dimanche 23 août 2009

Silence, artiste à l'oeuvre

Je ne la regarde pas quand elle peint, ni non plus quand elle sculpte. Pas plus que je ne regardais les élèves quand ils composaient. Pas plus que j’aime qu’on m’observe quand j’écris. Pourtant l’artiste peint souvent sur le motif, devant public, dans un symposium ou une exposition ou une conférence. Les visiteurs, silencieux, un pas en arrière, regardent presque religieusement. Se posent-ils des questions ? Cherchent-ils à copier ? Se demandent-ils s’ils en sont capables ? Les Québécois, patenteux dans l’âme, je-suis-capable-d’en-faire-du-pareil, sûrement qu’ils cherchent à percer le secret. Les anglophones, de par leur éducation, admirent, respectent le travail de l’artiste, la rémunéreront à sa juste valeur.

Il se peut, qu’après cinq minutes, l’artiste, soit par gêne, soit par espoir de vendre son tableau, se mette à parler, se sente obligée de parler. Le charme sera rompu, le jeu commence. L’artiste rejoint l’auteur, la vedette : il a un produit à vendre.

Mais si au contraire le silence perdure, un silence léger, facile à respecter, qui met à l’aise, c’est moi qui aurai envie d’écrire. Rendre compte de ce que je vois, de ce que je ressens. Déjà les mots se faufileront. Soit je regarderai ce que le peintre voit et j’écrirai la mer, la couleur des vagues, ou le paysage, le bruissement des feuilles, la clapotis du ruisseau, soit j’écrirai sur l’artiste, sur son visage tranquille, sur ses doigts habiles, sur ses gestes sûrs. Ensemble, nous créerons. Elle la musique, moi les paroles. Elle les couleurs, moi les mots. Je serai rentrée dans sa bulle, elle m’aura laissée y entrer. Nous serons à l’unisson, elle dans les pinceaux, moi dans le stylo.

Sans rien nous dire, nous nous serons parlé.

Mais qui se laisse regarder dans le silence ?

(source: Louise Falstrault au symposium de Montebello, photo de Claude Lamarche)
S'il reste des fautes dans les %?+?$/" de participes passés pronominaux, me le dire)

2 commentaires:

  1. Texte très touchant... et j'ai pas vu de faute ;) La communion de ces instants de silence créatif est effectivement très intense... Je vis ça avec mon copain... quoique que nous il y ait toujours le bruit des touches du clavier pour rythmer le silence.

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  2. Les instants de "silence créatif" comme vous dites, en ce qui me concerne, sont vécus avec cahier et stylo, souvent dehors. Et si bruits il y a, on ne les entend pas, concentrées que nous sommes dans nos univers. Un instant présent divin.

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