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samedi 14 juillet 2018

Un seul mot

Un mot, une phrase peut blesser, peut réjouir, peut redonner confiance.
Sait-on jamais quel mot, quelle phrase touchera l’autre?
Hier soir, ce fut le mot fluide.

Francine a dit que j’avais « une écriture fluide » dans mon blogue.
Et elle me donne le livre Les femmes qui écrivent vivent dangereusement.
Me parler de mon blogue, me donner un livre. Je suis émue. Je suis aux anges. Je flotte. Je renais. On me lit. On aime ce que j’écris. C’est rare, c’est précieux.

Le savez-vous que vous êtes peu nombreux à me parler de mon sujet préféré : les livres. On ne devrait pas demander aux gens comment ils vont, on devrait leur demander : « qu’est-ce qui vous intéresse ces jours-ci? »

À quelqu’un qui n’est jamais très loin du fond de la désespérance (oui, je sais je suis un peu une Anne Shriley de l’exagération) en matière d’écriture, cette conversation ressemble à un printemps qui refleurit. À une eau fraîche par un jour de canicule. À un lever de soleil rosé après des mois de nuages noirs.

Vous me direz que j’étais pourtant déterminée fin mai au retour du camp littéraire Félix. Oui, bien sûr. Mais en bon bélier qui a la course rapide, mais la résistance anémique, j’ai eu la respiration haletante un mois plus tard. L’estomac s’en est mêlé, le sommeil aussi. Les questions ont suivi. L’écriture ne coulait plus, était loin d’être fluide. C’était devenu un devoir. Le genre de devoir qu’on écrivait pour plaire au professeur. Où notre cœur n’y était pas.

Et pour éviter d’entendre « non, non, non » de M. B. qui m’interdit le scepticisme, je me suis même interdit mon Carnet de roman. Je n’ai rien abandonné, tout juste délaissé.
Mais écrire l’été? C’est être masochiste, ou folle, ou obsédée. À moins qu’il ne pleuve à torrents ce qui n’est pas le cas cet été.

L’été, il y a les fraises, les framboises, les bleuets.
Il y a les pique-niques, les baignades, les promenades à vélo.
Il y a les vacanciers à accueillir, la famille à recevoir.
Il y a aussi les merles, les geais bleus, les phébis à observer.
Il y a les livres à lire.
Il y a la vie.

Je me suis donc remise à la lecture. Frénétiquement, comme une nageuse essoufflée qui s’accroche à une bouée qui la fait encore rester un peu dans l’eau, son milieu préféré.
J’ai enchaîné les lectures :

Bien sûr, Les femmes qui écrivent vivent dangereusement de Laure Adler et Stefan Bollmann. Sur les cinquante femmes citées, j’en connaissais une petite vingtaine. Donc encore des heures de plaisir à découvrir les autres.

Puis,
Hôtel Lonely Hearts : J’ai encore ragé contre le titre anglais (en partie, je sais puisqu’il y a un accent circonflexe sur le « o »). À les voir se multiplier (My absolute darling, After), à ne pouvoir m’y opposer, je baisse le ton. Je me suis d’ailleurs demandé pourquoi ce titre. On mentionne le nom de l’hôtel une seule fois… à la page 518. L’éditeur a raison de dire que c’est « un conte sans fées ». Un style original, de l’érotisme à chaque page, des métaphores à la tonne, de la musique, de la magie. Bref, j’ai bien aimé.

L’amour aux temps du choléra : Venu par erreur sur mon agrégateur Netvibes, alors que le billet de Madame lit datait de 2015, j’ai quand eu le goût de relire. Fait du bien de lire des vraies phrases, longues avec des virgules, des subordonnées. Une histoire qui ne bouscule rien, une intrigue sans violence, autre que celle des sentiments. Délicieusement suranné et puis, même pas. Disons que cet amour passionné ne m'a pas émue, mais qui ne rêve pas d’avoir un Florentino aussi tenace et patient?

Débâcle de Lize Spit (en numérique) : Attirée par les articles élogieux, les étoiles accordées, les prix remportés, il m’a fallu attendre longtemps avant de lire plus qu’un extrait parce qu’il est beaucoup emprunté, numérique ou papier.
Oui, pour les louanges méritées. Oui, pour la forme construite comme un scénario de télé. Oui, pour le récit glacial comme un vent calme avant l’orage.

13 à table : treize nouvelles publiées par certains auteurs chevronnés. Le thème de 2018 (parce que ça fait trois ans, je crois, que le concept existe, voir leur site Internet) est l’amitié. Certaines nouvelles s’en tiennent à ce thème d’autres non. Certaines sont vraiment surprenantes, d’autres ont une chute très réussie, d’autres un peu plus prévisibles, mais toutes agréables à lire.

Quarante-quatre minutes, quarante-quatre secondes de Miche Tremblay : J’étais à la bibliothèque municipale, j’attendais un livre pour une amie. Évidemment, je furetais. Tiens, un Tremblay que je ne me souviens pas avoir lu. Je feuillette. J’emprunte. Je lis. J’aime.

Alors, merci Francine. Merci pour Les femmes qui écrivent vivent dangereusement. Merci pour Hôtel Lonely Hearts. Mais surtout pour m’avoir écoutée. M’avoir parlé de mon blogue. Être intéressée par la lecture et l’écriture.

Alors moi aussi, un seul mot: merci.

site des restos du coeur>>>

dimanche 7 mai 2017

Le chœur des femmes a conquis mon cœur

Si je tenais un blogue d’actualité, je parlerais des inondations. De la rivière Petite-Nation et de la rivière des Outaouais.
Si j’étais très politisée, je parlerais des élections présidentielles de la France, je dirais que j’hésite à partir aux États-Unis pour punir Trump, pour exprimer mon désaccord avec ses décisions.
Mais voilà, il pleut donc je lis. J’hésite à voyager, donc je lis.

Choix entre :
Pieds nus dans l’aube, Félix Leclerc 
Le bal des absentes, Julie Boulanger et Amélie Paquet
Celle qui reste, celle qui fuit (tome 3 de L’amie prodigieuse), Elena Ferrante
Violette Leduc, Carlo Jansiti
Le chœur des femmes, Martin Winckler
Les hirondelles de Kaboul, Yasmina Khadra
Le vieux qui lisait des romans d’amour, Luis Sepúlveda

Mais cette liste, établie comme un devoir de méthodologie, aussi ennuyante qu’une commande à un libraire ne dit rien, ne révèle rien, ne vend rien, n’inspire rien. 
Vient le temps de choisir lequel je lirai aujourd’hui, là maintenant, dans l’état d’esprit dans lequel je suis alors que la pluie tombe, légère, mais ininterrompue, alors que j’ai encore à l’esprit tous les livres vus, toutes les phrases entendues il y a une semaine déjà.
Je feuillette un peu. Je lis les premières pages ou la quatrième couverture. Pas de critiques qui pourraient m’influencer.

Les quatre premiers m’attirent :
Pieds nus dans l’aube parce que je veux relire (comprendre que j’ai tout oublié) avant la sortie du film produit par le fils de l’auteur.

Le bal des absentes parce que j’aime bien le blogue de ces deux professeurs de cégep qui voudraient bien qu’il y ait plus de livres écrits par des femmes dans les cours offerts au collégial. Mais comme c’est un livre qui donne envie de lire d’autres livres, je vais retarder un peu. Je vais commencer par lire ceux de cette liste.

Quant au roman d’Elena Ferrante, comme il m’appartient j’ai tout le temps de le lire et je veux retarder le moment de déguster comme on le fait pour un dessert rare… et cher

Tout ce qui tourne autour de Simone de Beauvoir m'a toujours intéressée depuis que j'ai lu Les mémoires d'une jeune fille rangée, à quinze ans. Alors la biographie de Violette Leduc, auteure de La bâtarde, lu également à l'adolescence, devrait me plaire. Comme la majorité des biographies.

Les trois derniers ne me disent rien. Ni Kaboul ni l’Amazonie ne m’attirent, ne m’ont jamais attirée. Il fallait tout le talent d’une ou deux membres de mon cercle de lecture pour me convaincre de tenter l’aventure. Je suis une irréductible Nordique. Une incorrigible romantique qui préfère les histoires d’amour, les relations humaines plutôt que les descriptions de la nature ou les conflits raciaux.

Donc, j’ai opté pour Le chœur des femmes. J’ai plongé. Je n’en suis ressortie qu’hier. Lu le matin au déjeuner, une bonne partie de l’avant-midi, délaissant les tâches ménagères. J’ai lu le soir alors qu’il n’y avait rien d’intéressant à la télévision. J’ai lu certains après-midis puisque de toute façon je ne pouvais aller me promener en bicyclette ni semer de gazon. 
De toute façon, je n’avais pas eu besoin d'autre raison que de vouloir poursuivre parce que j'aimais, point. 

C’est l’histoire toute simple du gentil docteur qui soigne et non pas qui diagnostique et du stagiaire qui ne cesse de râler. Un roman français, avec quelques clins d’œil au Québec, une parlure argotique que j’adore. Une apparence d’opéra où les choristes chantent chacun leur tour soit andante ou largo ou lento. On s’en fout. Surtout divers points de vue sur le monde médical (l’auteur est médecin lui-même). Un secret révélé à petites doses, à la limite du vraisemblable, mais qu’est-ce que j’en sais moi de la science médicale. Bien sûr, selon mes bonnes habitudes, j’ai passé plusieurs pages, des cas vécus et détaillés qui n’apportent rien à l’histoire, mais jamais, je n’ai voulu lâcher. Et suprême habitude qui confère à l’ouvrage son quatre étoiles et demi — si j’avais à lui en attribuer une —, même après avoir été voir la fin, je suis revenue tout lire dans l’ordre. Et mieux encore, la lecture m’a insufflé quelques idées — en tout cas quelques paragraphes — pour mon roman toujours en cours de correction.

Alors, bien sûr, je veux que la pluie cesse, que les rivières reprennent leur cours… mais je trouverai bien d’autres prétextes pour entamer le prochain : Le bal des absentes.

samedi 25 mars 2017

Liens obsessionnels

Billet que je ne devrais pas publier.
Publier ce billet, c’est avouer que je deviens obsédée, que je deviens plaignarde, que je ne surmonte pas un refus au lieu de me retrousser les manches, encore une fois, et de corriger mon manuscrit.

Pourtant, j’ai recommencé à le corriger, je l’ai imprimé, j’ai acheté un nouveau stylo rouge. Je biffe des paragraphes entiers, je reformule plusieurs phrases. Parfois convaincue de l’améliorer, parfois doutant de la pertinence de mes choix. Sera-t-il meilleur?

Ce qui ne m’empêche pas de râler encore.
Comme une déprime de postpartum qui n’en finit pas, malgré le goût du travail revenu.
Donc je publie tout de même le résultat de ce petit schtroumpf grognon qui n’est jamais bien loin. Juste pour libérer les toxines.

L’obsession me guette. L’idée fixe. La dépendance. Le déséquilibre. Le négativisme.
Si je n’y prends pas garde. Si je ne ventile pas. 
Jeter mes (inutiles) rechignements sur papier m’apporte-t-il un quelconque réconfort? Je dirais que oui. Après avoir craché son venin, le serpent se sent-il soulagé?

Lu ce matin sur Facebook :

Qu’est-ce qu’un auteur devrait écrire dans son blogue?
J’ai accroché sur le verbe « devrait ». Si écrire un blogue est un devoir… En ce qui concerne le mien, ça n’a jamais été et ça ne sera probablement jamais que la seule auteure qui l’écrit.
Sauf peut-être ces mois-ci. 

Ces mois-ci, depuis le refus de la maison d’édition pour la troisième version de mon roman, j’ai bien dû mal à penser à autre chose. En fait, oui, bien sûr, je me demande ce qu’on va manger pour souper, je vais pelleter et passer la souffleuse (eh oui, encore un 25 mars), je joue à Candy Crush, je cherche sur Google maps où je pourrais bien aller camper au mois de mai, mais disons que je ne passe pas une heure sans qu’une phrase, une image ne s’imposent à mon esprit. Je vais à la poste à pied? Tout au long, la tête penchée, je réfléchis, je fais parler mes personnages. Et puis, je me force à lever les yeux à regarder les grands champs encore tout blancs, à lâcher prise, à laisser le vent s’emparer de mes pensées et les diluer vers les montagnes lointaines.

Pourtant, de retour à la maison, je consulte mes blogues préférés, et pas un ne me ramène pas à mon roman.

Lu ce matin sur le blogue Je suis feministe
l’héroïne a l’intuition que sa place est dans la vie publique, avec les femmes en lutte, lorsqu’elle croise une manifestation à laquelle elle aimerait participer, mais voilà, il y a les enfants à aller chercher, le souper à préparer… Son mari fait semblant de la comprendre, mais la traite en femme. 
Ta maison est en feu de Margaret Laurence
Je n’ai pas aussitôt terminé le billet que je me précipite sur le site de la BANQ/prêtnumerique. Je lis l’extrait du livre. 
À qui je pense bien sûr : à mon personnage, Mireille. À accentuer, approfondir son rôle de mère. 

Mon « je » est auteure à l’affût 24 heures sur 24. Même quand ce « je » semble occupée à autre chose, l’auteure n’est jamais bien loin.
Surtout quand elle lit : que ce soit les blogues, Facebook, un journal et le pire, un roman ou des extraits de romans. 

Lu également Chez le fil rouge
Dans ce sublime petit ouvrage, l’auteure à la prose délicate et imagée nous ouvre les portes de tous ses petits cabinets d’écriture et nous confie des passages de ces batailles incessantes menées au cours de sa vie d’écrivaine avec ce lion, cette grande bête obstinée, son roman, son écriture.
Le « petit ouvrage » dont il est question, c’est En vivant, en écrivant d’Annie Dillard. Comme toujours, tout de suite, j’ai été voir s’il était disponible en numérique. Eh non. Ça attendra. 
Le pourquoi ou le comment ou toutes les questions d’ailleurs que se posent d’autres écrivains m’interpellent bien sûr. Mais toutes leurs réponses ne m’intéressent pas. Il faut que je m’identifie un peu. Elles me laissent rarement indifférente : soit j’apprends et ça me donne des ailes. Soit j’apprends, je m’interroge et ça me jette par terre de doutes. 

Comme dans Histoires de s’entendre de Suzanne Jacob 
L’urgence et la patience de Philippe Toussaint 
Questions d’écriture de Jean-Jacques Pelletier 
Le très compliqué Si une nuit d’hiver un voyageur d’Italo Calvino. 
Et, peut-être à venir : En vivant, en écrivant d’Annie Dillard.

Lu aussi le début du roman Les égarés de Lauri Lansens dont j’avais bien aimé Les filles.

Et dès le début, je remarque le peu de transitions entre les chapitres. Ça ne me dérange pas, mon cerveau sait enchaîner. Mais je me dis « pourquoi elle et pas moi ». Pourquoi à moi, on a reproché le manque de transitions ou le manque de diversité dans les transitions? Pourquoi il en faut dans mon roman et pas dans le sien? » 
Je connais la réponse bien sûr : une seule remarque et même toutes les remarques pour refuser un manuscrit n’expliquent pas tout. Quand bien même je corrigerais, quand bien même je répondrais à toutes les interrogations, ça ne m’assure pas d’une publication. Je sais bien, mais le schtroumpf grognon, lui, c’est dans sa nature de râler.

Vais-je un jour lire un roman sans comparer avec les miens? Sans faire de liens avec les miens?
Sûrement. Quand le dernier sera publié!

Si vous êtes las de lire mes interminables litanies… avec le printemps qui vient, il y a de l’espoir. La voyageuse prendra peut-être, enfin, la relève. 
Quoique la voyageuse aussi pourrait voir le prix exorbitant de certains campings ou être découragée devant les emplacements réservés des mois à l’avance, qui lui laisse croire qu’à son arrivée, il n’y aura pas d’emplacements disponibles dans ses campings préférés.

Et vous, quels liens fait votre cerveau entre ce que vous lisez et ce que vous vivez?

samedi 16 mai 2015

Lire ce qui donne envie d'écrire

Il y a les livres que tu lis par curiosité. Tu en as entendu parler, ou il a gagné un prix. Parfois tu ne le finis pas, par manque d’intérêt, il ne te dit rien, tu ne t’identifies à aucun personnage. Même si c’est un roman québécois.

Il y a ceux que tu as lus quand tu étais à l’école. Tu étais en réaction. Il fallait que tu le lises pour en parler, en faire une dissertation. Avec des fiches avant. Des livres que tu aurais pu aimer si on ne te les avait pas imposés. Rebelle à toute suggestion, sauf celles qui venaient de ta mère. Et encore, tu ne lui disais pas que tu avais aimé Les mémoires d’une jeune fille rangée. Que tu avais relu trois fois Donner ou le journal d’Anne-Marie.

Il y a des romans que tu as lus deux fois et que tu relirais encore. Par pur romantisme, comme les Daphné Du Maurier. Pas les polars, tu n’as plus le goût, ils ne t’apportent rien, tu ne sens plus rien, pas même de la curiosité, pas même du divertissement.

Les romans que tu préfères maintenant sont ceux qui te donnent envie d’écrire, d’en parler ou de parler de ta vie, qui enrichissent ta vie d’auteure. Quitte à écrire n’importe quoi, comme présentement. Parce que tu lis La vie littéraire de Mathieu Arsenault. Un livre sans point ni virgule. On dirait de l’écriture automatique. Il dit tout ce qui lui passe par la tête. Et le pire, c’est que ce fut publié. Et le deuxième pire, c’est que tu savoures. Tu te revois à quinze ans quand tu écrivais le soir, enfermée dans ma garde-robe. Tes parents croyaient que tu étudiais. C’était avant l’ère des blogues et des réseaux sociaux, avant même l’ère des téléphones intelligents accessibles aux enfants qui insistent pour en avoir. Avoir quinze ans aujourd’hui, tu écrirais probablement un blogue, comme exercice à l’écriture. À l’expression. Le texte de Mathieu Arsenault est plus accessible que celui de Marie-Claire Blais, mais moins facile à lire que La maitresse de Lynda Dion, deux auteures qui ont employé le même procédé, mais avec plus de contenu. Tu ne veux pas dire « plus facile », tu veux dire moins bon. Et ton « plus de contenu » signifie une structure, une ligne de pensée. Tu manques décidément de vocabulaire. Tu devrais relire et prendre des notes en lisant Prague sans toi de Jean Lemieux. Tu aurais voulu que cet auteur écrive plus de romans « adultes », les polars, ça ne t’intéresse plus, tu l’as déjà dit.


Ton esprit est encore dans Écrire la vie d’Annie Ernaux. Tu voudrais lire d’autres livres d’elle pour rester dans cette atmosphère propice à écrire a ton tour. Tu cherches encore comment elle est devenue si « étudiée » avec un contenu si autobiographique. Tu ne trouves pas la liste des auteurs québécois étudiés à l’université. Tu auras toujours ce complexe de ne pas avoir de licence et encore moins de maîtrise en littérature. Même si le cours « création littéraire » avait existé en 1970, l’aurais-tu pris? L’amour, la vie, la nature t’attiraient plus que les études. Pas que tu croyais en savoir assez, mais tu en avais assez de te faire dire quoi penser, de te faire demander ce que pensaient les auteurs, ou devoir expliquer le parcours de tel ou tel philosophe. Tu avais déjà envie de dire ta propre pensée. De trouver ta manière, d’être indépendante et libre du sujet comme du style. Ta jeunesse te rendait audacieuse, impétueuse. Aujourd’hui, ça te rattrape, tu lis les études sur un tel ou un tel. Quelques lignes, quelques paragraphes, juste pour te faire une opinion. Ou plutôt faute d’avoir ta propre opinion, lire ce que d’autres en pensent. Et répéter en faisant semblant que c’est la tienne. Le jour où te le demandera. Ce qui est rare. On te demande ton argent, ton vote, mais rarement ton opinion. De toute façon non seulement tu détestes les Vox populi qui ne veulent rien dire, mais de plus, on t’a tellement appris à nuancer, à ne pas juger que tu as rarement une opinion sur les choses, les gens, les événements qu’ils soient d’ordre politique, littéraire ou sportif. Tu ne penses rien, tu écoutes, tu gobes, tu lis et tu essaies de rester neutre. Depuis longtemps tu n’as plus l’assurance de ta jeunesse. À force, tu as l’impression d’être froide ou vide, au mieux indifférente lors d’échanges. Les discussions sont courtes avec toi. 

Finalement, les livres que tu aimes, ceux qui te donnent envie d’écrire à ton tour, qui te font avancer, tu en parles, mais comme d’un précieux secret. C’est dire qu’ils t’ont touchée. C’est révéler que tu es comme cet auteur ou ce personnage. C’est montrer que tu n’es pas si froide, si neutre, si indifférente. C’est dire un peu qui tu es. Et réussir à trouver d’abord, à circonscrire et à coucher sur papier qui on est, sans paraître présomptueux, ce n’est pas donné à tout le monde. Tu n’es pas ni ne sera jamais Annie Ernaux. N’essaie même pas. Admire ce qu’elle écrit, point. Et continue d’écrire, même si c’est peut-être n’importe quoi et que ça ne sera jamais sujet d’étude ou de prix.

Ajout: Abandonné La vie littéraire. Trop c'est trop. Dans le style trop difficile à suivre, trop de mots, rien pour souffler. Trop de pas-d'émotions. Trop de rien-à-surligner. Comme une cacophonie. Merci tout de même à l'auteur qui m'aura au moins fourni un prétexte pour écrire ce billet.

samedi 3 janvier 2015

Trois auteures pour une lectrice

Parce que je lis, parce que j’écris, parce que j’ai marché une heure — même si j’aurais bien aimé que ce soit en raquettes, au moins en forêt, ma forêt — parce que le silence est revenu après les chansons et les rires, je suis bien. Plus que bien, heureuse, de belle humeur. Plus que « Bonheur du jour », je voudrais trouver un titre plus révélateur de mon état. Une métaphore. Comme Lynda Dion dans son tout nouveau blogue. D’ailleurs cette écrivaine québécoise, c’est ma cerise sur le sundae, l’étoile en haut du sapin de Noël, mon sourire large et reconnaissant.

Le début de ce bonheur-du-jour a commencé fin novembre, dans une librairie. À l’achat de Bad girl de Nancy Huston. Voir billet du 28 >>>. Sauf qu’à la moitié du livre, j’ai dû me faire violence pour arrêter, pour lire des livres de bibliothèque — papier et numérique— délai de trois semaines oblige. J’ai repris le Huston après Noël, l’ai terminé, satisfaite, vaincue. En me pressant un peu parce que je savais — j’espérais— qu’au jour de l’An, Écrire la vie d’Annie Ernaux m’attendrait. Vaincue oui, parce qu’entre le livre et moi, entre la lectrice et l’écrivaine que j’essaie d’être, c’est souvent la bataille. Laquelle gagnerait, laquelle s’avouerait vaincue, laquelle reconnaîtrait que l’auteure n’aurait jamais pu écrire ce que la lectrice est en train de lire, même si elle aurait bien aimé tellement elle se sentit proche de cette écriture, proche du vécu du personnage. Que la lectrice fut tenue en haleine, émue bien souvent, et a réduit l’auteure au silence et à l’admiration. Sans juger, sans critiquer, sans chercher la petite bête noire. Sans non plus se sentir complètement nulle, sans non plus qu’elle soit tellement vaincue qu’elle renonce à jamais à écrire elle-même. Donc, j’ai fini de lire Bad girl, et j’ai même pardonné à Nancy Huston (et/ou son éditeur) ce titre anglais alors que « La mal-aimée » aurait très bien fait l’affaire, selon moi. C’est la seule petite voix qui s’est fait entendre, mais une fois le livre ouvert, pendant qu’elle tournait les pages, qu’elle était ravie de la mise en pages et bien concentrée dans l’histoire de Doritt (bizarrement, j’ai écouté la série La petite Dorrit de Charles Dickens à Radio-Canada entre Noël et le jour de l’An), la petite voix s’est tue, n’a plus rien dit. Conquise.

Alors, quand arrivèrent les mille pages d’Annie Ernaux, la vaisselle, le lavage, le budget furent rapidement expédiés, les émissions de télévision oubliées et la lectrice déjà bouche bée, les mains ouvertes, le cœur prêt à l’abandon se cala dans son fauteuil et partit à la découverte de cette auteure dont elle n’avait lu qu’Une femme et dont elle n'avait gardé — comme il arrive bien trop souvent — qu’un vague souvenir… d’avoir aimé ça.

La lectrice que je suis en était là de son plaisir encore ce matin, après la lecture du chapitre photojournal, après sa marche quotidienne quand sur Facebook, elle vit le nom d’une écrivaine québécoise dont elle a tant aimé les romans. Cherche vainement quand j’en ai parlé. Il est impossible que je n’en ai point dit un mot sur mon blogue. J’ai tellement aimé, me suis identifiée. Grâce à Louise Falstrault, artiste peintre, j’ai connu son père artiste peintre aussi, Eddy Dion. Ingrate. J’ai pourtant parlé d’Hélène Dorion, de Louise Dupré et elle, que j’ai lue à la même époque, au soleil, me semble-t-il, point de traces ? Je me reprends donc: sur Facebook, Lynda Dion, puisque tel est son nom, annonce qu'elle a créé son site et intégré un blogue. Depuis le temps que je cherche des blogues d’auteurs, féminins en plus, et Québécoises. Il y en a peu. Je me précipite, je dévore, je cherche les mots que j’ai aimés dans La maitresse et La dévorante. Je trouve. Différents, mais tout aussi personnels. 

Est-ce moi qui les cherche, est-ce moi qui les réunis, mais dans les mots de Huston, d’Ernaux et de Lynda Dion, le même "je", le même intime, le même personnel. Je ne dirai pas autofiction ni autobiographie, c’est au-delà. N’a plus d’importance de limite, de frontière et encore moins d’étiquette, de classe, de catégorie.

Trois auteures qui me parlent d’elles. Et moi, je suis devant un miroir qui me renvoie ma propre image, devant une plage où je vois mes traces, devant des pages où je me reconnais, devant un calepin où se mêleront des notes de lectures, des mots à écrire, à retenir, à publier peut-être. 

Alors Huston au revoir, au prochain, Annie Ernaux ma joie pour l’hiver et Lynda Dion, chaque fois qu’elle le voudra bien, je vous suis toute reconnaissance de me montrer qui vous êtes pour apprendre qui je suis.

vendredi 28 novembre 2014

Bonheur du jour(4)

D’abord l’anticipation. Prendre prétexte de l’achat d’un cadeau pour Noël pour quelqu’un d’autre et te faire plaisir à toi aussi. Avoir hâte de voir l’étalage, la décoration des fêtes, les nouveaux titres surtout. 

Le choix de la librairie. Sans hésitation une librairie indépendante (Rose-Marie à Buckingham) parce que tu boudes Renaud-Bray depuis plusieurs mois : il ne veut pas des livres de Dimedia, tu ne veux pas des siens. Quant à Archambault, il peut se passer de ton argent et de toute façon, le magasin est mal situé pour toi. 

Et puis quel plaisir de voir que la propriétaire te reconnait, même si tu n’y vas plus aussi souvent, depuis que tu es membre de la BANQ. Et si elle ne se souvient pas de ton nom, son sourire et l’empressement avec lequel elle t’indique où trouver tel ou tel livre te font chaud au cœur comme si tu partageais une même passion, ce qui est le cas.

Le choix des livres. Le véritable enchantement commence, la délectation. Comme des caresses d’amour. Rapidement tu prends le livre de 1000 pages de Ken Follett pour le cadeau des Fêtes. Peut-être l’emprunteras-tu pour le lire ? Tu t’attardes aux présentoirs des nouveautés. Tu remarques que les sept tomes de Fanette de Suzanne Aubry ont leur propre présentoir. Wow, quelle promotion ! Tu hésites devant le dernier de Michel Tremblay, Survivre Survivre. Mais tu sais que c’est une sorte de suite de la diaspora des Desrosiers et que tu n’as pas lu tous les précédents. Prendre un livre de Léméac/Actes sud est toujours un plaisir. Tu as toujours aimé le format, le choix du papier la texture de la couverture. Quoiqu’on dirait bien qu’au toucher, la couverture n’est plus aussi poreuse. Tu hésites.

Tu te rends dans les bandes dessinées, tu cherches les éditions de la Pastèque, tu ne trouves pas, tu demandes à la propriétaire. Auteur Marsi, Titre Colis 22, éditions La pastèque, elle trouve immédiatement. Pourquoi celui-là ? Depuis le temps que tu voulais lire Marsi, le compagnon de Venise. Tu as couché chez eux, ou plutôt tu avais séjourné dans leur stationnement trois jours pendant les correspondances d’Eastman. Elle tient un blogue sur la littérature québécoise, Le Passe-mot et lui, il dessine. Fort bien d’ailleurs. Tu feuillettes : un vélo. Ça te rappelle tes intrépides virées avec tes bicyclettes. Tu tournes encore quelques pages, tu es ravie, tout à fait le genre de dessins en noir et blanc comme ceux de Michel Rabagliati que tu aimes bien aussi. Tu hésites, mais entre un Tremblay que tu pourrais emprunter à la bibliothèque et une bande dessinée québécoise, d’un auteur relativement nouveau qui commence dans le domaine… tu te décides, ce sera Marsi.

Un troisième ? Allez, dis oui. Un roman que tu ne peux pas emprunter en numérique à la BANQ, parce que tous les éditeurs ne s’y trouvent pas, allez savoir pourquoi. Tu retournes aux romans, tiens un nouveau Nancy Huston, oui, tu te souviens avoir lu un article sur elle, dernièrement. Bad girl. Non, non, tu ne vas pas encourager ces titres en anglais ? Tu sais comme ça t’horripile cette tendance très française de croire que l’anglais répond mieux à certaines façons de penser. Et puis tu sais aussi que tu as été souvent déçue de la lecture de Nancy Huston. Tu feuillettes quand même. Page 11 : «Toi, c’est toi, Dorrit. Celle qui écrit. Toi à tous les âges, et même avant d’avoir un âge, avant d’écrire, avant d’être un soi. Celle qui écrit et donc aussi, parfois, on espère, celui/celle qui lit. Un personnage.» Et page 259, une citation de Roland Barthes « Tout ceci doit être considéré comme dit par un personnage de roman. » Tu es remuée, avoues. Tout à fait ce que tu voudrais écrire au sujet du manuscrit sur lequel tu travailles présentement. De vraies personnes qui deviennent personnages. Dont la vérité se change peu à peu en simple vraisemblance.

Tu aimes déjà ces petits chapitres courts qui tiennent en une demi-page, parfois deux. Tu le gardes dans tes mains, mais tu cherches s’il n’y aurait pas mieux. La tête penchée pour voir les noms des auteurs, tu cherches dans les « L », sachant bien que les tiens ne sont plus sur les tablettes depuis bien longtemps. Et puis, de toute façon, trop estomaquée par ce que tu viens de lire, tu sais que ton choix est fait, tu jettes un coup d’œil à la quatrième couverture  et à quelques pages encore du Bad girl de Huston. Non, décidément, tu dois le prendre, tu veux le lire, tu sais déjà que tu souffriras de ne pouvoir écrire comme elle, qu’il ne faut pas d’ailleurs, mais que finalement tu baigneras dans cette atmosphère que tu aimes tant, assise dans ton fauteuil préféré, au coin du feu, peut-être du Mozart ou du Bach en sourdine, un café sur la petite table, sûrement. Tu essaieras de ne pas te précipiter sur ton cahier de notes à chaque trois pages de lecture. Tu essaieras d’être une lectrice seulement. 

Tu seras comblée.

(photo de l'auteure)
Blogue de Venise >>>

dimanche 27 juillet 2014

Jusques à quand?

En parallèle, je lis Oser écrire de Madeleine Chapsal et La liste de mes envies de Grégoire Delacourt. Quelques pages de l’un, quelques pages de l’autre. Comme si j’alternais entre un verre de vin blanc et un de rouge. Ou plutôt un shiraz et un bordeaux. J’aime les deux, je me délecte des deux. M'inspirent. Envie d’écrire, envie de copier. Le sujet du premier, le rythme du second. Je compare, évidemment, ma vie avec celle de la première et mon style avec le roman du second. Je ne serai jamais la première, je n’aurai jamais (peut-être que si, un peu) le style du second.

Et puis j’y retourne, sans comparer cette fois, juste pour faire plaisir à la lectrice, siamoise de l’auteure, que je suis, juste pour aimer sans jalousie, pour admirer sans me dire que je suis un écrivain raté. Peut-être moyen, mais pas raté. J’aurai au moins essayé, et réussi en partie. Comme à l’école, j’aurai eu la moyenne. Pas sur le podium des grands succès, mais pas la cancre qui aura décroché. J’ai toujours dit que le système d’évaluation à l’école ne favorisait pas l’estime de soi. Vous classe à vie. Vous stigmatise à vie. Laisse des traces comme une blessure narcissique.

Chose certaine, en commençant ce blogue, je croyais poursuivre sur la lancée du guide touristique produit pendant treize ans : parler des événements de ma région, des artistes, des créateurs de l'Outaouais en général et de la Petite-Nation en particulier. Je savais que je parlerais des livres, que je ne pourrais m’en empêcher, mais si je pensais écrire le résumé, donner mon avis sur le sujet, j’ai dévié. Trop pensum, trop dissertation. Comme bien d’autres, et très facilement, très plaisant, je suis tombée dans le subjectif, dans le « je ». Une fois que j’ai lu un livre, ou que je suis en train de lire, pas vraiment le goût du compte rendu. Seulement parler de l’empreinte laissée. En soulignant trois fois le fait qu’une personne qui essaie d’écrire, qui veut écrire et qui écrit ne lit pas comme les autres, on ne me fera jamais croire le contraire. Deux jumelles inséparables. C’est se regarder dans un miroir. Pas pour tomber amoureuse comme Narcisse, mais pour apprendre, pour évoluer, pour s’améliorer. Bref, comme l’évaluation devrait être dans les classes : une note par rapport à nos propres progrès, pas de moyenne, pas de percentile, pas de podium.

Se remet-on jamais de nos notes scolaires, de ce jugement sans appel qui nous marque à vie? Qui revient nous hanter — me hanter —  dès que je prends un crayon?
Et comme toute cicatrice, peut-on l’oublier, la circonstancier et finalement, en revenir et passer à autre chose? Ou s’évaluer autrement? Ou être fière de ce qu’on est même si on n’est pas la première, ou la plus, ou la plus comme?

L’autre côté de la médaille qui me réconforte : les «grands» écrivains mentionnent rarement leurs résultats scolaires. Et l’on disait que les meilleurs professeurs n’étaient pas forcément les premiers de classe puisqu’ils auront de la difficulté à comprendre que les étudiants ne comprennent pas aussi rapidement qu’eux. Reste à savoir si les bons professeurs font de bons écrivains!

Jusques à quand me tourmenteras-tu, chère adolescence? (J’ai toujours aimé — et abusé?— de Cicéron)

vendredi 25 juillet 2014

Deux ou trois petites choses

Il suffit parfois de deux ou trois choses anodines qui s’accumulent au fil des jours pour rendre le bonheur facile. Il suffit que rien ne vienne entacher le ciel bleu pendant deux ou trois jours pour que la joie demeure. Il suffit de deux ou trois petits plaisirs pour que le cœur s’enivre et chante son allégresse.

Donc, lire le matin, en prenant son café — la première gorgée, un vrai délice qui nous arrache un soupir et un ahhhh — sur la terrasse arrière, au soleil levant. Lire quelques pages de Oser écrire de Madeleine Chapsal et s’identifier complètement : moi aussi j’ai interviewé des personnes, moi aussi, j’ai publié ces rencontres dans un journal. Bon, ce n’était pas Jean-Paul Sartre ni Malraux, c’était un agriculteur de ma région, mais quand même, quel plaisir, quelle jouissance, chaque fois. Marie-Paule Villeneuve m’avait fait confiance, mais peu après son départ de La Terre de chez nous, on n’avait plus besoin de mes services. Mais, j’ai beaucoup aimé.
Lire « l’écriture est initiée par la jalousie », c’est comme se sentir comprise, jugée et pardonnée en même temps. Et si plus loin, je lis : « l’écriture est un acte d’identification », je sens que je fais partie de la confrérie : ce matin, j’ose m’identifier à Madeleine Chapsal, sauf pour la quantité de romans publiés!

Le midi, un pique-nique à Val-des-Bois. Question de voir deux-trois campings, dont un ouvert à l’année. Rêvasserie sur une vie possible dans ce genre de camping et de maison modulaire. Question aussi de voir cette municipalité presque orpheline, en mal d’identification sûrement, catapultée dans la MRC Papineau qui a dû aller chercher deux municipalités de la Lièvre pour satisfaire je ne sais trop quelle statistique. Sinon, nous aurions pu nous appeler MRC Petite-Nation. Bon, passons sur ces considérations hautement politiques auxquelles je ne comprends rien, ne m’y intéressant que très peu.

Retour par la Réserve Papineau-Labelle, un trésor de nature sauvage, à peine dénaturée par les chemins forestiers. Un parc, aux multiples entrées, qui relie, entre autres, la Lièvre (comprendre une région développée le long de la rivière du Lièvre) à ma bien-aimée Petite-Nation (comprendre une région développée le long de la rivière Petite-Nation).  Les castors s’en donnent à cœur joie, ce qui fait que les chemins sont souvent barrés, ce qui fut encore le cas. Il ne faut pas se fier au GPS qui s’y perd, ni au réseau téléphonique inexistant et très peu aux rares conducteurs qui s’y promènent. À vos risques. Ce n’était ni l’heure des cervidés ni celle des ours, mais la saison des framboises, oh! que oui. Les maringouins et mouches à chevreuil ne réussiront pas à troubler nos joyeuses chansons (qui ont aussi pour but de tenir les ours à distance au cas où). Deux ou trois arrêts pour les photos et collations du petit fruit rouge. Sans autre incident que des crevasses et des trous d’eau sur le chemin numéroté 25.

Arrivée dans la civilisation, à Saint-André-Avellin en pleine fête western, achats des premiers épis de maïs qui seront épluchés, bouillis et mangés dès le retour à la maison. Avant, un dernier plaisir : la cueillette de l’hebdomadaire panier de légumes biologiques d’une valeur de 20 $.

Après avoir déballé et rangé nos trésors, nous nous offrons un verre de vin blanc en préparant la salade de tomates, haricots, concombres, et nous soupons sur notre terrasse arrière, là où tout a commencé le matin de cette belle journée.

En réalisant, une fois de plus, qu’il suffit parfois de deux ou trois petits plaisirs pour trouver que la vie est belle et que j'en rends grâce... en l'écrivant bien sûr puisque « Un écrivain demeure en écriture même quand il n'écrit pas, le jour, la nuit, sans arrêt », dixit Madeleine Chapsal.

(photos de l'auteur: lac L'Escalier à Bowman, framboises dans le parc Papineau-Labelle)

samedi 12 juillet 2014

Du vin et du lait

Dans ma tête, je note des phrases toute la journée et parfois la nuit aussi. Je croyais rêver de plus en plus en images, mais pas ces jours-ci, le bélier en moi remonte à la surface avec sa furie de tout vouloir faire en même temps :

Écrire
Lire
Chercher le prochain livre à lire
Lire l’auteur-e recommandé-e par tel autre (très tendance ce genre de bibliographie à la fin d’un roman : les titres qui ont inspiré l’auteur)
Préparer le prochain voyage
Appeler pour renouveler des assurances, pour réserver un camping
Tondre le gazon
Pédaler quelques kilomètres
Acheter quelques vêtements appropriés à un anniversaire de mariage
Écrire un courriel à une amie en lui racontant ma dernière escapade
Écrire sur ce que j’ai lu ou ce que le livre m’a inspiré
Écrire les phrases qui me sont venues pendant que je tondais le gazon
Je dois me faire violence pour rester dehors parce qu’il fait beau. 
Ne pas oublier de manger
Ne pas oublier la brassée dans la sécheuse
Lâcher un verre à laver pour aller noter une idée
Noter de ne pas oublier nos bâtons de marche pour le prochain voyage
La pleine lune et les phrases m’empêchent de dormir

Il n’y a que lorsque je parle que je ne fais pas de phrases! Des phrases que je n’écrirai pas, je veux dire.
À 16 heures, je suis épuisée de toutes ces phrases qui tourbillonnent, les courtes, les longues. Ne pas m’en faire si les ordinaires s’envolent, mais penser à écrire les plus belles, les inspirées. Les classer : vont-elles dans mon roman, dans une nouvelle, dans un billet ou aux poubelles de l’oubli?

Ce qui m’épuise, ce n’est pas de freiner toutes ces phrases qui se bousculent au portillon de mon cerveau, c’est de trouver le temps de les écrire. Penser, ça se fait vite, en silence, personne ne sait à quoi vous pensez. J’ai l’air de pédaler, j’ai l’air de laver la vaisselle, j’ai l’air de chercher un symbole pour des armoiries familiales, j’ai même l’air de lire, mais en fait, je ne pense qu’à la prochaine scène entre Léopold et Diane. Et même quand je crois ne pas penser, je pense quand même.

Le pire, c’est que je crois bien que c’est ce que j’ai fait toute ma vie : écrire ma vie au lieu de la vivre. Déjà à treize ans quand mes parents m’ont offert un cahier au dessus cartonné rouge. Déjà à quinze ans quand j’échangeais avec une copine ce qu’on osait appeler des poèmes. Déjà à 18 ans quand je lisais Mathieu de Françoise Loranger. Déjà en lisant tout ce qui me tombait sur la main où il était question de philosophie, déjà, en parallèle, en marge, toujours des phrases sur le sens de la vie.

Parlant philosophie, hier, il y eut course aux beaux vêtements pour une fête prochaine. Cherche la bonne grandeur, les couleurs qui te vont bien, mais non, ce motif ne va pas avec celui-là, ni le rouge avec le turquoise ni le nylon avec ce coton et surtout le prix ne va pas avec mon budget. Pour me récompenser de ce magasinage qui s’allonge, de cette impatience qui pointe, je me suis fait réellement plaisir : j’ai acheté un livre. Recommencements d’Hélène Dorion. Évidemment, je l’ai commencé dans l’heure qui me ramenait à la maison. Évidemment, j’aime. Évidemment, des phrases ont commencé à virevolter comme des mouches au-dessus d’une tête fraîchement lavée. Évidemment, je bois ses phrases comme un vin millésimé, en comparant les miennes à du petit lait.

Si j’ai lutté pendant quelques années contre cette dépendance, que j’ai commencé et recommencé des jeûnes de phrases, j’ai fini par renoncer, je suis intoxiquée à jamais. Ça revient chaque fois. 

Souffrez que j’en échappe quelques-unes, ici, quand ça déborde!

dimanche 29 juin 2014

C'est le dernier, que je me dis chaque fois

Dites-moi ce que vous lisez, je vous dirai ce que vous aimez écrire.
Dites-moi ce que vous aimez écrire et je vais vous dire chez quel éditeur publier.

Lecture dans le sud, l'hiver dernier.
La semaine dernière, je lisais L’album multicolore et Tout comme elle de Louise Dupré. Les deux avec un égal bonheur. J’ai lu tous les mots, toutes les pages. À la fin, j’ai dit « Pas déjà fini ». J’en prendrais encore. 

Cette semaine, j’ai commencé La vérité sur l'affaire Harry Quebert de Joël Dicker. Un roman publié en 2012. J’en avais lu du bien et du moins bien, j’hésitais donc. Comme souvent, je lis ce qu’on en dit, je cherche à connaître l’auteur, je feuillette en librairie. Finalement, je l’ai fait venir à la bibliothèque. Une fois en main, je pris plaisir à m’asseoir sur ma galerie arrière, à l’ombre. Je plongeai. Facilement, rapidement, goulûment. Évidemment, un écrivain devant la page blanche, incapable d’écrire après un énorme succès et la belle vie, c’est sûr que je lisais, très intéressée. Sans m’identifier puisque je n’ai jamais été célèbre !

Jusqu’à la page 63, j’ai réussi à ne pas penser à mes propres écrits. Comme c’est une histoire quasi-policière avec des morts, un suspect, des questions, un héros sauveur, une victime innocente, m’arriva ce qui devait m’arriver : je voulais tout de suite savoir, alors j’ai sauté à la table des matières, j’ai lu l’épilogue, suis revenue un peu en arrière au chapitre :  La vérité sur l’Affaire (pourquoi un A majuscule ?) Harry Quebert, page 514. Et voilà j’ai eu mes réponses. Le reste ne m’intéressait plus.

Pourquoi j’en parle, parce que c’est le genre de livre qui se vend, le genre d’histoire que la majorité des lecteurs aime bien, le genre de bouquin dont les éditeurs raffolent. À preuve, il a été traduit en je ne sais plus combien de langues, vendu à je ne sais plus combien de milliers d’exemplaires et a gagné deux ou trois prix.

Mais, mais, mais ce n’est pas le genre que je préfère en tant que lectrice et donc pas le genre que j’écris. 

Lors d’une rencontre avec un éditeur au sujet d’un manuscrit présenté… « à retravailler », il fut d’ailleurs question de surprises à rajouter, d’écrire un roman et non un récit, et de contexte historique-social à documenter. Et si je ne satisfais pas ses exigences, aurais-je une troisième chance ? 

Il n’y a jamais rien d’acquis, rien de gagné. Surtout pas dans le monde de l’édition québécoise. Toujours la sempiternelle question qui revient : et pourquoi je ne me contente pas d’être lectrice ? Chaque fois, la réponse revient comme un boomerang : je ne peux pas m’empêcher d’écrire ! C’est le dernier manuscrit que j’essaie de faire publier, c’est le dernier, c’est le der…. 
Y’a un boutte à être maso !

mercredi 3 juillet 2013

Les plaisirs d'une journée bien remplie

Se réveiller avec des phrases très claires au sujet de son roman, sentir que l’idée devrait tenir au moins cinq pages, savoir qu’elles vont au tout début du roman. 

Se lever et, comme chaque matin, regarder dehors, se demander si on irait prendre quelques photos, mais trouver finalement que la lumière n’en vaut pas la peine. 

Ouvrir son fichier de roman, s’apercevoir qu’on est encore sur la version de janvier, en profiter pour la sauver sous le mois de juillet 2013. Jeter rapidement les phrases qui nous hantaient dès potron-jacquet. S’apercevoir que ça ne fait finalement qu’une page. 

Préparer café et rôties, les apporter à côté de son clavier. 

Regarder ses courriels, rager encore un peu parce qu’un hébergeur tarde à fournir le code d’autorisation pour pouvoir transférer un nom de domaine dont on est responsable et savoir qu’il ne reste que dix jours pour le renouveler. Avoir encore en mémoire un autre nom de domaine qui a été en « rédemption » parce que le délai du renouvellement avait été dépassé de quarante jours (quarante jours, rédemption, ça rappelle pas le monde judéo-chrétien de son enfance, ça? Ne pas s’éparpiller, se concentrer) et réclamer plus de 150$ au propriétaire pour le racheter. Découvrir une autre facette de ce monde merveilleux de l’informatique. 

Ouvrir sa page d’accueil « My feedly » et s’ennuyer à mort de son « Google Reader » qui avait au moins le mérite d’être en français. Lire le blogue de Dominique Riendeau qui donne le goût d’aller voir le livre dont elle fait la critique : L’air du temps de Hélène Custeau. Cliquer sur l’onglet BANQ où on emprunte régulièrement des livres numériques, constater que L’air du temps n’est pas disponible, mais que Tant qu’il y aura des rivières l'est. Le télécharger, aller chercher sa liseuse sur sa table de chevet, la brancher, ouvrir le logiciel, synchroniser, attendre un peu et lire les premières pages du roman et savoir tout de suite que l’on va poursuivre. Mais pas avant d'avoir terminé La fiancée américaine de Éric Dupont que l'on aime beaucoup. 

Regarder la météo sur la barre de tâches et décider que c’est la journée idéale pour aller se balader en vélo au parc de Plaisance. Préparer un lunch, monter le vélo sur le support. Ne pas oublier son sac où appareil photo et objectif attendent que vous les utilisiez. Se réjouir à l’avance de ce double plaisir : vélo et photo. 

Revenir quelques heures plus tard, enchantée. Prendre un verre de vin rouge en préparant le souper. Faire un petit feu dans le foyer extérieur, question de brûler le bois fendu il y a deux et même trois hivers. Jouir encore de ces quelques heures où il ne pleut pas. 

Rentrer vers 21 heures et se décider à visionner, traiter ses photos prises au parc de Plaisance et se coucher seulement quand elles seront sur son site. 

Se coucher, contente de sa journée, en se demandant pourquoi diable avoir envie d’écrire un roman au petit matin quand il y a tellement mieux à faire de toute la journée !

Se réveiller le lendemain matin, avec encore des phrases dans la tête. De ce billet cette fois-ci.

Site de la BANQ>>>
Album photo des randonnées au parc de Plaisance>>>

lundi 17 juin 2013

N'est pas écrivain qui veut

Dans la vie, il y en a qui savent où ils vont, ils savent ce qu’ils veulent, ils n’y vont pas toujours comme ils l’auraient pensé, mais ils y vont. À vingt ans, au sortir des études, qui voulait être écrivain? Ce n’était pas au programme de bien des étudiants. Surtout pas au Québec. Et même s’il y avait eu une école, et même s’il y a des cours de création littéraire aujourd’hui… bref, qui se voyait écrivain à plein temps? Moi, à 26 ans. Je voulais, j’ai essayé. Deux ans de congé sans solde pour tenter ma chance. Toute seule dans un garde-robe réaménagé en bureau comme quand j’étais étudiante, j’écrivais à la main le matin et l’après-midi je tapais mes quelque cinq pages à la dactylo. Le lendemain matin, je relisais, je corrigeais et j’ajoutais. 

Au bout de deux ans, malgré deux livres adultes et deux romans-jeunesse, j’ai dû me rendre à l’évidence, ça ne fait pas vivre sa femme.

Depuis, beaucoup d’encre a coulé, l’ordinateur a remplacé la machine à écrire, mais jamais depuis je n’ai été aussi assidue à l’écriture. Pas plus de quatre heures dans une journée et pas plus de trois jours de suite. Pas assez seule, pas assez persévérante, pas assez convaincue, pas assez de publication, pas assez d’encouragement, même de ma part. 

Hier encore, je lisais La musique, exactement de Micheline Morisset et comme il m’arrive quelquefois devant un texte que j’adore, le genre qu’on aurait voulu écrire, j’ai noté quelques bouts de phrases, comme « un récit si bien ourdi » ou j’ai relu trois fois cette phrase qui disait tellement bien ce que j’ai vécu : « J’ai cru que j’avais mis des années à saisir ma mère, en revanche j’ai détesté longtemps la facilité que j’avais éprouvée à comprendre papa. »

Il y a quelques années, ce livre m’aurait jetée à terre, me laissant knockoutée et me garantissant une baisse d’estime de soi à ne plus pouvoir écrire pendant plusieurs semaines, mais aujourd’hui, je sais que je ne serai jamais de ce calibre, je n’ai pas à l’être et je peux admirer sans trop d'envie. Juste le bonheur de lire.

J’ai toujours ce besoin d’écrire, mais je ne crois plus que je vais faire un écrivain de mon moi-même. Je ne cours plus après le temps et au moins, j’ai fait la paix avec cette non-carrière. J’ai accepté de n’être pas ce que je croyais devenir. Je dois admettre qu’écrire, c’est maintenant un loisir, non dans le sens que je le pratique en amateure, mais dans le sens que je n'y passe pas toute la journée ou que je stresse avec la performance et le résultat, comme publier aux deux ans ou déclarer 10,000$ de revenus. Une passion, certes, mais pas un métier. Un peu d’expérience à partager, je me suis promenée dans les chemins de l’auto-édition, de l’édition, de la correction, du montage de livres, mais ma route restera un petit chemin où peu de gens m’auront vu marcher. Comme d'ailleurs des dizaines, voire des centaines d’auteurs québécois, à voir les noms sur les épines des livres dans une bibliothèque ou une librairie.

Une route qui m’a menée à accepter qui je suis, ni plus ni moins. À en être fière, sans ajouter « malgré tout ». Pas du tout celle que je croyais devenir, mais qui devient ce qu’il voulait devenir à 20 ans? J’espère bien me surprendre encore pendant quelques années.

Et vous, quelle route empruntez-vous?

(Illustration empruntée à l'éditeur Québec-Amérique)

vendredi 6 mai 2011

Lire pour écrire

Il est dit et écrit partout qu’il faut lire beaucoup si l’on veut écrire un peu et surtout bien. Alors, à défaut d’écrire, je lis. J’ai lu en diagonale La canicule des Pauvres pour lequel je n’ai pas trouvé de raisons valables de lire en entier. Puis, j’ai commencé Mademoiselle Personne dans la salle d’attente d’un médecin, — donc lu pas mal —, que je poursuivrai plus tard, non seulement pour goûter lentement mais parce que le livre m’appartient alors, pas de temps limite pour le remettre. J’ai lu dans le désordre les nouvelles de Suzanne Jacob, Un dé en bois de chêne. Une auteure qui me surprend toujours, dont je pourrais envier l’écriture si elle n’était pas si inimitable. Je ne suis jamais déçue par cette auteure qui agence si bien les mots et qui, malgré une apparence d’histoire, réussit à nous amener dans les profondeurs de l’humain? Et, avant-hier, la bibliothécaire m’avertissait de l’arrivée de Armadale de W. Wilkie Collins. Une belle surprise. Un titre qui faisait partie d’une liste remise il y a des mois, demandé pour je ne sais plus quelle raison. Un roman écrit au temps de Dickens, un style anglais que j'apprécie pour la différence et la richesse de détails qu'on nous reproche pourtant à notre époque.

À défaut de pouvoir lire sur le bord de la mer, un petit feu dehors, ce serait bien. Après une heure de ramassage d’aiguille de pins. La récompense après le travail.

Liens:
La canicule des Pauvres (Les Herbes rouges n’ayant pas de site Internet)
 Mademoiselle Personne que la bibliothèque ne pouvait m’envoyer et très difficile à trouver en librairie :