samedi 4 avril 2015

Écrire pour ne pas vieillir
ou il ne faut pas enterrer les vieux mots

De la neige et du vent pendant la nuit. Un peu choquée contre cet avril qui hésite entre l’hiver et le printemps. Le temps de déjeuner et le soleil se pointe. Meilleure humeur.

Si l’hiver québécois est un temps pour rester à l’intérieur de la maison et de soi, à lire à écrire, à rêver, le printemps pour moi qui suis née en avril, c’est une naissance, un nouvel élan vers le dehors, vers la sortie, vers le nouveau. Vers l’agir.

« Aurai-je plus lu que vécu, plus écrit qu’agit » Yvon Paré se le demande dans le collectif Comme une seule voix. Je me le demande aussi. Depuis au moins quarante ans. Déjà au temps de la lecture de Mathieu de François Loranger (à voir combien de fois je le cite, je vois bien quelle profonde marque il a laissée), j’avais plus d’hivers que d’étés. Je m’introspectais plus que je n'étudiais. Dans ma tête plus que dans mon corps. Je pensais ma vie plutôt que de la vivre. Après Mathieu, je n’avais pas cessé de lire, mais j’avais jeté mes cahiers d’écriture pour ne plus vivre dans le passé, pour sortir, pour vivre le présent. Je ne sais toujours pas si je lis trop, si j’écris trop au lieu d’écouter la mésange qui crie après moi pour avoir ses graines du jour, ou regarder la neige fondre, ou agrandir la rigole pour éviter que l’eau n’entre dans la cave. Pourtant, je ne sais comment faire autrement. Alors, même si j’étais observatrice, si j’étais sur une plage, si je pédalais sur un sentier, je voudrais encore écrire ce que je vois, ce que je ressens à voir ce que je vois, à entendre ce que j’entends.

Tout autre activité que de lire ou écrire m’apparait tellement vaine, tellement perte de temps. 

Je veux tant, je veux temps. 

Bientôt 65 ans. Où sont-ils tous ces écrits que je me promettais de livrer en pâture, quand j’avais 26 ans? Ils étaient jeunes, fringants, ces mots pas pressés de se montrer aux fauves. Ils avaient toute la vie devant eux. Le temps ne criait pas après eux. Ils ne savaient pas qu’ils pouvaient mourir le lendemain. Aujourd’hui, quarante ans plus tard, ils savent, ils sont plus pressés, plus exigeants. Ils veulent sortir de sous la neige et se faire dorer au soleil.

Même mes vieux mots que je ne relis plus, comme si je n’en voulais que des neufs. Ceux des autres, bien souvent. Comme « dégoisait les dents serrées », « une méduse de flammes », « un remugle d’algues pourries » et des « giboulées coléreuses » de Robert Lalonde dans À l’état sauvage

Je n’en ai jamais assez, gourmande de mots. Une faim sans fin. En voici d’autres de Marie-Christine Bernard, dans un article de sa page Facebook: 
Meurs avec moi. L’heure avance. J’ai passé toute cette journée avec toi, j’ai regardé la mort faire son petit chemin de vide à travers les cellules de ton corps, j’ai essuyé ta bave et ramassé ton dentier. Tu ne vas pas attendre que je sois partie pour mourir. J’ai fait tout ce chemin pour être avec toi quand tu mourrais. Meurs avec moi.
Je mourrai peut-être avec les mots des autres au bout des doigts. Et pourquoi pas, la vie d’écriture n’est pas un concours à qui en aurait le plus, les meilleurs, les plus beaux ou les plus publiés.

vendredi 3 avril 2015

Encore et toujours autour des mots

En ouvrant mes courriels ce matin, un message de l’Association des auteurs et auteures de l’Outaouais. Communiqué du camp littéraire Félix. Offre d’ateliers à Saint-Jean-Port Joli. Vague souvenir d’avoir déjà entendu parler. Je clique. Je reconnais des noms : Yvon Paré, Robert Lalonde, Francine Chicoine, Marie Chyristine Bernard. Lecture plus détaillée des ateliers : que sont les carnets littéraires que Robert Lalonde (dont je viens de terminer À l’état sauvage) dirige?

Carnet littéraire? Un nouveau genre littéraire? Connaissant l’œuvre de Robert Lalonde, si c’est l’art de décrire ce qu’on voit, observe, vis lors de randonnées, je suis foutue. Je suis zéro dans les descriptions. Même en me forçant, même en restant ouverte à ce que j’observe. Les mots qui me viennent ne sont pas de l’ordre de la nature que j’aime pourtant beaucoup. 

Aussitôt sur Google, je trouve une explication dans une entrevue publiée dans la revue Les librairies >>>

Après lecture de l'article, après partage et commentaires sur Facebook, pour avoir un écho sans doute.
Me donne le goût de lire les deux carnets d'écrivains déjà publiés chez Lévesque éditeur
Me donne le goût de participer au camp littéraire Félix
Me donne le goût d'écrire autrement.
Comme souvent, je veux tout, je veux tant, je veux temps. 
Je me précipite sur la BANQ et j’emprunte Comme une seule voix, parce que déjà en 1999, Le tailleur de confettis de Francine Chicoine m’avait beaucoup plu. Une écriture, un sujet comme je les aime. 

Et voilà que ses courts paragraphes me plaisent déjà. Je n’y retrouve pas ces descriptions qui me font si peur. Des textes de quelques lignes qui me rappellent mon premier livre publié : Je me veux.

M’inscrirais-je à cet atelier? Peut-être pas, mais aujourd’hui, ici, bonheur du jour. Lecture du jour. Dehors, à l’abri d’un faible vent, le soleil chauffe la galerie. Mon corps et mon cœur aussi. 

Et je lis. Et j’écris.

dimanche 29 mars 2015

Les armoiries des Deguire dit Larose


Prémisse majeure : ma mère est une Deguire, donc je m’intéresse à cette lignée qui descend du soldat de Carignan, François Deguire dit Larose

Prémisse mineure : en juin 2014, Gilles Deguire (auteur du site consacré aux Deguire) n’étant pas le premier à le demander n’a pu obtenir le certificat octroyé par la Société généalogique canadienne-française (Montréal) dans le cadre du 350e anniversaire de l’arrivée du régiment de Carignan-Salières.

Conclusion : le petit groupe formé depuis janvier 2014 décide de s’en créer un certificat.

Comme j’ai un peu d’expérience dans l’héraldique, grâce à mon défunt père, et que je me débrouille pas trop mal avec les logiciels de graphisme, j’offre mes services pour créer le certificat. Et qui dit certificat dit logo, ou mieux armoiries. Existent-elles déjà? Recherche, rien trouvé. Qu’à cela ne tienne, je me lance.
Et les recherches commencent : différence entre blason et armoiries1, éléments et couleurs à choisir, dessins à trouver, libres de droits d’auteur, relecture des informations connues sur notre ancêtre. Échanges de courriels entre les membres du regroupement. Choix entre six modèles.

Le plus difficile a été son métier de tisserand. Du chanvre, c’est bien beau, mais au 21e siècle, on pense plutôt pot, cannabis et non du chanvre, le tissu dont on faisait les étoffes à l’époque de la Nouvelle-France. Du lin? Oui, mais pas facile à styliser ces longues branches fines, sans grand relief. J’ai finalement trouvé les fleurs de lin, de belles fleurs bleues. Choix accepté. Rédaction de la proclamation officielle qui normalement accompagne toujours les armoiries. La traduction pour les descendants des expatriés étatsuniens fut plus laborieuse. Pas évident les termes héraldiques. Heureusement, les conjointes anglophones et traductrices de deux des membres Deguire sont venues à la rescousse.

Voici donc, dans un langage clair, les explications des armoiries.
Au fond, les couleurs du drapeau des soldats de Carignan.
Au centre, la cloche en or représente la ville de Thiviers, en France, d’où François Deguire était originaire.
Le bateau représente le navire La Paix parti de La Rochelle en mai 1665 et arrivé à Québec en août de la même année.
La fleur de lys évoque la Nouvelle-France.
La rose souligne le surnom de Larose du soldat François Deguire 
L’ours rappelle la seigneurie de Saint-Ours où s’établit l’ancêtre Deguire.
Les deux mousquets sont les armes à feu utilisées par les soldats en Nouvelle-France.
De chaque côté de l'écu, les fleurs de lin stylisées font référence au métier de tisserand qu’exerçait l’ancêtre.

À QUI VERRONT LES PRÉSENTES
Sachez qu’en ce vingt-neuvième jour de mars
de l’an de grâce deux mille quinze,  
nous avons accordé et assigné aux descendants de
François Deguire dit Larose 
 ces armoiries pour qu’elles soient portées et utilisées en tous lieux et circonstances, selon les principes et règlements de l’art héraldique.

__________________________________
1Blason : ensemble des armoiries qui composent un écu / Science de la composition et de l’explication des armoiries
Armoiries : ensemble des signes, devises et ornements de l’écu d’un État, d’une ville, d’une famille.

Liens:
Programme du 350e anniversaire de l’arrivée des soldats de Carignan >>>
Page facebook des descendants des Deguiredit Larose >>>
Site Internet de Gilles Deguire >>>            

samedi 21 mars 2015

Sur le dessus de la pile: Grégoire Delacourt

Je. Un billet qui commence par je, pas fort. N’empêche.

Je, donc, vais écrire comme lui. Il déteint sur moi, probablement aussi fort qu’il doit déteindre sur bien d’autres. Pas la première à aimer, pas la dernière, sûrement. Je l’ai déjà écrit, déjà dit (après six ans de blogue, c’est certain qu’on se répète) : je suis un caméléon. Je prends la couleur des murs que je longe. Des auteurs que je lis et aime.

Ces temps-ci, Grégoire Delacourt. J’avais aimé sa Liste de mes envies, j’en avais parlé là >>>. Je me souviens aussi de son Écrivain de la famille, mais là, le summum, le dessus de la pile, le drapeau que je brandis et que je plante au sommet de la montagne : On ne voyait que le bonheur.

Je sais déjà que j’en redescendrai de cette montagne, que dans deux ans, un an, peut-être moins, un autre roman aura mes faveurs, ma liesse, mon admiration et mon cœur, mais pour l’instant, c’est lui.

Je ne suis pas critique littéraire, ni professeur en études littéraires. Juste une lectrice, avec des mots de lectrice-qui-aime-écrire. Mais je suis capable de reconnaître un courant littéraire, un style qu’adoptent plusieurs auteurs depuis quelques années. Et pas que des jeunes qui carburent à l’internet. Des phrases courtes, sans sujet, parfois sans verbe. Paragraphes courts, comme un exercice de Twitter peut-être. Chapitres de deux ou trois pages. Mais surtout : énumération, répétition. Sans transition apparente, sans description (de toute façon, fait belle lurette que je ne m’y attarde plus). Direct à l’émotion. 

Dernièrement, je lisais Papillons d’Annie Loiselle, Monstera Deliciosa de Lynda Dion : même style « punché ». Donc, autant au Québec qu’en France. Chez les auteurs étatsuniens, je ne sais pas, je ne lis pas beaucoup.

Quant au sujet, j’aime aussi. Écrits au je, au présent, ces romans sont plus directs, plus aujourd’hui, plus personnels. Facile de m’identifier aux personnages parce que ça pourrait être la vie de bien des gens. Parce que ce n’est pas de l’action, ni du policier, ni de la science-fiction, du fantasy. Non, que des pensées, des souvenirs, des fragments de vie. Des réactions, des histoires avec des parents, des enfants, nos relations, nos amours. Une biographie. 

En ce qui concerne plus précisément On ne voyait que le bonheur, c’est triste par exemple. Sombre. Réaliste, mais à la longue, à force de répétitions, de martèlement de la lâcheté du personnage, de ses ressentiments, de son manque d’amour maternel, le besoin de bras ouverts, à force de rapprochements, je ne me suis pas contentée de regarder par la fenêtre, je suis entrée dans la maison. J’ai oublié de me protéger, j’ai oublié de penser à ne pas me noyer avec le personnage. 

C’est le prix à payer pour l'acceptation, l'abandon à qui joue avec mes émotions, avec mon cœur.

En espérant seulement que je surnage avant d’écrire mon tome trois des Têtes rousses, sinon, je me connais, je ne retrouverai pas mon style, si tant est que j’en aie un. Il faudrait tout de même que les trois tomes aient un petit air de famille. Comme des triplés. Sinon… je ne suis pas digne de porter le titre d’auteure. Seulement de caméléon.

Site et blogue (que les français continuent d'écrire blog) de Grégoire Delacourt: 

dimanche 15 mars 2015

Traces fraîches

Où ai-je donc laissé des traces ces derniers jours? Comme je porte plusieurs chapeaux, que plusieurs passions m’animent, petit tour d’horizon.
Photographie : Comme je trouvais que mes photos n’étaient pas aussi belles ou claires ou lumineuses que celles d’il y a quelques années, je voulais nettoyer le capteur. Juste avant de faire une bêtise, j’ai eu la bonne idée de demander à un photographe professionnel comment procéder. Sa réponse rapide et précise :
— Tu ne touches pas à ça.
— Mais vous alors, vous pouvez me le nettoyer?
— Je confie ça à des spécialistes.
Fin du nettoyage, mes photos resteront ce qu’elles sont.

Généalogie : Le 19 avril prochain, j’assisterai à une conférence et visiterai l’exposition consacrée aux soldats de Carignan, dans le cadre du 350e anniversaire de leur arrivée (en savoir plus >>>). En tant que descendante de deux soldats de Carignan : Du côté de ma mère : François Deguire dit Larose, compagnie de Saurel et du côté paternel : Jean Lamarche dit Bricault, compagnie de Dugué. Si les Lamarche n’ont pas de regroupement, les Deguire en ont un et c’est avec lui que j’irai. Si ça vous intéresse, consultez la page Facebook  (voir>>>) créée pour les descendants de François Deguire dit Larose.
D’ailleurs, bientôt, j’aurai une petite surprise à ce sujet. Bien hâte de vous montrer.

Voyage : Je devais partir en Floride, le camping était réservé, le motorisé déneigé, les bagages commencés et voilà que le doute et les questions se sont faufilés dans mes nuits. Ça ne me tentait plus : de surveiller la météo pour m’assurer de la chaussée sèche les deux premiers jours, de rouler onze heures d’affilée pour atteindre la chaleur le plus vite possible, de laisser les travaux de la maison en plan, de chercher des campings lors du retour, de devoir réserver parce que tout est plein en janvier-février-mars, de rester plantée au même endroit, tout ensoleillé soit-il, pendant cinq-six semaines, simplement à attendre que l’hiver finisse. Voyager pour moi, c’est voir des paysages différents, être dans la nature, camper sur le bord d’un cours d’eau, marcher, pédaler, faire un feu le soir. Pas me dépêcher, pas voir du monde, entendre de la musique. Pas tous les jours en tout cas.
Donc, je suis restée. Et je ne le regrette pas.

Lecture : J’ai lu avec un grand plaisir Papillons d’Annie Loiselle (éditions Stanké).
Un style très à la mode depuis quelques années : parfois un mot pour une phrase, parfois une ligne pour un paragraphe, parfois une page pour un chapitre. De très rares dialogues. Même David Foenkinos dans sa Charlotte (Prix Renaudot 2014) a succombé à la tentation de ce style vif et incisif. Une musicalité et un rythme différents. Papillons, donc, l’histoire de quatre femmes : la mère et ses trois filles à la mort du mari-père. Leurs amours, leurs relations, leurs pensées, leurs présents et leurs chemins.
Deuxième lecture : Monstera delicisosa de Lynda Dion. Un roman court, vraiment court qui aurait pu être une longue nouvelle suivie de quelques autres. Je n’ai pas compris l’illustration de la couverture, pourquoi pas cette plante envahissante, ce faux philodendron qui sert de propos au roman? Mais comme j’avais aimé La maîtresse et dévoré… La dévorante, j’étais devenue une inconditionnelle. Le suis toujours malgré ma déception : j’en aurais voulu plus. Encore. L’auteure cultive elle aussi le style un mot - une phrase - une page. Ce qui donne vraiment du « punch » au texte. Un dynamisme, une énergie qui va droit au but, qui va direct au cœur.

Écriture maintenant, que je gardais pour la fin parce que c’est ce qui m’a procuré le plus de plaisir ces dernières semaines : la révision de mon roman Les têtes bouclées. Pour la première fois, la correction ne m’a pas menée sur le chemin du doute sur mon talent, de la mésestime de moi. Au contraire, comme un escalier dans lequel je montais, vers un grand ciel bleu, vers du meilleur. Grâce à ma réviseure, je dois le dire. Par ses remarques, ses suggestions, elle a su me montrer le chemin de l’amélioration, du peaufinage. Une route joyeuse, sans embûches. Que du plaisir.
De plus, en allant au Salon du livre de l’Outaouais, j’ai pu discuter avec le responsable du montage et nous avons convenu des dates à venir. Donc, du concret, du réel, du cette année, du bientôt.


Voilà donc les traces laissées ces derniers jours. 

dimanche 1 mars 2015

« Mon » Salon du livre de l'Outaouais 2015

La route était belle, sèche, le soleil réchauffait enfin cette terre québécoise, glaciale comme jamais en février 2015. Cette année, je pouvais y aller, je le voulais. Je n’étais pas dans le sud, la maladie ne me retenait pas à la maison, il n’y avait pas de tempête, donc je pouvais. Je n’y allais pas en tant qu’auteure qui irait attendre derrière une table pour présenter son dernier roman qui datait déjà de 2011, non juste comme lectrice. Comme amoureuse des livres, croyais-je. Et ce n’était qu’à une heure de chez moi, dans une ville dont je connais les rues, dans un bâtiment dont je connais les labyrinthes.

Salon du livre de l’Outaouais, donc.

En tant que membre de l’Association des auteurs et auteures de l’Outaouais, j’ai un accès gratuit. Déjà, à l’entrée, de se nommer, de voir son nom sur une liste de personnes autorisées, ça me donne une existence, une reconnaissance en tant qu’auteure.

J’avais noté quelques noms de personnes que je voulais rencontrer et les numéros des stands où elles seraient présentes. Comme je ne publie pas souvent des photos de moi, certaines personnes connues sur Internet ne me reconnaissaient pas. Mais quel plaisir de voir qui leur sourire, qui leurs grands bras ouverts, ou entendre de joyeux : ah ! Claude ! ou de sentir la chaleureuse accolade.

Photo qui servira à mon profil sur Facebook.
Ce fut donc un grand plaisir de parler à Corinne De Vailly, Suzanne Ouellette, Suzanne Roy, Évelyne Gauthier, Mylène Gilbert Dumas, toutes connues sur Facebook. D’ailleurs, à la suite de ces rencontres, j’ai finalement décidé de mettre ma photo sur Facebook. La dernière, laissée quelques semaines à peine, datait de 2009. Il serait temps que j’assume mes rides et mes cheveux gris et le fait que mon identité visuelle serait divulguée sur Internet.

Quant à Andrée Poulin, Loïse Lavallée et Michèle Bourgon, ce sont des auteures qui vivent en Outaouais et que je connais depuis plusieurs années. Je suis leur carrière, je lis leurs livres. Elles corrigent parfois mes textes. Je les admire et les aime. 

Au passage, on m’a fait connaître Paul-François Sylvestre de Toronto qui m’a beaucoup appris sur l’histoire franco-ontarienne et j’ai compris une fois de plus que ce n’est pas parce que je demeure en Outaouais que je connais mieux l’histoire de l’Ontario. Et j’aime toujours parler de la langue française, des accents, des idéologies. Jean-François Grosmaire, un Français d’origine, un Québécois de cœur, vantait l’authenticité, l’humour du livre de Michèle Bourgon, Y’a pas de soucis et voudrait bien que les Français le lisent. Ils éviteraient peut-être de colporter quelques clichés éculés au sujet du Québec ou des Québécois. 

J’aurais bien voulu rencontrer Lynda Dion, mais elle était retenue ailleurs. Ce qui ne m’a pas empêché d’acheter son dernier livre, Monstera deliciosa. Un petit livre qui ne fait pas 150 pages, dont j’essaie d’étirer la lecture. Moins roman au sens classique du thème que les deux précédents, mais texte qui m’inspire des mots, des phrases, qui m’entraîne vers mes propres écrits. Vers ma propre vie émotive.

Dernier plaisir du jour : discuter de mon prochain roman avec Vents d’Ouest : la publication des Têtes bouclées, prévue pour l’automne, mes petites idées au sujet du lancement que j’espère cette fois pouvoir célébrer, ce qui me fera oublier l’annulation de celui de 2011. 

Au retour, comme toujours quand je suis le moindrement seule, des mots, des phrases, des images de scènes pour mon prochain roman. Et de grands soupirs de satisfaction. Finalement, je me suis sentie plus auteure que lectrice.

Tout du bon. Une journée dans mon pays, dans mon monde. 

jeudi 26 février 2015

J'aime voyager, mais...

C’est la faute de mes parents ! Et peut-être un peu à ma carte du ciel très, très favorable à cette tendance : j’aime voyager. En revanche, pas n’importe où et pas n’importe comment. La Thaïlande ou l’Amérique du Sud ne m’attirent pas. Je suis une Nordique. La Scandinavie bien avant l’Asie. Et le camping bien avant l’hôtel. 

J’ai connu la tente par choix et pour le prix modique. J’ai essayé la tente-roulotte, mais j’ai su que reculer quelque véhicule tracté que ce soit, ce n’était pas aussi facile que la théorie me l’a laissé croire. Avec l’âge, vint le véhicule récréatif. Une petite caravane portée de sept pieds et demi pour commencer et depuis quelques années, un motorisé de classe B. 

J’ai voyagé pendant les vacances d’été. Une seule fois pendant les vacances de la construction et plus jamais, oh ! que non. Puis, quand j’ai pu, en septembre et en juin. Depuis quelques années, je peux partir à peu près toute l’année, ce sont plutôt les rendez-vous médicaux et le besoin quand même d’être dans ma maison, sur mon terrain, bref, chez nous qui limitent mes déplacements.

J’aime me sentir libre d’aller où je veux, quand je veux.

Mais ce qui m’amène à résumer ma vie de campeuse, c’est pour souligner que depuis quelques années, je ne voyage plus de façon aussi agréable. Aussi décontractée, aussi l’esprit libre. Est-ce l’âge ? Peut-être un peu. J’ai besoin de plus de sécurité, je m’inquiète plus facilement, bref, je stresse.

Pas que l’âge pourtant.

Depuis quand ? Depuis que les campeurs peuvent RÉSERVER. Majuscules et gras, parce que ça m’énerve, et tous les synonymes possibles : être sur des charbons ardents, s’alarmer, s’angoisser, s’en faire, s’inquiéter, se faire du mauvais sang, se faire du souci, se faire du tracas, se faire un sang d’encre, se mettre martel en tête, se morfondre, se ronger les moelles, se ronger les sangs, se soucier, se tourmenter, se tracasser.

Depuis que les campeurs peuvent réserver eh bien, ils réservent. Parfois un an à l’avance. Et pas à un seul camping, à plusieurs. Pire, ils oublient d’annuler ou le font la veille.

Je déteste réserver. Je ne sais pas un an à l’avance, même pas un mois à l’avance si je vais aller là ou là, à telle date ou telle autre. Et si j’ai envie de rester plus longtemps sur le bord d’un cours d’eau ? Et s’il y a une tempête qui me retarde en route ? Et si je n’aime pas ce camping et que je n’ai plus envie d’y aller ? (Déjà arrivé, ai perdu un dépôt de 100 $) Et si…

Exemple au Québec : la Sépaq. Je voulais aller au parc Mont-Tremblant, deux nuitées dans les très beaux et nouveaux chalets EXP. Nous étions le 20 janvier, pas dans la semaine de la relâche, juste en janvier. Et je voulais y aller dans la semaine, pas le vendredi, mais un lundi et un mardi. Je jette un coup d’œil sur le site. Il y a cinq chalets. Tous loués jusqu’à la fin mars, tous les jours. Ah ! non, un seul disponible, une seule journée, le 19 février. 130 $. Un mois plus tard. Commencèrent les « et si… » Et s’il y a tempête ? Et si ça ne me tente plus ? J’appelle et je demande comment le système d’annulation fonctionne. À un mois d’avis, pas d’annulation possible. Si, pour une raison ou pour une autre, je ne peux pas y aller le 19 février, je perds 130 $! Je n’ai évidemment pas réservé et n’y suis pas allée. Je ne sacre pas, mais il m'arrive de dire des gros mots.

Aux États-Unis, ce sont les State park qui sont réservés des mois à l’avance. Les plus près de la mer comme les plus reculés. Il y a un site, Reserva America, qui nous permet de réserver dans la plupart des State park et quelques RV park. Je connais des campeurs qui réservent à deux ou trois endroits. Je comprends que les Étatsuniens du sud puissent camper à l’année, donc ils ne se gênent pas pour partir camper presque chaque fin de semaine. Mais la semaine ? 

La réservation est devenue un système fort lent et déshumanisé. Il m’est arrivé d’être au Anastasia State park (St-Augustine, Floride) et aussi à Walt Disney, bien présente, devant un comptoir et je ne peux pas avoir d’emplacements. Il faut que je téléphone. Je suis là, devant une préposée qui pourrait me renseigner, me dire au moins s’il y a des emplacements disponibles, non, il faut que je téléphone à la centrale de réservations. En anglais, évidemment. Heureusement à Walt Disney, on a le droit d’avoir une traductrice. L’appel se fait à trois… au téléphone. Heureusement aussi, à St-Augustine, une fois que j’ai su qu’il n’y avait pas d’emplacements libres, la préposée a été assez gentille pour téléphoner à deux autres campings et depuis ce jour, je me rends directement au Indian Forest campground.

Il arrive que la communication entre le parc, la centrale de réservation et les ordinateurs de chaque partie concernée ne voyage pas à la vitesse de la lumière. Tu vois le camping à moitié vide et pourtant, à l’entrée, c’est indiqué « No vacancy ». Vers 11 heures, heure du « check-out », tu parles au préposé à l’accueil, il furète dans son ordinateur et parfois il te trouve un emplacement. Et si tu appelles directement à la centrale de réservation, tu cours encore plus la chance qu’elle t’en trouve, parce que les annulations arrivent sur leur écran en premier, au parc en deuxième et sur le site seulement 24 heures plus tard. Qu’on m’a dit.

Quand même du stress, de l’impatience, de l’incertitude. Du changement de camping, du changement d’emplacement : un jour sur le 48, un jour sur le 233. Tu ne peux pas partir visiter la ville, faut que tu déménages !

Je ne voyage plus aussi librement. Certains diront que c’est de l’aventure, que je ferai de belles découvertes. Ce n’est pas ce genre d’aventure que j’aime. Perdre des heures à chercher, à attendre, à m’inquiéter, à téléphoner, à espérer. Pas plus agréable des mois avant de partir que presque chaque jour si tu roules. 

Encore cette année, je voudrais pédaler sur la piste cyclable Pinellas Trail, en Floride, monter au nord et me baigner dans un ou deux « spring » et finir par la visiter cette Panhandle dont tout le monde parle avec un enthousiasme communicatif. Disons, trois campings sur neuf jours. Et bien pas évident, encore. Quelques possibilités très limitées. Si je réserve telle date à l’un, pas de place à l’autre. Si j’obtiens un mercredi à l’un, il n’y a plus de place le samedi à l’autre. Et même si j’avais toutes les dates voulues, ça m’obligerait à être là à ces dates fixées des mois à l’avance. La contrainte et moi ! Aussi stressant que de ne pas savoir où je vais coucher le soir. 

Je déteste réserver. Si ça continue, je vais détester voyager. Papa, maman, pourquoi vous m’avez donné le goût de voyager !

Pour lire ou visionner quelques-uns de mes comptes-rendus des voyages de ces dernières années, cliquez sur l’onglet « voyage », en haut du blogue.

dimanche 15 février 2015

Le désert mauve de Nicole Brossard

Un dimanche sans raquettes. Trop froid. Surtout trop venteux. Alors, écrire, corriger. Et pendant les pauses, question de prendre du recul, lire Le désert mauve de Nicole Brossard.

Je m’améliore : je suis capable de lire, d’admirer, d’aimer, sans être ravagée d’envie, sans tomber dans la mésestime de l’auteure que j’essaie d’être. Je sais, chaque fois, je me dis que je ne devrais pas lire pendant l’écriture , ni la réécriture, ni la révision. Mais voilà, une journée sans sortir m’offre d’autres possibilités durant mes pauses. Et aujourd'hui, c'est tout beau, question lecture. Plus que beau.

Le désert mauve, un livre écrit en 1987. En 1987 ! Il y a vingt-huit ans. Et déjà des phrases comme :

« Pourtant la nuit. » Oui, il y a bien un point, donc c’est une phrase.
« Le désert boit tout. La ferveur, la solitude. » 
« La nuit ! Oui, j’ai vu l’aube. Souvent. »

J’aurais dit une écriture du 21e siècle, pas de 1987. Alors avant-gardiste, précurseure, madame Brossard.

Des phrases courtes, qui, parfois, ne semblent avoir aucun lien. Pourtant, comme une chaîne aux maillons entrelacés. Un noir, un blanc, un bleu, un vert et on répète et on insiste. Les chaînes s'enchaînent. Exemple ? « Un homme vient s’asseoir près d’elles. Il entame la conversation en français. L’homme est mince. […] Je ne comprends pas ce qu’il dit. Elles rient. Il se lève et se dirige vers le bar. La lumière est vive. »

Un livre comme je les aime : sans histoire évidente, sans dialogues, presque sans intrigue. Où je n’ai absolument pas le besoin d’aller voir la fin parce qu’il n’y a ni questions ni réponses. Le bonheur est dans la lecture de chaque phrase, de chaque chapitre. Pour la musique. Que du bonheur du mot présent.

Sous prétexte de préface, aux allures d’étude universitaire, les dix-neuf premières pages de l’édition Typo rend hommage à ce livre, l’explique, le décortique, le résume. J’avais trop hâte de lire le livre, alors j’ai lu en diagonale. De toute façon, même étudiante, je n’ai jamais disserté de la sorte et je ne lis jamais avec ma tête qui cherche à circonscrire un sujet, quel qu’il soit. Je lis avec mon vécu émotif.

Et pour Le désert mauve, je me laisse bercer par le rythme. Et je jouis de lire pareil texte. Fascination pour cette auteure. Pourtant à cent lieues de mon univers littéraire, parce que je ne suis pas friande de poésie à laquelle elle est identifiée. Ne m’y sens pas à l’aise, ne m’attire pas. Comme la musique contemporaine de Jean Papineau-Couture ou les tableaux de Marcel Barbeau. Même si, à l’occasion, j’aime bien un Jean-Pierre Lafrance.

L’œuvre et la vie de Nicole Brossard m’attirent… depuis quarante-six ans, simplement parce qu’un certain été, nous avons partagé une baie, un lac. Et c’est à elle, à elle seulement, que j’ai osé montrer mon premier roman. Peut-être a-t-elle oublié, elle a sûrement oublié. Mais moi, pas.

vendredi 6 février 2015

De la musique intérieure pour écrire

Quand je suis dans l’organisation des jours à venir, des achats à noter, des voyages à préparer, mon esprit est rationnel. Froid. Mon langage direct. Mon cerveau, une armoire compartimentée. Et ça avance d’un pas assuré.

Mais je ne sais plus écrire. 

Pour écrire, pour imaginer, je dois m’abandonner au temps. L’oublier. M’en détacher. Ne plus être dans aucune organisation, aucun agenda, aucune obligation. Mon esprit doit flotter, ici et maintenant, se promener dans un ciel bleu pur et qu’aucun bruit ou nuage-obstacle ne viennent le déranger. Que naisse une petite musique au bout de mes doigts. Au moins les premières notes, et, avec un peu de chance, suivront quelques lignes ou peut-être même quelques pages. 

Écrire, c’est comme méditer. Il faut que viennent des souvenirs d’émotions et ensuite seulement, les voir, les sentir et les faire revivre dans des corps de personnages. En tout cas, c’est ma façon. 

Aujourd’hui, troisième tentative pour la quatrième de couverture : résumé et biographie.

Besoin d’aide, de temps, de silence. J’ai fait brûler de l’encens. Furent brûlés en même temps le doute, l’éparpillement. Furent fermés les tiroirs inutiles. Furent calmées mes propres émotions. 

Et la musique vint.

vendredi 23 janvier 2015

De la révision du manuscrit
Les têtes bouclées

Petite pause de corrections des Têtes bouclées (prochain roman à paraître à l'automne 2015 pour ceux et celles qui ne le savent pas).

Quand c’est rendu que tu veux redevenir le professeur que tu as déjà été plutôt que l’élève que tu ne cesseras jamais d’être, il vaut mieux arrêter, reposer tes neurones. À l’étape où j’en suis, c'est-à-dire relire posément les suggestions de la réviseure-directrice-littéraire (avec qui je m’entends super bien, que je respecte, que j’admire, faut-il le mentionner) et les appliquer ou non, c’est une perte de temps de vouloir lui expliquer, à distance qui plus est, comment je pense, comment j’ai construit mon roman. La phrase qui est en train de devenir un classique chez les auteurs : « si la réviseure n’a pas compris, le lecteur ne comprendra pas ». Et comme, au moment de la lecture, l’auteur n’est pas là pour expliquer comment il a raisonné au moment de l’écriture... Maladroit, reformuler, transition. C’est imprécis à la page 174, ce n’est pas à la page 182 qu’il faut lire l’explication. Et le lecteur, lui, ne sait pas que telle phrase est écrite parce qu’il y aura un lien dans le tome 3. Il n’a pas à le savoir. 

Alors, tu laisses l’ancien prof de côté, son orgueil compris. Tu redeviens l’élève qui doit recommencer son devoir. Penser autrement, recomposer ta petite musique, avec les mêmes notes, mais de façon plus harmonieuse. Trouver les fameuses transitions manquantes et en trouver des pas trop clichés.

Avant de sombrer dans le doute, prendre une pause. Ne pas lire surtout ni roman québécois ni aucun, même pas un de ces mauvais dont parle souvent Dany Laferrière. Reste concentrée. Et puis, si l’impatience te venait, regarde la couverture. Si belle, si réussie. Regarde le contrat signé. Pas de quoi déprimer, c’est certain. Encore un peu de temps et tu vaincras.

Ne pas t’attarder au fait que tu es une femme et que ton personnage principal est un homme. Ce n’est pas ce que tu avais prévu quand tu as commencé cette histoire, mais maintenant, il est là, il s’est imposé. Il aura la voix qu’il aura, il s’en est satisfait, lui, pourquoi pas toi ? Ne pense pas au lecteur qui le remarquera sûrement, ça le dérangera peut-être, peut-être non. Tu n’es pas Flaubert qui a réussi sa madame Bovary, et alors, tu n’as pas à l’être. Pense à la couverture que tu aimes tant, laisse-la t’inspirer. 

Cesse d’être avocat du diable. Utilise tes neurones pour trouver de nouvelles scènes. Allez, courage, tu as connu tellement pire. Le plus facile est derrière toi, certes : les fautes d’orthographe disparues, les rares anglicismes ont été vus et corrigés lors de la deuxième version, la déficiente concordance des temps et l’accord des participes passés sont moins flagrants qu’au premier roman et donc rapidement corrigés ? L’émotion a l’air de passer puisqu’il n’en fut pas question. Tu es passée du point A au point B. Encore un peu de temps, encore un peu d’efforts et tu te rendras au point C.

N’aimes-tu pas jouer avec les mots ? Va faire ce que tu aimes le plus : écrire. Bon, d’accord, c’est plus difficile de réécrire, mais ce n’est finalement qu’un déplacement des mêmes vingt-six lettres de l’alphabet ! Et puis, c’est une histoire d’amour, une relation père-fille. Ça te va comme un gant. Il suffit que tu joues avec les blocs et que tu les déplaces un peu, que tu y mettes de l’ordre. Pas l’ordre que tu as dans ta tête, en ordre pour que le lecteur, tous les lecteurs comprennent ou au moins se retrouvent un tant soit peu dans l’histoire, peu importe comment ils pensent, de quel sexe ou de quel âge ils sont. 

Bon, ça va mieux, la pause est finie ? On y retourne?

vendredi 16 janvier 2015

De la beauté de mon hiver... au Québec

Il y eut la tuerie à Paris, il y eut Je suis Charlie. J’ai regardé, écouté, j’ai ressenti l’injustice, la colère. La peur surtout. On ne peut pas réagir à tout, s’intéresser à tout, écrire sur tout. Ne me viennent que rarement des mots pour les morts, même proches. Pas plus pour les fêtés. Alors j’ai attendu. J’ai continué à vivre, à m’intéresser à la culture, aux voyages. 

Et à cet hiver que j’aime bien.

Malgré le vent glacial, malgré la neige à pelleter, je sors dehors presque chaque jour. En bas de la petite côte qui mène à une forêt d’aulnes, de bouleaux et d’épinettes, à l’abri du vent, je parcours les sentiers que j’entretiens avec amour depuis des années.

Et j’oublie l’injustice, la colère et la peur. Je respire. Je cherche la mésange et le lièvre. Je suis toute joie quand je trouve des baies rouges. J’admire les effets du soleil sur les branches glacées et enneigées. Je ne sens aucun besoin d'aller dans le sud... pour l'instant.

Je vis. Pendant que je peux. 

mercredi 14 janvier 2015

Nouvelle adresse

Petit billet court, plus de détails ultérieurement.
Vous ne verrez pas la différence à moins de regarder l’adresse URL en haut de votre écran.
Mon adresse falstrault-lamarche.blogspot.com est devenue www.claude-lamarche.com
C’aurait pu être facile, c’aurait pu prendre une petite heure, mais finalement deux jours plus tard, tout est revenu à la normale. 

Merci à Pierre H. Charron pour son aide, à Steve T de Funio mais aussi à J.-P. Casavant de Internet Papineau.

À bientôt. Parce qu’entre temps, j’ai reçu les corrections de la réviseuse pour mon roman Les têtes bouclées, alors il y a plus important qu’une simple adresse changée.

samedi 3 janvier 2015

Trois auteures pour une lectrice

Parce que je lis, parce que j’écris, parce que j’ai marché une heure — même si j’aurais bien aimé que ce soit en raquettes, au moins en forêt, ma forêt — parce que le silence est revenu après les chansons et les rires, je suis bien. Plus que bien, heureuse, de belle humeur. Plus que « Bonheur du jour », je voudrais trouver un titre plus révélateur de mon état. Une métaphore. Comme Lynda Dion dans son tout nouveau blogue. D’ailleurs cette écrivaine québécoise, c’est ma cerise sur le sundae, l’étoile en haut du sapin de Noël, mon sourire large et reconnaissant.

Le début de ce bonheur-du-jour a commencé fin novembre, dans une librairie. À l’achat de Bad girl de Nancy Huston. Voir billet du 28 >>>. Sauf qu’à la moitié du livre, j’ai dû me faire violence pour arrêter, pour lire des livres de bibliothèque — papier et numérique— délai de trois semaines oblige. J’ai repris le Huston après Noël, l’ai terminé, satisfaite, vaincue. En me pressant un peu parce que je savais — j’espérais— qu’au jour de l’An, Écrire la vie d’Annie Ernaux m’attendrait. Vaincue oui, parce qu’entre le livre et moi, entre la lectrice et l’écrivaine que j’essaie d’être, c’est souvent la bataille. Laquelle gagnerait, laquelle s’avouerait vaincue, laquelle reconnaîtrait que l’auteure n’aurait jamais pu écrire ce que la lectrice est en train de lire, même si elle aurait bien aimé tellement elle se sentit proche de cette écriture, proche du vécu du personnage. Que la lectrice fut tenue en haleine, émue bien souvent, et a réduit l’auteure au silence et à l’admiration. Sans juger, sans critiquer, sans chercher la petite bête noire. Sans non plus se sentir complètement nulle, sans non plus qu’elle soit tellement vaincue qu’elle renonce à jamais à écrire elle-même. Donc, j’ai fini de lire Bad girl, et j’ai même pardonné à Nancy Huston (et/ou son éditeur) ce titre anglais alors que « La mal-aimée » aurait très bien fait l’affaire, selon moi. C’est la seule petite voix qui s’est fait entendre, mais une fois le livre ouvert, pendant qu’elle tournait les pages, qu’elle était ravie de la mise en pages et bien concentrée dans l’histoire de Doritt (bizarrement, j’ai écouté la série La petite Dorrit de Charles Dickens à Radio-Canada entre Noël et le jour de l’An), la petite voix s’est tue, n’a plus rien dit. Conquise.

Alors, quand arrivèrent les mille pages d’Annie Ernaux, la vaisselle, le lavage, le budget furent rapidement expédiés, les émissions de télévision oubliées et la lectrice déjà bouche bée, les mains ouvertes, le cœur prêt à l’abandon se cala dans son fauteuil et partit à la découverte de cette auteure dont elle n’avait lu qu’Une femme et dont elle n'avait gardé — comme il arrive bien trop souvent — qu’un vague souvenir… d’avoir aimé ça.

La lectrice que je suis en était là de son plaisir encore ce matin, après la lecture du chapitre photojournal, après sa marche quotidienne quand sur Facebook, elle vit le nom d’une écrivaine québécoise dont elle a tant aimé les romans. Cherche vainement quand j’en ai parlé. Il est impossible que je n’en ai point dit un mot sur mon blogue. J’ai tellement aimé, me suis identifiée. Grâce à Louise Falstrault, artiste peintre, j’ai connu son père artiste peintre aussi, Eddy Dion. Ingrate. J’ai pourtant parlé d’Hélène Dorion, de Louise Dupré et elle, que j’ai lue à la même époque, au soleil, me semble-t-il, point de traces ? Je me reprends donc: sur Facebook, Lynda Dion, puisque tel est son nom, annonce qu'elle a créé son site et intégré un blogue. Depuis le temps que je cherche des blogues d’auteurs, féminins en plus, et Québécoises. Il y en a peu. Je me précipite, je dévore, je cherche les mots que j’ai aimés dans La maitresse et La dévorante. Je trouve. Différents, mais tout aussi personnels. 

Est-ce moi qui les cherche, est-ce moi qui les réunis, mais dans les mots de Huston, d’Ernaux et de Lynda Dion, le même "je", le même intime, le même personnel. Je ne dirai pas autofiction ni autobiographie, c’est au-delà. N’a plus d’importance de limite, de frontière et encore moins d’étiquette, de classe, de catégorie.

Trois auteures qui me parlent d’elles. Et moi, je suis devant un miroir qui me renvoie ma propre image, devant une plage où je vois mes traces, devant des pages où je me reconnais, devant un calepin où se mêleront des notes de lectures, des mots à écrire, à retenir, à publier peut-être. 

Alors Huston au revoir, au prochain, Annie Ernaux ma joie pour l’hiver et Lynda Dion, chaque fois qu’elle le voudra bien, je vous suis toute reconnaissance de me montrer qui vous êtes pour apprendre qui je suis.

mercredi 31 décembre 2014

Sur les traces de... (3)

Sur le montage photo
En haut à gauche : personnages représentant les Seminoles du sud de la Floride (photo de l'auteure)
En haut à droite : totems situés à Whitehorse symbolisant les Tlingits du Yukon (photo de l'auteure)
En bas à gauche : illustration de la bataille de Fort Alamo, San Antonio, Texas (photo de l'auteure)
En bas à droite : photo empruntée au site Internet discorverenglang.org illustrant les premiers arrivants européens en Nouvelle-Angleterre. Reconstitution à Plimouth Plantation, près de Boston
Après les billets « Sur les traces… » des romans et des tableaux, publiés en octobre, voici Sur les traces de l’histoire. Toutefois, si c’est en lisant ou en admirant des tableaux d’artistes peintres que j’ai le goût d’aller ici et là pour voir ce que les artistes ont vu ou vécu, en ce qui concerne l’histoire, c’est plutôt le contraire: c’est une fois sur place que je découvre le passé de la région.

Ce n’est sûrement pas l’histoire apprise dans les livres scolaires qui ont inspiré certains de mes voyages. Je n’aimais pas beaucoup cette matière trop académique, trop de par cœur, trop de dates, trop de noms, trop de rois. Je n’ai pas eu de professeurs qui m’ont rendu cette matière attrayante. Probablement que c’est tout de même celle que j’ai apprise à l’école qui m’a fait croire que l’Histoire, avec un grand H, ne s’était écrite qu’en Europe ou dans les « vieux pays ». En Amérique, ça se résumait aux Indiens tués par des soldats et que cette chasse tenait plutôt de la religion (les bons blancs qui évangélisent les méchants de couleur). Toujours est-il que pendant longtemps, j’ai été tenté de visiter l’Europe et presque rien d’autre. Visiter les États-Unis n’a jamais intéressé les membres de ma famille. 

J’ai donc voyagé en France-Italie-Suisse (1962), en Irlande (1971), au Mexique, en me contentant de traverser rapidement l’est des États-Unis (1972), grand tour de France-Suisse-Allemagne-Hollande-Belgique (1989) et la France uniquement (1993).

C’est le manque de temps de vacances et le plaisir du camping qui m’a fait peu à peu rôder plus près de ma tanière québécoise. En me promenant en Ontario, en longeant le fleuve jusqu’aux Grands Lacs, j’ai appris l’histoire de la révolution américaine (1775-1783). Ce ne sera que beaucoup plus tard que j’apprendrai que l’ancêtre des Falstrault était un soldat auxiliaire allemand, Heinrich Faulstroh, qui est arrivé pendant cette guerre d’indépendance et qu’il a donc séjourné dans ces forts situés près des frontières new-yorkaises.

Toujours attirée par la mer, en me rendant à Cape Cod, j’ai finalement arrêté au village reconstitué de Plimoth Plantation, devant lequel je passais à chaque séjour. Sans avoir à visiter Boston, j’ai pu y apprendre comment se passait la vie au dix-septième siècle. Et comme chaque fois que je vois un bateau de cette époque, j’ai été impressionnée par le Mayflower.

Si j’ai beaucoup aimé connaître l’histoire, les difficultés et la culture des autochtones du Yukon et de l’Alaska, celle du Texas a été, de loin, la plus différente de tout ce que m’avaient laissé croire les films « westerns » vus à la télévision dans mon enfance. Je n’avais jamais compris l’importance du peuple espagnol dans le sud des États-Unis. Je n’avais jamais vu (ou pas retenu) la grandeur réelle du territoire du Texas au temps des missions espagnoles. La bataille du fort Alamo se limitait pour moi à la mort de Davy Crockett, un héros de film. 

Mon voyage au Texas fut donc tellement, mais tellement plus qu’une recherche de la chaleur ou un état obligatoire pour se rendre en Arizona. 

Je n’ai donc noté, pour les besoins de ce billet, que ces quatre endroits. À titre indicatif seulement de ce que peuvent être aussi mes voyages, en plus de la recherche de nouveaux paysages, de chaleur parfois, du plaisir de vivre en plein air, de marcher, de pédaler, de pagayer.

En 2015, je profiterai du 350e anniversaire de l’arrivée des soldats de Carignan pour approfondir l’histoire de mes ancêtres autant du côté paternel (Bricault dit Lamarche) que maternel (Deguire dit Larose), mais en 2016, je projette une croisière dans les pays de la Scandinavie. À découvrir une histoire totalement inconnue pour moi, sinon par un Astérix, L’Anse aux Meadows à Terre-Neuve et trois romans de Henning Mankell. Aussi bien dire zéro.

Sur ce, je vous souhaite une bonne année 2015, sur les traces de... vous-même.

sites à consulter:

vendredi 19 décembre 2014

Lire à Noël

Noël, encore un. Mon grand-père calculait son temps en Noël : « c’est mon dernier » a-t-il dit pendant une bonne dizaine d’années. Pour certains, qu’ils soient seuls ou bien entourés, les fêtes peuvent être nostalgiques, voire tristes. Pour d’autres, une prouesse d’organisation. Mais il faut bien admettre que nos Noëls d’enfants sont, en majorité, pleins de beaux souvenirs. Des fêtes de congé, de neige, de couleurs, de cadeaux, de joues rouges, de sourires ravis. Parsemées de danses, de musiques, de bonshommes de neige ou de jeux de cartes. Toujours de bonne boustifaille. 

Nos Noëls d’adultes sont souvent très loin de nos jours d’enfants. Je n’y échappe pas. Même entourée de la famille, de princesse et de chevaliers, de pirates et de bricoleurs, je me sens superficielle, consommatrice, un peu sur la corde de la performance d’hôtesse ou je joue le jeu de l’invitée. 

Du plaisir oui, 
de la joie, oui, 
de la fatigue, sûrement, 
de la satisfaction, très souvent.
Mais de l’émotion, celle du dedans, celle qui remue mon cœur d’enfant, rarement.
Sauf cette année. 

Quand on a donné notre liste de cadeaux à la personne responsable de la cueillette. Je ne sais pas qui m’a pigée, mais je l’annonce, avant Noël, j’ai pigé mon frère. Je n’en ai qu’un. Nous n’étions que deux enfants dans la famille. Qu’ai-je demandé au père Noël? Un livre. Qu’a demandé mon frère au père Noël? Un livre. De la quinzaine de personnes qui constituent la famille agrandie, nous avons été les seuls à demander un livre. Ce qui m’a émue jusqu’au cœur. Comme un fil qui me relie à lui, pour toujours. Quand on lisait, on ne pensait pas à se détester. Les livres nous ont rendus généreux, ont permis de garder intacte notre fraternité-sororité, celle qui s’entend bien et s’aime malgré les différences.

En voyant sa demande, je nous ai revus certains dimanches, et à plusieurs anniversaires, parents et enfants, au salon. Nous lisions. Nous étions bien. Très bien. Merveilleusement calmes. Sans acrimonie, sans bataille. Chacun dans son monde, et pourtant le même monde. Du même souffle. D’un même cœur. Enfin, j’ose le croire. 

Je vous souhaite de retrouver cette émotion de votre enfance, au temps où il n’y avait que le bonheur d’être soi-même. Avez-vous essayé avec un livre?
(Photo de l'auteure, en 1962)
(Illustrations d'arbres de Noël en livres, empruntés à Google images)

jeudi 11 décembre 2014

Ce sera Christian Quesnel



J’aime tellement ce qu’il fait. Loin de l’hyperréalisme, mais quand même quelques éléments bien figuratifs, ses illustrations aux couleurs parfois vives, parfois pastel suggèrent plus qu’elles n’imposent une idée. Son originalité vient peut-être du fait qu’il n’est d’aucun mouvement ou école de pensée. Il a créé son propre style. Je l’ai connu par son livre Cœur d’argile, mais je crois que son dernier, Ludwig, est en train de faire le tour de la province et du nord des États-Unis. La maison d’édition au nom enchanteur de Neige-Galerie, qu’il a créée avec quelques auteurs de l’Outaouais a déjà publié plusieurs titres. 

Je lui ai donc demandé de faire la couverture de mon prochain roman, Les têtes bouclées. Je l’ai rencontré à son studio. Je lui ai présenté Les têtes rousses paru en 2011 et ce cahier bleu que ma grand-tante religieuse a tenu dans les années 1920-1940, qui  me sert d'inspiration pour cette série. Il aurait bien voulu en trouver un semblable dans la maison où il habite depuis quelques années. Un cahier qui recèle des trésors d’histoires, de photos, de tableaux généalogiques, de cartes mortuaires, de chiffres, de numéros de lots dans les cimetières, d’adresses. Je lui ai donné quelques détails des personnages à quoi ils ressemblent, où ils ont vécu. C'est tout, je le laisse aller, j'ai confiance.

Il a dit oui. Je sais que ce sera beau.

Ce sera donc Christian Quesnel.

Vous pouvez en savoir plus sur lui:

Les illustrations sont évidemment de Christian Quesnel

lundi 8 décembre 2014

Certains matins...


Certains matins, les mots tardent à arriver ou ne s’assemblent pas en phrases.
Certains jours, l’esprit a besoin de s’aérer, de respirer.
Ce jour-là, ce matin-là, dehors, la nature s'est fait lumière, s'est fait couleurs.
C’est aussi ça la vie. Peut-être la seule vraie.
La mienne en tout cas.

(photos de l'auteure)

lundi 1 décembre 2014

Ce sera Les têtes bouclées


Pour la vraie couverture, il faudra patienter quelques mois.
Le 28 novembre 2014, une date à retenir : mon blogue a six ans? Non, qu’importe. Deux jours avant la date anniversaire de mon père qui aurait eu 92 ans? Non, pas ça. J’ai attendu en décembre pour l’annoncer parce que j’attendais le calendrier d’échéance pour vous en dire plus. Confirmation ce matin.

Donc, tatadam… certains l’auront déjà deviné… c’est ce jour-là que j’ai reçu un courriel de l’éditeur de Vents d’Ouest m’annonçant que mon roman, Les têtes bouclées, sera publié. 

Joie. Borborygmes. Soupirs. Grand sourire. Fête.

Compte à rebours commencé. Noter les dates, les prochaines étapes. Rencontrer la réviseuse qui me suggérera des transitions, des améliorations pour assurer une meilleure continuité, surtout dans le dernier tiers. À l’avance, ayant confiance, je dis oui à tout. Je verrai point par point lors de la réécriture. Je vérifie quand même, j'ouvre mon fichier, je cherche les chapitres. Ah ! oui, peut-être que je pourrais développer ceci et cela. Mais j’accepte l’aide. Je voudrais un déclic, sentir la même émotion que lorsque Bernadette Renaud m’avait suggéré une scène-pivot pour mon premier. 

La couverture : j’y pense depuis longtemps. Je la veux différente des Têtes rousses. J’ai déjà le nom du dessinateur en tête. Lui demander, envoyer un courriel, prendre rendez-vous. Le dire? Puis-je? Il n’a pas encore accepté. Le nom a été soumis à l’éditeur qui a dit oui tout de suite. 

La publication : octobre 2015. C’est loin, mais je m’en doutais, c’était le cas également pour Les têtes rousses

L’éditeur m’a parlé de la suite du roman. Il y a quelques semaines, je voulais tout lâcher, me contenter d’écrire un long et dense épilogue au tome 2. Arrêter là le suspens, la tension, le devoir, l’obligation, la discipline. Juste vivre et me faire plaisir. Mais voilà, la promesse de publication, la possibilité d’une trilogie m’incite à la réflexion, me motive. Me fait croire que j’en suis capable. 

Et puis, ne pas essayer de tout régler la première semaine. Ni anticipation, ni projection. Ni même de comparaison avec Les têtes rousses, sinon, les dates du 7 octobre et  du 2 décembre 2011 vont revenir me rappeler des jours plus sombres qui avaient gâché un peu beaucoup la sortie de mon roman d’alors. Goûter chaque moment et me réjouir de pouvoir les vivre, un par un, une étape à la fois et continuer de vivre mes trois rêves: lire, écrire, voyager.

Pour l’instant donc, l’annoncer. 

C’est fait.

vendredi 28 novembre 2014

Bonheur du jour(4)

D’abord l’anticipation. Prendre prétexte de l’achat d’un cadeau pour Noël pour quelqu’un d’autre et te faire plaisir à toi aussi. Avoir hâte de voir l’étalage, la décoration des fêtes, les nouveaux titres surtout. 

Le choix de la librairie. Sans hésitation une librairie indépendante (Rose-Marie à Buckingham) parce que tu boudes Renaud-Bray depuis plusieurs mois : il ne veut pas des livres de Dimedia, tu ne veux pas des siens. Quant à Archambault, il peut se passer de ton argent et de toute façon, le magasin est mal situé pour toi. 

Et puis quel plaisir de voir que la propriétaire te reconnait, même si tu n’y vas plus aussi souvent, depuis que tu es membre de la BANQ. Et si elle ne se souvient pas de ton nom, son sourire et l’empressement avec lequel elle t’indique où trouver tel ou tel livre te font chaud au cœur comme si tu partageais une même passion, ce qui est le cas.

Le choix des livres. Le véritable enchantement commence, la délectation. Comme des caresses d’amour. Rapidement tu prends le livre de 1000 pages de Ken Follett pour le cadeau des Fêtes. Peut-être l’emprunteras-tu pour le lire ? Tu t’attardes aux présentoirs des nouveautés. Tu remarques que les sept tomes de Fanette de Suzanne Aubry ont leur propre présentoir. Wow, quelle promotion ! Tu hésites devant le dernier de Michel Tremblay, Survivre Survivre. Mais tu sais que c’est une sorte de suite de la diaspora des Desrosiers et que tu n’as pas lu tous les précédents. Prendre un livre de Léméac/Actes sud est toujours un plaisir. Tu as toujours aimé le format, le choix du papier la texture de la couverture. Quoiqu’on dirait bien qu’au toucher, la couverture n’est plus aussi poreuse. Tu hésites.

Tu te rends dans les bandes dessinées, tu cherches les éditions de la Pastèque, tu ne trouves pas, tu demandes à la propriétaire. Auteur Marsi, Titre Colis 22, éditions La pastèque, elle trouve immédiatement. Pourquoi celui-là ? Depuis le temps que tu voulais lire Marsi, le compagnon de Venise. Tu as couché chez eux, ou plutôt tu avais séjourné dans leur stationnement trois jours pendant les correspondances d’Eastman. Elle tient un blogue sur la littérature québécoise, Le Passe-mot et lui, il dessine. Fort bien d’ailleurs. Tu feuillettes : un vélo. Ça te rappelle tes intrépides virées avec tes bicyclettes. Tu tournes encore quelques pages, tu es ravie, tout à fait le genre de dessins en noir et blanc comme ceux de Michel Rabagliati que tu aimes bien aussi. Tu hésites, mais entre un Tremblay que tu pourrais emprunter à la bibliothèque et une bande dessinée québécoise, d’un auteur relativement nouveau qui commence dans le domaine… tu te décides, ce sera Marsi.

Un troisième ? Allez, dis oui. Un roman que tu ne peux pas emprunter en numérique à la BANQ, parce que tous les éditeurs ne s’y trouvent pas, allez savoir pourquoi. Tu retournes aux romans, tiens un nouveau Nancy Huston, oui, tu te souviens avoir lu un article sur elle, dernièrement. Bad girl. Non, non, tu ne vas pas encourager ces titres en anglais ? Tu sais comme ça t’horripile cette tendance très française de croire que l’anglais répond mieux à certaines façons de penser. Et puis tu sais aussi que tu as été souvent déçue de la lecture de Nancy Huston. Tu feuillettes quand même. Page 11 : «Toi, c’est toi, Dorrit. Celle qui écrit. Toi à tous les âges, et même avant d’avoir un âge, avant d’écrire, avant d’être un soi. Celle qui écrit et donc aussi, parfois, on espère, celui/celle qui lit. Un personnage.» Et page 259, une citation de Roland Barthes « Tout ceci doit être considéré comme dit par un personnage de roman. » Tu es remuée, avoues. Tout à fait ce que tu voudrais écrire au sujet du manuscrit sur lequel tu travailles présentement. De vraies personnes qui deviennent personnages. Dont la vérité se change peu à peu en simple vraisemblance.

Tu aimes déjà ces petits chapitres courts qui tiennent en une demi-page, parfois deux. Tu le gardes dans tes mains, mais tu cherches s’il n’y aurait pas mieux. La tête penchée pour voir les noms des auteurs, tu cherches dans les « L », sachant bien que les tiens ne sont plus sur les tablettes depuis bien longtemps. Et puis, de toute façon, trop estomaquée par ce que tu viens de lire, tu sais que ton choix est fait, tu jettes un coup d’œil à la quatrième couverture  et à quelques pages encore du Bad girl de Huston. Non, décidément, tu dois le prendre, tu veux le lire, tu sais déjà que tu souffriras de ne pouvoir écrire comme elle, qu’il ne faut pas d’ailleurs, mais que finalement tu baigneras dans cette atmosphère que tu aimes tant, assise dans ton fauteuil préféré, au coin du feu, peut-être du Mozart ou du Bach en sourdine, un café sur la petite table, sûrement. Tu essaieras de ne pas te précipiter sur ton cahier de notes à chaque trois pages de lecture. Tu essaieras d’être une lectrice seulement. 

Tu seras comblée.

(photo de l'auteure)
Blogue de Venise >>>

vendredi 21 novembre 2014

De la résistance

Ils ne sont pas nombreux les blogues d’auteurs québécois. Celui d’Annie Cloutier me plaît bien, elle ne parle pas que de livres ou d’écriture. Elle n’écrit pas en langage de blogue ni chronique journalistique. Elle écrit comme elle l’entend. Plus long qu’un billet moyen. Et je m’en réjouis. Elle a beau écrire : «Qui aime les récits de ce qui ne tourne pas rond? Le blogue ne sert pas à étaler. Je résiste donc

Dans ses billets, j'y ai quand même vu des tourments, des doutes, des questions et ses résistances. Entre les lignes, ses humeurs.
Moi aussi, je résiste souvent. J'essaie de garder pour moi ma mauvaise humeur, qui dure moins longtemps qu’à quinze ans, mais encore trop. Je sais pourtant que je dois parler ou écrire pour évacuer ces nuages noirs, ces orages intérieurs. Mais je ne veux pas embêter les gens avec mes sombres pensées. Ne veut pas expirer cette énergie négative, la jeter à tous les vents dans l’univers des autres, qu’ils soient des lecteurs ou des proches.

Mais où me débarrasser de ce trop-plein émotif? Après quelques grognements et résistances de ce cerveau rancunier, la réponse s’impose, toujours la même : dans un roman. Dans un roman, il faut justement de la mauvaise humeur, des conflits, des cris, du négatif, du ça va mal, de la violence, des pleurs dont on ne sait quoi faire, des gens en mauvaise santé, des gens qui vont mourir, ces gens qu’on ne veut pas voir, notre malaise qu’on ne veut pas affronter.

Alors je m’y mets aussitôt comme une catharsis. 
Mais quel personnage choisir pour une telle libération? Les questions viennent plus vite que les réponses: personne ne cadre avec ma réalité. Tout le monde est gentil dans le manuscrit en cours. Tous des portraits flatteurs. Et quelle est cette idée saugrenue que j’ai eue d’écrire un roman à partir de mes ancêtres? J’ai l’air fin maintenant avec leurs descendants. Je ne veux plus que les descendants soient mes proches. Que les lecteurs pensent que ce sont les membres de ma famille, que la narratrice, c’est moi. Si à la limite, je peux leur inventer des sentiments ou des fantasmes ou des pensées parce que je n’ai aucune idée de ce qu’ils ont été dans la vraie vie, je résiste à  créer des actes dont ils n’auraient pas été fiers.

Quelle est cette obsession (peut-être un peu fort comme mot, disons, cette inquiétude qui revient) de savoir ce que peut penser le lecteur au sujet de mes personnages, ou apprendre sur les membres de ma famille. Parce que j’ai été étonnée d’apprendre qu’une recherchiste avait cru que j’étais un ex-religieuse à la lecture de mon premier livre Je me veux? Et qu’elle voulait m’interviewer sur ce sujet? Est-ce que je me demande si le Luc d’Hugo Léger, dans Le silence du banlieusard, est l’alter ego de l’auteur, si Nathalie est l’équivalent de sa véritable épouse, si Lucie ressemble à cette petite qu’il a eue ou pas eue, dans la vraie vie. Non, en tant que lectrice je ne me demande jamais, même pour un premier roman, si tout est vrai, si tout vient de la vie de l’auteur. Non, je lis une histoire qui raconte la vie de personnages. Pourquoi en tant qu’auteur, je me préoccupe de ces questions? Pourquoi avant d’écrire une scène, je résiste? Et quand bien même, l’histoire ressemblerait en quelques points à la mienne, quand bien même certains lecteurs chercheraient le lien ou songeraient à faire le rapprochement, quand bien même j’aurais dix romans derrière moi avec une trentaine de personnages différents, des fins, des gentils, des violents, des séparés, des durs à cuirs, des voyous, des éduqués, des ouvriers, alors que ce n'est pas le cas, qu’est-ce que ça change? En quoi ça me concerne, ce que peut penser un lecteur? De toute façon, il s'appropriera l'histoire, en fera ce qu'il veut avec son vécu à lui. Pourvu que ce soit agréable à lire et qu’il passe un bon moment, j’ai ma conscience, j’ai ma vie et moi seule sais ce qu’elle est vraiment. 

Cesse de résister. À tes humeurs, à tes questions. Écris.

blogue d'Annie Cloutier>>>
(photo de l'auteur, au Yukon)

vendredi 14 novembre 2014

Matin de givre

Quand la nature nous dépose cadeau
Quand le givre nous décoche sourire
Quand le soleil nous rend l’humeur belle et douce
Quand les mots s’effacent devant la couleur
Le silence s’installe
Le présent approche et chasse le temps
Le froid s’oublie
La paix vient


(montage photos de l'auteure)

lundi 10 novembre 2014

Bonheur du jour(3)

Bientôt six ans de blogue, mais j’avoue que les anniversaires qui me concernent personnellement, peu importe ce qu’ils rappellent, sont rarement soulignés encore moins fêtés. À peine évoqués, bien souvent oubliés. Tout de même une petite fierté que ce blogue qui n’a plus la prétention de ses débuts. Un fouillis plus ou moins ordonné, juste pour mon plaisir personnel, quoique je ne refuse jamais les commentaires écrits ou glissés à mon oreille un soir de bavardage, signe que mes billets sont lus, ce qui me motive un brin à poursuivre.

Tout de même, certains bonheurs du jour (puisque c’est le titre de ce billet) sont plus jouissifs que bien des anniversaires. Occasionnent une petite ou une grande émotion. Un large sourire parfois. Une paix au cœur bien souvent.

Comme ce courriel reçu la semaine dernière qui confirmait qu’un lecteur trouvait mon manuscrit soumis suffisamment amélioré pour le passer à un autre. Petit bonheur que ce presque oui auquel je n’ai pas ajouté de « mais » ou de « même si ». En tout cas, ce n’est pas un non définitif. 

Comme mes petits déjeuners. Un rituel bien rodé. Un plaisir chaque matin répété, qui s’étire le temps que je veux. Table du matin devant une fenêtre exposée au sud. Lumière bienfaisante surtout en ce mois de novembre parfois maussade. Sittelles, mésanges, geais bleus et même pic sont conviés. Des rôties, un fruit, un café (à elle seule, la première gorgée peut s’avérer le bonheur du jour) et bien sûr l’indispensable lecture. Parfois revue de voyage ou La Presse+, mais plus souvent roman. Le matin, je fuis les prises de conscience, les questionnements, les analyses socio-politiques. Donc que des romans. Ce matin, version papier, Douze coups de théâtre de Michel Tremblay. Autant je l'ai boudé pendant des années, autant c'est un bonheur assuré de le lire ou relire aujourd'hui.

Entre deux gorgées, il est possible que je me lève pour aller chercher papier et crayon pour noter une idée, venue à la suite d’une émotion à la lecture du roman.

Que du bonheur.
Et vous, comment sont vos petits-déjeuners?

lundi 3 novembre 2014

En Outaouais aussi on écrit, on publie

Oh! que j’aime quand le journal Le Droit publie des articles sur des gens de l’Outaouais. En arts et culture surtout, parce que pour les actualités, je n’ai rien à dire.

Oh! que j’aime quand une auteure de l’Outaouais se démarque. En l’occurrence, Andrée Poulin. Bientôt, on ne parlera plus d’elle comme une Franco-ontarienne. On ne la limitera pas à cet Outaouais où elle demeure. Déjà ses livres sont publiés chez des éditeurs montréalais et le roman qui vient de remporter le Prix TD de littérature canadienne pour l'enfance et la jeunesse est publié chez Bayard Canada. C’est dire que le rayonnement international n’est pas loin. 

Oh! que je suis heureuse pour elle, j’en profite pour la féliciter à nouveau. Un prix de cette envergure, ça ne fait pas que sortir l’auteur de sa région, ça donne un élan pour la suite des choses. Pour continuer à écrire.

Parce qu’elle peut être difficile et longue et méandrique la route de l’édition. Peu importe votre lieu de résidence. Celle de l’écriture ressemble à un sentier plus ou moins éclairé qu’on parcourt en solitaire. Mais ensuite, ensuite…

Entre le rêve et la désillusion se dressent le doute, le questionnement, parfois l’abandon. 
Entre le rêve et la réussite s’interpose surtout la persévérance. Sans compter que chacun a une définition différente de la réussite. On peut réussir dans sa municipalité, sa région, sa province, son pays, le monde. Ou seulement dans sa famille. Et s’en sortir fière quand même. Ou pas.

Pour une Andrée Poulin qui vogue avec un vent favorable vers le sans limites, il y a d’autres auteurs, d’autres éditeurs qui rament. Qui pataugent même. Qui ont peine à se tenir la tête hors de l’eau.

Dans ce monde de l’édition, cruel et complexe, le seul talent, le seul travail ne suffisent pas. Le Québec ne fonctionne pas comme le Canada, les États-Unis ou la France : on peut compter sur les doigts de la main des agences qui conseillent les auteurs. Donc, c’est à l’auteur de trouver une maison d'édition qui l'aide à naviguer sur une mer déjà fort occupée.

Depuis deux bonnes décennies, à moins d’avoir vraiment une maison d’édition qui peut se permettre d’engager une relationniste, il vous faudra, le jour où votre manuscrit sera enfin publié (et ne croyez pas que ce sera le premier le plus difficile, non c’est à recommencer chaque fois), sortir de votre tour d’ivoire, de votre sentier tranquille pour multiplier les activités de promotion qu’on pourrait très bien appeler réseautage. 

Faire appel à vos contacts, envoyer des courriels, des communiqués de presse, courir après les médias, espérer un retour d’appel, écrire des billets de blogue, entretenir un site, twitter, commenter, organiser un ou des lancements, surveiller la distribution de votre livre, prendre d’assaut les librairies (au moins celles de votre quartier), oublier votre gêne pour vérifier que votre livre ne se retrouve pas sur les tablettes de la spiritualité parce que vous avez ajouté le mot « ange » sur la quatrième couverture ou dans le coin des voyages parce que le mot Italie est écrit sur la couverture.

Avoir hâte de rentrer chez vous et juste écrire. Et lire.

Envoyer votre prochain manuscrit, attendre, relancer l’éditeur qui a ses propres problèmes, ses propres espoirs, attendre encore. Continuer, ramer. Vous réjouir pour tous les Loïse Lavallée Nicole Balvay Haillot, Michèle Bourgon, Christian Quesnel, Guy Jean et Andrée Poulin de l’Outaouais qui ont publié cette année (et plusieurs autres que je connais moins).

Espérer qu’un jour, vous ne ferez que ça, écrire. Sans tomber dans la désillusion ou la dévalorisation. Sans abandonner malgré les refus, si telle est votre passion, si là est votre chemin, si là est votre cœur qui bat.