés, à divers moments de la journée, de l’année. Selon nos propres états d’âme, nos culpabilités, nos hontes, nos questions. Selon notre propre vécu.
Écrire sur notre mère, sur notre père, c’est vouloir comprendre notre propre vie.
Et page 181, grand sourire. L’auteure ne sait pas quelle lectrice je suis! Le fait d’avoir crypté quelques mots dans une coupure de journal m’a rendue encore plus curieuse... et bien sûr, j’ai trouvé.
C’est pas que le livre sur sa mère! Un livre sur toute la société des années de silence.
« Ma langue maternelle est le silence »Silence sur l’avortement
Sur les filles-mères
Sur le viol
Sur la violence
Sur les enfants adoptés
Sur les enfants abandonnés
Sur les secrets
Sur les non-dits, ce qui ne se disait pas, ce dont on ne parlait pas.
On ne disait pas je t’aime
Aujourd’hui on le dit trop? À tout le monde. Sans nuances, sans établir le degré. C'est pas vrai qu'on aime tout le monde au même degré. Pourquoi la langue française n'imite-t-elle pas les variations des Vietnamiens. Un mot différent selon les personnes. Il faudrait aussi un mot différent selon les années.
Pour Julie Bosman, ce n’est pas une
« littérature rédemptrice, capable de sauver par le geste, d’une liquidation du deuil de la faute, de la honte par le texte.
Ce n’est pas là, dans l’aveu, que se situe mon rapport à l’écriture, pas dans le besoin de se délester, de se débarrasser de quelque chose qui habite, étouffe, broie, mais dans le désir d’investir l’espace de la conversation intime, des liens vivants, du tremblement, de la liberté, de la solidarité, de la communion où une parole peut être pris et accueillie »
La mienne, ma mère.
Je suis contente et encore très fière d’avoir pu l’interroger, la faire écrire les réponses à mes questions, me raconter encore et encore la vie de ses tantes, de son père, de ces orphelins Deguire, de cette grand-mère qui se disait Irlandaise du seul fait que ses parents soient nés en Irlande.
J’ai pu à mon tour raconter, romancer après avoir cherché, documenté. Par écrit cette fois. Dans trois romans.
Elle a eu le temps de lire le premier : en 2011.
Et quand j’ai inventé des romances pour combler les trous, imaginé des drames pour lever un secret, elle a cru que c’était vrai :
« Albert a vraiment aimé Albertine?
— Et non, maman, c’est moi qui l’ai inventé! »
« Albert a vraiment aimé Albertine?
— Et non, maman, c’est moi qui l’ai inventé! »
C’était juste avant mon cancer.
Juste avant que je lui dise. Elle croyait que ça aussi je l’avais inventé.
Je lui ai montré la petite ligne encore rouge sur mon sein.
Juste avant que je perde mes cheveux.
Elle est morte cinq mois plus tard.
Je crois encore que ç’a (peut-être) un lien.
On n’en finit pas de notre enfance.
On n’oublie jamais nos morts qui vivent toujours en nous.
Juste qu’on ne se bat plus contre eux comme des adolescents rebelles, on se bat contre nos démons.
Ou on fait la paix.
Ou on les ignore.
Ou on écrit!
Juste avant que je lui dise. Elle croyait que ça aussi je l’avais inventé.
Je lui ai montré la petite ligne encore rouge sur mon sein.
Juste avant que je perde mes cheveux.
Elle est morte cinq mois plus tard.
Je crois encore que ç’a (peut-être) un lien.
On n’en finit pas de notre enfance.
On n’oublie jamais nos morts qui vivent toujours en nous.
Juste qu’on ne se bat plus contre eux comme des adolescents rebelles, on se bat contre nos démons.
Ou on fait la paix.
Ou on les ignore.
Ou on écrit!
Merci Julie Bosman.
Oh! La,la. Je n'y arriverai jamais. Tous ces livres à lire.
RépondreEffacerGinette
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